Des théâtres populaires. Afrique, Amérique, Asie, Europe

Des théâtres populaires. Afrique, Amérique, Asie, Europe – Horizons/Théâtre n° 01

Directeur de la publication : Omar Fertat – Rédacteur en chef : Pierre Katuszewski

Textes de Catherine Capdeville-Zeng, Nathalie Coutelet, Marion Denizot, Omar Fertat, Pierre Katuszewski, Sélom Komlan Gbanou, Dominique Paquet, Baptiste Pizzinat, Zane Purmale, Hélène Rannou, Joubert Satyre.

 

Des théâtres populaires. Afrique, Amérique, Asie, Europe  dans analyse de livre 1157C’est une revue nouvelle-née, portée par un collectif, à partir des échanges qui s’étaient noués autour d’André-Gilles Bourassa, universitaire canadien aujourd’hui disparu, engagé dans la défense de la langue française et créateur du site Théârales, en 95.

La définition de cette aventure intellectuelle et éditoriale, selon Omar Fertat, directeur de la publication, repose sur l’interculturalité et le métissage. Elle vise à dépasser l’eurocentrisme qui souvent enferme et propose décloisonnement et transversalité. Les numéros se construisent autour d’une thématique. Le coup d’envoi est donné avec Des Théâtres populaires, qui nous font voyager dans le temps, à partir de l’expérience française et sur tous les continents.

De France, plusieurs entrées de réflexion : un point de départ fin XIXè, avec Maurice Pottecher qui crée son Théâtre du Peuple à Bussang et Copeau, qui travaille avec sa troupe des Copiaus en Bourgogne ; les débuts du TNP de Vilar dans les années 50, l’institutionnalisation du théâtre public et la manière dont la culture cimente la Nation. La définition donnée du théâtre populaire et du théâtre prolétarien souligne la confusion entre les deux notions : « Le théâtre populaire se veut une école de civisme et de culture, le théâtre prolétarien tente de propager un credo politique, au sens restreint du terme. Tous deux, néanmoins, assument leurs aspects didactiques, liés à leurs aspirations politiques ».

Deux expériences de théâtre sont ensuite présentées, qui illustrent la démarche de démocratisation culturelle, mise en œuvre sur le terrain : Le Théâtre du Peuple au Havre, un théâtre d’art social ou comment instruire en se distrayant, avec la création d’une Maison du Peuple en 1907, projet proche du syndicalisme révolutionnaire qui s’éteindra avec la première guerre mondiale ; Le Théâtre sur la Place, à Bordeaux de 1962 à 1972, créé dans l’esprit de l’éducation populaire et animé par Raymond Paquet.

La suite de l’ouvrage met le projecteur sur les expressions théâtrales singulières de certains pays, démontrant la subversion du théâtre, lieu de résistance et de contre pouvoir. Toutes sont basées sur la notion de collectif, cherchent de nouvelles formes et de nouveaux langages, vont à la rencontre des publics et au plus près des gens, conquièrent leur liberté de parole et d’expression.

Ainsi en Argentine, le Libre Teatro Libre, créé en 1969 par Maria Escudero que rejoint Pepe Robledo et auquel s’associera plus tard Pippo Delbono, se fait le porte-parole de revendications économiques et sociales, avant de se trouver dans la spirale du coup d’Etat militaire, début 76, de connaitre l’exil, puis de se dissoudre après ces années de résistance et d’utopie.

Le théâtre Haïtien, qui joue de toutes les clôtures (importé de France au début du XIXè siècle, réservé à une petite élite de Port-au-Prince, espace scénique fermé et public captif, le français pour langue d’expression) eut du mal à dépasser ces barrières symboliques et retrouver ses racines. C’est au début du XXè siècle qu’il commence à s’imprégner des mythes et de la vie quotidienne d’Haïti, à mettre le créole sur scène et puiser dans le vaudou, donnant naissance au théâtre populaire, dans le sillage du mouvement littéraire nommé Indigénisme. Le carnaval, considéré comme une des formes du théâtre populaire, lui emboite le pas, dont le rara, un carnaval rural.

En Côte d’Ivoire, l’influence de Césaire, avec La Tragédie du Roi Christophe et la figure du rebelle qu’il développe dans son oeuvre, donne libre cours à l’invention de Gohou, personnage inspiré du Guignol lyonnais « archétype de cette nouvelle figure charismatique de l’Afrique postcoloniale tel que l’actualité politique le laisse transparaître », présenté dans une création téléthéâtrale, Abidjan, coup d’Etat.

