« Rachel, Monique » exposition de Sophie Calle

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Jamais un lieu de culte comme l’église des Célestins, non restaurée,  et actuellement non vouée au culte, dont le sol est encore en grande partie en terre, n’a semblé autant adaptée à une exposition comme celle-ci « Elle s’est appelée successivement Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Paglioero, Gonthier, Sindler. Ma mère aimait qu’on parle d’elle », écrit-elle sur la couverture du livre qui retrace cette exposition.
Sophie Calle qui a fait de sa vie son œuvre, expose ici le journal intime de sa mère avec amour et une certaine cruauté. Le manque transparaît à la découverte de chacun de ces objets de mémoire. Seules deux salles sont interdites à la photographie: la première montre les derniers instants de vie de sa mère sur son lit étroit, filmée de profil par Sophie Calle, des fleurs au premier plan, un doudou en forme de vache (qu’elle collectionnait), et en fond, retentit Le Concerto pour clarinette de Mozart qu’elle aimait, son dernier vœu ayant été de « partir en musique.L’infirmière vérifie l’absence de souffle et de pouls de la défunte.
Dans la deuxième salle, nous découvrons la photo du cercueil ouvert de Monique rempli d’objets de son quotidien comme, sa robe à pois, des bonbons, une carte postale de Marylin Monroe , ainsi que des photos d’elle personnelles encore jeune et belle. Des fleurs de soucis sont aussi posées dans le cercueil . « Souci », dernier mot prononcé par Monique  et retrouvé régulièrement dans cette exposition.
Chacun des objets exposés a une grande puissance évocatrice. Comme cette série de soixante plaques funéraires en marbre avec chacune, non le nom d’un défunt mais celui d’une maladie grave. La dernière à l’extrême droite en bas paraît être sans inscription… mais en y regardant bien, on discerne juste gravés mais sans encre, ces seuls mots: cancer du sein!
Dans une chapelle, Sophie Calle , assise, les yeux protégés par des lunettes noires, lit chaque jour des extraits des Carnets intimes de sa mère. Mais on ne peut entendre sa voix que dans certains coins éloignés de l’église; les visiteurs écoutent dans le plus grand silence.
Tour à tour nous croisons, entre autres, une photo de l’ombre de Monique avec cette annotation: «  Si je devais un jour disparaître, je te laisse mon ombre qui veillera sur toi », la tête d’une girafe avec ce commentaire de Sophie Calle: « Quand ma mère est morte, j’ai acheté une girafe naturalisée. Je l’ai installée dans mon atelier et prénommé Monique. Elle me regarde de haut avec ironie et tristesse. »
Nous découvrons aussi une phrase terrible sur un carnet de Monique, « Inutile d’investir dans la tendresse de mes enfants, entre l’indifférence tranquille d’Antoine et l’arrogance égoïste de Sophie. Seule consolation : elle est tellement morbide qu’elle viendrait me voir sous ma tombe plus souvent qu’à la rue Boulard”.
C’est justement le double de la pierre tombale au cimetière Montparnasse, qui est aussi exposée avec, inscrits dans le marbre ces seuls mots: « Monique Sindler née le 21 mai morte en 2006 je m’ennuie déjà”.
Cette exposition est sans aucun doute l’œuvre de création artistique la plus radicale de ce Festival.

Jean Couturier

Festival d’Avignon , Église des Célestins jusqu’au 28 juillet.

Livre de l’exposition : 49 €


Archive pour juillet, 2012

Les Bonnes

Les Bonnes de Jean Genet mise en scène de Serge Gaborieau et Armel Veilhan.

 

