The Old King

The Old King de Romeu Runa et Miguel Moreira.

Dans son dictionnaire amoureux d’Avignon du numéro spécial de Télérama, Bernard Faivre d’Arcier définit le mot festival comme « un moment de grâce et de magie restant dans la mémoire ». Cette performance, qui peut être perçue comme douloureuse, tant l’engagement physique de Romeu Runa est extrême, restera gravée dans la mémoire du public.
Le danseur des ballets C de la B, va seul sur scène naître vivre et mourir durant soixante cinq minutes. De belles images naissent par exemple, quand celui-ci vient s’ébrouer sous un jet d’eau puissant, dirigé par son complice de création Miguel Moreira.
Les deux artistes d’origine portugaise ont été aidés par Alain Platel. pour la conception du spectacle et  l’environnement musical de Pedro Carneiro accompagne au plus près cette performance qui comprend un minimum de texte.
Ce véritable homme animal semblant tout droit sorti d’un tableau de Jérôme Bosch va devenir un peu plus humain, à l’instant précis où il revêt un pot de fleur en guise de couronne, après avoir tenté de déclamer le discours pathétique d’un roi. Du haut de sa plate-forme qu’il a lui même laborieusement construit, ce personnage nous apparaît fragile.
Le cloître des Célestins révèle toute sa dimension sacrée quand retentit une musique de Wagner, Romeu Runa abandonné peut-être par Dieu, disparaît dans un cocon mortuaire invisible entre deux palettes en bois, un moment fort dans cette nuit d’Avignon…

Jean Couturier

Festival d’Avignon In, au Cloître des Célestins jusqu’au 26 juillet

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Archive pour 20 juillet, 2012

Du Vent dans les branches de sassafras

Du Vent dans les branches de sassafras de René de Obaldia, mis en scène de Céline Sorin.

  Du Vent dans les branches de sassafrasRené de Obaldia, à 94 ans, est sans doute notre plus jeune et plus ancien dramaturge, et l’un des plus traduits et des plus joués en France comme à l’étranger, dont Jean Vilar avait monté Génousie en 1960…
Du Vent dans les branches de sassafras avait été créé en 65 par René Dupuy au petit théâtre Gramont, près de l’Opéra-Comique-aujourd’hui devenu salon de coiffure!- avec le grand Michel Simon, et tout près du restaurant où Proust avait ses  habitudes.
L’immense acteur, adulé du public, lassé du rôle après plusieurs mois, avait abandonné, et Dupuy lui avait, fait rarissime dans la profession, intenté un procès…

  Le spectacle est une sorte d’hommage aux films de western sur le mode burlesque et absolument déjanté. La pièce parodique est un peu compliquée (mais Obaldia adore cela! ) et pleine d’humour; c’est l’histoire d’une famille de colons pas bien riche qui essayent de s’en sortir. Mais leur ranch va être bientôt encerclé par les Indiens…
Il y a là un vieux papa, assez buté et qui n’est pas  du bois dont on fait les flûtes, une mère brave et chrétienne, un fils assez loubard, une fille charmante, une belle putain au cœur généreux, un médecin alcoolo, un cow-boy solitaire, et des Indiens. Comme dans tout bon western mais ici Obaldia fait dans la parodie: il vise juste et bien.
Toute la famille est  unie et solidaire devant le danger: la mort rôde mais chacun montre le meilleur de lui-même. Le papa est résolu  à se sacrifier, même quand  la mère avoue qu’elle lui a été infidèle, et la fille est aussi prête à se dévouer…
Comme le dit Céline Sorin:  » La base de notre travail est de décrypter tous les rouages d’un bon film et de les poser sur un plateau. Nous avons tenté de moderniser le texte pour optimiser le rythme et le propos. »
  Cela commence par une scène muette où chacun pose comme pour un portrait de famille, caricaturalement maquillé mais,  avec beaucoup de bonheur (poussière grise et ocre), habillé dans des costumes d’une grande classe par Marie-Ange Sorresina  et installé dans le décor magistral à transformation de Daniel Martin.
Les dieux savent si  nous râlons assez souvent dans ces colonnes contre ces scénographies approximatives. Mais ici, d ces praticables, modules indépendants sur roulettes qui se ressoudent, et que les comédiens manipulent eux-même, pour  figurer successivement l’extérieur, l’intérieur d’une maison ou d’un saloon,  sont vraiment d’une  grande qualité

