Chalon dans la rue

CHIENNE OU LOUVE  Cirque musical, Cheptel Aleikoum,

Chalon dans la rue 34_manuamandaCheptel Aleïkoum est un étonnant collectif d’artistes de cirque que nous avions découvert aux Feux d’hiver du Channel de Calais, voilà quelques années. Ils promènent sur les routes leur grand chapiteau  qui accueille plusieurs spectacles à Chalon dans la rue.

Chienne ou louve est un duo féministe très british, mené par une étonnante acrobate anglaise, accompagnée par un musicien jouant de plusieurs instruments. Elle nous harangue en français sur qui est imposé aux femmes, découpe une table à la scie électrique qu’elle a du mal à faire démarrer, fait mine de se raser avec la scie, fracasse le plancher, hurle sous une bâche, fait du trampoline et des pompes etc…”It is not because I am a woman thaï I don’ sport! !” Elle virevolte autour d’une barre fixe, puis quitte la salle en trombe sur une moto. Son musicien compositeur, Manu Debuyck accompagne Amanda Lund, avec une belle dextérité.

www.cheptelaleikoum.com/

URBAPHONIX Décor sonore Conception Michel Risse

Michel Risse fait sonner les bruits du monde depuis près de trente ans en s’inspirant  de John Cage : “Si un son vous dérange, écoutez-le !”. Cinq hommes en costume noir arrivent dans une rue où le public les attend assis sur le trottoir. Ils traînent des valises et vont fixer des résonateurs sur la façade d’une charcuterie, dont le plus agile escalade la cheminée.
Au coin d’une autre rue, ils font entendre les bruits d’un arbre, pendant qu’un autre fait de la batterie sur une barrière. Puis sur un panneau de stationnement interdit et sur celui de l’entrée du parking d’un immeuble; enfin,  ils prennent une spectatrice et font chanter son sac. On les suit devant une belle grille d’un pavillon, puis devant la Cave du Tonnelier sur la place de l’Hôtel de Ville : Ils escaladent le fronton, font sonner la terrasse, ça vibre dans le sol…
www.decorsonore.org

DEBLOZAY Rara Woulib Mise en scène Julien Marchaisseau

Rara Woulib signifie « désordre »en créole haïtien. Nous sommes attendus au bout de l’île de Chavannes à 23 h 30. On nous guide vers un sentier éclairé par des bougies jusqu’au bord d’un lac où nous distinguons sur l’autre rive des silhouettes dispersées qui s’avancent lentement, chantant par intermittence une étrange mélopée, très douce, qui se mêle au coassement des crapauds dans la nuit.Ces silhouettes se rapprochent, traversent le lac, on a l’impression qu’elles marchent sur l’eau.
Ils sont une trentaine, grimés de blanc, portant des costumes du XIXe siècle, fracs noirs pour les hommes, robes longues pour les femmes, tous  chapeautés de noir. Ils se dispersent parmi la foule, nous fixent d’un regard inquiétant, et nous entraînent dans un long dédale de jardins à travers les immeubles aux rythmes de leurs chants et de leurs percussions. Malgré un beau passage sous des arbres drapés de vélums blancs, où l’on voit les acteurs s’écrouler par terre, puis se ranimer, on a beaucoup de mal à voir quelque chose dans la foule, à moins de marcher en tête et à reculons,  et nous avons été déçus par le final dont on nous avait pourtant dit grand bien, un petit bal dans la cour d’une ferme, où les acteurs invitent les spectateurs à danser. Et cela d’autant plus que ces Haïtiens sont des Blancs de Marseille !
http://www.rarawoulib.org

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arton116-b84e8Ma Mort n’est  la faute de personne , conception du dispositif et interprétation de Marie Do Fréval, écriture et interprétation de Nadège Prugnard, corniste et comédien Léandre Simioni, création musicale de Gualtierro Dazzi.

Marie-Do Fréval a longtemps mûri cette mise en scène de sa propre mort. Elle avait souffert de la disparition de son père quand elle avait 7 ans, et en avait tiré un spectacle bouleversant, dont elle avait présenté une ébauche voilà plus d’un an . Nadège Prugnard, après plusieurs mois d’échanges,  en a tiré un texte fulgurant.
Nous sommes rassemblés devant le cimetière de Chalon; la foule silencieuse attend patiemment. Tout à coup, Charon apparaît tirant une belle barque sculptée du nom d’El grito (le cri) que suit  une femme vêtue de gaze noire, et ils s’arrêtent au milieu de la foule. Charon sonne longuement de la trompe . La future morte, bien vivante, apparaît, avec une couronne de fleurs sur sa belle chevelure noire; elle porte une splendide robe écarlate mexicaine, salue quelques spectateurs, avant de monter sur la barque dans un silence de plomb et de clamer : “Est-ce que la mort nous apprend autre chose que la solitude ? (…) Buvons à la mort qui n’a pas de mort(…) Je veux questionner la mort de mon vivant ! ”
Dans ce surprenant discours émaillé de passages très crus, elle célèbre aussi la mort de Frieda Kahlo, douloureuse et géniale artiste peintre mexicaine, disparue en 1954 ,après une vie de créations et de souffrances. L’actrice ressemble étrangement à ses auto-portraits, elle nous harangue parfois en espagnol.…
Nous allons ensuite dans  une clairière bordant le cimetière où va se dérouler le spectacle. On a distribué à quelques  spectateurs des textes et des bougies, dont ils devront se servir le moment venu. Et, dans cette clairière, avec la nuit qui  arrive, nous vivons des moments exceptionnels devant cette barque qui servira de lit partagé avec des spectateurs appelés aux côtés de la future morte : “Elle s’appelait Frieda. Je porte en moi ma propre béance, je suis le dos nu de la cicatrice politique, même dans un cercueil, je ne veux plus jamais rester couchée”… Frieda Kahlo, malgré un grave accident quand elle était très jeune, s’était engagée avec les communistes, et n’a jamais cessé  de peindre malgré ses souffrances.
Des images violentes nous pétrifient: elle étreint un squelette, se livre à des confidences intimes et violentes qui ne manquent jamais d’un humour salutaire. Elle vomit la religion chrétienne, mais nous sommes appelés à réciter une prière  laïque pendant que les bougies s’allument.
Elle se branle couchée contre la voile du bateau qui la dissimule aux yeux du public, tandis que Charon qui porte un masque de loup continue à jouer de la trompe. On souhaiterait ne pas applaudir devant cet étrange rituel, mais l’enthousiasme nous gagne après un long moment de silence.

