La Nuit tombe

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 Le jeune metteur en scène s’était fait remarquer par un Eveil du Printemps d’une belle facture dont il avait revisité le texte de Wedekind en y greffant un prologue et certains dialogues ( voir Le Théâtre du Blog). Cette fois , le metteur en scène a eu envie de faire un travail d’écriture mais dit-il « il y a deux versions du texte, celle qui est publiée et celle que l’on va jouer ».
En fait les choses doivent être encore plus compliquées (mais on ne saura pas pourquoi), puisque l’affiche indique un durée d’une heure cinquante et que le spectacle ne dure que que 85 minutes….Cherchez l’erreur!

Quand on entre  dans la Chapelle des Pénitents blancs, on devine plus qu’on ne voit, derrière un rideau tendu transparent, une grande chambre d’un hôtel qui a dû connaître des jours plus fastes. Le tissu mural noir est déchiré à un endroit, il y a des bois de cerf accrochés  au mur et un autre par terre, avec une décoration  insolite comme si l’endroit avait été autrefois un salon d’apparat… Le mobilier est minable (armoire à glace et table de nuit  en faux acajou, fauteuil tournant un peu sale, appliques lumineuses et lustre d’une laideur exemplaire …). Derrière, il y a une petite salle de bains, mal éclairée, aussi minable avec une petite baignoire dotée d’un rideau de douche crème. Derrière la grande baie vitrée dont un des carreaux est cassé,  des nuages gris passent. Et un  vent sinistre siffle sans arrêt.
Aucun doute: James Brandily a réussi une scénographie  exemplaire des films d’horreur. Tout a été étudié et réalisé avec un soin particulier par les Ateliers des Treize vents de Montpellier,  pour signifier un endroit de passage comme le sont les chambres d’hôtel « où, ajoute Guillaume Vincent , et où on n’a pas tous ses repères: on n’est pas chez soi. Un endroit qui peut être fréquenté par des étrangers, et où l’on parle des langues différentes. Dans ma pièce , on parle d’ailleurs l’allemand, le russe et l’italien ».

Susann, une  jeune femme, entre avec un petit enfant dans les bras qu’elle va poser sur le lit mais elle va l’oublier ensuite dans la baignoire qui déborde. C’est l’époque de Noël, elle a aussi apporté plein de cadeaux emballés. Il est aussi question d’un chat qui se serait enfui dans la petite salle de bains ; la jeune femme téléphone à l’accueil de l’hôtel parce qu’elle n’aime pas du tout les chats.
Plus tard, le rideau de la grande  baie vitrée s’ouvre et on voit une terrasse où demi-sœurs fêtent le troisième mariage de leur père. Le préposé à l’accueil fait livrer , en guise de fleurs, deux couronnes mortuaires! Les voix amplifiées sont métalliques et dures. On parle russe, anglais et un des invités du mariage, un beau jeune homme en smoking, s’exprime en italien. On entend le tonnerre et il pleut de la vraie pluie sur la terrasse.Si, si, c’est vrai!

Il y aussi une jeune femme et son amoureux, Wolfgang, un réalisateur de cinéma aux faux airs de Woody Allen, obsédé par la mort de son frère,  qui essaye de réaliser un film dont  le personnage principal est une maman qui voit son enfant se faire écraser. La comédienne  répète avec lui une scène où elle doit se faire gifler; et ,effectivement, à la suite d’un accord, les gifles seront réciproques.
La moquette de la chambre est jonchée d’objets divers  et d’emballages de cadeaux. puis un jeune homme annonce la mort de sa sœur… Et on va voir le double du jeune homme pendu dans la salle de bains; la baignoire déborde pour la seconde fois et l’eau passe en-dessous de la porte…
Tels sont quelques moments de  de cet univers glauque où,  du moins au tout début, on sent  bien comme un certain glissement de la perception de la réalité quand nous perdons nos repères et donc notre faculté d’analyse dans un endroit qui est inconnu. Mais  on
se perd  vite dans les méandres d’un scénario qui n’en est pas un mais qui fonctionne  par strates de petites histoires sans lien et sans grand intérêt, du moins telles qu’elles nous sont contées.
Grâce à une mise en scène et une direction d’acteurs très précises, grâce à la scénographie de James Brandly, grâce aussi aux comédiens: Francesco Calabrese, Emilie Incerti Formentini, Florence Janas, Pauline Lorillard, Nicolas Maury et Susann Vogel qui ont  tous une belle présence,  l’ensemble fonctionne efficacement les cinq premières minutes.  Ensuite plus rien que l’ennui, malgré quelques images réussies!
Etre auteur ne s’improvise pas… et le glissement vers le conte fantastique, que l’on retrouve aux meilleurs moments de pièces de Jon Fosse ou d’Arne Lygre, dramaturges bien aimés de Guillaume Vincent, ne se produit jamais. Comme disait, Hitchcock, un bon film,c’est d’abord un bon scénario, ensuite un bon scénario et enfin un bon scénario… Ce  qui vaut aussi pour le théâtre et… qui n’est pas le cas ici. Dommage! Guillaume Vincent est absolument capable de beaucoup mieux.

Philippe du Vignal

Festival d’Avignon. Chapelle des Pénitents blancs jusqu’au  14 juillet à 17 heures et à 23 heures; ensuite au Théâtre des Bouffes du Nord du 8 janvier au 2 février; les 7 et 8 février au Théâtre du Beauvaisis; du 13 au 15 février à la Comédie de Reims, etc…

Philippe du Vignal

 


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