grève du crime

Grève du crime par la compagnie des Grands Moyens, direction artistique de Bouèb.

grève du crime greve-du-crimeNous arrivons sur un place du vieux Mulhouse où la compagnie s’est installée. Une bande de truands aux abois et lasse d’être poursuivie, décide de décréter la grève du crime. Nous suivons dans les petites rues un camion, sur lequel est perchée une présentatrice de télévision qui commente l’actualité.
Face à la disparition de la délinquance dans la ville, les entreprises chargées de la sécurité sont condamnées à la fermeture, la police et  la justice n’ont plus rien à faire. L’ordre règne dans la ville, mais les chômeurs désespérés tentent de se suicider.
Le maire triomphe, la ville est sûre! Nous  assistons au procès d’un chômeur qui sera condamné à plusieurs mois de prison pour  tentative de suicide. Finalement, on fait voter le public pour la poursuite ou la fin de cette grève du crime qui pourrait restaurer les affaires dans la ville!  Les six bons comédiens, perchés sur des escabeaux ou sur un camion qui avance dans les rues, se transforment en un clin d’œil. On se régale de ce curieux roman policier mis en scène tête-bêche avec humour…

Edith Rappoport

Scènes de rue à Mulhouse

www.lesgrandsmoyens.com

 

 

les Grands Moyens, 20 square de Nimègues, 35200 Rennes


Archive pour juillet, 2012

Le Théâtre populaire

Le Théâtre populaire , un week-end citoyen au Théâtre du Peuple, débat avec Jack Ralite, Vincent Goethals, Robin Renucci, Michel Simonot, Patrick Sourd, Emmanuel Wallon

  Le Théâtre populaire J.RaliteCe 27 juillet, dans la salle du Théâtre du Peuple, bourrée, le débat est animé par Jean-Michel Flagotier, le nouvel administrateur du Théâtre du Peuple. Le toujours jeune Jack Ralite, grand lecteur, ouvre le débat avec son dynamisme intact. Il cite Péguy et évoque le travail inlassable de Pierre Chan, nouveau directeur du Théâtre du Peuple, qui a su transformer Bussang,  en conservant une place importante pour les amateurs et en donnant une place aux auteurs dans le cadre d’une vraie politique d’Éducation populaire. Il a su  aussi développer une politique territoriale; le Théâtre du Peuple a en effet  été racheté par l’État, et il a donc pu réaliser les indispensables travaux de rénovation pour accueillir 25 000 spectateurs pendant la saison d’été.
« Quand l’État donne un € pour la culture, cela rapporte quatre €. La grande affaire est de mettre la main sur l’âme. Vilar disait “quand quelque chose marche bien, il est temps de réfléchir à autre chose. Nous sommes inachevés, chacun se dépasse avec la culture, c’est l’honneur de l’esprit humain ! »
Il salue Aurélie Filipetti,  notre ministre qui a su réussi à dégeler la réserve de 6% sur le spectacle vivant:  » Pouvoir, c’est savoir,  et savoir, c’est explorer l’inédit. Culture, éducation et recherche sont prioritaires. La mémoire doit être une force et non un fardeau. On ne crée pas sur ordre, quand un art se fige, il meurt. Le travail est malade, on n’y respire plus, on devient boxeur manchot. On assiste aujourd’hui à la destruction du travail bien fait ».

Emmanuel Wallon rappelle, lui, les 120 années du Théâtre du Peuple qui fut fondé par Maurice Pottecher, et le rôle joué par la revue Théâtre Populaire de 1953 à 1964, et celui de Théâtre Public
Michel Simonot évoque l’histoire, la bataille pour la définition du mot populaire. « La culture est encore très menacée, dit-il.  La Convention,  en 1794,  avait associé théâtre et peuple. Au cours des années 1960-1970, on se préoccupait de ceux qui étaient privés de culture. On parle maintenant de public empêché et de territorialisation de la culture. Nous sommes actuellement face à l’injonction de remplir de plus en plus vite des salles de plus en plus grandes. Cela pose le problème du temps consacré à l’action artistique et culturelle. 52% du public de Bussang reste issu de milieux élevés ».
Vincent Goethals a fait le choix de s’associer à un auteur vivant chaque année. Il y a eu 50 représentations cet hiver, en appartement et ailleurs, avec deux acteurs sur des textes de Laurent Gaudé. Le Théâtre populaire doit parler d’aujourd’hui !

Un spectateur souligne que  les meilleures représentations sont dues à la mixité des publics. « Il faut, dit-il  intéresser les femmes de ménage comme les profs de facultés. » Une spectatrice évoque, elle,  la carrière des artistes dont certains se construisent une carrière en se faisant nommer à la tête d’institutions. Il y a une perte des valeurs, des effets pervers quand se créent des fiefs, de seigneuries, avec inévitables renvois d’ascenseurs. Si le peuple n’a plus de travail, le théâtre ne peut plus être populaire. Le mélange amateurs et professionnels permet un travail avec le public populaire.
Jack Ralite conclut en citant René Char : “L’inaccompli bourdonne d’essentiel” Il évoque le 25e anniversaire des États généraux de la Culture à la rentrée.

Edith Rappoport

colloque

Cavale

Cavale, de Yoann Bourgeois

Cavale cavale-3-Karim-HouariQuartiers d’été nous régale et se joue un air de grand Paris, en partenariat avec la ville de Pantin. L’art de dénicher les endroits qui sentent bon la tartine, sur fond de flânerie et grand air, l’art surtout de trouver le lieu magique qui fait chanter les spectacles, donc réjouit les spectateurs.