 La mise en scène au rythme exemplaire et la direction d’acteurs sont d’une grande intelligence,  et Céline Sorin a donné à la bande-son de Samir Dib, une place  essentielle qui accompagne le jeu des comédiens avec une rare efficacité. C’est, comment dire les choses,  une  mise en scène théâtrale au second degré, voire au troisième, d’une sorte de film burlesque à souhait, mais tout en subtilités, qui, même dans les inévitables anachronismes, base même de la parodie, utilise les figures habituelles du cinéma jusque dans le montage du spectacle.
Mais Céline Sorin ne triche pas: on est bien sur un plateau  de théâtre. Et il y a des images d’une grande beauté, qui font parfois penser à celle qu’inventait le grand Tadeusz Kantor, comme cette scène où toute la famille regarde derrière une fenêtre. Ne rougissez pas de bonheur pour cette comparaison, Céline Sorin: on n’en rajoute pas…
C’est la stricte vérité, même si les genres en sont pas les mêmes!
 Ce qui frappe le plus dans l’interprétation, c’est sans doute l’unité de jeu et le plaisir d’être là des comédiens,  en parfaite osmose avec le public de tout âge, ravi du délire total-ce qui est plutôt rare dans le in comme dans le off-qu’ils réussissent à imposer sur le plateau pendant 90 minutes. Grégory Benoit , Samir Dib, François Julliard, David Marchetto, Anne Mino, Yannick Rosset et Céline Sorin sont impeccables. La Compagnie Fox d’Annemasse  avait déjà créé un Volpone qui lui avait valu un beau succès un peu partout en France.Mais là il faut saluer la performance de cette mise en scène de la pièce la plus connue de René de Obaldia, parfaitement rodée qui reçoit un accueil chaleureux. Le public a du mal à quitter la salle, remercie les acteurs et  regarde, intrigué le démontage du décor, ce qui est toujours bon signe… Il existe donc aussi de tès bons spectacles dans le off, loin de toute prétention, et osons le mot: populaires.
Après tout, Obaldia, comme on l’a dit, avait été monté par Vilar.  Et il aurait sans doute bien aimé ce Vent dans les branches de sassafras. Bref, allez-y sans faire la fine bouche: c’est  le genre de  spectacle, intelligent et vraiment drôle,  que l’on aimerait découvrir aussi dans le in mais cette année,  du moins, il faudra repasser…

Philippe du Vignal

Festival d’Avignon Théâtre  La Luna jusqu’au 29 juillet à 16h 35. T: 04-90-86-96-28

Liebe liberté

Liebe Liberté, Quatuor féminin chorégraphie de Gilles Schamberg

 

Liebe liberté liebe_03Force est de constater qu’il existe une exigence et un professionnalisme pour les compagnies de danse au festival Off d’Avignon, que l’on rencontre moins pour certains spectacles de théâtre. C’est encore le cas avec la compagnie Gilles Schamberg, ancien danseur soliste de répertoire classique, et de la troupe de Maurice Béjart, qui présente ici sa 25 ème création. La salle adaptée à cette chorégraphie est recouverte d’un étonnant tapis de danse jaune. Les lumières chaudes de Gilles Fournereau, principalement faites de projecteurs en contre ou latéraux mettent en valeur le jeu de ces quatre belles danseuses. Le terme mis en valeur n’est pas superflu ici, car la succession de solo de duo ou de quatuor fréquemment dansé au sol exacerbe leur féminité. Des sculpteurs, comme Auguste Rodin ou Antoine Bourdelle, ne renieraient pas La géographie des corps et de leurs ombres apparentes pour cette chorégraphie rythmée de 55 minutes. Le public assiste à une éloge du féminin dans toute sa diversité, sa puissance et sa liberté.

 

Jean couturier

Avignon Off, au théâtre Golovine jusqu’au 28 juillet (relâche le 23 juillet)

www.gilschamberg.org

Dans la nuit la plus claire jamais rêvée

Dans la nuit la plus claire jamais rêvée DLN_Thierry_Vareille

Dans la nuit la plus claire jamais rêvée , spectacle conçu et mise en scène par Yves Lenoir autour de Poésie 1946-1967, À la lumière d’hiver, Ce peu de bruit, Paysages avec Figures absentes…textes poétiques de Philippe Jaccottet,. 


