Scènes ouvertes à l’insolite


Scènes ouvertes à l'insolite soi2012-vignetteLe Théâtre de la Marionnette à Paris a voulu offrir une scène  à des débutants qui en sont à leurs premières créations et présentations publiques. Parmi les spectacles, citons Rage  joué  par la compagnie québécoise A Bout Portant. Cette rage-là n’a rien à voir avec la révolte de rue qui se déroule en ce moment là-bas. Il s’agit de la glaciation des corps, pantins et comédienne inclus, et de leurs rapports sans avenir, figés. Comme les pelures d’un oignon, les corps s’habillent, se déshabillent et se ré – habillent, couche après couche, avec des films plastiques alimentaires et autres papiers collants. Intriguant  au début, sans surprise ensuite,  le spectacle ne tient pas la route une heure durant.
  La Maison près du lac,  de la compagnie Yaël Rasooly et Yaara Goldring d’Israël, nous raconte l’histoire de trois « sœurs »  et de leur enfermement comme celui qu’a subi Anne Frank dans un placard  pour échapper aux rafles des nazis. Enfin, c’est ce que le spectacle laisse supposer! Les poupées  appliquées aux corps des comédiennes sont habillées en  petites filles modèles  que rien ne prédestinait à un tel sort. L’effet d’optique  du style « nains de jardin »  est amusant, et les comédiennes/ chanteuses sont par ailleurs  excellentes. Mais bon… Kurt Weil et Brecht, ici convoqués, le sont  sans l’humour et la distance nécessaires et, dès que l’on a compris le procédé, cela ne tient pas la route une heure!
  Il y a ensuite heureusement  un formidable spectacle  déjà  vu à Charleville-Mézières. Go de Polina Borisona, (diplômée en 2008 de l’ESNAM de Charleville – Mézières) raconte sans un mot  la solitude d’une vieille dame qui reconstruit son univers, sa maison, son chat … avec simplement du ruban adhésif. Un beau moment de théâtre simple, sensible et intelligent…

Mireille Silbernagl

  Théâtre de la Cité Internationale/ Théâtre de la Marionnette à Paris du 7 au 10 juin 2012. T: 01-44-64-79-70

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Archive pour 13 juin, 2012

Quichotte

Quichotte, opéra-jazz, livret de Jean-Luc Lagarce, musique de Kate et Mike Westbrook, mise en scène de Charlotte Nessi.

Pour les trente ans de l’Ensemble Justiniana, Charlotte Nessi,  qui dirige aussi le Théâtre de Vesoul, a repris son premier spectacle, cet étrange Quichotte conçu par le jeune Jean-Luc Lagarce, bien avant que son œuvre ne devienne célèbre, après sa disparition…
Charlotte Nessi a mis en scène  des opéras en pleine nature,  notamment La petite renarde rusée de Janacek,  Carmen de Bizet, La petite Messe solennelle de Rossini, etc… qu’elle a  créés dans de nombreux  villages de Franche-Comté, avec la participation de chorales locales d’amateurs  d’un très bon niveau. Certains de ses spectacles ont été présentés à l’Opéra-Bastille ou en tournée, notamment Guys and dolls, opéra d’enfants qu’on avait pu voir au Centre d’Art et de Plaisanterie de Montbéliard.
Nous arrivons à l’orée d’un bois où l’on achète ses billet à dix  euros; le public  en anorak, est plutôt âgé, et  il bruine. Première station,  pour une ouverture musicale dans un taillis au bord du chemin. Après quelques pas, on escalade une butte pour entendre une trentaine de choristes, puis on nous guide au bout du chemin jusqu’à un vallon où est installé le décor d’un motel décati, avec deux pompes à essence, et un bar pour servir les rares passants; un petit orchestre de cuivres et piano, que son chef dirige, dissimulé derrière la pompe à essence, est heureusement abrité sous un auvent car la pluie devient insistante…
Maja Pavloska incarne Toboso, la patronne du motel, clamant sa solitude, abandonnée par un amant de passage, qu’elle continue à attendre. La serveuse (Silvia Vadimova) attend, elle aussi, son amant disparu; le pompiste (Pascal Toussaint) clame son désir de partir car les clients se font attendre. Mais une cinquantaine de touristes débarquent d’un vieux car, et  envahissent le motel…On continue vainement à chercher les traces de Don Quichotte, jusqu’à l’arrivée d’un couple de motards, héros de la fable, un dodu Sancho Panza et un don Quichotte qui agonisera, laissant dans le désespoir sa Toboso de patronne.
Malgré le bel engagement des musiciens et des choristes, et le stoïcisme des  spectateurs restés sous la pluie, on se demande pourquoi Charlotte Nessi a voulu reprendre cet opéra de Jean-Luc  Lagarce, qui est loin d’être le meilleur qu’elle ait mis en scène. Même  si  son auteur est  né en  Franche-Comté et  si elle y a fondé sa compagnie…

Edith Rappoport

Bois de Roset Fluans (Doubs).
Les 23 et 24 juin à Bermont (90) et le 30 juin à la Saline royale d’Arc-et-Senans.
T: 03-81-21-62-89

www.justiniana.com

Blanches

Blanches d’Armel Veilhan, lecture et mise en espace de l’auteur.

Armel Veilhan, brillant pianiste,  s’est tourné très jeune vers le théâtre auprès de Françoise Merle qu’il a assisté pour ses mises en scène. Puis il a fondé sa propre compagnie qui a créé deux pièces de Miguel del Castillo, Tanguy et Une Répétition, puis un texte de Charlotte Delbo, Une pièce jouée dans la mémoire, qui nous ont laissé de bons souvenirs. Il a aussi publié en 2006 un émouvant texte autobiographique Un Enfant dans l’hiver. Passionné de pédagogie, il a ouvert son école le Théâtre A, lieu immaculé et minuscule, rue du Coq français.
On avait pu voir Les Bonnes de Genet interprétées avec deux actrices qui ont lancé une « boîte à outil », une sorte de Théâtre Ouvert de Micheline et Lucien Attoun, qui fait découvrir de nouveaux textes tous les trois mois, au terme de cinq séances de travail. Blanches, c’est une étrange confrontation entre deux femmes dans un commissariat de police dans le port d’une sous-préfecture. L’une, menottée, est soumise à un interrogatoire par la commissaire de police, on comprend vite qu’elles ont eu des relations intimes, elles parlent du suicide de Christian, au terme d’une fête qu’elles avaient organisée.
Dix ans se sont écoulés; Émilie est ici soumise à  un interrogatoire pour avoir hébergé, puis épousé un guide marocain sans papiers. Leurs souvenirs remontent: elles évoquent leur jeunesse passionnée, leurs rapports amoureux compliqués. Émilie veut comprendre les raisons du suicide de Christian qu’elle aimait, mais celui-ci l’ignorait et voulait épouser  son amie qui se refusait à lui après avoir subi sa violence.
On ne vous en dira pas plus: comme dans les romans policiers, on ne donne pas la clef de l’énigme.Mais il y a de belles montées poétiques et musicales dans cette évocation de leur jeunesse perdue et une douce amertume de la vie qui continue malgré tout. Blanches devrait trouver des théâtres pour l’accueillir.
Armel Veilhan joue aussi  dans Le Naufragé de Joël Jouanneau récemment créé au Théâtre de Vidy-Lausanne.

Edith Rappoport

Théâtre A, fabrique Théâtrale aux Lilas

www.theatrea.fr

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