Ce jour-là, le rendez-vous est déjà toute poésie : au Chemin de halage, au bord du canal de l’Ourcq, pas difficile à trouver, après les Grands Moulins. Les berges parlent d’elles-mêmes, lieux pour dériver, par excellence. On se regroupe, assis au sol, autour d’un dispositif blanc, plate-forme et escaliers qui ne mènent nulle part. Pas de projecteurs, il fera jour encore. Derrière, l’ancien bâtiment des douanes laissé à l’expression d’artistes graffeurs, invite à la rêverie. Ces tâches de couleurs sont le début, nous dit-on, d’une fresque murale géante et collective, sur le thème de la ville.

L’accès au spectacle est gratuit, ce jour-là, un cadeau. Le silence se fait quand deux silhouettes, costumes noirs et tee-shirt blanc, entrent dans l’aire de jeu et montent les marches, avec lenteur. Nous sommes en contre-plongée. Un (Yoann Bourgeois) et son double (Mathurin Bolze), ou le contraire, se détachent dans le ciel et se cagoulent. Commence alors une valse à deux temps, sauvage et maîtrisée, de la chute et de son contraire, l’élévation, sur un trampoline inséré dans le dispositif. Apparitions, disparitions, sont saisissantes, métronomiques, ensemble ou en canon, en différé ou en quinconce, on dirait qu’il en pleut du ciel beaucoup plus que deux. On pense aux mannequins des toiles de Chirico, à sa « fabrique de rêve », ou sa « nostalgie de l’infini ». Mystérieux et mélancoliques, énigmatiques et métaphysiques, ces deux-là tentent de faire le mur.

Cavale-300dpi-CMJN_Magali-BaziUn texte tout à coup perturbe notre méditation aérienne sur fond de musique planante. Pasolini entre en scène par son poème, la vitalité désespérée. « Je suis comme un chat brûlé vif, écrasé sous la roue d’un semi-remorque, pendu par des ados à un figuier » écrivait-il, bien avant sa fin tragique… L’ innocence rêvée, l’errance, la fuite, la mort. Avec philosophie, il disait aussi : « La vie est comme la polenta, elle prend la forme du chaudron où on la verse ».

Diplômé du Centre National des Arts du cirque de Châlons-en-Champagne, en acrobatie et jonglerie, Yoann Bourgeois s’est aussi formé au Centre national de la Danse Contemporaine d’Angers. Il fait la synthèse de ces univers artistiques en un inédit subtile, exigeant et sensible. Avec la compagnie qu’il vient de créer, il présente, en 2011, L’art de la fugue. Il offre aujourd’hui, avec Cavale, un nouveau vertige, avec la même référence à l’enfermement. Son travail fait penser au cycle des oiseaux de Brancusi, polis comme des miroirs et de couleur blanche, plâtre ou marbre. « Je n’ai cherché pendant toute ma vie que l’essence du vol » déclarait le sculpteur. On trouve ici le même élan que celui de l’Oiseau dans l’espace, avec la verticalité de l’ascension.

Brigitte Rémer

Paris Quartiers d’été , Chemin de Halage, Pantin :
Les 24 juillet à 20h30, et 25 juillet à 18h30.

Prochaine création : Wu-Wei de Yoann Bourgeois, artiste associé à la MC2, Maison de la Culture de Grenoble avec des artistes de la ville de Dalian (Chine), le Balkan Baroque Band et Antonio Vivaldi, du 9 au 13 octobre 2012
Grand Théâtre de la MC2, Grenoble.

 

 

L’été en apesanteur

L’été en apesanteur, Fabrication, mise en piste et en musique : Kitsou Dubois et Fantazio

L’été en apesanteur kitsou-dubois-%C2%A9Lo%C3%AFc-ParentIl est, pour un soir, notre Monsieur Loyal, ce filiforme Fantazio qui porte si bien son nom et que sa contrebasse parfois écrase. Entre pince-sans-rire et loufoquerie, mi-auguste, mi-clown blanc, un vrai faux guide du Château de Petorhof. Cumul des mandats, à lui tout seul ! Au début, on se demande de quoi ça cause et si c’est bien à nous, public chéri, que ce discours s’adresse. Nous serions-nous trompés de salle ? Non non, c’est bien à la Coupole de la Cité U, c’est inscrit dans le programme Paris Quartier d’été… Alors on se cale et on lâche, prêts pour les hauts sommets. Attachez vos ceintures !

Verticalité, inertie, dépression, tout est état d’apesanteur. Nous flottons, la tête au carré, au fil des images tournées par Kitsou Dubois lors de ses expériences en vol, au Centre National des Etudes Spatiales ou avec la Nasa. Nous découvrons cette voleuse, étrange oiseau d’un univers scientifique où l’on perd ses répères et le sens des limites, où la gravité s’altère. Kitsou Dubois, chorégraphe et chercheuse en danse, explore aussi dans les eaux souterraines cette notion d’apesanteur, qu’elle communique sous forme d’installations vidéo, créations in situ, films documentaires, spectacles, et au fil des rencontres, tout en poursuivant ses recherches avec le milieu scientifique.

L’invitation à ce « voyage dans le subconscient » est plein de surprises et de poésie. Avec L’été en apesanteur, Kitsou Dubois puise son écriture chez de jeunes circassiens qui, comme elle, volent, ou font voler. Solos et duos sont d’une parfaite maitrise et de grande élégance :

Arabesques d’un duo de cordes (Pauline Barboux et Jeanne Ragu, dans Attraction 1) sculpte l’espace félin sur des sons lancinants, joue de déséquilibre et de lenteur. Beaucoup de grâce, dans la fonte des corps.

