Festival Fringe d’Ottawa

Couple ouvert à deux battants  de Dario Fo, mise en scène et scénographie de Jodi Sprung-Boyd et Vernus dit « surprise!   de et par Ken Godmere.

Deux parmi les 52a spectacles présentés au festival Fringe d’ Ottawa, événement théâtral annuel  « off »  qui a lieu dans toutes les grandes villes du pays  pendant l’été.  Il s’agit d’une imitation du  fameux  Edinborough Fringe devenu le modèle par excellence de ce genre de fête théâtrale qui attirent  les foules. Les compagnies jouent n’importe où : dans les parcs, les cours, les cafétérias,les salles de classe, les bibliothèques, les cafés , et même dans les  théâtres – pourvu que les lieux soient  tout près du  centre ville et  accessible sans difficulté.
Pendant dix jours, de 17h00 à minuit, les foules circulent, les opinions courent, les commentaires critiques sont postés sur les sites, les facebook et les affiches  pour que les spectateurs  puissent s’orienter.  Cette année,  la canicule nous a quelque peu ralentis mais  notre site, www.capitalcriticscircle.com  a pu inventorier une quarantaine de textes (en anglais). La pièce de Dario Fo et le monologue de Ken Godmere   ont été  des moments  forts  de ce  festival.

Un couple vit un  mariage ouvert, mais en est arrivé à se déchirer: la femme, au bord de la crise de nerfs, ne  supporte plus les infidélités de son mari. Mais lui,  multiplie les conquêtes sans le moindre remords. Les plans de bataille sont  tirés et la  méchanceté se déguise en  comédie quand les personnages, comme ceux de Pirandello, décident  de remettre en question leurs  rôles, afin de trouver une   solution  par le biais du théâtre. En  jouant  la douleur   à la  manière d’une  farce, la femme va faire comprendre à son mari  les blessures que  l’ouverture de leur  couple lui inflige.
Jodi Sprung-Boyd, la jeune metteuse en scène, a remarquablement su intégrer dans son travail le concept de la lutte des classes,  et une parodie de la bourgeoisie, grâce à une scénographie qui laisse deviner la situation et grâce aussi à des jeux d’ombres dans la salle de bains et à un jeu corporel  que l’on associe d’habitude au théâtre de Dario Fo. La comédienne surtout,  a atteint un niveau de double jeu excellent : elle passe du narrateur qui prépare  un coup insidieux en nous expliquant sa ruse,  au personnage blessé (prêt à se jeter par la fenêtre) et qui fait marcher le  mari , toujours avec un clin d’œil théâtral,  jusqu’à ce qu’il s’écroule.  Les passages entre ces deux réalités scéniques sont  bien rythmés , grâce à une chorégraphie à la fois  précise et joyeuse. Belle  découverte  pour  un festival de ce genre..
Festival Fringe d’Ottawa  vernus_says_surprise_2Ken Godmere, lui,  est un comédien surprenant et  très doué qui a écrit un scénario (sans paroles) pour mettre en évidence ses talents de mime. L’unique personnage sur scène: un  pépé (vieilli par un maquillage très efficace) vit seul, dans un espace  vide, juste meublé par un paysage sonore  (18 voix enregistrées). Il possède une gestualité impeccable qui  permet de deviner  les objets qu’il ramasse, les  dimensions de son appartement, les moindres bruits (sonnette, téléphones, ordinateurs,  vendeurs à domicile).
Harcelé  toute la journée par des voix humaines en direct ou  par celles des répondeurs  de  gens qui vivent à l’extérieur de son espace, il se tait: il sait en effet que  ceux qui parlent n’écoutent que leur propre voix et ne comprennent pas du tout qu’il ait des rapports au ralenti avec le monde.  