Les Bonnes Photo-4-300x199Auteur de la transgression, du travestissement et de l’ambivalence, Genet s’inscrit dans les extrêmes, entre Artaud et Pasolini. Il écrit de son sang, comme un ange déchu pactisant avec lui-même, et transcrit sa vie à travers poésies, romans, pièces et essais. Son autobiographie, Le Journal du voleur, sort en 1949, et  Sartre la qualifie de cosmogonie sacrée ; elle donne les clés de ces extrémismes et chemins de traverse. D’autres textes le précèdent, dont Les Bonnes, pièce en un acte (1947), montée, la même année, par Louis Jouvet, à l’Athénée.
La pièce fascine metteurs en scène et acteurs. Pour n’en citer que quelques-uns : Peter Zadek, en 52 ; Julian Beck et Judith Malina en 65 avec le Living Theatre (les trois femmes  étaient interprétés par des hommes) ; Victor Garcia en 70, pour la version espagnole avec la compagnie Nuria Espert, puis en 71 pour la version française ; Alfredo Arias en 2001 (qui tient le rôle de Madame), en ont proposé leurs lectures, ainsi que Philippe Adrien, Alain Ollivier, Jean-Marie Patte, Henri Ronse… et tant d’autres. Autant d’imaginaires, autant de manières de la monter.
Dans ce huis-clos singulier, lieu des contradictions et des antithèses, des simulacres et des vérités, trois personnages féminins : Claire et Solange, les deux sœurs-servantes, au service de Madame, archétype de la bonne bourgeoisie. Sur fond de polar, le rituel de mort n’est que plus fort. Genet réfute pourtant s’être inspiré des sœurs Papin, qui, au Mans, assassinèrent leur patronne avec une rare violence, fait divers qui défraya la chronique. Il refuse, de même, la vision que l’on aurait pu en faire de crime de “castes sociales”.
Le Théâtre A,
collectif d’artistes créé en 1998, a investi depuis peu un ancien entrepôt, aux Lilas. Il propose aujourd’hui sa version des Bonnes. Deux hommes mettent en scène trois femmes: Marie Fortuit (Claire), Violaine Phavorin (Solange), Odile Mallet (Madame). On dirait que ça hésite entre la part ritualisée et le réalisme, et que plusieurs langages se côtoient. Peut-être n’ont-ils pas voulu choisir…
Genet lui-même, dans sa Préface, Comment jouer Les Bonnes, brouille les pistes : « Je n’ai pas besoin d’insister sur les passages joués et les passages sincères : on saura les repérer, au besoin les inventer. Quant aux passages soi-disant poétiques, ils seront dits comme une évidence, comme lorsqu’un chauffeur de taxi parisien invente sur-le-champ une métaphore argotique : elle va de soi. Elle s’énonce comme le résultat d’une opération mathématique : sans chaleur particulière. La dire même un peu plus froidement que le reste ».
Chaque soir, dans leur soupente, Solange et Claire se livrent à des jeux de rôle, où l’une, puis l’autre, se glissent dans la peau de Madame, ses robes et ses fantasmes, jouant des rapports de force. Les rôles s’inversent jusqu’à ce que la catharsis opère. Puis le jeu des quatre vérités s’arrête et, comme des enfants, Solange et Claire rangent la maison, avant le retour de Madame, remettant tout à sa place, comme si de rien n’était : « Dépêchons-nous, Madame va rentrer». Ce double mouvement entre simulacre et simulation, « passage à un espace dont la courbure n’est plus celle du réel, ni celle de la vérité », tel que Baudrillard le définit, conduit à « la liquidation de tous les référentiels ».
Le ludique, le cérémoniel, le déguisement, l’inquiétant, sont bien portés par les deux comédiennes : effets -miroir, brouillage des identités, jeu furtif, gestes suspendus, une impression d’alcôve et de feutré. A un moment, Solange et Claire ne savent plus même qui elles sont et s’épuisent, elles ne sont plus capables d’arrêter le jeu. Claire en mourra, en buvant, avec détermination et lucidité, le tilleul qui ne lui était pas destiné.
L’arrivée de Madame en tenue léopard, sorte de Cruella d’Enfer descendue des écrans, est un peu plus que ne le demande Genet dans sa préface : « une dame un peu cocotte, un peu bourgeoise ». Elle est ici  dans la caricature. Mais était-ce bien nécessaire ? Assurance, grandiloquence, démagogie, pourquoi en rajouter, le texte y suffit : « Tout, mais tout ! ce qui vient de la cuisine est crachat » ! « Vous êtes un peu mes filles »… « D’ailleurs, que vous manque-t-il ? »… « On s’encombre inutilement. Il y a trop de fleurs c’est mortel ». Les hommes sont les absents, mais on en parle, petits règlements de comptes à la clé : Mario le laitier, nourrit les rêves de l’une et/ou de l’autre ; l’amant de Madame, absent principal, dénoncé par Claire et Solange, est en prison pour vol. Croisement de styles.
Puis le mécanisme se dérègle : Claire se farde, la clé du secrétaire a bougé, le réveil est déplacé, Madame s’en aperçoit. L’étau se resserre et tout s’achemine vers la terreur d’être démasquées, laissant place à une sorte d’anomie chez les deux Bonnes et règlements de comptes entre sœurs. Solange dit à Claire : « Tu pourras continuer en prison à faire ta souveraine, ta Marie-Antoinette, te promener la nuit dans l’appartement »…« Claire, je te hais ». « Je te le rends bien », dit-elle. Exorcisme, décompensation, déstructuration. « Que je parle, que je me vide ». Ce moment de dérèglement est ici intéressant, ambigu, jusqu’au passage à l’acte, final.
Mi-réalistes, mi-stylisées, la scénographie et les lumières de Jacques-Benoît Dardant nous mènent de la soupente aux appartements de Madame : deux lits, au besoin, se transformant en un seul ; une fenêtre permettant des jeux de lumière, et quelques robes, suspendues.
Etrangeté, irréalité, violences, sont au cœur de cette pièce où l’onirique côtoie le tragique, où rythmes et tempos passent du vivace au subito, de l’expressivo au staccato, ponctuant une théâtralisation qui n’est pas simple à orchestrer !

Brigitte Rémer

Théâtre du Lucernaire, du 11 juillet au 1er septembre, à 18h30, sauf dimanche et lundi.

La Franc Comtoise de rue

  17 spectacles à la Franc-Comtoise de rue

MARCEL ET SA PERCUCYCLETTE La Franc Comtoise de rue

Marcel entre en scène avec une bicyclette baroque, chargée d’instruments de percussion, surmontée d’un beau haut parleur à l’ancienne, déploie un fil où sont accrochées des chaussettes, balaye en chantonnant, fait des claquettes, tente d’attraper une valise avec un hameçon. Il met le couvert une théière et des assiettes, c’est un repas musical car il s’en sert pour faire des percussions, il se sert de la théière comme trompette. Il plie bagage après un petit tour de piste. C’est gentiment désuet, les petits enfants apprécient.


Voiture artifices, spectacle pyro-mobile par lePudding Théâtre.

Gérard Langoisse a été abandonné par sa femme parce qu’il buvait et ne pouvait plus conduire. Il grimpe au sommet d’une tour et se couche désespéré sur son lit. Mais Cathy Linspect, maîtresse femme, lui permet de repasser des épreuves pour retrouver son permis.
Commence alors un ballet endiablé de voiture chargée d’acrobates, crachant des flammes autour de la tour qui,  elle aussi, explose d’éblouissants artifices. Inspiré d’une réalité vécue dans la troupe, ce spectacle plein d’humour et de dangers, VoiturArtifices arrache des cris d’admiration des spectateurs rassemblés autour de la piste devant une explosion pyrotechnique pleine de sens.

  pudding.theatre@free.fr

La Franc Comtoise de rue pudding

Cynus  par les Chercheurs d’air.