Jonglerie de lancer pour diabolo endiablé perçant le ciel, envolé rattrapé (Ici il y a… l’instant, de et par Jouni Ihalainen). Jeux de figures, virtuosité, rythme, inertie, vitesse de rotation.

Solo à la corde lisse (L’échappée, par Claire Nouteau, sur des images de Fabrice Croizé) et partenaire au contrepoids, bien au sol, impression de flottement, de liquide amniotique, de magma au centre de la terre.

Les musiques de Catman (aka DJ Shalom) aux claviers électroniques et sarabandes pour contrebasse, de Fantazio, sont un langage en soi et renforcent les sens. Elles structurent les moments et, comme les marées, montent et descendent, partenaires du voyage. Notre iconoclaste M. Loyal Fantazio y va aussi de la chansonnette ou du soliloque en castillan et conduit une savoureuse leçon de fessée, vérifiant auprès des spectateurs que la leçon est bien apprise, preuves à l’appui : quelques galopins de la salle testent alors le popotin de leurs parents, donnant, donnant.

Il faut un petit moment au spectateur pour mettre en marche sa « petite chambre de l’imagination » comme le dirait Kantor et ne pas mourir d’apnée, le temps de mettre le curseur sur l’hybride et la fantaisie. Cet été en apesanteur nous emmène dans les airs et sous l’eau, passant par le terre à terre en toute extravagance. Les visuels se fondent aux corps à l’envers, d’une légéreté inouïe, sur le plateau comme sur l’écran.

Kitsou Dubois et Fantazio jouent du détournement des codes, chacun à sa manière, l’une, chorégraphe des extrêmes, entre azur et abysses, l’autre, performeur des cordes, entre langue et terre. La rencontre entre les deux est pour le moins étonnante, on ne dira pas détonnante mais plutôt baroque. On sort avec une impression d’étrangeté, comme devant des enluminures qui auraient débordé de la page.

Brigitte Rémer

Paris Quartier d’été – Théâtre de la Cité Internationale, 17 Bd Jourdan. 75014.
Du 18 juillet au 5 août, Mercredi à samedi à 20h30, Dimanche à 17h.

 

 

CAILLASSES

CAILLASSES de Laurent Gaudé, mise en scène Vincent Goethals, Théâtre du Peuple de Bussang.

CAILLASSES photo-eric-thiebaut   Depuis vingt deux ans, le pèlerinage annuel que nous faisons au Théâtre du Peuple de Bussang suspend le temps. Notre arrivée dans ce splendide théâtre en bois permet de rencontres inattendues et joyeuses, Chantal et Yves Adami élus d’Audincourt et une ancienne spectatrice du Centre d’Art et de Plaisanterie de Montbéliard entre autres, et des acteurs que nous aimons sur le plateau comme Jean-Marie Frin autrefois accueilli au Théâtre 71 de Malakoff avec P’tit Albert et Dialogues d’exilés, ou encore Marc Schapira engagé depuis plusieurs mois par Vincent Goethals, le nouveau directeur du Théâtre du Peuple. Nous avions suivi les premiers pas de Vincent Goethals à Roubaix au début des années 90, quand il dirigeait Théâtre en Scène, la compagnie qu’il avait fondée avec David Conti.
Caillasses, c’est l’épopée d’exilés de leur terre, des familles brisées par l’occupation de leur village par des étrangers. Meriem qui a dû quitter son village, cherche à revoir son frère Farouk resté au pays. Elle parvient au sommet d’un colline avec un chœur persuadé de pouvoir renouer les liens de famille, mais ils sont apprêtés par des barbelés et menacés par des tirs dangereux. Farouk déjà vieux ne peut la rejoindre, mais il lui envoie sa fille Adila, née dans le camp. Celle-ci va retrouver sa tante guidée par un passeur (excellent Marc Schapira), ne parvient pas à nouer des relations avec elle, mais découvre une ville libre et finit par se procurer des armes. Elle provoque un grave attentat où plusieurs personnes perdent la vie, elle même y succombe.
Après une première partie un peu longue, le chœur parlé manquant d’une vraie dimension, le texte de la deuxième partie fait décoller la pièce. C’est la rencontre amoureuse entre Adila qui est morte avec l’Enfant des gravats (agile et puissant Aurélien Labruyére) qui la poursuivait déjà avant sa mort. Ils dévalent tous les deux une pente vertigineuse, se cherchent, s’épient se retrouvent au delà de la mort. L’ouverture tant attendue du théâtre sur la nature ensoleillée, fait apparaître des tombes, entre lesquelles les deux amants se poursuivent. Adila ( fragile et indomptable Marion Lambert) prise de regrets de son acte, peut s’adonner à ses amours.Le chœur d’une douzaine d’acteurs amateurs trouve  sa vraie dimension dans cette deuxième partie. Le décor mobile de Jean-Pierre Demas reconstitue les rues du village ainsi que la ville moderne de l’autre côté du mur infranchissable.

Edith Rappoport

Prochaines représentations le 29 septembre 2012 à la Rotonde de Thaon-lès-Vosges et les 12 et 13 octobre à l’Opéra Théâtre de Metz.

