Res Publica

Res Publica d’après des histoires vraies, mise en texte de Guillaume Hasson, conception et mise en scène d’Alain Mollot.

  On connaît bien le travail d’Alain Mollot dont les spectacles créés récemment avec sa compagnie du Théâtre de la Jacquerie, l’ont été, à partir de témoignages recueillis. Pour Res Publica c’est  la documentariste Elsa Quinette qui s’y est collée; on retrouve dans le texte de Hasson  des personnages qui ont vécu les soixante dernières années de notre douce France, avec des vies marquées par les événements, surtout guerriers, qui ont façonné l’Etat et la nation. Res Publica est le denier volet d’une trilogie : Roman de familles et La Fourmillière qui retraçait le monde du travail avec un bel accent de vérité. Alain Mollot essaye de décortiquer ce que veut dire le mot nation. Il y a a un vieux professeur  à moustaches,de latin armé de son dictionnaire Gaffiot en blouse grise plus souvent au milieu des élèves que près de son tableau noir où il a résume  les fondements même de la fameuse Res Publica romaine, avec passion et pédagogie. Il décortique avec précision le sens des mots Pays, Etat, Patrie, Peuple. Ses quatre élèves: trois hommes et une femme sont assis derrière leur bureua qui leur sert à la fois de praticable et de réserves à accessoires et à costumes.
C’est un peu l’histoire de France rappelée à nos bons souvenirs,avec ses cantiques républicains: Marseillaise, Chant des partisans, et ses petits drapeaux tricolores. La bataille de Valmy en 1792, mais aussi la Résistance en 40 avec les Parisiens qui regardent, incrédules, défiler les troupes allemandes. Simone a dix huit ans, c’est la Libération, le défilé sur les Champs-Elysées, et  le gros bourdon de Notre-Dame de Paris qui sonne la victoire, que l’on aurait bien aimé entendre. Temps troublés, avec règlements de compte entre Français bientôt le vote des femmes décidé par de Gaulle et puis, un vague sentiment que le monde est en train d’évoluer plus vite que prévu par le peuple d’une France encore très agraire. La guerre d’Indochine d’abord puis la « pacification » d’Algérie dont Alain Mollot aurait pu rappeler que les premiers contingents ont été envoyés par la gauche… C’est la nation ou l’Etat qui fait la guerre? Les repères deviennent flous. Mais les cercueils commencent à arriver; ce ne sont pas seulement les enfants des autres qui meurent dans un pays inconnu où habitent aussi d’autres Français… que ceux de la métropole!
Arrivera vite mai 68, et les CRS coiffés de casques noirs et armés de matraques et de grenades lacrymogènes qui tapent sans ménagement sur tout ce qui bouge, entraînés à être le plus stupides possible dans la bonne tradition de l’armée française. Etat ou nation? Qui décide alors? La douce France ressemble alors à un bateau ivre, jusqu’au coup de sifflet de de Gaulle indiquant la fin de la grande récré.
Alain Mollot parle aussi des émeutes de Villiers-le-Bel et des autres banlieues parisiennes en 2005, qui faisaient suite aux  graves conflits sociaux qui avaient déjà paralysé  la France avec de grandes grèves à répétition.  « Je ne céderai pas »,  disait Alain Juppé, avec… la suite bien connue. Il y a, presque à la fin, une excellente scène entre un jeune beur et une avocate chargé de le défendre; il lui explique avec beaucoup de clarté et d’intelligence sa position et la représentante du droit français essaye, elle,  avec calme et de pégagogie, de lui faire entendre son point de vue de citoyenne française.
Le spectacle est  inégal: la dramaturgie fait un peu catalogue de dates historiques, l’écriture est souvent pauvrette, et il n’y a pas d’autre fil rouge que les explications du vieux professeur. Mais la bande sonore de Gilles Sivilotto est excellente et donne une unité à l’ensemble, et comme les comédiens Kamel Abdelli, Joan Bellviure, Frédéric Hevaux, Véronique Joly et Stéphane Miquel , dont trois, comme Mollot,  sont sortis de chez Jacques Lecoq, possèdent une gestuelle et d’une précision et d’une intelligence exemplaire, on se laisse quand même emporter, à condition toutefois d’avoir surtout  quelques connaissances sur l’histoire de France depuis soixante ans…Et la mise en scène d’Alain Mollot,comme sa direction d’acteurs est particulièrement soignée.  Res Publica est une réalisation qui, par son humilité,  et cette façon bien particulière d’évoquer ces vies d’hommes et de femmes chahutées dans leur propre pays, vaut bien plus que bien des spectacles du in que l’on a pu voir ces dernières années…

Philippe du Vignal

 Avignon. Théâtre des Lucioles à 18h 25.