Il vaque à ses  occupations  quotidiens, sort dans la rue où il  est dépassé par les foules. Et les jeunes  le bousculent dans les magasins de jouets où il cherche un cadeau  pour son petit-fils. Le langage  gestuel est  clair mais nuancé, plein humour et, à la fin, émouvant   et sans la moindre sensiblerie. La parole est devenue superflue… du moins nous le croyons.
Il y a un moment magique quand l’enfant comprend la lutte de son grand-père et exprime sa joie devant un  simple cadeau. Ce moment de reconnaissance justifie le seul mot de la soirée: » surprise ». Bouleversant!
Godmere pense faire une tournée à travers le monde. La puissance de son jeu et la clarté des émotions  qu’il transmet sont telles que le spectacle s’imposera sûrement dans n’importe quel pays.

Alvina Ruprecht

Festival Fringe d’Ottawa jusqu’au 24 juin, 2012.


Archive pour juin, 2012

Je me numérise

Je me numérise de Nicolas Ancion, lecture/mise en espace de Mustapha Aouar, musique d’Éric Recordier et Aurélien Rozo

Je me numérise 223022426Nicolas Ancion a écrit  une pièce d’une actualité brûlante. Au moment où nous sommes nombreux à subir l’ angoisse d’une disparition subite de nos blogs ou de nos téléphones portables, autant de pertes irréparables et incompréhensibles. Les chercheurs du CNRS sont  eux aussi  confrontés à la difficulté de conserver la mémoire du passé !
Il s’agit ici d’un homme soumis à un interrogatoire dans un commissariat de police. C’est d’actualité: (lire la critique de  Blanches d’Armel Veilhan dans le Théâtre du Blog).  Accusé d’avoir volé dans le métro cinq téléphones portables et un ordinateur  puis de les avoir brisés, l’homme ne perd pas contenance, il se proclame super-héros, et affirme que les injustices sont le moteur de notre système. “Les barbares n’ont plus besoin d’armes pour franchir nos frontières, il n’y a plus de sens (…).Même aux toilettes, il faut péter en silence, on a mal au travail comme on a mal au ventre. Au boulot, c’est déjà trop tard, tout se fait sur ordinateur. Vous êtes libre, notre monde disparaît peu à peu (…) L’ordinateur nous livre des visions appauvries de notre monde, il classe tout mais ne comprend rien (…) Nous sommes à bord du Titanic ! (…) moi je suis un Robin des bois”…
La jeune psychologue qui l’interroge est étonnée d’avoir affaire à un homme  qui possède un telle assurance: il s’avère être un informaticien qui a réussi à effacer toute l’ affaire  de  l’ ordinateur et à se faire libérer dès le lendemain. On les retrouve à nouveau face à face pour un entretien psychanalytique cette fois, l’analyste habituel est en congé de maladie et leur conversation dérive peu à peu dans des longueurs entrecoupées par des intermèdes musicaux de deux excellents musiciens qui animent souvent les soirées cabarets de Gare au Théâtre.

Mustapha Aouar, grand mâcheur de verbe poétique, avait déjà collaboré avec Nicolas Ancion pour Monsieur Delagare dans les cafés de Vitry. Quand il en aura livré la version définitive, Je me numérise sera présenté à Gare au théâtre à la rentrée 2012.

Edith Rappoport

Gare au théâtre de Vitry.

www.gareautheatre.com

Joyeux deuil

Joyeux deuil, de Sabrina Amghar, Orane Dumas et Syndie Kourte, mise en scène de Bernard Bourdeau.