Ce jour-là

Ce jour-là. Théâtre Aftaab, Mise en scène : Hélène Cinque

Ce jour-là CeJourLa-02-%C2%A9-Christian-Ganet-300x300Au pays d’Allah, vous donnez la vie et pouvez, de droit, la reprendre. Juliette et Roméo de Kaboul se sont ainsi donnés le baiser de mort. Le père a vu, il a tué.

Ce jour-là, second spectacle du Théâtre Aftaab, porté par le Théâtre du Soleil, d’Ariane Mnouchkine et présenté dans le cadre de Paris-Quartier d’été, est une suite de tableaux sur la vie là-bas, les interdits et ce qui constitue la société, sur l’arrivée des talibans et la transition du pays.

L’Avare, spectacle précédent avec les mêmes comédiens afghans: Haroon Amani, Aref Bahunar, Taher Beak, Saboor Dilawar, Mustafa Habibi, Sayed Ahmad Hashimi, Farid Ahmad Joya, Shafiq Kohi, Asif Mawdudi, Ghulam Reza Rajabi, Omid Rawendah, Shohreh Sabaghy, Wajma Tota Khil, et mis en scène aussi par Hélène Cinque, était un pur chef d’œuvre (Théâtre du Blog du 16 juillet)

L’exercice est ici difficile, il a valeur de témoignage, car « à Kaboul, on efface la mémoire ». Pas de texte au départ, un spectacle basé sur l’expérience et la sensibilité de chacun, sédimentées en écriture collective. Le conteur se superpose au sage et interroge : « Va-t-on nous rayer de la carte » ? Les gestes ancestraux du marchand ambulant mouillant la terre poussière devant lui, ou la convivialité du hammam, s’impriment.

Septembre 1996 à Kaboul, Brutalité et cruauté s’invitent chez Monsieur Abbass, petit barbier de quartier, et la vie se dérègle. Les talibans, autant de répliques d’un Ivan le Terrible redouté, posent leurs empreintes de façon directe, ou plus sournoise. L’intrusion dans le cadre privé est totale: la barbe, le nouvel uniforme. On s’attaque aux églises, aux statues, à tout ce qui est autre. Des images vidéo fondues enchaînées le rapportent, dans le spectacle. Les gens du peuple changent de statut et chacun se méfie de l’autre. L’ex-chanteuse n’a que sa nostalgie, les relations sociales se brutalisent : «Tout le monde devient fou, ici». Le salon de coiffure de Monsieur Abbass, qui sert de trame à l’histoire, est déchiré et la famille catapultée: on perd de vue le fils, ainsi que Golo, petit personnage pittoresque, proche de la BD.

S’invente alors une vie souterraine, ce qui serait cocasse dans tout autre contexte touche ici à la tragédie et construit la schizophrénie. Les musiciens rejoignent la répétition, enveloppés de burqas, un mariage traditionnel se termine dans le sang, Monsieur Abbass se rebelle. Et quel meilleur spectacle dans ce Kaboul des années noires que la lapidation d’une femme ? Avec participation obligée d’une population désignée comme justicière. Traumatismes. Etre femme, comme les mauvaises herbes… ou comme Satan. Même la médecine est exemple d’inhumanité.

Puis vient ce jour-là, 11 septembre 2001 et sa suite. Trois mille victimes, au nom du fanatisme. Le discours controversé d’un certain Président Bush. Des militaires grossiers, la fête de la caserne à Kaboul, une chanteuse vêtue du drapeau américain.

Ce que nous, de France, avons emmagasiné des médias, jour après jour, depuis ce septembre de terreur, est livré là, en direct, par la parole du peuple afghan et le témoignage des comédiens. Alternance des moments de dérision et d’une parole qui se perd, farce du désespoir à outrance, mais comment faire, tout est à vif, tout est à chaud.

Retour à normalisation, Juin 2009, une vie moderne. Polémique sur la présence américaine, entre libération et répression. La moulinette historique se poursuit, les drames personnels avec. Ahmad, fils chéri de Monsieur Abbass, est mort. « Je cherche ce qui reste d’humanité »…

Le spectacle se termine sur une image paisible, entre moutons et berger… un paradis perdu, une utopie ? Et la danse des ténèbres, se referme, nécessaire exorcisme pour trouver un peu de paix en soi.

Brigitte Rémer

Paris quartier d’été et Théâtre 13/Seine, 30 rue du Chevaleret. Paris 13ème.
Deux pièces du Théâtre Aftaab : « 
L’Avare » et « Ce jour-là ».


Intégrales, Samedis 14 et 21 juillet – 17h30 : « Ce jour-là » – 20h30 : « L’Avare », et aussi :«L’Avare », les 15 et 22 juillet, à 15h30 – le 17 juillet, à 19h30 – le 18 juillet à 20h30.« Ce jour-là », les 19 et 24 juillet, à 19h30 – les 20 et 25 juillet, à 20h30.

Un Ennemi du peuple

Un ennemi du peuple d’Henrik Ibsen, mise en scène de Thomas Ostermeier, (en allemand surtitré en français).

