La Conférence


La Conférence de Christophe Pellet, mise en scène de Matthieu Roy.

La Conférence IMG_3181_B-767x1024Avec le comédien Philippe Canales, le metteur en scène déploie la parole récriminatrice, revendicative et rebelle de Christophe Pellet, « contre l’Institution française », « contre l’État français ». C’est celle de quelqu’un qui connaît le théâtre de l’intérieur, dans sa chair et son âme, à la différence d’une administration, lointaine et indifférente, qui gère froidement les affaires publiques.

« Toujours dans le circuit ? », oppose-t-on au dramaturge dans le couloir d’une Scène nationale ou d’un Centre Dramatique. Certains savent courtiser les décideurs, d’autres non, ne le peuvent pas ou ne le veulent pas. C’est un peu le cas de Thomas Blanguernon, un jeune auteur qui a fui la France durant une dizaine d’années pour oublier l’étroitesse de ce fameux esprit français qui n’ouvre pas véritablement l’imaginaire mais qui suit plutôt modes et tendances de quelques noms en cours.

Il revient dans l’institution théâtrale à l’occasion d’une conférence, commandée par une ancienne relation professionnelle qui n’est même pas présente pour l’événement, et ne peut donc lui préparer le paiement de son cachet. Preuves de l’impolitesse, du manque de courtoisie et de la désinvolture de la partie adverse.

L’écriture de Christophe Pellet ne peut pas ne pas faire penser à celle de Thomas Bernhard : même ressassement, même art de la répétition, même ironie dans les attaques acerbes et comminatoires quant à la bêtise du monde. Même amour du théâtre. Voilà une belle déclamation amère sur l’art de convaincre, face à la surdité et à l’aveuglement des gestionnaires du spectacle que l’on dit vivant.

Le comédien, vêtu de noir, comme toute figure artistique qui se respecte, donne à entendre son amertume et sa déception, quand il vérifie le non-professionnalisme des interlocuteurs. L’acteur impose sa parole, à la fois proche et distant de son public, perdu dans des méandres kafkaïens que chacun a pu connaître

Un cauchemar facétieux qui, pour le spectateur, vire au plaisir que procure ce théâtre subtil, en quête d’une légitimité qui impose ici sa force d’évidence.

Véronique Hotte

Festival d’Avignon La Manufacture à 14h15, jusqu’au 27 juillet 2012. . Tél : 04-90-85-12-71


Archive pour juillet, 2012

Histoires Courtes

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Histoires Courtes chorégraphie de Lolita Bruzat

Difficile pour des  compagnies de danse de s’exprimer dans un festival dédié au théâtre, qui  sont reléguées souvent à des horaires matinaux, ce qui implique un échauffement encore plus matinal! Les salles n’ont pas toujours de tapis de danse et leur exiguïté  oblige les chorégraphes à s’adapter aux lieux.
Le collectif Aléas danse sur un véritable parquet et la grande proximité du public ajoute un plus à cette chorégraphie qui nécessite une écoute particulière du public. Comme il existe un théâtre intime comme celui d’August Strinberg, il existe aussi une danse intime où l’opposition des corps et des regards sont ressentis au plus près du vécu des danseuses.
Le public découvre une sorte d’entretien d’embauche avec comme moyen d’expression pour se faire valoir, la danse. Dans une chorégraphie  presque totalement dansée dans le silence, où, seuls, le souffle et le bruit des corps en jeu sont  audibles. Des extraits des Carnets en sous -sol de Dostoïevski sont parfois lus..
N’hésitez pas: allez sentir au plus près les tensions génératrices  de ces cinq danseuses qui,  au final, se lancent dans un flamenco libérateur. D’un grand nom de la photographie de danse, Guy Delahaye,  on peut  aussi voir les images de cette pièce dans le hall du théâtre

Jean Couturier

Festival d’Avignon. Théâtre de l’Étincelle à 10h30 jusqu’au 28 juillet (relâche le 23 juillet)

Le Sourire de la Joconde

Le Sourire de la Joconde à partir des textes de Kurt Tcuholsky. , traduction et mise en scène de Françoise Delrue.