Des chiens aboient dans la nuit, une petite chienne entre et se pelotonne sur un fauteuil renversé, dans un joli capharnaüm, armoire ouverte avec de vieux oripeaux, amas de pierres …Sur le mur du bastion au pied duquel ils jouent, des portraits de musiciens disparus avec leur date de décès, doublés de têtes de chiens…
Trois musiciens vêtus de blanc-guitare, clavier, accordéon- proclament: “J’en ai marre d’être mort, j’en ai marre de parler anglais !” C’est le groupe Dogbee, Radi Hudson, Peter Chasewood, Pin Garrett. Ils jouent la vie de chien de ce groupe disparu, avec  humour et cynisme.
Malgré la petite pluie fine qui commence à tomber, nous sommes fascinés par l’agilité du chien, obéissant au moindre geste, couché sur son fauteuil en équilibre instable, avec ces trois bons musiciens hurlant parfois à la mort, C’est la philosophie cynique appliquée au rock, qui a quelque chose à voir avec le chien. Les chercheurs d’air jouent aussi En route, beau spectacle inspiré de La Strada de Fellini, créé voilà bien des années, sur ce site à 23 h jusqu’au 21 juillet.

ciechercheursd’air@free.fr

Libellule par le  Cirque Bobof.

Un clown et son musicien accordéoniste et pianiste. Il entre avec un landau,  caresse la tête des enfants, distribue des pop-corns, valse avec son orgue de barbarie, esquisse de petites danses, jongle avec des ventouses. Il balaye la piste soigneusement, jongle avec les balais, puis sort un bébé accordéon de sa valise. C’est frais et gentil. Bobof revient juste de tournées lointaines à titre humanitaire.

Monsieur  Kropps , Utopie en marche par la compagnie Gravitation.

Monsieur Kropps est chef d’une entreprise utopique, et l’on travaille et on vit aussi chez Kropps qui fabrique des montres et des horloges en bois pour la Chine ! Le patron veut mettre en pratique les utopies de son aïeul Jean-Baptiste-André Godin au Familistère de Guise. Nous assistons à la 18e réunion des employés sur l’habitat collectif dans le cadre de la remobilisation sociale pour 2014. Il faut voter sur les surfaces privées et collectives destinées au personnel, et  il y a des discussions acharnées sur le moindre centimètre alloué à l’une ou l’autre partie.
Une discussion sans fin à laquelle le public est invité à se mêler, menée par d’habiles compères qui ne s’en laissent pas conter.Vieux souvenirs des assemblées générales de 1968 pour les plus âgés que nous sommes!
La compagnie Gravitation,  dont on avait pu apprécier À vendre au Château de Joux, il y a quelques années, est très impliquée dans le social où elle mène un travail fondamental mais  reste à l’écart des circuits institutionnels .

Alambic théâtre par le Pudding Theatre

C’est un théâtre de rue à haut degré alcoolémique et littéraire. Iris entre en scène “J’ai tendu des cordes de clocher à clocher”…Elle fait partie de la famille Alambic qui a repris l’entreprise de distillation à bascule de leur Pépé disparu en l’enrichissant de la passion d’un des petits fils, la lecture. Aussi, l’entreprise familiale s’est transformée en Bibliambic, nom qui figure sur le chariot que la famille va transporter aux États-Unis du début du siècle au gré de la lecture.
On assiste alors à un film policier américain avec des transformations éclair des quatre comédiens, puis à un cabaret berlinois pendant la montée du fascisme hitlérien, entrecoupées de distillations fumantes. On peut apprécier cette pochade savoureuse

Repas fouriériste et gastrosophique de la Franc-Comtoise de rue

Treize compagnies de Franche-Comté, région riche en inventions depuis plus de trois siècles: les utopies de Charles Fourier, les phalanstères, l’hélicoptère, les mutuelles, le délicieux fromage de Comté et tant d’autres choses, ont décidé de se rassembler à Chalon dans la rue sur les bords de la Saône entre le Bastion haut et le Bastion bas, pour y présenter collectivement un .
Nous sommes invités à faire la queue deux par deux devant un grand chapiteau ouvert, accueillis par un personnel stylé et immaculé. On nous assied par tables de dix, avant de nous distribuer des noms de personnages. Il y a le socialiste, le radin, le généreux etc,  et cela correspondra au prix que nous réglerons à la fin du repas.Nous nous sommes arrangés à notre table pour partager, chacun 8€ ! On nous invite à déposer nos objets précieux, montres, portables etc…, dans un petit panier qu’on relèvera au dessus de nos têtes.
Au centre du banquet, une splendide horloge en bois au pied de laquelle Marjorie,  du Krache Théâtre,   veille au bon déroulement d’un repas typiquement franc-comtois : saucisses de Montbéliard et de Morteau accompagnées de pommes de terre au fromage, servies  avec délicatesse par des comédiens en costume blanc.
Ils nous chapitrent doucement sur les utopies de Fourier, sur ses livres magnifiquement illisibles, sur sa clairvoyance extrême et son rêve impossible d’harmonie universelle. Il y, au centre, des comédiens qui annoncent les grands tournants du repas, des enfants-torchon portant une serviette sur laquelle on peut s’essuyer la bouche, les richesses du pays, une armée de sapins qui envahit la piste et , au final, une splendide tempête de neige de savon et l’entrée d’une énorme vache vacillant sous le souffle,  qui trônait comme enseigne du site.
Nous sommes gentiment invités à échanger avec nos voisins de table. Après un délicieux fromage blanc au miel et des vins du pays, branle-bas de combat, la vaisselle pour les 200 personnes est minutée: chaque table dispose de deux baquets d’eau chaude, on doit s’y mettre pour laisser les lieux propres pour le prochain spectacle dans ce chapiteau dès 15 heures.
De la belle ouvrage d’une région généreuse qui a permis de faire naître cette belle utopie, nous en avons vu cinq  pendant cette journée inoubliable, mais on peut voir sur le site les 17 spectacles venus de Franche-Comté,