Res Publica res

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Archive pour 12 juillet, 2012

Res Publica

Res Publica d’après des histoires vraies, mise en texte de Guillaume Hasson, conception et mise en scène d’Alain Mollot.

  On connaît bien le travail d’Alain Mollot dont les spectacles créés récemment avec sa compagnie du Théâtre de la Jacquerie, l’ont été, à partir de témoignages recueillis. Pour Res Publica c’est  la documentariste Elsa Quinette qui s’y est collée; on retrouve dans le texte de Hasson  des personnages qui ont vécu les soixante dernières années de notre douce France, avec des vies marquées par les événements, surtout guerriers, qui ont façonné l’Etat et la nation. Res Publica est le denier volet d’une trilogie : Roman de familles et La Fourmillière qui retraçait le monde du travail avec un bel accent de vérité. Alain Mollot essaye de décortiquer ce que veut dire le mot nation. Il y a a un vieux professeur  à moustaches,de latin armé de son dictionnaire Gaffiot en blouse grise plus souvent au milieu des élèves que près de son tableau noir où il a résume  les fondements même de la fameuse Res Publica romaine, avec passion et pédagogie. Il décortique avec précision le sens des mots Pays, Etat, Patrie, Peuple. Ses quatre élèves: trois hommes et une femme sont assis derrière leur bureua qui leur sert à la fois de praticable et de réserves à accessoires et à costumes.
C’est un peu l’histoire de France rappelée à nos bons souvenirs,avec ses cantiques républicains: Marseillaise, Chant des partisans, et ses petits drapeaux tricolores. La bataille de Valmy en 1792, mais aussi la Résistance en 40 avec les Parisiens qui regardent, incrédules, défiler les troupes allemandes. Simone a dix huit ans, c’est la Libération, le défilé sur les Champs-Elysées, et  le gros bourdon de Notre-Dame de Paris qui sonne la victoire, que l’on aurait bien aimé entendre. Temps troublés, avec règlements de compte entre Français bientôt le vote des femmes décidé par de Gaulle et puis, un vague sentiment que le monde est en train d’évoluer plus vite que prévu par le peuple d’une France encore très agraire. La guerre d’Indochine d’abord puis la « pacification » d’Algérie dont Alain Mollot aurait pu rappeler que les premiers contingents ont été envoyés par la gauche… C’est la nation ou l’Etat qui fait la guerre? Les repères deviennent flous. Mais les cercueils commencent à arriver; ce ne sont pas seulement les enfants des autres qui meurent dans un pays inconnu où habitent aussi d’autres Français… que ceux de la métropole!
Arrivera vite mai 68, et les CRS coiffés de casques noirs et armés de matraques et de grenades lacrymogènes qui tapent sans ménagement sur tout ce qui bouge, entraînés à être le plus stupides possible dans la bonne tradition de l’armée française. Etat ou nation? Qui décide alors? La douce France ressemble alors à un bateau ivre, jusqu’au coup de sifflet de de Gaulle indiquant la fin de la grande récré.
Alain Mollot parle aussi des émeutes de Villiers-le-Bel et des autres banlieues parisiennes en 2005, qui faisaient suite aux  graves conflits sociaux qui avaient déjà paralysé  la France avec de grandes grèves à répétition.  « Je ne céderai pas »,  disait Alain Juppé, avec… la suite bien connue. Il y a, presque à la fin, une excellente scène entre un jeune beur et une avocate chargé de le défendre; il lui explique avec beaucoup de clarté et d’intelligence sa position et la représentante du droit français essaye, elle,  avec calme et de pégagogie, de lui faire entendre son point de vue de citoyenne française.
Le spectacle est  inégal: la dramaturgie fait un peu catalogue de dates historiques, l’écriture est souvent pauvrette, et il n’y a pas d’autre fil rouge que les explications du vieux professeur. Mais la bande sonore de Gilles Sivilotto est excellente et donne une unité à l’ensemble, et comme les comédiens Kamel Abdelli, Joan Bellviure, Frédéric Hevaux, Véronique Joly et Stéphane Miquel , dont trois, comme Mollot,  sont sortis de chez Jacques Lecoq, possèdent une gestuelle et d’une précision et d’une intelligence exemplaire, on se laisse quand même emporter, à condition toutefois d’avoir surtout  quelques connaissances sur l’histoire de France depuis soixante ans…Et la mise en scène d’Alain Mollot,comme sa direction d’acteurs est particulièrement soignée.  Res Publica est une réalisation qui, par son humilité,  et cette façon bien particulière d’évoquer ces vies d’hommes et de femmes chahutées dans leur propre pays, vaut bien plus que bien des spectacles du in que l’on a pu voir ces dernières années…

Philippe du Vignal

 Avignon. Théâtre des Lucioles à 18h 25.

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