Le Festival Teatro a corte à Turin

Le Festival Teatro a Corte à Turin

  Nous n’étions pas encore arrivés mais la jeune femme déléguée par la mairie de Turin avait clairement annoncé la couleur auprès de nos collègues: les journalistes étaient aussi priés de vanter tous les mérites de la ville. Pas besoin de se faire prier: Turin est une ville formidable, très vivante, avec plein de musées, dont celui du cinéma installé depuis dix ans dans une ancienne synagogue. On peut y voir, entre autres choses, les débuts de l’animation et du cinéma Il y a aussi d’immenses places magnifiques, de beaux jardins. Ce qui frappe le plus dans la ville, est sans doute l’unité architecturale avec de grands immeubles 18 ème siècle aux très hautes fenêtres. Et en plus, chez les habitants, une rare gentillesse, toujours prêts à vous renseigner, souvent en français…
 Cette année, de nombreux spectacles dans la ville et un peu à l’extérieur, mais… beaucoup de solos: crise oblige et Bepe Navello doit faire avec. Edith Rappoport vous a déjà dit tout le bien qu’elle pensait d’Eletro Kif de Blanca Li: le grand professionnalisme de ces jeunes danseurs français (entre 17 et 21 ans)qui ont déjà dansé le spectacle sur une musique de Tao Guttiérrez un peu partout jusqu’en Chine et au Japon, a séduit le public turinois. Il y a dans cette danse électro une formidable énergie, un savoir-faire et une générosité que l’on ne voit pas souvent dans la danse contemporaine. D’un conventionnel, ces costumes du quotidien ( veste à capuche, survêtements et baskets) sont bien laids mais Blanca Li a bien réussi son coup. On peut faire la fine bouche; Blanca Li était assez mal vue des experts danse de la Drac/ Ile-de-France mais elle fait désormais partie du paysage chorégraphique français. On aurait bien aimé savoir ce que Merce Cunningham, Pina Bausch ou l’historienne de la danse Laurence Louppe, tous trois récemment disparus, auraient pensé du spectacle qui n’aurait pu les laisser indifférents. 
  Il y avait aussi Eloge du poil, de et avec Jeanne Mordoj, mise en scène de Pierre Meunier, remarquable spectacle créé en 2007 (voir Le Théâtre du Blog) et, dans un genre tout à fait différent, celui de Jérôme Thomas, le jongleur français bien connu est passé cette année au Monfort Théâtre avec un autre spectacle. Celui-ci avait lieu en plein air dans le magnifique jardin d’une caserne de carabinieri- ce qui n’était sans doute pas la meilleure idée, pusqi’il a commencé avec un bon retard à cause du vent… Il y a des moments d’une qualité exceptionnelle, par exemple, quand il réussit à faire glisser cinq boules dans un rectangle qui semblent alors douées d’une totale autonomie, avec la complicité de son ami Jean-François Baez à l’accordéon qui donne un rythme et une belle efficacité à cette suite de manipulations de boules et de massues. Reste que ce spectacle n’est absolument pas mis en scène: lenteurs et longueurs au début surtout, répétitions, fausses fins… On a souvent l’impression que Jérôme Thomas est ivre de reconnaissance, alors qu’il n’a plus rien à prouver. Habillé d’un improbable et très laid costume gris avec une cravate ficelle, il se regarde jongler mais le spectacle, avec de petits intermèdes dansottés, devrait faire l’objet ‘une véritable mise en scène. L’exceptionnelle maîtrise du jonglage que possède Jérôme Thomas, avec ce que cela suppose de rigueur, d’intelligence et de travail au quotidien, mérite mieux que cette chose mal cousue et trop longue, même si elle ne dure qu’un peu plus de soixante minutes.
  Les avis étaient partagés  sur Il Minautoro par le Taetro Ribalta dont a rendu compte aussi Edith Rappoport avec trois comédiens handicapés (un jeune garçon et une jeune fille mongolien, et, assise sur un fauteuil roulant, une jeune femme handicapée motrice, au regard pétillant d’intelligence, passionnée d’informatique et parlant quatre langues), et Julie Stanzak, une danseuse de la Pina Bausch. C’est un théâtre d’images, et il y a d’excellents moments, dans la tradition wilsonienne, avec quelques longueurs sans doute mais avec de belles idés comme cette corde suspendue  à une poulie que la jeune femme handcapée motrice fait circuler en permanence. Ou quand Julie Stanzak essaye désespérément de remonter une sorte de mur pentu sans jamais arriver au sommet tant convoité.

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  On a pu voir aussi la Dudapaiva company une compagnie hollandaise d’origine brésilienne où deux danseurs/ manipulateurs font vivre à quelques mètres de nous, une créature fantastique verte, vieille sorcière aux yeux brillants, et un chien espiègle. Les deux chirurgiens, le bas du visage couvert d’un masque, ce qui leur permet aussi d’être ventriloques,  manient le bistouri avec une élégante cruauté: rafistolages de troncs appartenant à l’un et à l’autre corps: c’est aussi atroce que follement jubilatoire. Sans doute inspiré des spectacles  fabuleuses et petites marionnettes du Figuren Theatre des années 70, le spectacle, qui comporte aussi de petits intermèdes dansés qu’il vaut mieux oublier( cette fusion entre marionnettes et danses ne fonctionnent pas du tout) mériterait lui aussi d’être vraiment mis en scène, ce qui est loin d’être le cas. Restent ces personnages fictifs en mousse remarquablement manipulés que le public vient voir de plus près et toucher à la fin du spectacle.
  Enfin, petite merveille dûe à Peter Jasko, artiste croate: une petite guérite en bois, sans fenêtre, avec un toit à deux pans installée sur la grande place Cavalllerizza Reale où quelqu’un c’est sûr est enfermé, puisqu’à intervalles réguliers, on entend des coups  contre la porte. Des passants, affolés, ont aussitôt  prévenu la police qui a aussitôt prévenu Beppe Navello, le directeur du Festival… L’illusion et l’imagination sont encore une valeur forte en Italie, du moins au Nord, où la vie est encore  assez douce malgré les graves ennuis économiques du pays…
  Le festival Teatro a Corte semble être resté en bonne santé mais il lui faudrait sans doute programmer un ou deux spectacles importants et grand public dans la ville elle-même s’il veut échapper à une image  parfois un peu confidentielle.Il mériterait d’être davantage connu dans Turin même, et ce n’est pas une question de budget mais d’options esthétiques. L’Italie comme la France n’échappera pas à une remise en question de choix plus radicaux quant à ses festivals d’été…

Philippe du Vignal

Le Festival se poursuit jusqu’au 22 juillet. Pour plus d’informations, voir le site teatrocorte.it

 


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