 

Le Sourire de la Joconde Le-sourire-de-la-Joconde-%C2%A9EricLegrand0076Françoise Delrue met en scène Le Sourire de la Joconde à partir des textes de Kurt Tucholsky, sous la forme d’un véritable cabaret berlinois, en lieu de contestation et d’opposition à un régime menaçant et oppressif dont on se méfie instinctivement. Artistes et public sont du même bord, et toutes les allusions contemporaines à la montée de Hitler sont immédiatement perceptibles.
On est là aussi pour se changer les idées. Il y a un verre de bière d’abord pour chaque spectateur sur les tables préparées pour les accueillir. Les comédiens Henri Botte et Murielle Colvez sont là pour nous faire sourire, puisque Sourire de la Joconde il y a : « Tu nous enseignes par ton silence, ce qu’il faut faire. Car ton portrait nous montre, petite Lise, Que celui qui a vu le monde, Sourit, met les mains sur son ventre Et se tait. »
Mais on ne se tait pas tout à fait ; au contraire, on est plutôt là pour se libérer du joug politique qu’on dénoncera de plus en plus fort, sourdement et implicitement. Dès 1901, Tucholsky est collaborateur artistique de la
Weltbühne, et se fait connaître du grand public : critique littéraire et théâtral, essayiste, chroniqueur, humoriste. On chante ses chansons et on lit ses poèmes, avec ses engagements politiques corrosifs. Il met le doigt où cela fait mal : les travers de l’armée, de la justice, les hommes politiques, l’église, les petits-bourgeois, Hitler et le parti national socialiste. Déchu de la nationalité allemande en 1933, il se réfugiera en Suède deux ans avant qu’il ne mette fins à ses jours.
Henri Botte et Murielle Colvez, vêtus pour l’occasion d’ uniformes nazis – ou bien un simple rappel de la croix gammée sur le smoking et la robe du soir rouge vermeil, s’en donnent à cœur joie, interpellant le public, et font leurs numéros dans une bonne humeur cynique et une clairvoyance redoutable. Un couple d’artistes maudits qu’illumine la présence irradiante de Muriel Colvez, et de Casilda Rodriguez à l’accordéon.

Véronique hotte

Festival d’Avignon jusqu’au 28 juillet à 12h30 à Présence Pasteur. Tél : 04 32 74 18 54

le vertige

Sujets à vif, programme B: Le Vertige, conception et texte d’ Olivia Rosenthal et Projet Luciole, conception et mise en scène de  Nicolas Truong.

Le Festival d’Avignon, surtout quand il s’agit de formes courtes, peut parfois offrir de bonne surprises: ainsi celles qui ont été programmées en coproduction avec la SACD, avec comme seule contrainte: respecter le temps imparti pour chaque spectacle. Cela se passe au jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph. C’est en fait,  une petite cour étroite et ombragée avec des gradins pour 150 personnes; il y a, dans un angle, près d’une scène toute en profondeur, la statue d’ une vierge blanche que cette histoire de vertige ne semble pas effrayer et  à ses pieds, un parterre d’hortensias aux fleurs encore vertes.
Deux chaises en bois sur la scène, et surtout, à six mètres du sol environ, une sorte de poutrelle métallique suspendue par des harnais où l’on ne peut accéder que par une échelle. Et aucun éclairage artificiel.

  Olivia Rosenthal, auteure du bien connu de Que font les rennes après Noël qui avait reçu le prix Alexandre Vialatte et celui du Livre Inter 2011, commence à nous expliquer ce qu’est pour elle le vertige avec des mots très simples. On entend aussi des extraits du film Vertigo d’Alfred Hitchcock (1958), adapté du roman de Boileau et Narcejac D’entre les morts, qu’elle convoque comme pour mieux tisser ce rapport étonnant entre deux femmes, l’une absolument silencieuse, mais qui nous parle beaucoup: Chloé Moglia, une très jeune femme, trapéziste, qui a participé à plusieurs vols paraboliques où le corps est en état d’apesanteur;et l’autre presque immobile à l’oralité très prégnante. Et Olivia Rosenthal sur la scène. Toutes les deux habillées d’un pantalon et d’un tee-shirt noirs.
Puis Chloé Moglia, monte rapidement les barreaux de l’échelle qu’elle fait basculer loin d’elle, pour se retrouver là-haut, allongée sur cette poutre, suspendue par les pieds ou par une main, comme si elle était justement en état d’apesanteur. Dans un silence total, avec une grâce incroyable, une parfaite maîtrise du vide, et une apparente facilité qui a dû exiger du corps et de l’esprit un sacré travail: on ne voit jamais l’ombre d’un effort musculaire. Comme si son corps lui obéissait sans jamais rechigner. On est  fasciné par cette performance qui contraste superbement avec le vertige que décrit Olivia Rosenthal quelques mètres plus bas.Trente cinq minutes d’une vraie beauté et d’une grande intelligence qui nous renvoie à notre peur ontologique du vide.
  La deuxième partie du spectacle  Projet Luciole vient comme un  écho philosophique à ce Vertige. Une grande table chargée de livres, et en  fond de scène, un rayonnage en bois tout aussi chargé de livres. C’est une sorte de collages de textes d’ Adorno, Agamben,  Badiou, Benjamin, Debord, Deleuze, Orwell, Rancière ou Semprun. » Bien décidé à sauver les lucioles, dont l’extinction dûe à la pollution est la métaphore d’une humanité  rongé par la « merdonité » de la modernité, ce Projet Luciole donne corps , forme et voix à toutes les histoires de la pensée critique précise Nicolas Truong.
  Nicolas Bouchaud lit ces extraits, ironique et drôle, avec beaucoup de classe mais Judith Henry, devrait faire attention à ne pas bouler son texte. On écoute  cette profération dans le calme de cette petite cour fraîche, et l’on rit parfois, par exemple, quand il y a des jets inattendus de livres par les  hautes fenêtres du lycée  Saint-Joseph, mais on a du  mal à discerner le fil rouge de ce Projet Luciole qui a quelque chose d’assez artificiel dans sa mise en scène.  Même si on n’a guère le temps de s’ennuyer, ces paroles intelligentes, portées par la voix des deux comédiens,  auraient mérité une meilleure dramaturgie.