Edith Rappoport

Jusqu’au 21 juillet à midi. Attention arrivez en avance, il y a du monde… Vous pouvez retrouver l’aventure de la ZUT, Zone d’Utopie Temporaire et des repas utopistes de la Franc Comtoise de Rue sur http://mediateaser.wordpress.com

Chalon dans la rue

CHIENNE OU LOUVE  Cirque musical, Cheptel Aleikoum,

Chalon dans la rue 34_manuamandaCheptel Aleïkoum est un étonnant collectif d’artistes de cirque que nous avions découvert aux Feux d’hiver du Channel de Calais, voilà quelques années. Ils promènent sur les routes leur grand chapiteau  qui accueille plusieurs spectacles à Chalon dans la rue.

Chienne ou louve est un duo féministe très british, mené par une étonnante acrobate anglaise, accompagnée par un musicien jouant de plusieurs instruments. Elle nous harangue en français sur qui est imposé aux femmes, découpe une table à la scie électrique qu’elle a du mal à faire démarrer, fait mine de se raser avec la scie, fracasse le plancher, hurle sous une bâche, fait du trampoline et des pompes etc…”It is not because I am a woman thaï I don’ sport! !” Elle virevolte autour d’une barre fixe, puis quitte la salle en trombe sur une moto. Son musicien compositeur, Manu Debuyck accompagne Amanda Lund, avec une belle dextérité.

www.cheptelaleikoum.com/

URBAPHONIX Décor sonore Conception Michel Risse

Michel Risse fait sonner les bruits du monde depuis près de trente ans en s’inspirant  de John Cage : “Si un son vous dérange, écoutez-le !”. Cinq hommes en costume noir arrivent dans une rue où le public les attend assis sur le trottoir. Ils traînent des valises et vont fixer des résonateurs sur la façade d’une charcuterie, dont le plus agile escalade la cheminée.
Au coin d’une autre rue, ils font entendre les bruits d’un arbre, pendant qu’un autre fait de la batterie sur une barrière. Puis sur un panneau de stationnement interdit et sur celui de l’entrée du parking d’un immeuble; enfin,  ils prennent une spectatrice et font chanter son sac. On les suit devant une belle grille d’un pavillon, puis devant la Cave du Tonnelier sur la place de l’Hôtel de Ville : Ils escaladent le fronton, font sonner la terrasse, ça vibre dans le sol…
www.decorsonore.org

DEBLOZAY Rara Woulib Mise en scène Julien Marchaisseau

Rara Woulib signifie « désordre »en créole haïtien. Nous sommes attendus au bout de l’île de Chavannes à 23 h 30. On nous guide vers un sentier éclairé par des bougies jusqu’au bord d’un lac où nous distinguons sur l’autre rive des silhouettes dispersées qui s’avancent lentement, chantant par intermittence une étrange mélopée, très douce, qui se mêle au coassement des crapauds dans la nuit.Ces silhouettes se rapprochent, traversent le lac, on a l’impression qu’elles marchent sur l’eau.
Ils sont une trentaine, grimés de blanc, portant des costumes du XIXe siècle, fracs noirs pour les hommes, robes longues pour les femmes, tous  chapeautés de noir. Ils se dispersent parmi la foule, nous fixent d’un regard inquiétant, et nous entraînent dans un long dédale de jardins à travers les immeubles aux rythmes de leurs chants et de leurs percussions. Malgré un beau passage sous des arbres drapés de vélums blancs, où l’on voit les acteurs s’écrouler par terre, puis se ranimer, on a beaucoup de mal à voir quelque chose dans la foule, à moins de marcher en tête et à reculons,  et nous avons été déçus par le final dont on nous avait pourtant dit grand bien, un petit bal dans la cour d’une ferme, où les acteurs invitent les spectateurs à danser. Et cela d’autant plus que ces Haïtiens sont des Blancs de Marseille !
http://www.rarawoulib.org

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arton116-b84e8Ma Mort n’est  la faute de personne , conception du dispositif et interprétation de Marie Do Fréval, écriture et interprétation de Nadège Prugnard, corniste et comédien Léandre Simioni, création musicale de Gualtierro Dazzi.

