« Rachel, Monique » exposition de Sophie Calle

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Jamais un lieu de culte comme l’église des Célestins, non restaurée,  et actuellement non vouée au culte, dont le sol est encore en grande partie en terre, n’a semblé autant adaptée à une exposition comme celle-ci « Elle s’est appelée successivement Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Paglioero, Gonthier, Sindler. Ma mère aimait qu’on parle d’elle », écrit-elle sur la couverture du livre qui retrace cette exposition.
Sophie Calle qui a fait de sa vie son œuvre, expose ici le journal intime de sa mère avec amour et une certaine cruauté. Le manque transparaît à la découverte de chacun de ces objets de mémoire. Seules deux salles sont interdites à la photographie: la première montre les derniers instants de vie de sa mère sur son lit étroit, filmée de profil par Sophie Calle, des fleurs au premier plan, un doudou en forme de vache (qu’elle collectionnait), et en fond, retentit Le Concerto pour clarinette de Mozart qu’elle aimait, son dernier vœu ayant été de « partir en musique.L’infirmière vérifie l’absence de souffle et de pouls de la défunte.
Dans la deuxième salle, nous découvrons la photo du cercueil ouvert de Monique rempli d’objets de son quotidien comme, sa robe à pois, des bonbons, une carte postale de Marylin Monroe , ainsi que des photos d’elle personnelles encore jeune et belle. Des fleurs de soucis sont aussi posées dans le cercueil . « Souci », dernier mot prononcé par Monique  et retrouvé régulièrement dans cette exposition.
Chacun des objets exposés a une grande puissance évocatrice. Comme cette série de soixante plaques funéraires en marbre avec chacune, non le nom d’un défunt mais celui d’une maladie grave. La dernière à l’extrême droite en bas paraît être sans inscription… mais en y regardant bien, on discerne juste gravés mais sans encre, ces seuls mots: cancer du sein!
Dans une chapelle, Sophie Calle , assise, les yeux protégés par des lunettes noires, lit chaque jour des extraits des Carnets intimes de sa mère. Mais on ne peut entendre sa voix que dans certains coins éloignés de l’église; les visiteurs écoutent dans le plus grand silence.
Tour à tour nous croisons, entre autres, une photo de l’ombre de Monique avec cette annotation: «  Si je devais un jour disparaître, je te laisse mon ombre qui veillera sur toi », la tête d’une girafe avec ce commentaire de Sophie Calle: « Quand ma mère est morte, j’ai acheté une girafe naturalisée. Je l’ai installée dans mon atelier et prénommé Monique. Elle me regarde de haut avec ironie et tristesse. »
Nous découvrons aussi une phrase terrible sur un carnet de Monique, « Inutile d’investir dans la tendresse de mes enfants, entre l’indifférence tranquille d’Antoine et l’arrogance égoïste de Sophie. Seule consolation : elle est tellement morbide qu’elle viendrait me voir sous ma tombe plus souvent qu’à la rue Boulard”.
C’est justement le double de la pierre tombale au cimetière Montparnasse, qui est aussi exposée avec, inscrits dans le marbre ces seuls mots: « Monique Sindler née le 21 mai morte en 2006 je m’ennuie déjà”.
Cette exposition est sans aucun doute l’œuvre de création artistique la plus radicale de ce Festival.

Jean Couturier

Festival d’Avignon , Église des Célestins jusqu’au 28 juillet.

Livre de l’exposition : 49 €

 


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