Les mutations du théâtre populaire au Maroc sont ensuite évoquées : formes traditionnelles pratiquées par les populations locales tout d’abord ; apports de l’Occident ensuite, avec André Voisin comme médiateur, essayant de « faire que la technique théâtrale importée vienne féconder un folklore marocain qui paraissait être sa source » ; enfin, dans les années 80, un théâtre de farce ou plutôt de boulevard, pièces en dialecte marocain, de qualité très moyenne. L’auteur met ensuite l ‘accent sur deux formes traditionnelles spécifiquesqu’il présente : Le lbsat, rite spectaculaire et satirique du XVIIIè siècle, proche des cortèges carnavalesques. Les souverains marocains s’y intéressaient de près car « il constituait une sorte de thermomètre de la situation économique, politique, sociale et culturelle de la société ». La halqa ou théâtre de rue, pour certains « berceau du théâtre marocain » dont il existe plusieurs formes, l’une étant qualifiée de théâtre populaire : le public forme cercle autour de l’artiste aux multiples talents (conteur, musicien, danseur, acrobate, magicien) qui l’apostrophe et le fait participer.

Côté Asie, la Chine, traditionnellement, séparait l’espace officiel de l’espace du peuple, deux sources de légitimité qui ont toujours oscillé « entre attirance et répulsion, soutien et interdiction, contrôle et ouverture ». Le théâtre appartient à l’espace du peuple, lié aux communautés. Trois sortes de troupes indépendantes, donc non officielles, dans trois provinces distinctes du pays, sont présentées. Elles ont sillonné les campagnes pour jouer, bien loin des troupes officielles des grandes villes : Les troupes-flambeaux huoba jutuan de la province de Sichuan, jouant clandestinement les pièces interdites du répertoire traditionnel, pendant la révolution culturelle ; La troupe Fleuve Jaune Puju de la ville de Ruicheng, province de Shanxi qui donne des représentations pendant les temps morts agricoles ; la troupe de théâtre d’ombres de Yutian, province du Hebei, qui donnait des spectacles pour accompagner les événements de la vie (mariage, enterrements, remerciements, demande de pluie, maladie etc.). Le théâtre d’ombres avait un aspect exorciste, prophylactique et religieux, mais la technique s’est dégradée avec la modernisation et notamment par l’arrivée du cinéma.

Le théâtre populaire Yiddish d’Europe de l’Est, premier du genre en langue yiddish, créé par Avrom Goldfaden, voit le jour à Iasi, Roumanie, à la fin du XIXè. Il puise son inspiration dans la culture commune de nombreuses sources : textes de la tradition, du folklore, récits hassidiques, mais aussi airs d’opéra, chansons, danses etc. Il re-pose la fonction du théâtre par le biais de la métathéâtralité, avec notamment la présence de fantômes, comme personnages.

En Lettonie, longtemps restée société paysanne, les Théâtres du peuple (Tautas teatris), phénomène spécifiquement national, voient le jour. Ce sont des théâtres amateurs dirigés par un metteur en scène professionnel, si féconds qu’ils concurencent parfois le théâtre professionnel. La parole y est donnée à l’homme ordinaire, permettant au public, identification et catharsis. Le théâtre fut, en Lettonie, un lieu de résistance silencieuse face à l’occupation soviétique.

Ce tour du monde des formes théâtrales populaires inscrites dans le n°1 de la revue Horizons, qui porte bien son nom, aiguise la curiosité. L’éclectisme qui s’en dégage, dû à l’Histoire de chacun des pays, aux traditions ancestrales, aux combats menés pour la liberté d’expression et la justice sociale, donne à l’ensemble une belle énergie.

Qu’elles utilisent la satire ou la ruse, la provocation ou la résistance silencieuse, la parole politique travestie ou la harangue, ces formes théâtrales, ancrées dans la réalité du quotidien, osent tout. Archétypes, elles portent le collectif, se structurent et se régénèrent, s’enrichissent au fil du temps et des libertés gagnées. La parole donnée à travers ces articles, participe de ce « besoin douloureux et muet d’une réorganisation de toute la figure du monde » comme le dit si justement Michel Butor, dans son Génie du lieu.