Marie-Do Fréval a longtemps mûri cette mise en scène de sa propre mort. Elle avait souffert de la disparition de son père quand elle avait 7 ans, et en avait tiré un spectacle bouleversant, dont elle avait présenté une ébauche voilà plus d’un an . Nadège Prugnard, après plusieurs mois d’échanges,  en a tiré un texte fulgurant.
Nous sommes rassemblés devant le cimetière de Chalon; la foule silencieuse attend patiemment. Tout à coup, Charon apparaît tirant une belle barque sculptée du nom d’El grito (le cri) que suit  une femme vêtue de gaze noire, et ils s’arrêtent au milieu de la foule. Charon sonne longuement de la trompe . La future morte, bien vivante, apparaît, avec une couronne de fleurs sur sa belle chevelure noire; elle porte une splendide robe écarlate mexicaine, salue quelques spectateurs, avant de monter sur la barque dans un silence de plomb et de clamer : “Est-ce que la mort nous apprend autre chose que la solitude ? (…) Buvons à la mort qui n’a pas de mort(…) Je veux questionner la mort de mon vivant ! ”
Dans ce surprenant discours émaillé de passages très crus, elle célèbre aussi la mort de Frieda Kahlo, douloureuse et géniale artiste peintre mexicaine, disparue en 1954 ,après une vie de créations et de souffrances. L’actrice ressemble étrangement à ses auto-portraits, elle nous harangue parfois en espagnol.…
Nous allons ensuite dans  une clairière bordant le cimetière où va se dérouler le spectacle. On a distribué à quelques  spectateurs des textes et des bougies, dont ils devront se servir le moment venu. Et, dans cette clairière, avec la nuit qui  arrive, nous vivons des moments exceptionnels devant cette barque qui servira de lit partagé avec des spectateurs appelés aux côtés de la future morte : “Elle s’appelait Frieda. Je porte en moi ma propre béance, je suis le dos nu de la cicatrice politique, même dans un cercueil, je ne veux plus jamais rester couchée”… Frieda Kahlo, malgré un grave accident quand elle était très jeune, s’était engagée avec les communistes, et n’a jamais cessé  de peindre malgré ses souffrances.
Des images violentes nous pétrifient: elle étreint un squelette, se livre à des confidences intimes et violentes qui ne manquent jamais d’un humour salutaire. Elle vomit la religion chrétienne, mais nous sommes appelés à réciter une prière  laïque pendant que les bougies s’allument.
Elle se branle couchée contre la voile du bateau qui la dissimule aux yeux du public, tandis que Charon qui porte un masque de loup continue à jouer de la trompe. On souhaiterait ne pas applaudir devant cet étrange rituel, mais l’enthousiasme nous gagne après un long moment de silence.

www.cieboucheabouche.com

Dispersion par  La Débordante Compagnie.

Huit danseurs encapuchonnés se rassemblent place de l’Hôtel de ville. Après avoir exécuté quelques figures d’ensemble face au public, ils jettent leurs capuchons noirs et se retrouvent en tee-shirts blancs aux armes de la compagnie. La foule se disperse, ils nous enveloppent de leurs pas de danse qui ne vont pas sans nous surprendre. Ces figures inattendues sont pour le moins originales, on se déplace et les 45 minutes ne pèsent pas en longueur.
ladebordante.com



Hamlet raconté aux enfants pas sages et aux adultes qui passaient  par là  par Les Batteurs de Pavés.

Manu Moser et son complice Laurent promènent depuis 1999 leur extraordinaire talent d’improvisateurs, sur les places publiques de bien des festivals. Nous les avions découverts dans Macadam Cyrano à la Plage des Six Pompes, festival de rue que Manu Moser  organise à la Chaux-de-Fond en Suisse au début du mois d’août,
Cette fois,  en errant dans les rue de Chalon, nous tombons sur la place du Cloître bourrée de monde, ils se sont attaqués à Hamlet et , comme John Guez autrefois, ils prennent les protagonistes de Hamlet parmi des enfants du public. Ils résument l’intrigue à gros traits avec une extraordinaire vivacité, et disent  un mot que chaque enfant doit crier quand le nom de leur personnage est prononcé. Hamlet doit crier vengeance, Ophélie est coiffée d’une perruque ridicule, Polonius seul est un adulte, Rosencrantz et Guilderstern sont coiffés d’écumoires.
Le public, plus de 500 personnes est plié de rire, car les enfant jouent le jeu avec une vraie présence. Et la manche leur a fait récolter 900 € bien mérités. Mais, après  deux  représentations par jour depuis le début du festival, les représentations du lendemain ont dû être annulées car Manu Moser n’avait plus de voix.
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www.batteurs de pavés.com

Figures libres KomplexKapharnaüm  sous la direction artistique de Pierre Duforeau et Stéphane Bonnard.

Cette étrange compagnie d’inventeurs, bricoleurs d’images immenses projetées sur les façades des maisons, nous l’avions découverte en 1994 dans une longue promenade onirique dans la périphérie de Calais, organisée par l’inventif Channel et ses Feux d’hiver. C’était SqurE: nous suivions une caravane bizarre qui avait photographié les habitants du quartier, étrange dehors/dedans.
 Il y a eu aussi et surtout PlayRec à Chalon dans la rue, une dizaine d’années plus tard : l’équipe avait interviewé des ouvriers licenciés d’une entreprise de tissus qui avait fermé ses portes, et en avait tiré un spectacle poignant. Puis ensuite Memento dans un dédale de rues, toujours insolite.
Figures libres,  comme son titre l’indique, n’a pas vraiment de sujet. Une série de portraits sans paroles et  de vieilles photos des années trente, parfois émouvantes-on pense à la montée du nazisme-mais on ne voit ni violence, ni soldats-sont projetées sur  de hauts immeubles, et on entend quelques  paroles indistinctes, la voix d’une comédienne-chanteuse et la musique d’instrumentistes perchés sur un grand chariot. On voit une silhouette  d’une femme perchée très haut qui va, accrochée à un fil, opérer une descente vertigineuse. Puis une caravane parvient en bas d’une pente, au pied d’un grand immeuble, au sommet duquel une actrice qui nous harangue…Mais ce soir-là,  le spectacle commence à traîner en longueur! Nous avons suivi la caravane depuis la gare, dans une longue promenade inutile et fatigante avec une musique déplaisante. Toujours la  trop fameuse demi-heure de trop…
Mais la compagnie est lucide, et elle remettra sans cesse le fer à l’ouvrage, comme d’habitude. Installée dans une friche à Villeurbane, elle organise de petites formes et des promenades dans  des sentiers pédestres, et il faudra  donc découvrir ses prochaines déambulations…

Edith Rappoport

Festival de Chalon


Cabaret de l’impossible, Premiers voyages

 Cabaret de l’impossible, Premiers voyages.

