Le Fils

Le Fils de Jon Foss, traduction de Terje Sending, mise en scène de Jacques Lassalle.

Le Fils LE-FILS-M.Aumont-C.Hiegel-Photo-dunnara-MEAS-DSC_0130-bdJacques Lassalle met au jour la saveur éloquente et légèrement acide de cette pièce sombre et lunaire.  C’est  un huis-clos tiré au cordeau qui s’installe entre un père et une mère, couple mature, tonique et désenchanté, comme il sied à nos temps post-modernes, êtres miniaturisés dans le cadre dressé d’un paysage tourmenté de falaises et de cavernes, évoquées par les fresques  de Jean-Marc Stehlé  qui interprète aussi  un voisin alcoolique. Elle et lui (magnifiques Catherine Hiégel et Michel Aumont), écrasés et éprouvés devant les hauteurs naturelles des reliefs nordiques sont pourtant grands et intenses dans l’âme, responsables à jamais d’un fils qui ne vient plus guère rendre visite à leur solitude.
  Ce fils (Stanislas Roquette) arrive toutefois un jour, sans qu’on n’en sache davantage sur lui… Mauvaises fréquentations, délinquance, fêtes à l’excès,  ou bien simplement musicien fidèle à son art qu’il ne peut exprimer que dans les bals du samedi soir ? Les spectateurs, comme les parents, ne pourront élucider ce mystère existentiel qui fait la marque de fabrique de chacun, marque d’autant plus fragile et douloureuse dans sa récente inscription que le sujet est jeune.
  Et c’est là que la faille s’inscrit dans les gouffres du temps, les écarts de générations, les vertiges que déchaînent les changements d’époque, les variations d’humeur, les sautes de point de vue et les renouvellement des valeurs bousculées, que l’on croyait figées à vie ou reliées à sa seule compréhension du monde. Jon Fosse invite à cette réflexion sur le sentiment d’être, une expérience humaniste à l’écoute de l’autre, différent et encore soi-même, que l’on soit jeune ou vieux.
  Le fils apprendra la leçon au cours d’une existence qui s’ébauche et dont il serre jalousement auprès de lui l’énigme farouche et coupante pour le milieu parental blessé. Comme à son habitude, Lassalle tient de main de maître les ressorts d’une morale de vie lourde, riche et belle à la fois qui s’engage loin dans l’épreuve absolue, cette sensation simple du temps qui passe avant l’échéance définitive mais lointaine encore.

Véronique Hotte

Le Fils de Jon Fosse, traduction Terje Sinding, mise en scène de Jacques Lassalle, Théâtre de la Madeleine jusqu’au 15 juin 2012.

 


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