Joyeux deuil joyeux-deuilIl y a Myriam, la trentaine qui est en train de préparer, avec l’aide  sa sœur Zoé, sa jeune demi-sœur, une petite fête pour le cinquante-cinquième anniversaire de leur mère, un actrice très connue dont on ne saura pas grand chose. Trois chaises  de faux cuir, une  table recouverte d’une nappe rouge, où trône un énorme gâteau avec seulement six  flûtes en plastique et une bouteille de champagne déjà ouverte et pleine d’eau.Et des costumes assez laids. Bon… il faudra faire avec!
 Arrive alors brusquement Yasmine, qu’elles ne connaissent pas, et qui se révélera faire aussi partie de la famille. Elle se charge de rabattre le caquet de Myriam  qui n’a même pas conscience du racisme de ses paroles, en lui révélant qu’elle est interne en médecine, et qu’elle dirige un service de gynécologie dans un hôpital(???). Ce tout début de la pièce est assez enlevé et ne manque pas d’un certain piment, mais cela ne dure pas et le dialogue devient vite bavard! Parfois à la limite du boulevard.
Puis la pièce bifurque sans que l’on sache bien pourquoi: on est quelques mois plus tard, changement de situation: Zoé est enceinte et il y a une couronne mortuaire; on comprend donc que leur maman est partie pour le paradis des comédiennes. Bref, la mort qui vient de frapper, et la vie qui va arriver d’ici peu:  cela ne fait pas dans la légèreté mais bon… Et le grand déballage familial où l’on se perd un peu dans les parentés et pièces rapportées, va alors commencer… Jusqu’à l’annonce de ce père qui va revenir. Merci, docteur Freud….
 Ce Joyeux Deuil, vous l’aurez deviné,  est d’origine  autobiographique: et a sans doute commencé par des impros  » L »une des comédiennes, disent-elles,  se découvre à trente ans une famille de l’autre côté de la Méditerranée et une sœur de l’autre côté de la rue.A l’image de la pièce, une troisième personne auteur/comédienne d’origine algérienne, vient nourrir le projet ».
Quête d’identité, questionnement intérieur, interrogation philosophique : c’est  le terrain  théâtral où  s’aventurent ces trois jeunes sympathiques écrivaines/comédiennes.Mais le compte n’y est pas vraiment: les dialogues sonnent souvent faux, l’histoire racontée est  trop compliquée pour qu’on ait envie de s’y intéresser de près. Et l’écriture à six mains de cette piécette est quelque peu  racoleuse, comme si les trois complices l’avaient commise pour la jouer ensuite en se faisant plaisir…
Elles se tirent comme elles peuvent de ce dialogue qui manque d’une intrigue solide, la plus convaincante étant sans doute Orane Dumas qui a une belle présence en scène. Mais » la comédie qui fait rire aux larmes » comme le prétend  le programme, est bien longuette  alors qu’elle ne dure qu’un peu plus d’une heure  et ne fait pas beaucoup rire un public, disons, clairsemé.
Enfin si le cœur vous en dit… Mais ne venez pas vous plaindre!
 Les trois comédiennes,  après le salut,  demandent aux spectateurs de ne pas parler du spectacle à leurs amis s’il ne leur  a pas plu! Et puis quoi encore! Si, si, justement on vous en parle, mais sans trouver une vraie bonne raison de vous y envoyer. Même si, en plein Paris, on se croirait très loin: le grand square  qui jouxte l’Aktéon Théâtre, avec ses grands arbres  magnifiques,  au calme absolu, possède  quelque chose de merveilleusement poétique ce samedi soir mouillé de la fin juin… Avec un petit parfum surréaliste à la Delvaux. On se console comme on peut d’une soirée perdue!

