un musée éphémère au Château de la Roche-Guyon

On emménage au château, un musée éphémère, au Château de la Roche-Guyon.

 un musée éphémère au Château de la Roche-Guyon index

Gérard Titus-Carmel

  Pas très loin de Vétheuil et de Giverny, le château est adossé à la falaise de craie, en  bordure de  Seine. Ancienne forteresse  qui fut la demeure du duc de la Rochefoucauld, elle garde encore un donjon médiéval mais aussi de vastes appartements, avec, pour y parvenir,  un escalier monumental, des salons d’apparat, des chapelles jumelles, une belle bibliothèque, un petit théâtre et de superbes écuries, le tout pur jus 18ème siècle. Et,  en dessous, cadeau de Rommel,  des casemates creusées dans le sous-sol de la falaise.
Enfin, cerise sur le gâteau, un beau potager  fruitier, à la française, cultivé sans pesticides ni engrais de synthèse, qui a été restauré sous le parrainage de Gilles Clément.  Il y a aussi une partie du château  restée propriété des descendants de la famille de la Rochefoucauld qui y résident. C’était un endroit rêvé pour Edgar P. Jacobs qui y a situé l’action d’une aventure de Black et  Mortimer, Le Piège diabolique.

   Spectacles, lectures, conférences se succèdent au château,depuis qu’ Yves Chevalier  en est devenu le directeur. Il  a proposé à Jean Le Gac, peintre lui-même, de réaliser une belle  idée: à savoir réunir des œuvres d’amis, artistes de sa génération, tous  nés de 34 à 47, sauf Paul-Armand Gette le plus âgé, né en 27. Tous des hommes ! et tous vivants , sauf Gina Pane,bien connue pour ses performances,  André Cadere que l’on pouvait souvent voir, marchant dans un métro de la ligne 9 avec  l’un de ses  très beaux bâtons peints ici exposés , Toni Grand, sculpteur,  Jean-Pierre Pincemin et André  Valensi, peintres.
Nombre d’entre eux ont fait partie du mouvement Support/ Surfaces qui  a beaucoup œuvré à mettre en place, dans les années 70, une véritable dialectique entre peinture et théorie. Jean Le Gac- et à ses côtés Evelyne Artaud, commissaire de l’exposition-est donc le « conservateur » de cette exposition, dit Yves Chevallier. Il a lancé des invitations  à (…) ceux qui ont voulu « sortir du cadre » dans les années 70. Avec eux, il a tissé un réseau de relations intimement liées au site. Comme rêver cadre plus adapté à un tel projet que ce stupéfiant grand château vide comme un décor magistral qu’il s’agit sans cesse de réinventer. »

  Il s’agit d’une longue ballade/parcours (une heure et demi), parfois un peu rude(il y a beaucoup de marches d’escaliers) mais souvent passionnante, qui constitue comme une sorte d’histoire, évidemment éphémère, de l’art contemporain, loin aussi d’être exhaustive et qui ne cherche nullement à l’être. Pas toujours facile non plus-aucune pédagogie et c’est sans doute mieux ainsi- mais où chaque œuvre exposée l’a été  avec un soin tout particulier, par Evelyne Artaud.
Soit en contraste: comme  les grands dessins de Jean Le Gac dans la salle de billard.Per una selva oscura II de Daniel Dezeuze (de grosses roues de fer rouillé disposées à même le parquet d’un grand salon dont les mur sont ornés de grands tableaux 18 ème, ou cette Corde à nœuds en nylon  noir  de Claude Viallat qui se détache sur la carrelage blanc à losanges noirs de la Salles des gardes, ou de lui encore,  ce Filet élastique rouge à nœuds bleus tendu dans les écuries..

  Et à l’extérieur la très belle Haie ouverte et colorée de Daniel Buren sur la rampe d’entrée  du  château,   ou encore  L’Échappée belle de Bernard Pagès, grand signal en ferraille tordue,  installée dans le potager.  On pourra objecter que c’est un peu facile cette histoire de contrastes.. Sculptures, matériaux  et couleurs  industrielles du 20ème siècle pour des œuvres non figuratives mises en regard de peintures sur toile aux couleurs naturelles du 18ème siècle. En tout cas, cela fonctionne plutôt  bien. 
  Il y a aussi plusieurs installations tout à fait en adéquation avec des lieux  insolites du château, comme ces Vanités d’Ernest Pignon-Ernest avec autant de sérigraphies de 30 cms x30 cms disposées dans chacune des deux cent niches du pigeonnier, ou cet Autoportrait de La Rochefoucauld, grand dessin  de presque deux mètres, à la pierre noire  sur papier , installé dans le couloir d’un réservoir. On connaît l’aversion d’Ernest Pignon-Ernest pour l’art destiné aux musées et son goût prononcé pour les sérigraphies qu’il va lui-même coller sur les murs des rues comme à Naples. Comme le dit finement Léontine H. , du haut de ses huit ans: « Il a bien raison de faire comme çà! »
« Ou ces autres Vanités I-V de Gérard Titus-Carmel, juste accrochées aux boiseries du couloir des chapelles. Ou encore ce tas  de boules de Jean-Luc Parent, disposé dans le coin d’une casemate au sous-sol. Ou encore cette belle bibliothèque aux  peusdo-libres livres blancs conçue par Alain Fleischer,  installée dans la vraie bibliothèque aujourd’hui désaffectée
.
  Mais il y a aussi, moins convaincantes,  les installations  de François Bouillon,  ou celle de Gérard Collin-Thiébaut sur la terrasse du château… Commencé depuis 2010, ce parcours a été terminé et inauguré en  2012; c’est une collection exceptionnelle qui rassemble des artistes  très différents,  dont le seul dénominateur commun semble bien d’être  à la fois  la rupture de ban avec la peinture ou la sculpture, pour mieux parfois la retrouver ensuite , et une profonde réflexion sur la notion même d’œuvre d’art, que ce soit avec  les artistes précédemment cités, ou avec Louis Cane, Christian Jaccard,  Anne et Patrick Poirier, Patrick Saytour…
C’est en tout cas une exposition qui ne peut laisser indifférent; le seul bémol est un prix d’entrée un peu élevé: 7, 80 euros mais il y a des  tarifs réduits  (mais pas tant que cela!)pour les familles, les gens du coin, et  quand  on va aussi chez Monsieur Monet à Giverny, il y a une remise: c’est la prime à la consommation artistique… On peut toujours, semble-t-il,  aussi négocier avec Yves Chevallier si on y va en groupe… 

Philippe du Vignal

E.P.C.C du Château de La Roche-Guyon
1 rue de l’Audience 95780 La Roche-Guyon T: 01 34 79 74 4 information@chateaudelarocheguyon.fr

Tarif plein : 7,80 € Tarifs réduits:3,70 € handicapés, 4,80€ (étudiants, demandeurs d’emploi), 4,30 € (6-12 ans), 4,80 € (13-18 ans), 3,30 € habitants de la communauté de communes Vexin Val-de-Seine (Amenucourt, Chérence, Haute-Isle, La Roche-Guyon, Vétheuil, Vienne-en-Arthies, Villiers-en-Arthies).Forfaits famille: 22,00 € (2 adultes + 2 enfants), 26,00 € (2 adultes + 3 enfants). Tarifs de groupe. 

http://www.dailymotion.com/video/xpfc12

 

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