www.cieboucheabouche.com

Dispersion par  La Débordante Compagnie.

Huit danseurs encapuchonnés se rassemblent place de l’Hôtel de ville. Après avoir exécuté quelques figures d’ensemble face au public, ils jettent leurs capuchons noirs et se retrouvent en tee-shirts blancs aux armes de la compagnie. La foule se disperse, ils nous enveloppent de leurs pas de danse qui ne vont pas sans nous surprendre. Ces figures inattendues sont pour le moins originales, on se déplace et les 45 minutes ne pèsent pas en longueur.
ladebordante.com



Hamlet raconté aux enfants pas sages et aux adultes qui passaient  par là  par Les Batteurs de Pavés.

Manu Moser et son complice Laurent promènent depuis 1999 leur extraordinaire talent d’improvisateurs, sur les places publiques de bien des festivals. Nous les avions découverts dans Macadam Cyrano à la Plage des Six Pompes, festival de rue que Manu Moser  organise à la Chaux-de-Fond en Suisse au début du mois d’août,
Cette fois,  en errant dans les rue de Chalon, nous tombons sur la place du Cloître bourrée de monde, ils se sont attaqués à Hamlet et , comme John Guez autrefois, ils prennent les protagonistes de Hamlet parmi des enfants du public. Ils résument l’intrigue à gros traits avec une extraordinaire vivacité, et disent  un mot que chaque enfant doit crier quand le nom de leur personnage est prononcé. Hamlet doit crier vengeance, Ophélie est coiffée d’une perruque ridicule, Polonius seul est un adulte, Rosencrantz et Guilderstern sont coiffés d’écumoires.
Le public, plus de 500 personnes est plié de rire, car les enfant jouent le jeu avec une vraie présence. Et la manche leur a fait récolter 900 € bien mérités. Mais, après  deux  représentations par jour depuis le début du festival, les représentations du lendemain ont dû être annulées car Manu Moser n’avait plus de voix.
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www.batteurs de pavés.com

Figures libres KomplexKapharnaüm  sous la direction artistique de Pierre Duforeau et Stéphane Bonnard.

Cette étrange compagnie d’inventeurs, bricoleurs d’images immenses projetées sur les façades des maisons, nous l’avions découverte en 1994 dans une longue promenade onirique dans la périphérie de Calais, organisée par l’inventif Channel et ses Feux d’hiver. C’était SqurE: nous suivions une caravane bizarre qui avait photographié les habitants du quartier, étrange dehors/dedans.
 Il y a eu aussi et surtout PlayRec à Chalon dans la rue, une dizaine d’années plus tard : l’équipe avait interviewé des ouvriers licenciés d’une entreprise de tissus qui avait fermé ses portes, et en avait tiré un spectacle poignant. Puis ensuite Memento dans un dédale de rues, toujours insolite.
Figures libres,  comme son titre l’indique, n’a pas vraiment de sujet. Une série de portraits sans paroles et  de vieilles photos des années trente, parfois émouvantes-on pense à la montée du nazisme-mais on ne voit ni violence, ni soldats-sont projetées sur  de hauts immeubles, et on entend quelques  paroles indistinctes, la voix d’une comédienne-chanteuse et la musique d’instrumentistes perchés sur un grand chariot. On voit une silhouette  d’une femme perchée très haut qui va, accrochée à un fil, opérer une descente vertigineuse. Puis une caravane parvient en bas d’une pente, au pied d’un grand immeuble, au sommet duquel une actrice qui nous harangue…Mais ce soir-là,  le spectacle commence à traîner en longueur! Nous avons suivi la caravane depuis la gare, dans une longue promenade inutile et fatigante avec une musique déplaisante. Toujours la  trop fameuse demi-heure de trop…
Mais la compagnie est lucide, et elle remettra sans cesse le fer à l’ouvrage, comme d’habitude. Installée dans une friche à Villeurbane, elle organise de petites formes et des promenades dans  des sentiers pédestres, et il faudra  donc découvrir ses prochaines déambulations…

Edith Rappoport

Festival de Chalon


 


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