Philippe du Vignal

Aktéon Théâtre 11 rue du Général Blaise 75011 Paris T: 01-43-38-74-62

Un siècle d’industrie

Un siècle d’industrie  de Marc Dugowson, mise en scène d’ Hugo Malpeyre

C’est la septième édition du Prix du Théâtre 13, manifestation organisée par Colette Nucci sa directrice  qui s’attache à la découverte de jeunes talents. Six spectacles sélectionnés par un jury sont présentés au cours de ce mois de juin pour deux représentations. Le lauréat du prix du jury aura droit à une semaine d’exploitation au Théâtre 13, ainsi qu’un prix de 3000 €. Un prix du public décerné par les spectateurs ayant choisi le Festipass pour les six spectacles, sera attribué à une autre compagnie qui pourra bénéficier d’un accueil de deux semaines au Théâtre de l’Opprimé.
Un siècle d’industrie ouvre le festival. Nous avions pu découvrir ce texte troublant à Limoges, dans une belle mise en scène de Paul Golub, alors que nous avions  été chargée de la rédaction d’une fiche pour la fondation de la mémoire de la shoah.
Une grande entreprise de métallurgie allemande affronte la crise des années trente,  et est contrainte de procéder à des licenciements douloureux. Otto, un jeune ouvrier sur le point d’être licencié, séduit la femme du patron qui va persuader son mari de le garder. Devenu chef de fabrication, il réussit à conquérir les marchés vertigineux de la construction des camps de concentration. Chacun adhère au parti nazi, travaille avec application et  sans état d’âme, à  construire les bâtiments des camps de la mort,  et à procéder  à la destruction des cadavres qui s’amoncellent.. Un enfant nait  de cette  liaison adultère, et  le vieux patron aveugle se réjouira  d’avoir enfin une descendance.
Cette pièce remarquable est interprétée par une très jeune troupe, encore mal dégagée de l’amateurisme, sur un plateau nu où il y a  des piles de vêtements, qu’ils enfilent entre les tableaux lorsqu’ils changent de personnages. On regrette seulement que Mathieu Lourdel ,bon acteur au demeurant, qui interprète Hermann Kolb, le patron, revête une bedaine disgracieuse et se grime de blanc pour paraître l’âge de son rôle. Quelques acteurs s’affirment comme Tristan Gonzalez (l’amant Otto) et Naïs el Fassi (Gerta Kolb, la femme du patron).

Edith Rappoport

Théâtre 13

Postsunen « P »

Postsunen « P » de Kentarô Kobayashi.

 Postsunen A la fois auteur, metteur en scène, comédien mais aussi créateur de mangas, il est diplômé en gravure de la Tama University, Kentarô Kobayashi, à 39 ans,  a déjà un solide passé artistique au Japon, où il est aussi connu pour la qualité de ses émissions télévisuelles d’information et de variété. Sur scène, un châssis gris en fond de scène  avec une porte, posé sur un plancher en pin et un cube pour s’asseoir. Cela rappelle furieusement l’esthétique du théâtre nô.
Kobayashi, silhouette mince en  pantalon, chemise, gilet, chaussures noirs et lunettes cerclées de noir- toujours la gravure!- entre en scène et va se livrer à une série de sketches pleins d’humour et de poésie, parfois un peu mélancoliques, avec une virtuosité et une précision gestuelle fabuleuses. Graphiste, il utilise les fameux tangram  « Les sept plaques de l’habileté », en raison des 7 plaques utilisées) qui remontent  à la haute antiquité, avec plusieurs triangles et un carré magnétisés qu’il colle en les combinant sur le mur gris. Mais le comédien joue aussi avec des images vidéo de lui-même en noir et blanc qu’il a filmés le plus souvent au bord de la mer. Comme, par exemple,  son double filmé le regarde d’un air ironique ou quand lui sur scène voit son double courir dans un carré projeté qui se déplace sur l’écran. Sans doute l’idée n’est pas nouvelle mais on est loin des interactions un peu faciles qu’utilisent Dominique Hervieu et José Montalvo dans leurs ballets.
Ici, pas de couleurs mais une rigueur, une poésie et une intelligence exceptionnelles. …Là encore, sans la lithographie, le spectacle n’aurait pas été celui-ci!  » J’ai appris, dit-il, à m’exprimer dans le contraintes. Cela m’a aidé à concevoir des scènes  en m’imposant certaines contraintes: la pénombre, l’immobilité, etc.. En passant au spectacle, je n’ai pas le sentiment d’avoir changé de voie. le matériel de lithographie est simplement remplacé par mon corps aujourd’hui ».
Ce que Kobaiashi ne dit pas, c’est la maîtrise de son corps et  l’adéquation parfaites  entre le son (bruits de porte, etc…) et la gestualité des séquences sur scène et à l’écran. « Si jusque dans l’emploi du corps qu’exige la démarche, l’on fait travailler le corps avec plus de réserve que l’esprit, le corps devenant substance et l’esprit, effet second, le spectateur éprouvera un sentiment d’intérêt » disait déjà le génial théoricien et auteur de nô, Zeami dans son Traité, il y a presque six siècles! L’art de Kobayashi en a sûrement pris de la graine et  s’est aussi  forgé à l’école des arts plastiques plus que dans les cours de théâtre. Et l’on n’est pas loin, cinquante ans après, des actions et performances du fameux groupe gutaï  » incarnation » Osaka, comme celles de Saburo Murakami où le corps devenait langage, au croisement de la danse contemporaine, du théâtre et des arts plastiques.  Comme nombre de créateurs de théâtre contemporain de Bob Wilson à Dominique Pitoiset
et bien d’autre metteurs en scène formés dans des écoles d’art.
 Il a rappelle aussi qu’il a été  impressionné  par les haïkus que son grand-père écrivait. . Et en effet,  on pourrait dire que chacun de ses sketches est un sorte d’haïku scénique muet où il utilise des petits trucages simples et quelques effets de magie  qu’il a aussi pratiquée autrefois. Simple mais  d’une rigueur et d’une intelligence exceptionnelle dans la maîtrise du temps et de l’espace. En une heure, et avec beaucoup d’élégance, Kobayashi, avec seulement quelques accessoires, nous emmène dans un petit voyage qui participe à la fois du pictural et du théâtral, où l’on peut découvrir un humour japonais qui a ici le grand mérite d’être universel…
 Seul bémol: Postsunen n’aura  eu que quelques représentations . On peut espérer que le Théâtre de la Ville ou un grand théâtre parisien invitera ce spectacle d’une rare qualité, dont on a l’impression de ressortir plus intelligent, loin, très loin  des logorrhées de Stanislas Nordey..Et cela fait un bien fou!