  Ils sont trois: un Breton, Achille Grimaud qui se revendique comme tel mais qui a, en fait, a un père pied-noir et une mère auvergnate,:  » Je suis un Breton, dit-il honnêtement, qui ne parle pas la langue ».  Sergio Grondin, un Réunionnais et François Lavallée, un Québécois., dont l’invention verbale et la langue font penser à celles  de Fred Pellerin, cet autre conteur québécois. Ce sont trois conteurs qui œuvrent chacun dans leur région, et ils ont eu l’idée de se  réunir et d’aller voir chacun ce qui se passait chez les deux autres. Loin des clichés habituels de cartes postales- Grondin rappelle que le Réunion est aussi pour beaucoup de ses habitants synonyme de pauvreté voire de misère.
  Mais les trois compères ont un dénominateur commun, celui d’être francophone,- et, avec juste raison, n’en sont pas peu fiers . Rappelons que l’Amérique du Nord n’en  compte que  six  millions sur quelque 250 millions d’anglophones! Et ils ont des histoires à raconter, de celles qui rappellent furieusement la fameuse collection des Contes et légendes qui ravissait notre enfance, avec des personnages hauts en couleurs, avec aussi  parfois des phrases magnifiques: « J’appartiens à la France, avertit Sergio Grondin-dont la chère province se trouve à des milliers de kilomètres de la métropole-mais, à partir du moment où elle est prête à m’appartenir ».
Et François Lavallée raconte le Québec  avec passion: » quatre fois la France et dix fois moins de monde », dit-il,  pays qui avait de quoi étonner Sergio Grondin, comme il fut étonné par La Bretagne quelques mois plus tard. Et François Lavallée est aussi allé en Bretagne à la recherche de ses origines, puisque ses ancêtres comme beaucoup de  Bretons émigrèrent au Canada. Mais, rappelle Sergio Grondin, il y a aussi des Bretons de Réunion…

  Ils communiquaient évidemment par internet pour préparer leur projet, et on les voit, dans l’obscurité  entre chaque évocation de voyage, en train de tripoter leur tablette, dont les phrases s’affichent sur un écran. Bref, la vidéo a encore frappé et ce n’est  sans doute  pas la meilleure idée du spectacle qui tourne parfois aux bavardages entre vieux potes heureux de se retrouver.
En fait ces Cabarets de l’impossible, par ailleurs attachants, font parfois un peu bricolage et auraient mérité qu’un metteur en scène exigeant leur donne une véritable unité.

  Alors à voir? Oui, quand même, ce n’est pas tous les jours qu’on peut avoir affaire  à une sorte d’ovni scénique qui fait entendre la langue française de trois régions du monde francophone, ici débarrassée de tout un fatras snobinard de mots anglais souvent chers aux Parisiens et à leurs journaux gratuits… On se demande comment la RATP … et le Ministère de la Culture tolèrent que certaines affiches publicitaires nous abreuvent de petits slogans  en anglais, traduits en petits caractères au  bas d’affiche en langue française! Si, si c’est vrai. Vérifiez à l’occasion…

Philippe du Vignal

Festival d’Avignon Chapelle du Verbe Incarné jusqu’au 28 juillet; ensuite en tournée du 8 au 30 novembre;  au Sénégal et en Roumanie en mars 2013.

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Damas! Fragments

Damas! Fragments d’après l’œuvre de Léon-Gontran Damas, mise en scène de Patrick Moreau et Raphaëlle Giulani.

Léon-Gontran Damas était né en 1912 à Cayenne; métis blanc, indien et noir,  Il fit ses études en Martinique où il rencontra Aimé Césaire puis à Paris où il retrouva Léopold Sedar Senghor. Il fit des études de droit et de langues orientales. Damas est  moins connu et célébré que ses deux copains, c’est pourtant aussi un  bon poète qu’il faut redécouvrir.
  Les trois complices fondèrent la revue L’Etudiant noir qui fut à l’origine du fameux concept de négritude et où ils mettaient à mal la domination politique et culturelle de l’Occident.  Ce qui n’empêcha pas Damas, le poète de Pigments,  son premier recueil de poésies (1937) de se battre avec l’armée française en 40 et de devenir plus tard pendant quelques années, député de la Guyane. Il fut aussi l’un des piliers de la revue  Présence africaine et enseigna aussi aux Etats-Unis avant de mourir en 78.
C’est sa poésie que trois comédiens de la Compagnie de l’homme aux semelles de vent et de la Troupe du Méridien guyanaises: Grégory Alexander, Régine Lapassion, Valérie Whittington, avec  le pianiste Jean-Louis Danancier, essayent de faire revivre. Sur un praticable est assise, comme une sorte de déesse, une belle jeune femme, Régine Lepassion qui ne commencera à parler que vers la fin du spectacle qui débute par un long, trop long monologue de Grégory Alexander  qui a pourtant une belle présence et qui dit très bien la langue de Damas. Il y a aussi de belles chansons en anglais de Valérie Whittington. Mais le spectacle qui ne dure qu’une heure, ne commence réellement à prendre forme qu’au moment où les deux jeunes comédiennes imposent leur présence en scène.
  En fait, ce Damas! Fragments souffre d’être aussi  être beaucoup trop statique au début, et de ne pas avoir de véritable fil conducteur et de mise en scène solide qui auraient permis de mieux ressentir la poésie de Damas  que l’on ne perçoit vraiment qu’à de  trop brefs moments. Et c’est  dommage…

Philippe du Vignal

Festival d’Avignon Chapelle du verbe incarné jusqu’au 28 juillet.