Brigitte Rémer

Revue d’Etudes Théâtrales éditée par les Presses Universitaires de Bordeaux, Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3, en collaboration avec le Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine, Mars-Septembre 2012.


Archive pour juillet, 2012

Le Festival d’Avignon (66 ème édition)

Le Festival d’Avignon ( 66ème édition).

 Le Festival d'Avignon (66 ème édition) pontLe célébrissime Festival a donc  commencé ; il fête cette année les cent ans de la naissance de  son créateur Jean Vilar, metteur en scène et directeur de théâtre exceptionnel  avec un exposition qui lui est consacrée; Comme le dit Didier Deschamps, actuel directeur de Chaillot, Vilar, le temps des douze années (1951-1963), avait toujours eu  » une conscience aigüe  de la place essentielle que toute société démocratique doit accorder à la culture et de la responsabilité  qui incombe aux artistes ».
C’est pour le moment, la crise économique en Europe, les charrettes de licenciement se multiplient, le site d’Aulnay/ Peugeot connaît sans doute ses dernières heures mais les TGV pour Avignon sont bourrés, il y a toujours autant de monde dans les rues d’Avignon, dont  les hôtels et restaurants augmentent leurs prix sans scrupule comme d’habitude. Et, comme d’habitude, les places des spectacles du in ne sont pas données :  28 euros, voire un peu moins.  Bref, c’est toute la région qui profite de cet indéniable apport financier. Les lieux de spectacle dans le off  se louent fort cher, parfois payés par les régions du reste de la France qui y voient, à tort ou à raison, un moyen de promotion culturelle.
  Les spectacles du festival in- une cinquantaine de manifestations-  sont nombreux, trop sans doute mais ont le mérite d’offrir une large palette mais, à moins d’y rester trois semaines, on ne peut évidemment tout voir. D’autant plus que le off continuer à grignoter du terrain et à monter en puissance avec, comme chaque année, de belles surprises. Nous ne pouvons pas tout détailler ni aller tout voir mais Le Théâtre du Blog vous rendra compte, comme les années passées, de la plupart des spectacles importants.
  Voici quelques pistes pour le théâtre, dans le in comme dans le off, si vous décidez d’aller passer quelques jours en Avignon. L’artiste invité du festival in est cette année le metteur en scène américano-britannique bien connu Simon Mc Burney qui a orienté une partie de la programmation vers le théâtre issu de textes romanesques. Il s’est toujours intéressé à un théâtre qui privilégie le texte: Shakespeare, Brecht, Miller mais aussi donc  le roman auquel, on le sait, il a donné toujours une part importante dans ses créations, que ce soit Bruno Schulz dont s’était inspiré aussi Kantor, John Berger ou Junirô Tanizaki ( voir Le Théâtre du Blog).
  Il  met en scène dans la Cour d’Honneur une adaptation du célèbre livre  Le Maître et Marguerite de Mikhail Boulgakov. C’est un texte foisonnant, commencé en 28 et publié en version censurée en 66 seulement aux  allures de roman picaresque et  qui est fascinant par les perspectives dramatiques qu’il offre. Lioubimov l’avait monté puis Castorf puis Lupa entre autres… La puissances des images et du son, la mise en valeur du corps des acteurs sont un peu comme la marque de fabrique de Mac Burney passé comme beaucoup d’artistes  par l’école de Jacques Lecoq et  ce spectacle devrait être un événement clé de ce festival. Mais la Cour d’honneur, si elle fait toujours rêver les metteurs en scène ne fait pas toujours de cadeaux, même aux grands. Alors à suivre
  Il y a aussi  Est-ce que tu dors de John Berger, autre grand poète et écrivain, une lecture/performance  où il parle avec beaucoup de générosité et d’intelligence ce la peinture de Mantegna, et de A à X,  avec John Berger mais aussi Juliette Binoche et Simon Mc Burney, une lecture  de lettres d’une amoureuse à un prisonnier politique. Toujours dans la même veine du théâtre/roman Les Anneaux de Saturne d’après le roman de W.G. Sebald ( en allemand surtitré) par Kate Mitchell qui raconte une traversée pédestre.
  Autre rendez-vous du théâtre et du roman: Disgrâce d’après J.M. Cotzee, par le metteur en scène hongrois Kornél Mundruczo. Un spectacle de Christophe Honoré qui est un peu comme un hommage aux écrivains et inventeurs-il y a déjà plus d’un demi-siècle!- du Nouveau Roman: Duras Beckett, Sarraute, Butor, Robbe-Grillet,etc.. A partir de textes, interviews, journaux personnels… Et puis Guillaume Vincent qui avait signé en 2010 une belle adaptation de L’Eveil du Printemps de Wedekind  et qui, cette fois, fait passer à la scène son dernier roman La nuit tombe. Quant à Eric Vigner, il signera la mise en scène de La faculté de Christophe Honoré, pièce sur les jeunes de 17 à vingt ans en prise avec le mal-être et la violence d’une société à laquelle ils s’affrontent.
  Il faudrait s’interroger sur cette échappée belle du théâtre vers le roman qui n’est pas chose nouvelle, depuis les innombrables adaptations des œuvres de Dostoïevski, Laclos, Hugo, etc… pour ne citer que les plus célèbres. Le pari n’est jamais gagné, tant les contraintes et les exigences sont nombreuses. En fait, tout se passe comme si les formidables avancées technologiques (images, son, lumière) permettaient d’appréhender des textes non théâtraux d’une toute autre façon et sans bricoler des dialogues qui, la plupart du temps, sonnaient faux. Mais c’est un travail de haute couture dont pour le moment, Simon Mc Burney, lui, s’est plutôt bien tiré. Donc à découvrir…