Un Ennemi du peuple  imageC’est à un théâtre sans artifice que nous convie le metteur en scène, avec un texte certes adapté, mais qui  garde tout son sens, une scène, des comédiens sans micro et… pas de  vidéo.
Thomas Ostermeier redonne de la valeur à l’art du théâtre, tant dans sa forme que dans son contenu. Aux murs sur lesquels sont dessinés les éléments de décor, auquel s’ajoutent un canapé,  quelques chaises et une table.  Décor  repeint en blanc au milieu du spectacle , comme pour mieux marquer le changement d’espace, puis maculé de couleurs qui le transforme en une véritable peinture contemporaine. L’action se déroule aujourd’hui. Les comédiens, tous très justes , répondent à une direction d’acteurs qui a fait la réputation du metteur en scène.
C’est une adaptation intelligente du texte d’Ibsen. La fable met en lumière le docteur Stockman qui vient de découvrir l’existence d’eaux souillées mettant en danger la population curiste d’une petite ville, qui a comme seul poumon économique, une station thermale! Il va affronter les autorités politiques locales (son propre frère est maire de la ville) ainsi que la presse (ses amis personnels), afin de pouvoir faire éclater la vérité.
Et pour dire cette vérité, une réunion publique est organisée, et quoi de mieux que le théâtre pour cette rencontre.
Grâce au théâtre justement, Thomas Ostermeier transforme l’espace de jeu, en un lieu de prise de parole publique, ou personnages et spectateurs peuvent s’exprimer et dialoguer. Deux traductrices servent d’intermédiaire.
Le docteur Stockman prend alors la parole derrière un pupitre et déclare, acclamé par le public: « Ce n’est pas l’économie qui est en crise, mais que c’est l’économie qui est la crise ». Ainsi, de la mise en jeu des intérêts financiers et politiques pour une question de santé publique, le comédien nous fait passer de son histoire à notre vécu d’aujourd’hui.
Les spectateurs vont prendre la parole en s’adressant aux personnages, et le comédien n’existe plus: Thomas Ostermeier a gagné son pari. Le docteur Stockman attaque l’hypertrophie du moi personnel de nos contemporains, «  Ce qu il faut des prothèses pour tenir un moi », ainsi que la notion de famille judéo-chrétienne. Il met en évidence l’impossible coexistence des « moi » multiples et d’une vie en société démocratique.
Des spectateurs s’opposent à lui quand il parle de la notion de morale, et, à chaque moment,  la parole est tendue. Bien sûr, les autres personnages participent aussi à la discussion. Cette prise de parole cesse par un subterfuge: le docteur Stockman est bombardé de peinture par ses opposants, et la pièce reprend son cours.
La fin du spectacle est ambigüe, puisque le médecin se retrouve dépositaire d’actions des thermes, et que son beau-père, le principal pollueur a racheté l’établissement au moment ou éclatait le scandale. Thomas Ostermeier souligne ici la difficulté de la coexistence, dans une démocratie,  entre  intérêts de santé publique et pouvoirs économiques, politiques et médiatiques. Mais il oublie la puissance du pouvoir judiciaire parfois d’ailleurs liés aux autres .
Il suffit de se souvenir et de relire la circulaire du 20 juin 1983 relative à la prévention du SiDA (D.G.S/3B num 569) signé par le Directeur général de la Santé de l’époque, qui alertait des risques de transmission du SIDA par transfusion sanguine. Cela se passait en France,  il y a bien longtemps, et ce n’était pas une fiction. Rappelons-nous l’issue de cette affaire !

Jean Couturier

Festival d’Avignon , Opéra-Théâtre jusqu’au 25 juillet.

La Porte du non-retour

La Porte du non-retour 39-Lhorizon

 

 

 


La Porte du non-retour
, de Philippe Ducros,  parcours théâtral et photographique.

 

C’est un parcours de solitude. L’endroit est paisible, en apparence. On vous remet un audioguide, et vous indique une porte. Vous passez le seuil et vous êtes seul, ou presque, dans une coursive fermée, à deux niveaux. Sur la tôle ondulée, noire, des photos couleurs, de grand format. Vous avez rendez-vous avec l’Histoire. Quartiers d’été/Quartier d’Afrique… Kingshasa. République Démocratique du Congo. Treize millions d’habitants. Au pays des enfants-soldats et des déplacés intérieurs. Le flot de la mémoire, persistant, comme une vague de fond dans les enceintes, vient à votre rencontre, bourdonnement lancinant, à peine perceptible.
Vous ferez vingt arrêts face aux photos ou groupes de photos prises en 2008, dans les camps de réfugiés,  à Lomé et en Ethiopie, ; puis, à Kinshasa en 2010, aussi longtemps que vous le voudrez, temps suspendu au récit de voyage d’un auteur, metteur en scène, acteur et photographe, Philippe Ducros, dont la démarche artistique avec sa compagnie Hôtel-Motel de Montréal, vaut engagement: de la  Palestine occupée aux camps de l’Afrique. Le récit est adressé, c’est une lettre à celle qui ne l’a pas senti partir, sa compagne. Et quand le silence se fait dans votre casque, l’écriture prend le relais, avec quelques panneaux.
49-Une-des-portes
La Porte du non-retour, ce monument dédié aux cinquante millions d’Africains arrachés à leurs terres de l’Ouest de l’Afrique, les inscrit dans la mémoire collective. « Seulement dix à quinze millions arriveront en sol d’esclavage ». Les autres, morts en chemin, savaient qu’ils ne reviendraient pas. « La traite des noirs, premier pillage, en Afrique ».
Le point de départ, intitulé Radeau de la Méduse, montre Kinshasa, les enfants, les femmes. La vie comme elle va. Fumées, pollution, occupations dans les décharges, migrations quotidiennes dans des camions ferraille où s’entassent les gens, sacs en plastique qui volent au vent.