Philippe du Vignal

Festival d’Avignon  Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph du 9 au 15 juillet.

Puz/zle

Puz/zle 1733654_3_f261_puz-zle-de-sidi-larbi-cherkaoui-au-festival_766cd29d5f7b21848f8ab127cfb90520

Puz/zle chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui

Puz/zle pourrait en fait se nommer patchwork, tant les images créées  ont des sens et des interprétations multiples. malgré des longueurs,et  des moments répétitifs (comme les postures de statuaire soviétique,) il y a  de nombreux  instants magiques. Par exemple, quand un danseur en solo n’arrive pas à se défaire d’un pavé, ou quand un autre libère toute son énergie animale.
Les mouvements rythmés des douze danseurs viennent stimuler le public. Mais cette construction et déconstruction de l’espace même parfaitement réglée prend du temps, « quand il faut  mettre toutes les pièces d’un ensemble en ordre », précise le chorégraphe. Des cubes de béton  permettent des assemblages multiples, (en réalité du polystyrène recouvert de résine de 50 kg) et  nous découvrons un escalier, une tombe,  ou un mur tagué symbolisant toutes nos fractures.
Ces éléments remarquablement utilisés font corps avec la danse et entrent en résonance avec les rochers de la carrière de Boulbon. Une autre résonance se fait entendre qui embellit le spectacle, c’est le chant du groupe polyphonique corse « A Fileta » qui accompagne la voix magique de la chanteuse libanaise Fadia Tomb El-Hage  et  la performance du musicien japonais Kazunari Abe à la flûte et aux percussions.
Cette pièce  s’inscrit dans la continuité du travail de l’artiste  qui a présenté une création au festival d’Avignon en 2004 puis une autre en  2008; il  utilise très bien l’espace ouvert de cette carrière, mais c’est dommage que  le découpage des scènes et des longueurs en arrivent à casser l’unité d’un très beau  spectacle.

Jean Couturier

Carrière de Boulbon, Avignon jusqu’au 20 juillet; puis en tournée en France et en Europe

WURRE WURRE

Wurre wurre, absurdisme belge

Philippe et Tom, ces deux là nous avaient fait mourir de rire avec leur chien, aux Stars du trottoir à Malakoff déjà en 1987 et dans bien des festivals de rue. Ils s’étaient séparés pendant dix ans et les voilà cette fois non dans la rue mais sur une scène. Ils n’ont  rien perdu de leur complicité et de leur sens de l’humour.
Ils s’arrosent, arrosent le public, quand il ne rit pas assez, à leurs yeux, font pipi dans un pot de fleurs, miment les articles du! dictionnaire le Petit Robert, tirent dans la salle… On retrouve au début les explosions de rire salutaires oubliées, mais le plaisir s’élude avec la longueur du spectacle, on devient nostalgique quand ils projettent un film jauni du trio formidable qu’ils formaient avec leur chien.
Qu’importe, la salle est pleine et le public sort ravi de ce Wurre, wurre.

Edith Rappoport

 Festival d’Avignon Théâtre la Luna

La fille qui danse

La fille qui danse, All of me, Ginger Jive. 