  Il y a aura aussi le retour de Christof Marthaler avec une mise en scène décalée de My Fair Lady. Un laboratoire de langues avec une place prépondérante accordée à la musique. Les derniers spectacles du metteur en scène suisse ne nous avait guère enchantés( et dans la Cour d’Honneur cela avait été une sacrée hémorragie de public mais certains de mes chers confères du Théâtre du Blog aiment beaucoup son travail…   Sur le concept du visage du fils de Dieu avait suscité cet hiver tant de bruit et de fureur devant et à l’intérieur du Théâtre de la Ville! Roméo Castellucci, après Mantegna, veut sonder « le rapport entre représentation et négation de l’apparence qui, depuis la tragédie grecque, soutient tout rapport de l’homme occidental à l’image » en travaillant sur l’histoire de Mark Rotko, le grand peintre américain… On veut bien mais nous n’avons jamais beaucoup aimé le travail souvent assez prétentieux de Castellucci. 
  Du côté des classiques, Il y aura Un Ennemi du peuple d’Henrik Ibsen (en allemand surtitré) par Thomas Ostermeier avec une réflexion sur ce que peut être une véritable démocratie dans les pays dits libéraux où les leviers du pouvoir appartiennent encore et toujours au capitalisme. Les thèmes abordés par Ibsen en 1881(divergence des  intérêts économiques, pollution, partage des pouvoirs politiques, influence souvent déterminante des médias) n’ont jamais été aussi actuels.
  Stéphane Braunschweig a adapté et mis en scène Six Personnages en quête d’auteur de Pirandello. Depuis sa création en France par Pitöeff, la célèbre pièce a toujours été régulièrement montée. Braunschweig est parti d’un travail d’improvisation avec ses acteurs, a réécrit une partie de la pièce- qui parait parfois un peu datée- et s’est inspiré de l’adaptation de Pirandello pour le cinéma. Avec, au centre du débat, la présence de l’auteur qui n’apparait pas dans la pièce d’origine mais qui devient ici la figure majeure… A suivre.
  La Mouette dans la Cour d’honneur? C’est le pari qu’a engagé Arthur Nauziciel! Double pari, celui d’un espace aux antipodes de l’univers de Tchekov et celui d’une  adaptation, puisqu’il a choisi aussi d’ introduire des personnages comme ceux de l’écrivain, ou d’Hamlet et de l‘Orestie « venus témoigner du lien avec le passé pour construire un théâtre qui se fait au présent, un théâtre de l’impérieuse nécessité ». La partie, sur plus de trois heures, risque d’être rude mais Nauziciel aura au moins réuni de très bons comédiens comme Marie-Sophie Ferdane, Xavier Gallais, Mounir Margoum, Vincent Garranger, Dominique Reymond…
 Signalons aussi Faire le Gilles, spectacle sur des textes de Gilles Deleuze de Robert Cantarella qui donne voix aux célèbres cours du philosophe à Vincennnes. Comme les années précédentes, Robert Cantarella renouvelle cette expérience  de transmission des idées du philosophe sur les concepts de l’anti-œdipe et sur celui de la pensée et du cinéma, en essayant de l’incarner au plus près. Et en plus, c’est plutôt rare dans le in, c’est un spectacle gratuit…
  Quant au off, sous la houlette de son président Greg Germain qui dirige aussi avec Marie-Pierre Bousquet, le site de La Chapelle du Verbe Incarné consacré au Théâtres d’Outre-mer, il est aussi comme d’habitude multiformes, multi-genres, à des prix plutôt doux … avec des centaines de spectacles  dont certains pourraient très bien figurer dans le catalogue du in, même si les moyens scéniques et financiers,ne sont pas évidemment les mêmes.. Mais au fil des années, la partie la plus intéressante du off est devenue une sorte  de festival du  bis avec spectacles, colloques, rencontres, etc… Quelques pistes là aussi mais le off est devenu le temps de trois semaines parfois moins, une grande vitrine du spectacle vivant français, parfois pour le meilleur, avec un bon degré d’exigence et de savoir-faire mais aprfois aussi aux limites de l’amateurisme distingué!
  La Chapelle du Verbe incarné, lieu maintenant reconnu, a mis en exergue cette belle phrase du grand poète Edouard Glissant récemment disparu: l’utopie n’est pas le rêve. Elle est ce qui nous manque dans le monde »  propose ainsi de découvrir, à travers Damas! Fragments l’œuvre injustement méconnue de Léon-Gontran Damas qui fut le compagnon d’études et de route de Senghor  et Césaire.. Daniel Picouly avec La faute d’orthographe est maternelle, interprètera lui-même un texte autobiograhique. Et il y a aura aussi le Cabaret de l’impossible de et avec Achille Grimaud, Sergio Grondin et François Lavallée soit un théâtre/récit que n’aurait pas désavoué Antoine Vitez, de trois compères venus de La Réunion, du Québec et de Bretagne.
  Dans le in du off, il y a aussi toujours le Théâtre du Chêne noir dirigé par Gérard Gélas, Paris 7 ème, mes plus belles  vacances, un texte de Denise Chalem qu’elle aussi mis en scène. Et Tchekov a encore frappé avec plusieurs adaptations de La Mouette, dont une par  Myriam Saduis, « magistralement dirigée », dit notre consœur Armelle Héliot au Théâtre des Doms.Et une autre, par Hélène Zidi-Chéruy qi situe l’intrigue à notre époque,au Théâtre du Roi René. Comme chaque année, la région Champagne-Ardenne a investi l’ancienne caserne de pompiers, avec plusieurs spectacles.
Il y aussi au Théâtre du Roi René La Veuve de Corneille, avec Bernard ballet, adaptée et mise en scène par Marion Bierry qui avait mis en scène La Ronde de Schnitzler , et qui va mettre en scène avec Claude Brasseur et Patrick Chesnais Le Tarfuffe au Théâtre de Paris. Côté classiques,  signalons Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux mis en scène par Xavier Lemaire au Théâtre La Luna. 