Le bus stoppe à Apocalypse, nom d’un petit hôtel bien délabré du coin du Boulevard. Diamants, cobalt, uranium:  ressources du pays. ‹‹Je reviens du centre de Kinshasa, Boulevard Lumumba, des milliers de camions.›› A Lomé, c’est le marché aux fétiches : Akodessewa, qui retient l’attention, « des espoirs vendus bon marché ».
Puis on entre dans l’horreur, graduellement, comme on pénètre au cœur de la forêt. Assassinat, début 61, de Patrice Lumumba, figure de l’indépendance du Congo Belge. Lutte contre la colonisation, résistance. Quatre millions de morts en République Démocratique du Congo, une  sorte de génocide. « La fin du monde n’est pas à la même heure pour tout le monde ». Des millions de réfugiés, des millions de déplacés internes : « La vie en suspension ».
Camps de réfugiés, à Goma, sur le front avec le Rwanda, dans la zone de conflit où agissent les groupes armés. Vols, viols, violences des enfants soldats. La peur, les machettes, les cadavres, l’attente. « Ils ont massacré sur quinze kilomètres cette nuit-là ». Barbarie, « La faillite de l’homme ». Le visage de Fortuné, avec son fils, Volonté, né d’un viol. Image forte. « On se bat pour rester digne ».

Dans les camps, on essaie de survivre, avec, par famille et par mois : 0 ,5 kg de sel, 12  kgs de farine 3,6 kgs de fèves sèchées, 0,9 hl d’huile. « Il n’y a que là-bas que la vie soit réelle. Il n’y a que là-bas que le mensonge cesse ». Mais, là-bas, il n’y a pas d’enfance, les visages sont graves. Les enfants meurent. Certains prient et « le monde s’englue ». Alors, témoigner devient vital, sinon tout meurt.
C’est le sens du voyage de Philippe Ducros qui dit, ici, l’indicible. Le concept qu’il développe avec  la photo et l’art du récit, permet ce chemin initiatique, et porte  une démarche qui se situe  entre l’intime et le monde entier.

Brigitte Rémer

 

 

Paris-Quartier d’été – Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud. 75011

14 au 29 juillet, de 18h à 21h.

 

Les contrats du commerçant

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Les contrats du commerçant,
une comédie économique d’Elfriede Jelinek, mise en scène Nicolas Stemann, en allemand, surtitré en français

C’est encore la crise économique mondiale qui est le thème de la pièce d’Elfriede Jelinek, mise en scène par Nicolas Stemann pour sa première venue en France. Avec cet artiste, le public a découvert pour cette première, à la fois un metteur en scène, un acteur, un musicien et un directeur de troupe, le Thalia Theater, doué d’une forte personnalité.
Pendant le premier quart d’heure d’une pièce beaucoup trop longue (3h 45!) il nous a présenté en français le voyage d’Elfriede Jelinek, et son interprétation du texte, dans une dénonciation de la crise économique. Avec un vrai sens de l’humour, il nous parle du décor mis en miette par le mistral, et explique qu’il ne connaît pas la durée du spectacle , puisque  cette pièce est en permanence en réécriture (cent pages seront jouées ce soir là, avec un décompte visible des pages) et qu’une part d’improvisation est toujours prévue. Il nous invite à faire des pauses: un bar a été installé pour que le public puisse continuer de suivre le spectacle sur des écrans vidéo.
Il termine par cet aveu «  Ne soyez pas triste si vous ne comprenez pas tout … les Allemands non plu! ». Sur le vaste plateau, sont installés à vue, un piano, un atelier vidéo dont les images seront filmées et projetées en direct sur les murs de la cour du lycée Saint-Joseph, un espace de repos pour les comédiens et les régies techniques. Tous les comédiens sont remarquables, et leurs énergie communicative maintient le public en éveil sur un sujet redondant. Pêle-mêle, nous découvrons des personnages victimes de la crise, et des banquiers et investisseurs qui exhortent le public à vouloir toujours investir chez eux.
Mais ce soir-là, les spectateurs ont eux, beaucoup de mal à donner quelques billets d’euros aux comédiens pour que le jeu continue. Le texte de la pièce est projeté sur les murs. Les comédiens et le metteur en scène, font aussi difficilement chanter le public, sur les thèmes de l’Europe et de l’argent-roi. Les acteurs portant des masques de notre président et de la chancelière allemande,  se lancent dans  une danse macabre.
Le spectacle ressemble parfois à une liturgie, parfois un concert rock, parfois à un spectacle de fin d’année d’étudiants. Pourtant l’ensemble obéit à une rigoureuse organisation, que commande le metteur en scène, y compris quand un spectateur vient se heurter sur le plateau à l’équipe des comédiens. Au bout de quelques minutes, nous reconnaissons Vincent Macaigne qui profite de sa présence sur scène pour poursuivre la lecture du texte de Jelinek… « Rien ne nous appartient », « le soleil se couche la nuit noire arrive »: le message est clair, le théâtre n’apporte aucune solution à cette crise, seul l’humour peut nous sauver.
Un autre acteur du spectacle était présent ce soir-là: le mistral qui a permis aux feuilles du texte d’Elfriede Jelinek de s’envoler dans la nuit d’Avignon dans une belle chorégraphie improvisée, quittant l’espace protégé du théâtre, pour rejoindre la vraie vie, dans une métonymie de notre société en perdition.

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Jean Couturier

Festival d’Avignon In, dans la cour du lycée Saint-Joseph jusqu’au 26 juillet

Le Monde de Jean Vilar n° 113 des Cahiers Jean Vilar

Le Monde de Jean Vilar n° 113 des Cahiers Jean Vilar (1).