The Old King

The Old King de Romeu Runa et Miguel Moreira.

Dans son dictionnaire amoureux d’Avignon du numéro spécial de Télérama, Bernard Faivre d’Arcier définit le mot festival comme « un moment de grâce et de magie restant dans la mémoire ». Cette performance, qui peut être perçue comme douloureuse, tant l’engagement physique de Romeu Runa est extrême, restera gravée dans la mémoire du public.
Le danseur des ballets C de la B, va seul sur scène naître vivre et mourir durant soixante cinq minutes. De belles images naissent par exemple, quand celui-ci vient s’ébrouer sous un jet d’eau puissant, dirigé par son complice de création Miguel Moreira.
Les deux artistes d’origine portugaise ont été aidés par Alain Platel. pour la conception du spectacle et  l’environnement musical de Pedro Carneiro accompagne au plus près cette performance qui comprend un minimum de texte.
Ce véritable homme animal semblant tout droit sorti d’un tableau de Jérôme Bosch va devenir un peu plus humain, à l’instant précis où il revêt un pot de fleur en guise de couronne, après avoir tenté de déclamer le discours pathétique d’un roi. Du haut de sa plate-forme qu’il a lui même laborieusement construit, ce personnage nous apparaît fragile.
Le cloître des Célestins révèle toute sa dimension sacrée quand retentit une musique de Wagner, Romeu Runa abandonné peut-être par Dieu, disparaît dans un cocon mortuaire invisible entre deux palettes en bois, un moment fort dans cette nuit d’Avignon…

Jean Couturier

Festival d’Avignon In, au Cloître des Célestins jusqu’au 26 juillet

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Du Vent dans les branches de sassafras

Du Vent dans les branches de sassafras de René de Obaldia, mis en scène de Céline Sorin.

  Du Vent dans les branches de sassafrasRené de Obaldia, à 94 ans, est sans doute notre plus jeune et plus ancien dramaturge, et l’un des plus traduits et des plus joués en France comme à l’étranger, dont Jean Vilar avait monté Génousie en 1960…
Du Vent dans les branches de sassafras avait été créé en 65 par René Dupuy au petit théâtre Gramont, près de l’Opéra-Comique-aujourd’hui devenu salon de coiffure!- avec le grand Michel Simon, et tout près du restaurant où Proust avait ses  habitudes.
L’immense acteur, adulé du public, lassé du rôle après plusieurs mois, avait abandonné, et Dupuy lui avait, fait rarissime dans la profession, intenté un procès…

  Le spectacle est une sorte d’hommage aux films de western sur le mode burlesque et absolument déjanté. La pièce parodique est un peu compliquée (mais Obaldia adore cela! ) et pleine d’humour; c’est l’histoire d’une famille de colons pas bien riche qui essayent de s’en sortir. Mais leur ranch va être bientôt encerclé par les Indiens…
Il y a là un vieux papa, assez buté et qui n’est pas  du bois dont on fait les flûtes, une mère brave et chrétienne, un fils assez loubard, une fille charmante, une belle putain au cœur généreux, un médecin alcoolo, un cow-boy solitaire, et des Indiens. Comme dans tout bon western mais ici Obaldia fait dans la parodie: il vise juste et bien.
Toute la famille est  unie et solidaire devant le danger: la mort rôde mais chacun montre le meilleur de lui-même. Le papa est résolu  à se sacrifier, même quand  la mère avoue qu’elle lui a été infidèle, et la fille est aussi prête à se dévouer…
Comme le dit Céline Sorin:  » La base de notre travail est de décrypter tous les rouages d’un bon film et de les poser sur un plateau. Nous avons tenté de moderniser le texte pour optimiser le rythme et le propos. »
  Cela commence par une scène muette où chacun pose comme pour un portrait de famille, caricaturalement maquillé mais,  avec beaucoup de bonheur (poussière grise et ocre), habillé dans des costumes d’une grande classe par Marie-Ange Sorresina  et installé dans le décor magistral à transformation de Daniel Martin.
Les dieux savent si  nous râlons assez souvent dans ces colonnes contre ces scénographies approximatives. Mais ici, d ces praticables, modules indépendants sur roulettes qui se ressoudent, et que les comédiens manipulent eux-même, pour  figurer successivement l’extérieur, l’intérieur d’une maison ou d’un saloon,  sont vraiment d’une  grande qualité