Voici un instant magique comme on  peut en connaître au  Festival d’Avignon, avec ce triptyque de danse présenté tôt le matin dans un beau lieu du off. La Fille qui danse,  chorégraphie de Daniel Dobbels,  suit la narration du texte d’Alain Fleischer sans l’illustrer. Un geste juste, une fluidité du mouvement toute en retenue, caractérise le solo de Carole Quettier qui nous emporte dans un récit d’une grande intelligence.
Avec Hall of me,  le public suit des variations de Mélanie Giffard sur les partitions musicales d’un même standard de jazz et une chorégraphie d’Herman Diephuis. Elle  donne à voir à la fois un solo de danse et un jeu d’actrice. Le corps qui ondule au rythme des musiques et le visage de  la danseuse exprime différents états d’émotion de la vie d’une femme dans toute sa complexité, non sans un certain humour.
C’est le duo Ginger Jive qui termine ce spectacle de 90 minutes. Raphaëlle Delaunay ,ancienne danseuse d’Alain Platel et de Pina Bausch, fait la chorégraphie et danse avec Asha Thomas sur, là encore, plusieurs  standards de Jazz. Tantôt en duo ,tantôt en solo, les deux danseuses se cherchent, s’opposent, sur  une partition légère qui résonne dans nos sens  en cette fin de matinée.
Le spectacle est de la tenue de ceux du festival in avec  son  programme  Le vif du sujet. Allez découvrir ces trois pièces: c’est un vrai et bon moment de plaisir.

 

Jean Couturier

Festival d’Avignon La parenthèse-Espace jardin à 10 h jusqu’au 22 juillet.

 

 La fille qui danse ginger_jivephilippe_savoir_446x531

Brave Kids

 Brave Kids, spectacle et séminaire, à l’UNESCO par l’association théâtrale du Chant du Bouc de Wroclaw  (Pologne).

Brave Kids dans actualites Image-Brave-KidsDans le grand auditorium de l’Unesco, une belle effervescence. Beaucoup d’enfants, autant de pépiements. En fond de scène, un panneau tout couleurs peintures et appliqués, mouvements, abstraction et graffitis, des morceaux de vie.
Introduction de bienvenue de la Délégation Polonaise auprès de l’Unesco, initiatrice du projet réalisé sous le haut patronage de l’Unesco et celui d’Anna Komorowska, première Dame de Pologne, puis lancement du Festival des Enfants, par le Directeur Général adjoint de l’Unesco.
Les fondateurs de l’Association théâtrale du Chant du Bouc, Anna Zubrzycki et Grzegorz Bral, présentent le spectacle et  projettent un petit film sur les projets artistiques et sociaux qu’ils mènent à Wroclaw. Créée en 1996, la compagnie est conçue comme un Ensemble et rayonne au plan régional, national et international. Danse, musique, théâtre, cirque sont au cœur d’activités proposées, sous différentes formes : ateliers pour les personnes fragilisées, spectacles, formation (dont un Master Techniques du Théâtre, en partenariat avec l’Université de Manchester), festival de cinéma, expositions, etc.
Le Brave Festival, qu’ils ont créé à Wroclaw en 2004, à la demande du Maire de la ville, travaille sur les fragilités. C’est une plateforme qui fait entendre la voix des minorités et sensibilise l’opinion sur l’importance de préserver les traditions artistiques rares des communautés menacées. Les recettes générées par les spectacles sont versées à Rokpa international, une organisation caritative qui, en son antenne polonaise, fait un travail similaire à celui des Restaurants du cœur, fédérant dans son sillage de nombreux bénévoles.
Dans ce même esprit de diversité et cette belle énergie, Brave Kids est présenté comme le diamant du Festival. Passent alors de la salle au plateau une envolée de quatre-vingts enfants, de 6 à 16 ans, dix-huit groupes venant de quatorze pays, tout de couleurs, tee-shirts, jupes, baskets, tuniques, pantalons, chapeaux et signes distinctifs. L’habillement donne une indication géographique, la langue parfois aussi.
Ils ont vécu trois semaines ensemble, accueillis dans des familles polonaises et inventé ce spectacle, présenté en Pologne, le 7 juillet. « Les enfants enseignent aux enfants » disent les deux chefs de troupe, « une culture enseigne ses codes et ses rites  à une autre ».
Mise en mouvement et chorégraphie où le plaisir domine, plaisir de donner de soi, spontanéité. Pas de loi esthétique ni d’apparence, on ne compte pas un deux trois… nous n’allons pas au bois. Les groupes se font et se défont, l’Ensemble gère l’espace en grand professionnel. Chacun y va de son tempérament, de ses rythmes, de l’écoute des autres, d’une joie de vivre. Le plus grand côtoie le petit, l’extraverti soutient le discret, l’entraîne dans sa danse qui fait contagion. Chacun est sous le regard de tous.
Le collectif porte, accompagne, stimule. Les rythmes qu’ils créent avec  leurs maracas et tambours,  leurs cordes et ukulélés, sont relayés par une bande son à la moderne diversité, par les voix et  les cris. Diabolos, rubans, sifflets, serpentins, perles, ceintures, baguettes, cycles, tourbillonnent. Tels des magiciens, ces petits princes régulent l’enchainement des séquences. Ici, élégance rythme avec enfance. Il y a du cœur à l’ouvrage, l’Ensemble est généreux et radieux. Le secret ? « Liberté… J’écris ton nom… »aurait dit Paul Eluard.
Le séminaire du lendemain, à l’Unesco toujours, traite de L’éducation non formelle à travers les arts. On retrouve les jeunes de Brave Kids qui ont dansé la veille; ils en sont les animateurs et structurent les différents temps de l ‘échange entre eux, entre eux et les adultes. Grzegorz Bral, co-directeur du Chant du Bouc parle de l’importance qu’a chaque enfant dans ce collectif, de chaque sensibilité. Il prend la métaphore de la forêt où chaque arbre, chaque plante, chaque fleur est important et a sa place.