Philippe du Vignal

Maison de la culture du Japon à Paris 101 bis quai Branly 7015 Paris. Encore aujourd’hui samedi juin à 16h et à 20 heures.

L’EUROPE DES THEÂTRES

L’Europe des théâtres  aux mardis midi du Théâtre du Rond Point.

Chaque mois Louise Doutreligne organise des lectures mises en espace  au Théâtre du Rond-Point. La dernière séance de la saison est consacrée à la présentation d’extraits de pièces des Balkans qui seront présentées par la minuscule Maison d’Europe et d’Orient, dès la semaine prochaine,  à l’occasion du dixième anniversaire des éditions L’Espace d’un instant par Dominique Dolmieu, dans le cadre d’un festival européen de traduction théâtrale.
Dominique Dolmieu, infatigable découvreur de textes a édité près de 150 pièces , il en a monté plusieurs avec une belle efficacité compte tenu de ses moyens limités. Il anime un comité de lecture  au 105 bd Daumesnil, où l’on peut trouver nombre de livres rares venus de l’Est. Il y accueille le public autour d’un bar ouvrant sur une petite salle où sont présentées des expositions, des lectures et même des représentations de certaines pièces. Il est parfois accueilli au Théâtre de l’Opprimé son voisin de la rue du Charolais et tourne en Europe de l’Est.
Une équipe rodée d’une dizaine d’acteurs, pour la plupart venus de sa compagnie le Théâtre National de Syldavie (Bonjour Tintin !) comme Franck Lacroix, Céline Barcq, Cyril Lévi-Provençal lisent des extraits des pièces  présentées ensuite en  intégrale à partir de la semaine prochaine à la MEO. Dominique Dolmieu introduit les lectures dont il a mis la plupart en espace.

Meuh ! de Zourab Kikodzé et Gaga Nakhoutsrivili, traduit du géorgien.

Un troupeau de huit vaches géorgiennes broute dans un pré suisse sous la conduite d’un loup. Venues des ruines de l’Union soviétique où l’on se chauffait au bois, elles ne donnent à elles toutes que cinq litres de lait. Un chance pour elles,  car il y a surproduction de lait,  et ces bonnes laitières seront emmenées à l’abattoir pour la viande…

Ascension de Gaghik Gazareh, traduit de l’arménien.

