le vertige

Sujets à vif, programme B: Le Vertige, conception et texte d’ Olivia Rosenthal et Projet Luciole, conception et mise en scène de  Nicolas Truong.

Le Festival d’Avignon, surtout quand il s’agit de formes courtes, peut parfois offrir de bonne surprises: ainsi celles qui ont été programmées en coproduction avec la SACD, avec comme seule contrainte: respecter le temps imparti pour chaque spectacle. Cela se passe au jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph. C’est en fait,  une petite cour étroite et ombragée avec des gradins pour 150 personnes; il y a, dans un angle, près d’une scène toute en profondeur, la statue d’ une vierge blanche que cette histoire de vertige ne semble pas effrayer et  à ses pieds, un parterre d’hortensias aux fleurs encore vertes.
Deux chaises en bois sur la scène, et surtout, à six mètres du sol environ, une sorte de poutrelle métallique suspendue par des harnais où l’on ne peut accéder que par une échelle. Et aucun éclairage artificiel.

  Olivia Rosenthal, auteure du bien connu de Que font les rennes après Noël qui avait reçu le prix Alexandre Vialatte et celui du Livre Inter 2011, commence à nous expliquer ce qu’est pour elle le vertige avec des mots très simples. On entend aussi des extraits du film Vertigo d’Alfred Hitchcock (1958), adapté du roman de Boileau et Narcejac D’entre les morts, qu’elle convoque comme pour mieux tisser ce rapport étonnant entre deux femmes, l’une absolument silencieuse, mais qui nous parle beaucoup: Chloé Moglia, une très jeune femme, trapéziste, qui a participé à plusieurs vols paraboliques où le corps est en état d’apesanteur;et l’autre presque immobile à l’oralité très prégnante. Et Olivia Rosenthal sur la scène. Toutes les deux habillées d’un pantalon et d’un tee-shirt noirs.
Puis Chloé Moglia, monte rapidement les barreaux de l’échelle qu’elle fait basculer loin d’elle, pour se retrouver là-haut, allongée sur cette poutre, suspendue par les pieds ou par une main, comme si elle était justement en état d’apesanteur. Dans un silence total, avec une grâce incroyable, une parfaite maîtrise du vide, et une apparente facilité qui a dû exiger du corps et de l’esprit un sacré travail: on ne voit jamais l’ombre d’un effort musculaire. Comme si son corps lui obéissait sans jamais rechigner. On est  fasciné par cette performance qui contraste superbement avec le vertige que décrit Olivia Rosenthal quelques mètres plus bas.Trente cinq minutes d’une vraie beauté et d’une grande intelligence qui nous renvoie à notre peur ontologique du vide.
  La deuxième partie du spectacle  Projet Luciole vient comme un  écho philosophique à ce Vertige. Une grande table chargée de livres, et en  fond de scène, un rayonnage en bois tout aussi chargé de livres. C’est une sorte de collages de textes d’ Adorno, Agamben,  Badiou, Benjamin, Debord, Deleuze, Orwell, Rancière ou Semprun. » Bien décidé à sauver les lucioles, dont l’extinction dûe à la pollution est la métaphore d’une humanité  rongé par la « merdonité » de la modernité, ce Projet Luciole donne corps , forme et voix à toutes les histoires de la pensée critique précise Nicolas Truong.
  Nicolas Bouchaud lit ces extraits, ironique et drôle, avec beaucoup de classe mais Judith Henry, devrait faire attention à ne pas bouler son texte. On écoute  cette profération dans le calme de cette petite cour fraîche, et l’on rit parfois, par exemple, quand il y a des jets inattendus de livres par les  hautes fenêtres du lycée  Saint-Joseph, mais on a du  mal à discerner le fil rouge de ce Projet Luciole qui a quelque chose d’assez artificiel dans sa mise en scène.  Même si on n’a guère le temps de s’ennuyer, ces paroles intelligentes, portées par la voix des deux comédiens,  auraient mérité une meilleure dramaturgie.

Philippe du Vignal

Festival d’Avignon  Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph du 9 au 15 juillet.

 

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