Les enfants à la table, répondent  aux questions préparées par  ceux de Chine. Et l’on découvre, notamment d’Ouganda, de Slovaquie, Roumanie, Israël, Pologne, Bulgarie, du Kurdistan, des univers sensibles : Aux  questions : « Pourquoi Brave Kids est-il important pour vous ? » Ils parlent unanimement (dans leurs langues originales, traduites consécutivement), de la rencontre avec les autres, d’autres cultures et traditions, de l’apprentissage de soi, du mélange des langues, de la gaîté. « Que rapportez-vous chez vous  » ? Ils évoquent la joie du spectacle collectif, la diversité rencontrée, des techniques de travail et croisements de styles à transmettre à d’autres, l’amitié et l’échange, au-delà des langues. « Comment garder le contact, à votre retour »? Comme les jeunes du monde entier,  ils parlent alors d’Internet, Facebook et Skype, d’e-mail et de vidéos, mais aimeraient aussi se rencontrer, à nouveau. « Que retirez-vous de l’expérience » ? Ils évoquent une aventure fantastique, une précieuse expérience, des sourires, l’amitié, le fait d’être ensemble, le respect des autres. Nous avons fait un excellent voyage….
Enfin à la question subsidiaire posée par Anna Zubrzycki, co-directrice du Chant du Bouc : « De quoi auriez-vous besoin pour améliorer votre vie » ? Les réponses vont dans le sens du soutien pour le développement de leurs talents, dans leurs milieux, la compréhension des autres, la recherche d’unité qui contredit les divisions. Parlant de leur avenir, ils se voient dans des professions artistiques, sur des chemins scientifiques (médecine, psychologie), journalistique. La recherche de paix est dans leurs génériques et les mots clés de la rencontre s’appellent : spontanéité, responsabilité, concentration, pertinence, multilinguisme, sensibilité, différences.
Le vice-Président de La Ropka, le Docteur Akong Tulku Rinpoché, clôturait la matinée, parlant d’exil, de dignité, d’honneur et de compassion, de la perte de sa langue et de sa culture. Son parcours singulier de haut dignitaire tibétain devenu réfugié,  l’a conduit à s’engager dans le soutien aux défavorisés, à travers l’association humanitaire internationale qu’il a créée en 1980, développant des programmes liés à la santé, l’action contre la faim, l’éducation et l’environnement.
La rencontre fut riche d’échanges, mais on peut regretter l’absence de confrontation avec des groupes aux missions similaires, dans d’autres pays. Mais Brave Kids (spectacle et séminaire) est généreux, chaleureux, pertinent et l’initiative polonaise, à l’instigation de cette invitation à l’Unesco, remplit ses objectifs : réinscrire la Pologne dans le monde.

Brigitte Rémer

UNESCO, 10 et 11 juillet 2012, manifestation réalisée en partenariat avec Wroclaw the Meeting Place, le Ministère Polonais de la Culture et du Patrimoine, l’Institut Polonais de Paris, et l’ Institut International du Théâtre.