La dramaturgie arménienne est obsédée par le génocide. C’est un oratorio autour de la cavalerie des gueules cassées. “Ils éjaculent aussi vite qu’ils tuent !”.


Le cinquième Evangile
de Slobodan Snajder, traduit du croate.

Deux des trois lecteurs sont assis dans la salle, ce qui empêche les durs d’oreilles de bien entendre ce texte terrifiant sur un camp de concentration où sont internés des enfants. On réussit à capter quelques phrases comme “Dans cette baraque, les enfants boivent du Zylon B en guise de lait !”

Les Vrais d’Andreï Kouretchik, traduit du russe.

Neuf invités sont forcés à jouer les gorilles. “Il brûlent les passeports et l’argent ! (…) La milice vient chercher les réfractaires…”

Edith Rappoport

Ces textes sont édités par l’Espace d’un instant, dirigé par Dominique Dolmieu. Le prochain mardi midi aura lieu le 25 septembre avec Chronique du Mur-de-de Barrez de Jérémie Fabre, mise en lecture par Christine Gagnepain, avec la Maison d’Europe et d’Orient site www.sildav.org
à mots découverts, salle Topor.  Attention: réservation obligatoire

Ventes de Folie (suite et fin)


Ventes de Folie (suite et fin) dans actualites image002Un grand nombre de nos lecteurs ont été attentifs à notre précédent article; aucune vente de costumes de scène, n’avait en effet connu autant d’engouement et de passion, depuis que l’Opéra de Paris en 99, avait vendu une partie de son stock de costumes, dispersé dans une scandaleuse cohue qu’aucun responsable de   la chose  n’avait prévu…
Aucune cohue lors de ces trois journées de vente aux enchères de la collection d’Hélène Martini, ancienne directrice des Folies Bergère, grâce à la remarquable organisation de la maison Bailly-Pommery et Voutier. Et ce n’est pas une fièvre acheteuse qui a créé cette atmosphère, mais une réelle passion de la scène et d’un mythe que le public a partagé, dans un grand moment d’émotion. Tout d’abord dans ce lieu magique qu’est le Palais de la Bourse puis dans un vaste entrepôt de la ville de Bagnolet.
Nulle présence, semble-t-il, du Centre national du costume de Moulins lors de ces trois journées ! Comme si le music-hall qui a porté l’art de la scène française au-delà des frontières était un art mineur ! Les collections de l’Opéra de Paris ou de la Comédie-Française, entre autres, sont conservées et présentées régulièrement au Centre national du costume. Mais pour quels visiteurs, vu sa situation géographique,  à l’écart de l’agglomération de Moulins ! Costumes bien protégés, mais qui ne revivront sans  doute  plus jamais sur scène…
Ici, ceux qui ont été vendus sont pour beaucoup assurés d’avoir une autre vie, grâce aux acheteurs français ou étrangers. Quel bonheur que de voir une jeune compagnie acquérir des portants entiers de costumes avec un réel engouement ! Ou un monsieur de quatre vingt ans repartir avec quelques tenues de scène, plein de rêves anciens dans la tête…
Une partie du patrimoine des Folies-Bergère a  aussi été préservée, grâce aux achats du Musée des Arts Forains ou du Moulin-Rouge qui a acquis le rideau de scène à paillettes rouges, dessiné par Erté, pour 23.125 euros, le prix le plus élevé; une robe-fourreau, copie d’un modèle porté par Joséphine Baker: 1875 euros;  une robe-bustier et un boa jaune 875: euros; un ensemble de robes léopard 1063 euros. Et la vente des deux premiers jours avait déjà totalisé 413.212 euros !
Des créateurs de mode, en acquérant certains lots, sont venus chercher ici de nouvelles inspirations… Philippe Decouflé, lui, est reparti heureux avec une sérigraphie d’Erté. Tous les participants: acheteurs ou simples spectateurs auront en tout cas vécu un moment unique. Ces costumes ont en effet une mémoire et une part d’animisme enfouie en eux, ce qui a sans doute, pendant quelques heures, réveillé la scène des Folies-Bergère, hors de son espace d’origine, dans une bulle de légèreté et d’insouciance.