  Si vous aimez Copi, dont l’Eva Peron en 69 avait fait scandale dans la France gaulienne, Roberto Platé, le tout à fait remarquable scénographe du groupe TSE d’Alfredo Arias, met en scène un petite pièce L’Urugayen de Copi au Théâtre des halles dirigé par Alain Timar qui lui, met en scène un texte de Darina Al Jaoundi ( l’auteure de Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter voir Le Théâtre du Blog) qu’elle interprète.
Dans ce même lieu, Laurent Fréchuret qui vient de quitter le CDN de Sartrouville,  a écrit un texte poétique sur Jeanne d’Arc, et il le met en scène  avec l’excellente Laurence Vielle. Lequel Laurent Fréchuret met aussi en scène Mounir Margoum dans Taher Najib au Théâtre de Girandolle.

  On n’avait pas eu le temps d’aller en voir la création en avant-première à Villejuif avant de partir mais signalons aussi Res publica d’après des histoires vraies par le Théâtre de la Jacquerie, conception et mise en scène d’Alain Mollot au Théâtre des Lucioles. Après  Roman des familles et la Fourmilière, c’est le dernier volet d’une trilogie d’un metteur en scène d’un théâtre qui revendique sa qualité de « populaire » et don la direction d’acteurs et la maîtrise de l’espace sont incomparables.
Leyla Metsitane reprend Stupeurs et tremblements d’après Amélie Nothomb, remarquable monologue à Présence Pasteur. Et Patrice Bigel le non moins remarquable Au Bord de la route (voir le Théâtre du Blog) à la Fabrik Théâtre.

