L’avare

L’Avare, de Molière,
Théâtre Aftaab, Mise en scène : Hélène Cinque
Avec Haroon Amani, Aref Bahunar, Taher Beak, Saboor Dilawar, Mustafa Habibi, Sayed Ahmad Hashimi, Farid Ahmad Joya, Shafiq Kohi, Asif Mawdudi, Ghulam Reza Rajabi, Omid Rawendah, Shohreh Sabaghy, Wajma Tota Khil.

L'avare media_870_1579Fondée par Ariane Mnouchkine, à Kaboul, en 2005, lors d’une tournée du Théâtre du Soleil, cette jeune troupe afghane parle, par les auteurs choisis, tels Brecht, Sophocle ou Molière, de ses réalités et de ses espoirs. Elle puise, par la créativité qu’elle engage et l’énergie qu’elle dégage, foi et espoir en son pays, l’Afghanistan, vivant et libre.
Aftaab, qui signifie Soleil en langue dari, emblème et manifeste de la troupe, a pour marraine la célèbre Ariane, de la Cartoucherie, agitatrice, avec ses comédiens, d’un stage à Kaboul. Le choc des énergies fit le reste. Etablie en France, Aftaab voyage, réchauffe et se réchauffe. La troupe monte son répertoire et présente en 2011, au Festival d’Avignon, Œdipe Tyran, mis en scène par Matthias Langhoff.
Paris Quartiers d’été cette année la met à l’honneur et propose une escale à Paris 13 sur Seine dans une mise en scène d’Hélène Cinque, qui a fait ses classes, de nombreuses années, au Théâtre du Soleil.
Que tous ceux qui se sont endormis sur leurs classiques Larousse se précipitent. Théâtre du jeu, de la ruse, de la créativité. Théâtre de la simplicité, du don de soi. Théâtre malin, enlevé et de la dérision. Théâtre virtuose joué sur deux tapis pure soie aux couleurs fanées, une table, deux tabourets, et variations pour deux arbres et un seau d’eau, jardin d’Harpagon. Voilà un spectacle qui claque et pétille. La base en est le jeu, dans tous les sens du terme, qui rythme quiproquos et imbroglios, le jeu, à ce point de fluidité, de pétulance, d’impertinence, de malice et de grâce, fait un bien fou. Il mène au rire, le propre de l’homme, dit un certain Bergson.
Jouée en dari surtitré, la pièce est là. Tous les personnages répondent présent et nous mènent, avec un naturel inouï, de mille et une vies, vers d’autres codes.

La volée des servantes et serviteurs sont de la place du village : Maître Jacques cuisinier, La Flèche, Dame Claude, Brindavoine, la Merluche, Maître Simon le courtier, le commissaire et son clerc. Frosine, l’entremetteuse et diseuse de bonne aventure, jouée par un comédien travesti dignement voilé, a de l’étoffe. Les jeunes premiers, fils d’Harpagon, Elise et Cléante, en toute déraison et avec passion, cherchent qui Valère, qui Marianne, fils et fille d’Anselme. Leurs interactions démarrent à coups de rouleau à pâtisserie, de schizophrénies, de jeux de mains, je t’aime moi non plus.
Harpagon au cœur de pierre plutôt que d’or, règnant en maître absolu, extraordinaire manipulateur et grand faiseur, rejoint en creux, par sa folie excentrique et décalée, le Roi Lear version soviétique de Grigori Kozintsev ou les tyrans expressionnistes et marionnettiques du grand Eisenstein. Un comédien hors du commun. Le halo qui l’éclaire, la nuit tombée n’est pas de lune mais de ses pièces qui le rongent, cela va si bien aux tyrans, jamais démunis, par définition.
Nous sommes au cœur des sujets de sociétés, celle d’Afghanistan aujourd’hui, qui se superpose à tant d’autres : interdits, statut de la femme, mariages forcés, violences physiques et morales, conflits de générations, autocratismes, image sociale. Ici, les comédiens osent tout, et tout est spontané, maitrisé, léger : gestes, corps, prises à partie, plans d’action, et Molière coule à flots.
On est dans le registre du comique, de la dérision, du stratagème et de l’habileté, jamais de la caricature. Pour le spectateur c’est le registre du rire qui, selon Jean Duvignaud, «pour un instant périssable, jette l’homme en face d’une liberté infinie qui échappe aux contraintes, aux règles, arrache l’homme à l’irrémédiable de sa condition pour lui faire découvrir d’imprévisibles combinaisons, qui suggère une existence commune dans laquelle seraient réconciliés l’imaginaire et la vie. Il y a l’espoir dans le comique». Une leçon de vie, un vrai plaisir.

Brigitte Rémer

Paris quartier d’été et Théâtre 13/Seine, 30 rue du Chevaleret. Paris 13ème.
Deux pièces du Théâtre Aftaab : « L’Avare » et « Ce jour-là ».
Intégrales, les Samedis 14 et 21 juillet. A 17h30 : « Ce jour-là » – A 20h30 : « L’Avare ». (Attention aux horaires, une erreur s’étant glissée dans certains documents). Et aussi :
« L’Avare », les 15 et 22 juillet, à 15h30 – le 17 juillet, à 19h30 – le 18 juillet à 20h30.
« Ce jour-là », les 19 et 24 juillet, à 19h30 – les 20 et 25 juillet, à 20h30.

 


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