Jean Couturier

 www.bpv.fr

Scènes ouvertes à l’insolite


Scènes ouvertes à l'insolite soi2012-vignetteLe Théâtre de la Marionnette à Paris a voulu offrir une scène  à des débutants qui en sont à leurs premières créations et présentations publiques. Parmi les spectacles, citons Rage  joué  par la compagnie québécoise A Bout Portant. Cette rage-là n’a rien à voir avec la révolte de rue qui se déroule en ce moment là-bas. Il s’agit de la glaciation des corps, pantins et comédienne inclus, et de leurs rapports sans avenir, figés. Comme les pelures d’un oignon, les corps s’habillent, se déshabillent et se ré – habillent, couche après couche, avec des films plastiques alimentaires et autres papiers collants. Intriguant  au début, sans surprise ensuite,  le spectacle ne tient pas la route une heure durant.
  La Maison près du lac,  de la compagnie Yaël Rasooly et Yaara Goldring d’Israël, nous raconte l’histoire de trois « sœurs »  et de leur enfermement comme celui qu’a subi Anne Frank dans un placard  pour échapper aux rafles des nazis. Enfin, c’est ce que le spectacle laisse supposer! Les poupées  appliquées aux corps des comédiennes sont habillées en  petites filles modèles  que rien ne prédestinait à un tel sort. L’effet d’optique  du style « nains de jardin »  est amusant, et les comédiennes/ chanteuses sont par ailleurs  excellentes. Mais bon… Kurt Weil et Brecht, ici convoqués, le sont  sans l’humour et la distance nécessaires et, dès que l’on a compris le procédé, cela ne tient pas la route une heure!
  Il y a ensuite heureusement  un formidable spectacle  déjà  vu à Charleville-Mézières. Go de Polina Borisona, (diplômée en 2008 de l’ESNAM de Charleville – Mézières) raconte sans un mot  la solitude d’une vieille dame qui reconstruit son univers, sa maison, son chat … avec simplement du ruban adhésif. Un beau moment de théâtre simple, sensible et intelligent…

Mireille Silbernagl

  Théâtre de la Cité Internationale/ Théâtre de la Marionnette à Paris du 7 au 10 juin 2012. T: 01-44-64-79-70

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Quichotte

Quichotte, opéra-jazz, livret de Jean-Luc Lagarce, musique de Kate et Mike Westbrook, mise en scène de Charlotte Nessi.