 La mise en scène au rythme exemplaire et la direction d’acteurs sont d’une grande intelligence,  et Céline Sorin a donné à la bande-son de Samir Dib, une place  essentielle qui accompagne le jeu des comédiens avec une rare efficacité. C’est, comment dire les choses,  une  mise en scène théâtrale au second degré, voire au troisième, d’une sorte de film burlesque à souhait, mais tout en subtilités, qui, même dans les inévitables anachronismes, base même de la parodie, utilise les figures habituelles du cinéma jusque dans le montage du spectacle.
Mais Céline Sorin ne triche pas: on est bien sur un plateau  de théâtre. Et il y a des images d’une grande beauté, qui font parfois penser à celle qu’inventait le grand Tadeusz Kantor, comme cette scène où toute la famille regarde derrière une fenêtre. Ne rougissez pas de bonheur pour cette comparaison, Céline Sorin: on n’en rajoute pas…
C’est la stricte vérité, même si les genres en sont pas les mêmes!
 Ce qui frappe le plus dans l’interprétation, c’est sans doute l’unité de jeu et le plaisir d’être là des comédiens,  en parfaite osmose avec le public de tout âge, ravi du délire total-ce qui est plutôt rare dans le in comme dans le off-qu’ils réussissent à imposer sur le plateau pendant 90 minutes. Grégory Benoit , Samir Dib, François Julliard, David Marchetto, Anne Mino, Yannick Rosset et Céline Sorin sont impeccables. La Compagnie Fox d’Annemasse  avait déjà créé un Volpone qui lui avait valu un beau succès un peu partout en France.Mais là il faut saluer la performance de cette mise en scène de la pièce la plus connue de René de Obaldia, parfaitement rodée qui reçoit un accueil chaleureux. Le public a du mal à quitter la salle, remercie les acteurs et  regarde, intrigué le démontage du décor, ce qui est toujours bon signe… Il existe donc aussi de tès bons spectacles dans le off, loin de toute prétention, et osons le mot: populaires.
Après tout, Obaldia, comme on l’a dit, avait été monté par Vilar.  Et il aurait sans doute bien aimé ce Vent dans les branches de sassafras. Bref, allez-y sans faire la fine bouche: c’est  le genre de  spectacle, intelligent et vraiment drôle,  que l’on aimerait découvrir aussi dans le in mais cette année,  du moins, il faudra repasser…

Philippe du Vignal

Festival d’Avignon Théâtre  La Luna jusqu’au 29 juillet à 16h 35. T: 04-90-86-96-28

Liebe liberté

Liebe Liberté, Quatuor féminin chorégraphie de Gilles Schamberg

 

Liebe liberté liebe_03Force est de constater qu’il existe une exigence et un professionnalisme pour les compagnies de danse au festival Off d’Avignon, que l’on rencontre moins pour certains spectacles de théâtre. C’est encore le cas avec la compagnie Gilles Schamberg, ancien danseur soliste de répertoire classique, et de la troupe de Maurice Béjart, qui présente ici sa 25 ème création. La salle adaptée à cette chorégraphie est recouverte d’un étonnant tapis de danse jaune. Les lumières chaudes de Gilles Fournereau, principalement faites de projecteurs en contre ou latéraux mettent en valeur le jeu de ces quatre belles danseuses. Le terme mis en valeur n’est pas superflu ici, car la succession de solo de duo ou de quatuor fréquemment dansé au sol exacerbe leur féminité. Des sculpteurs, comme Auguste Rodin ou Antoine Bourdelle, ne renieraient pas La géographie des corps et de leurs ombres apparentes pour cette chorégraphie rythmée de 55 minutes. Le public assiste à une éloge du féminin dans toute sa diversité, sa puissance et sa liberté.

 

Jean couturier

Avignon Off, au théâtre Golovine jusqu’au 28 juillet (relâche le 23 juillet)

www.gilschamberg.org

Dans la nuit la plus claire jamais rêvée

Dans la nuit la plus claire jamais rêvée DLN_Thierry_Vareille

Dans la nuit la plus claire jamais rêvée , spectacle conçu et mise en scène par Yves Lenoir autour de Poésie 1946-1967, À la lumière d’hiver, Ce peu de bruit, Paysages avec Figures absentes…textes poétiques de Philippe Jaccottet,. 


Yves Lenoir met en scène avec brio Dans la nuit la plus claire jamais rêvée, une création de l’univers fondamentalement sonore et singulier de Patricia Diallo, conceptrice et compositrice étrange d’un univers musical de tendance contemporaine. Elle est au clavier et aux capteurs , Ben Jeger à l’accordéon, à la cithare et à l’orgue de verres. Atmosphère, Atmosphère, vous avez dit Atmosphère ! Froideur glaciale, dessins géométriques en noir et blanc à la façon de Jean-Christophe Averty dans les années 1965, éblouissement de la lumière, ombre de la nuit, images qui tremblent et errent…

Les musiques de Patricia Diallo se construisent au fur et à mesure de la respiration d’un monde visuel qui prend vie précisément à partir des sons mêmes. Stridences, désaccords, crissements, poésie et expressionnisme : l’émotion advient à la croisée de ces flux impondérables, ineffables et terriblement humains.

Le doute et l’incertitude, concepts fidèles à Jaccottet et à sa poésie installée à vie dans l’instable, le déséquilibre et l’insaisissable, sont effectivement là. Lionel Parlier visite le plateau en déclamant la parole du poète, tel un prêtre porteur de la dimension infinie du sacré, ce qui nous éloigne un peu de lui, comme si les mots recelaient un sens inaccessible qui ne pouvait être dit simplement.

Mais cet objet est si étrange qu’il ne laisse pas indifférent : on écoute la voix de l’homme, on voit les images, on se sent et se sait en vie : c’est tout le bonheur grave de la poésie de Jaccottet élevée sur les hauteurs de la parole respirée puis intériorisée. Une performance insolite, aussi délicate que réussie.

Véronique Hotte

Festival d’Avignon, Caserne des Pompiers, Avignon à 14h jusqu’au 26 juillet. T: 04 -90-84-11-52

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