Festival d’Alba la Romaine

Festival d’Alba la Romaine FESTIVAL-D-ALBA-LA-ROMAINEUn Caillou dans la chaussure ,mise en scène de Tayeb Hassini.

Nous parcourons les belles allées de ce festival poétique installé en pleine nature, à proximité du Théâtre antique, jusqu’au beau chapiteau rouge de Bibendum Tremens. Deux hommes s’accoudent à un banc, s’y asseyent, basculent dans un invraisemblable fouillis. Un troisième arrive, escalade un poteau à une vitesse vertigineuse se réfugie sur une balançoire derrière un rideau. Il en dégringole et son acolyte esquisse des pas de danse classique ridicules.
Ils sont quatre spéléologues qui parlent avec de petites voix flûtées, échangent des onomatopées. Ils font des pyramides humaines, des roulades, des constructions d’objets bizarres, jouent avec des quilles, tombent dans des trappes et réapparaissent sur scène comme par magie dans un invraisemblable capharnaüm.
Une tempête souffle alors et  menace de balayer le plateau. Le spectacle se termine sur une danse indienne qui achève de faire exploser de rire un public conquis. Avec une construction des plus folles, ces quatre acrobates manient l’humour avec une belle dextérité.

Corpus mentalus  par Les Nouveaux Nez & Cie, Roselyne Guinet, Nicolas Bernard, Raquel Esteve accompagnés de Agnès Binet (jeu, musique) et les acrobates Florent Lestage, Guillaume Biron, Benoît Charpe, Cédric Valllas, écriture et direction artistique Nicolas Bernard.

Nous sommes assis dans les vestiges du Théâtre antique d’Alba la Romaine où les Nouveaux Nez partis pendant quelques années chacun de leur côtés,   viennent de réussir un spectacle prometteur. On retrouve avec plaisir les personnages de Madame Françoise, tonique clownesse dynamisant le spectacle et celui de Georges Pétard, musicien de haut vol recevant les baffes traditionnelles.
Ils ont travaillé cinq jours avec des acrobates talentueux et les ont mis en scène dans ce très bel espace éclairé par le coucher de soleil. Georges s’enfuit en haut de la colline sous les lazzi de Madame Françoise, on le retrouve au volant d’une voiture d’où émergent les acrobates, faisant des exercices stupéfiants et comiques. De la haute voltige qui sort des acrobaties traditionnelles: on explose de rire régulièrement quand Raquel Estève chante des standards de jazz et du lyrique avec son nez rouge et ses commentaires en espagnol. De beaux numéros de chevaux et  du monocycle en trampoline qui termine les spectacle de façon plus traditionnelle: Madame Françoise devrait y mettre son grain de sel. On espère retrouver ce spectacle ailleurs, mais comment retrouver une telle scénographie ? Ces Romains savaient les secrets du théâtre !

Edith Rappoport

Bêtes

Bêtes avec Arlette Bonnard, Alain Enjary et Anna Pabst

Loin de la fureur et du bruit du festival off et de ses vilaines affiches, on peut trouver un havre de paix dans le haut de Villeneuve pour déguster un délicieux spectacle réservé à quelques élus, autour de textes sur les animaux. Les trois excellents acteurs jonglent avec des textes d’Alphonse Allais, Apulée, Baudelaire, Kafka, Melville, Michaux, Trenet parmi ceux qu’on a pu reconnaître, avec un naturel déconcertant.Une vraie poésie très théâtrale, sans aucun accessoire, avec seulement un cercle de lumière qui varie.
Nous sommes une quinzaine, assis en rond sur des chaises; les trois acteurs assis sur des chaises rouges,  se lèvent parfois pour disparaître derrière les buissons, Anna Pabst qui joue aussi de l’alto, au moment où un texte d’Apulée risque de déconcerter leurs jeunes oreilles, emmène les enfants pour leur dire  un extrait de livre de la comtesse de Ségur. Nous retrouvons Alain Enjary et Arlette Bonnard autour d’un verre :  on se souvient d’eux dans Le Cercle de craie caucasien de Mehmet Ulusoy, au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis  au début des années 70, elle, en  émouvante Groucha, lui, en  Simon Chachava très présent…

Edith Rappoport

Jardin de Marie-France,  40 rue du Camp de bataille à Villeneuve-lez-Avignon jusqu’au 28 juillet à 21 h, sauf les mercredis.R éservations:  04 84 15 53 75. 

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