  Les enfants sont un peu les parents pauvres de ce festival in et off mais il faut signaler cette histoire sans paroles (à partir de trois ans) du Théâtre sans toit La Nuit de Pierre Blaise à l’espace Alya. Et à partir de sept ans La Consolation de Sophie de Dominique Paquet à l’Espace Alya.
  Une petite dernière pour la route:la pièce  de notre inoxydable et bientôt centenaire René de Obaldia, Du Vent dans les branches de Sassafras créée il y a plus de cinquante ans par le grand Michel Simon au théâtre Gramont à Paris. C’est mis en scène par Céline Sorin au Théâtre La Luna…
  Voilà, c’est à la fois trop d’informations et pas assez! Prenez soin de vous mais malgré la chaleur, le bruit et beaucoup de médiocrité théâtrale, le Festival reste incontournable. Découvrir des spectacles et errer dans  cette ville aux  petites ruelles du centre, plein de vieilles maisons et d’hôtels particuliers pur jus XVII ème, reste toujours un grand plaisir de l’été.

Philippe du Vignal

Festival de Teatro a Corte de Turin

MALEDICTION  Dudapaïva companyy Moncalieri Castello

Conception et chorégraphie Duda Païva et Paul Selwyn Norton, mise en scène Neville Tranter
Deux hommes vêtus de noir pénètrent sur ce grand plateau poussant une table d’opération et revêtent deux grands tabliers blancs. Il extraient de petits morceaux de chair rouge, dansent avec leurs doigts sanglants, enlèvent le drap, une forme verte en surgit, c’est une tête au nez crochu, d’abord sans corps, qui se reconstitue comme par magie. La manipulation tourbillonnante de pantins qui éclatent, qui se dispersent avec un bel humour est entrecoupée de petites danses des deux compères et de projections moins intéressantes. Mais on ne boude pas son plaisir devant ces manipulations magiques et grotesques.

Edith Rappoport

LES SLOVAKS, SOLO Peter Jasko, Palazzo Reale

Peter Jasko, danseur slovaque formé à la danse classique, ayant exploré les traditions de son pays, les danses gitanes etc, a travaillé avec Sidi Larbi Cherkaoui et d’autres grandes compagnies. Installé à Bruxelles, il a fondé les Slovaks, collectif de cinq comédiens et danseurs. Deux petites cabanes en bois mystérieuses sont installées aux coins de la Piazza Real. Il s’en échappe des bruits étranges qui avaient même alerté la police, quand on s’approche on aperçoit des paysages changeants à travers un oeilleton…Mais il n’y a personne à l’intérieur !
Peter Jasko fait un solo devant le château près d’une des cabanes. Il danse avec une canne, il met une balle en équilibre sur son cou, la rattrape. Il jongle, se tortille dans d’invraisemblables positions, se roule dans une confusion de cordes. Malgré sa grande dextérité et une belle énergie vitale, aucune émotion ne surgit de son solo dans ce splendide espace. On se demande quel était le rôle de la cabane mystérieuse…

Edith Rappoport


 WHEN WE MEET AGAIN Me and the machine, Sam Pearson, Clara Garcia Fraile, Cavalerizza Reale
Inscrite pour un rendez-vous de dix minutes avec cette étrange compagnie, on me munit de lunettes, d’écouteurs avant de me faire pénétrer dans un couloir noir. On m’invite à regarder un écran où l’on peut voir un autre personnage faire les mêmes mouvements que moi. Aucun souvenir du discours ni de la musique dans les écouteurs. J’ai une allergie à ce genre d’expérience d’artistes qui maîtrisent une technique et n’ont rien à dire qui me parle. Je ne suis pas résolument moderne !

Edith Rappoport

DUO  Jérôme Thomas invite Jean François Baez, Castello Moncalieri, Festival de Teatro a Corte

Dans la cour intérieure de ce splendide château Moncalieri, un grand plateau est dressé devant des gradins. On nous demande de patienter à cause du vent qui peut gêner le jongleur. Jérôme Thomas entre en scène, il a l’allure d’un représentant de commerce avec son costume gris et sa cravate. Il n’a rien perdu de son étonnante dextérité découverte au Théâtre 71 de Malakoff au début des années 2000, et l’accordéon de Jean-François Baëz vient éclairer musicalement ses performances. Mais son art tient plus de celui d’un bonimenteur décidé à nous vendre son produit que celui d’un poète, malgré la beauté de la musique qui l’accompagne. Il jongle avec une canne, avec trois balles, six balles, douze balles à une vitesse prodigieuse, il veut nous séduire mais on ne comprend pas ce qu’il raconte, sauf quand un “Fait chier” lui échappe…Trop long de toutes façons, on en a pour vingt minutes étonnantes et il faut tenir une heure !