Pour les trente ans de l’Ensemble Justiniana, Charlotte Nessi,  qui dirige aussi le Théâtre de Vesoul, a repris son premier spectacle, cet étrange Quichotte conçu par le jeune Jean-Luc Lagarce, bien avant que son œuvre ne devienne célèbre, après sa disparition…
Charlotte Nessi a mis en scène  des opéras en pleine nature,  notamment La petite renarde rusée de Janacek,  Carmen de Bizet, La petite Messe solennelle de Rossini, etc… qu’elle a  créés dans de nombreux  villages de Franche-Comté, avec la participation de chorales locales d’amateurs  d’un très bon niveau. Certains de ses spectacles ont été présentés à l’Opéra-Bastille ou en tournée, notamment Guys and dolls, opéra d’enfants qu’on avait pu voir au Centre d’Art et de Plaisanterie de Montbéliard.
Nous arrivons à l’orée d’un bois où l’on achète ses billet à dix  euros; le public  en anorak, est plutôt âgé, et  il bruine. Première station,  pour une ouverture musicale dans un taillis au bord du chemin. Après quelques pas, on escalade une butte pour entendre une trentaine de choristes, puis on nous guide au bout du chemin jusqu’à un vallon où est installé le décor d’un motel décati, avec deux pompes à essence, et un bar pour servir les rares passants; un petit orchestre de cuivres et piano, que son chef dirige, dissimulé derrière la pompe à essence, est heureusement abrité sous un auvent car la pluie devient insistante…
Maja Pavloska incarne Toboso, la patronne du motel, clamant sa solitude, abandonnée par un amant de passage, qu’elle continue à attendre. La serveuse (Silvia Vadimova) attend, elle aussi, son amant disparu; le pompiste (Pascal Toussaint) clame son désir de partir car les clients se font attendre. Mais une cinquantaine de touristes débarquent d’un vieux car, et  envahissent le motel…On continue vainement à chercher les traces de Don Quichotte, jusqu’à l’arrivée d’un couple de motards, héros de la fable, un dodu Sancho Panza et un don Quichotte qui agonisera, laissant dans le désespoir sa Toboso de patronne.
Malgré le bel engagement des musiciens et des choristes, et le stoïcisme des  spectateurs restés sous la pluie, on se demande pourquoi Charlotte Nessi a voulu reprendre cet opéra de Jean-Luc  Lagarce, qui est loin d’être le meilleur qu’elle ait mis en scène. Même  si  son auteur est  né en  Franche-Comté et  si elle y a fondé sa compagnie…

Edith Rappoport

Bois de Roset Fluans (Doubs).
Les 23 et 24 juin à Bermont (90) et le 30 juin à la Saline royale d’Arc-et-Senans.
T: 03-81-21-62-89

www.justiniana.com

Blanches

Blanches d’Armel Veilhan, lecture et mise en espace de l’auteur.

Armel Veilhan, brillant pianiste,  s’est tourné très jeune vers le théâtre auprès de Françoise Merle qu’il a assisté pour ses mises en scène. Puis il a fondé sa propre compagnie qui a créé deux pièces de Miguel del Castillo, Tanguy et Une Répétition, puis un texte de Charlotte Delbo, Une pièce jouée dans la mémoire, qui nous ont laissé de bons souvenirs. Il a aussi publié en 2006 un émouvant texte autobiographique Un Enfant dans l’hiver. Passionné de pédagogie, il a ouvert son école le Théâtre A, lieu immaculé et minuscule, rue du Coq français.
On avait pu voir Les Bonnes de Genet interprétées avec deux actrices qui ont lancé une « boîte à outil », une sorte de Théâtre Ouvert de Micheline et Lucien Attoun, qui fait découvrir de nouveaux textes tous les trois mois, au terme de cinq séances de travail. Blanches, c’est une étrange confrontation entre deux femmes dans un commissariat de police dans le port d’une sous-préfecture. L’une, menottée, est soumise à un interrogatoire par la commissaire de police, on comprend vite qu’elles ont eu des relations intimes, elles parlent du suicide de Christian, au terme d’une fête qu’elles avaient organisée.
Dix ans se sont écoulés; Émilie est ici soumise à  un interrogatoire pour avoir hébergé, puis épousé un guide marocain sans papiers. Leurs souvenirs remontent: elles évoquent leur jeunesse passionnée, leurs rapports amoureux compliqués. Émilie veut comprendre les raisons du suicide de Christian qu’elle aimait, mais celui-ci l’ignorait et voulait épouser  son amie qui se refusait à lui après avoir subi sa violence.
On ne vous en dira pas plus: comme dans les romans policiers, on ne donne pas la clef de l’énigme.Mais il y a de belles montées poétiques et musicales dans cette évocation de leur jeunesse perdue et une douce amertume de la vie qui continue malgré tout. Blanches devrait trouver des théâtres pour l’accueillir.
Armel Veilhan joue aussi  dans Le Naufragé de Joël Jouanneau récemment créé au Théâtre de Vidy-Lausanne.

Edith Rappoport

Théâtre A, fabrique Théâtrale aux Lilas

www.theatrea.fr

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