Yves Lenoir met en scène avec brio Dans la nuit la plus claire jamais rêvée, une création de l’univers fondamentalement sonore et singulier de Patricia Diallo, conceptrice et compositrice étrange d’un univers musical de tendance contemporaine. Elle est au clavier et aux capteurs , Ben Jeger à l’accordéon, à la cithare et à l’orgue de verres. Atmosphère, Atmosphère, vous avez dit Atmosphère ! Froideur glaciale, dessins géométriques en noir et blanc à la façon de Jean-Christophe Averty dans les années 1965, éblouissement de la lumière, ombre de la nuit, images qui tremblent et errent…

Les musiques de Patricia Diallo se construisent au fur et à mesure de la respiration d’un monde visuel qui prend vie précisément à partir des sons mêmes. Stridences, désaccords, crissements, poésie et expressionnisme : l’émotion advient à la croisée de ces flux impondérables, ineffables et terriblement humains.

Le doute et l’incertitude, concepts fidèles à Jaccottet et à sa poésie installée à vie dans l’instable, le déséquilibre et l’insaisissable, sont effectivement là. Lionel Parlier visite le plateau en déclamant la parole du poète, tel un prêtre porteur de la dimension infinie du sacré, ce qui nous éloigne un peu de lui, comme si les mots recelaient un sens inaccessible qui ne pouvait être dit simplement.

Mais cet objet est si étrange qu’il ne laisse pas indifférent : on écoute la voix de l’homme, on voit les images, on se sent et se sait en vie : c’est tout le bonheur grave de la poésie de Jaccottet élevée sur les hauteurs de la parole respirée puis intériorisée. Une performance insolite, aussi délicate que réussie.

Véronique Hotte

Festival d’Avignon, Caserne des Pompiers, Avignon à 14h jusqu’au 26 juillet. T: 04 -90-84-11-52

La Conférence


La Conférence de Christophe Pellet, mise en scène de Matthieu Roy.

La Conférence IMG_3181_B-767x1024Avec le comédien Philippe Canales, le metteur en scène déploie la parole récriminatrice, revendicative et rebelle de Christophe Pellet, « contre l’Institution française », « contre l’État français ». C’est celle de quelqu’un qui connaît le théâtre de l’intérieur, dans sa chair et son âme, à la différence d’une administration, lointaine et indifférente, qui gère froidement les affaires publiques.

« Toujours dans le circuit ? », oppose-t-on au dramaturge dans le couloir d’une Scène nationale ou d’un Centre Dramatique. Certains savent courtiser les décideurs, d’autres non, ne le peuvent pas ou ne le veulent pas. C’est un peu le cas de Thomas Blanguernon, un jeune auteur qui a fui la France durant une dizaine d’années pour oublier l’étroitesse de ce fameux esprit français qui n’ouvre pas véritablement l’imaginaire mais qui suit plutôt modes et tendances de quelques noms en cours.

Il revient dans l’institution théâtrale à l’occasion d’une conférence, commandée par une ancienne relation professionnelle qui n’est même pas présente pour l’événement, et ne peut donc lui préparer le paiement de son cachet. Preuves de l’impolitesse, du manque de courtoisie et de la désinvolture de la partie adverse.

L’écriture de Christophe Pellet ne peut pas ne pas faire penser à celle de Thomas Bernhard : même ressassement, même art de la répétition, même ironie dans les attaques acerbes et comminatoires quant à la bêtise du monde. Même amour du théâtre. Voilà une belle déclamation amère sur l’art de convaincre, face à la surdité et à l’aveuglement des gestionnaires du spectacle que l’on dit vivant.

Le comédien, vêtu de noir, comme toute figure artistique qui se respecte, donne à entendre son amertume et sa déception, quand il vérifie le non-professionnalisme des interlocuteurs. L’acteur impose sa parole, à la fois proche et distant de son public, perdu dans des méandres kafkaïens que chacun a pu connaître

Un cauchemar facétieux qui, pour le spectateur, vire au plaisir que procure ce théâtre subtil, en quête d’une légitimité qui impose ici sa force d’évidence.

Véronique Hotte

Festival d’Avignon La Manufacture à 14h15, jusqu’au 27 juillet 2012. . Tél : 04-90-85-12-71

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