  Le Monde de Jean Vilar n° 113 des Cahiers Jean Vilar  dans actualites Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2012-07-09-%C3%A0-13.46.35Le Festival d’Avignon, ce n’est pas seulement des spectacles de  théâtre et de danse mais aussi depuis toujours des expositions. La Semaine d’art en Avignon en 1947, premier nom du festival,  proposée par Christian et Yvonne Zervos, comportait déjà une exposition d’art moderne ( Giacometti, Arp, Chagall, Gris, Léger, entre autres…, et on se souvient de celle de Picasso au Palais des Papes en 74. Cette année sera marquée par  l’installation/performance de Sophie Calle cette année dans l’église des Célestins, d’une grande beauté mais, à la limite du supportable, dont vous rendra compte Jean Couturier. Et surtout celle consacrée à Jean Vilar pour la centième anniversaire de sa naissance à l’Hôtel de Mons devenu Maison Jean Vilar.
Agnès Varda en 67 avait déjà présenté une belle exposition dans la chapelle Saint-Charles d’Avignon avec des photos des spectacles et de la vie de ce que fut le Théâtre National Populaire à Chaillot. Dont les fameuses lettres T.N.P. , créées par  le grand graphiste Jacno- qui, on le sait moins fut aussi le créateur du célèbre paquet des Gauloises bleues lui avaient inspirées par  celles des affiches de la Révolution française et qui étaient la marque de la maison. Nous avions retrouvé – quelle émotion!- traînant, poussiéreuse mais intacte, sur une étagère d’un sous-sol du théâtre, une petite bande plastique- sans valeur marchande mais témoignage émouvant- qui servait à marquer les caisses et les malles des tournées… Avant lesquelles, en patron lucide et prévoyant, il avertissait ceux qui partaient avec lui: « Noubliez pas que, là-ba, vous allez représenter la France ».
  En préalable logique à  celle d’Avignon, un exposition  se tient aussi à Sète au  premier étage de la maison qui l’a vu naître au 13 rue Gambetta et qui abritait la boutique de mercerie de ses parents, avec de très nombreuses photos et des vidéos des spectacles du T.N.P. Son père qui n’avait pas pu faire d’études  secondaires car il avait dû servir de commis à la boutique, qui acheta de nombreux livres pour lire en autodidacte les classiques dont il avait été frustré.
  A la Maison Jean Vilar, en fait, c’est tout le parcours du jeune homme sétois, pauvre, seul  et un peu désemparé quand, à vingt ans, il débarque de Sète  à Paris et devint pion au collège Sainte-Barbe. Sète qu’il ne reniera jamais… Il ne ne se destinait pas à l’origine au théâtre. Passionné d’écriture, il écrivit quand même une pièce Dans le plus beau pays  du monde quand il avait 27 ans, mais qu’il ne monta jamais mais à laquelle il travaillait encore quelques mois avant sa mort en 71.
Il y a quelques véritables éléments de décor du T.N.P. dans un salle, et 18 oriflammes, ceux du T.N.P., isnpirés de ceux des fêtes de Sète pour évoquer les personnalités de ceux qui l’entourèrent: Charls Dullin son maître, René Char, Gérard Philipe, Maurice Béjart, Maria Casrès, Georges Wilson…  de grands panneaux avec  de nombreuses photos et vidéos, mais aussi  toute une  correspondance, notamment celle inédite avec son épouse André Schlegel, et de formidables documents, comme ces notes de service où il manifestait selon les jours les colères ou les enthousiastes du patron d’un grand théâtre, véritablement obsédé par la présence du public.
 Comme Savary qui, à ses débuts, joua tout ému dans les collants noirs de Vilar donnés au Grand Magic Circus; il lui succèda quelque quarante ans plus tard et  quotidiennement, jetait un œil sur l’ordinateur pour voir où l’état des réservations. C’est une chose que l’on oublie souvent mais quand la grande Jeanne Laurent lui confia la direction de Chaillot, c’était plus de deux mille places qu’il fallait remplir, et par une de ces aberrations dont l’Etat français a le monopole, Vilar était responsable sur ses biens propres… Lui qui ne possédait qu’un modeste appartement ! Et ce n’est qu’en 69 que l’Etat accordera enfin des statuts dignes de ce nom au T.N.P.!
Chaillot, c’était aussi une grande équipe de techniciens dirigée par Maurice Coussonneau et Camille Demangeat qui faisaient marcher cette énorme boutique et qui ne comptaient ni leur temps ni leur énergie. Et c’est Pierre Saveron dont il y a un beau témoignage qui inventa les fameux éclairages blancs des spectacles de Vilar, ce qui était révolutionnaire à l’époque et qui dirigea une importante équipe , dont ce vieil électricien qui, devenu veuf, travaillait encore un peu dans les années 90, attaché qu’il était à sa maison; il lui avait inventé, sans déposer aucun brevet, un projecteur à volets, donc capable de faire brutalement le noir… invention ensuite copiée dans le monde entier! Et le chef-accessoiriste de Vilar nous racontait que les veilles de générale,quand les répétitions finissaient trop tard pour reprendre le métro, nombre d’entre eux dormaient dans les loges. C’était aussi cela le  Chaillot des années 50, doté aussi d’une équipe administrative exceptionnelle dont Jean Vilar sut s’entourer: Jean Rouvet, ancien instituteur et inspecteur de la jeunesse et des sports,  Robert Doizon, Chrystel d’Ornjehlm et Sonia Debauvais… et indispensable, sans laquelle le T.N.P. n’aurait jamais pu fonctionner. Ce que montre bien l’expo, c’est un Vilar à la fois solitaire et avide de rencontres et d’amitiés, « doutant de tout et de lui-même, sauf de la légitimité de son action  » comme l’écrit Jacques Lassalle dans la belle préface  dans ce numéro des Cahiers Jean Vilar.
 C’est un numéro exceptionnel de qualité dont le rédacteur en chef est Rodolphe Fouano et le directeur de rédaction Jacques Téphany qui  retrace les années de Vilar à l’école de Charles Dullin où il fut le condisciple de Jean-Louis Barrault,  d’Alain Cuny,  Madeleine Robinson, Marguerite Jamois. Il rappelle-t-il, que Dullin fut l’un des premiers, en 1938, à fournir à Daladier un projet sur la décentralisation. Téphany, dans un autre article, souligne aussi, et avec raison l’importance de l’amitié qu’eut René Char pour la mise en place du festival. Comme celle de Georges Pons, maire communiste élu en 45, homme exceptionnel qui dut reconstruire sa ville bombardée, et  qui fit voter par sa conseil municipal les indispensables subventions pour équilibrer le budget du festival qui n’était pourtant pas à l’époque l’énorme machine qu’il est devenu…
Il y a aussi un article important écrit par Marion Denizot consacré à la  visionnaire Jeanne Laurent, sous-directrice aux Beaux-Arts, inconnue du grand public,  qui nomma Vilar à la tête de Chaillot en 51. Décision absolument capitale dans l’histoire du théâtre français et européen. Nous nous souvenons que dans les années 70, il y avait eu une sorte de débat au Théâtre de l’Odéon avec tout le gratin de la profession. Et une dame pas très jeune avait fait remarquer à l’un des intervenants qu’il commettait une erreur. Et comme elle avait l’air de bien savoir de quoi elle parlait, le modérateur lui avait demandé qui elle était. Et elle avait répondu: « Je suis Jeanne Laurent ». Et toute la salle s’était alors levée et l’avait longuement applaudie.
 La précédente livraison des Cahiers Jean Vilar (n°112 de mars 2012) comprenait déjà les lettre à son épouse. Ici, on trouve celles de l’époque 1948-71 année de sa mort qui ne sont pas publiées dans leur intégralité quand elle sont trop intimes. C’est un autre Vilar, que l’on découvre, grâce à ses deux fils Stéphane et Christophe, père attentif à la scolarité de ses trois enfants. » Stef, je t »en supplie, je n’accepterai jamais que tu retournes en sixième! J’aurais honte! « 
 Il y a des photos émouvantes de la famille à Sète dont ne restent que ses deux fils Mais il parle aussi de ses tournées dans le monde avec ses comédiens, au Québec comme à Berlin, Prague, Zagreb, ou dans  la Grèce d’Epidaure et de Delphes où il découvre, « à travers la terre et le ciel » son cinquième siècle.. ou encore en Italie au Piccolo. Datée de 60, une lettre, Vilar parle de des ennuis financiers quand  Malraux, alors Ministre de la Culture, se montre plutôt pingre avec le T.NP. et Vilar de conclure:  » Un théâtre populaire? A la vérité, ça les ennuie. ou alors il leur faut des idées mirobolantes ». Il faudrait tout citer de cette correspondance passionnante.
Il y a aussi des articles sur les grandes figures du T.N.P.: Gérard Philippe, Maria Casarès, Georges Wilson  qui succéda à Vilar à Chaillot et Paul Puaux au Festival d’Avignon.
  Le numéro se termine par deux articles de Rodolphe Fouano: Un écrivain contrarié où il parle notamment de sa pièce Dans le plus beau pays du monde (2),  mais aussi  de ses autre écrits théoriques comme De la Tradition théâtrale paru à l’Arche en 55. Jacques Lassalle dit avec juste raison que l’on y découvre »un Vilar avant d’avant Vilar ». Ce n’est sans doute pas une grande pièce mais l’on sent aussi que ce n’est pas la pièce de n’importe qui Il aurait passionnément voulu devenir écrivain et surtout dramaturge et c’est vrai qu’il adapta de nombreux textes, comme La Paix d’Aristophane, Le Prix des ânes d’après Plaute, etc… Et qu’il se mit en tête de trouver des auteurs contemporains, dès qu’il commença à faire de la mise en scène. Sans jamais vraiment y arriver, mais diriger Chaillot, dans des conditions souvent dures et le Festival d’Avignon ne lui en laissaient guère de temps. Mais il n’a pas non plus délégué cette charge à l’un de ses collaboorateurs! Comprenne qui pourra
Il y a enfin un court article de Rodolphe Fouano sur Bref, le journal  du T.N.P. (3)qui était la courroie de liaison avec les spectateurs, indispensable pour l’époque, et qui , encore aujourd’hui, est une mine de renseignements sur la vie d’un grand théâtre et sur la sociologie de son  public.

Philippe du Vignal

1) Le Monde de Jean Vilar: l’exposition qui a été présentée à la Maison Jean Vilar sera aussi visible dans le grand Foyer du Théâtre National de Chaillot du 10 octobre au 13 décembre (Entrée libre).
 Le  N° 113 des Cahiers Jean Vilar est disponible en librairie: 7,50 euros.
2) Publiée à l’Avant-Scène Théâtre.
3) De nombreux numéros sont encore disponibles à la vente auprès de l’Association Jean Vilar. Maison Jean Vilar Montée Paul Puaux 8 rue de Mons 84000 Avignon T: 04-90-86-59-64.

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