Edith Rappoport


ELECTRO KIF  pièce chorégraphique de Blanca Li, Théâtre Astra, Festival de Teatro a Corte de Turin

Musique originale Tao Gutierrez, création lumières Jacques Chatelet

Festival de Teatro a Corte de Turin 4472627-6716298C’est pour moi le premier spectacle de Blanca Li qui avait fondé sa compagnie en 1993. Ses spectacles, elle en a monté une douzaine, faisaient l’objet d’intenses polémiques dans les milieux avertis. On peut simplement dire qu’elle ose (voir le petit film sur Le jardin des délices sur internet) et qu’elle décoiffe son public). Elle a conquis de nombreux prix et une notoriété internationale qui n’ont pas entamé sa simplicité.
Nous sommes assis dans le foyer du Théâtre Astra, une jeune femme arrive perchée sur de très hauts talons, robe noire en dentelle très courte, elle esquisse de poses lascives, se fait enlacer par un bel éphèbe, ils esquissent des pas de danse au son de Billie Halliday.
Nous rentrons dans la salle bourrée pour Electro Kif. Blanca Li est “tombée en amour” avec cette danse Electro apparue dans le Val de Marne à l’orée des années 2000. Elle a choisi les huit jeunes danseurs étonnants de virtuosité qui s’amusent prodigieusement à jouer les élèves attentifs d’un cours de maths ardu, assis sagement à leurs tables. Ils s’en évadent pour danser avec une virtuosité éblouissante, une équipe sportive, un choeur rythmé sur les tables, une pyramide de têtes…Sur des musiques variées, il y a aussi du piano classique, et de splendides éclairages, le sol devient rouge ardent, vert, jaune, le public est conquis par l’humour de la mise en scène de ces jeunes danseurs.

Edith Rappoport

www.blancali.com

 

 

MINOTAURO Teatro de la Ribalta di Bolzano, Teatro a Corte, Turin. Mise en scène Antonio Vigano.

Deux femmes sont assises en haut d’une pente escarpée, l’une d’elles en robe écarlate porte un bouquet de roses rouges sur son épaule, l’autre est vêtue de noir. Une tête de taureau est posée à côté d’elles, la rouge en coiffe la noire qui se retrouve à terre près d’une chaise où une jeune handicapée relève la tête. La noire parsème autour du plateau des poignées de terre brune, se roule dedans, s’en enduit, tente vainement d’escalader la pente, mais retombe dix fois. Les roses rouges sont lentement jetées, une à une sur le plateau. Il y a une mise a nu d’un petit homme très décidé et plein d’énergie, un fil rouge vomi, la tête de taureau coiffée puis déposée. Ce spectacle très plastique, avec des images fortes et violentes suscite une belle émotion, lorsqu’on découvre au salut que cette énergie salutaire est portée par trois des quatre acteurs “en situation de handicap”.

Le Teatro de la Ribalta né en 1983 avait obtenu de nombreux prix notamment celui du du public avec la compagnie de l’Oiseau Mouche au Grand Bleu de Lille en 1995.

Edith Rappoport

 


Changer la vie

Changer la vie Les Endimanchés, avec Alexis Forestier et André Robillard, Ferme du bonheur de Nanterre

Forestier est un étonnant personnage, musicien, poète, passionné par l’art brut et la misère des pauvres gens. Il a longtemps travaillé en milieu psychiatrique et avait déjà réalisé il y a quelques mois à la Fonderie du Mans Tuer la misère avec André Robillard, étonnant personnage de 80 ans, interné depuis sa tendre jeunesse. Ce spectacle avait été présenté au Musée d’Art Moderne de Villeneuve d’Ascq qui comporte depuis sa rénovation un département d’art brut, où André avait pu exposer ses 32 fusils, invraisemblable invention d’objets de récupération exposés à la Ferme du bonheur.
Les deux compères masqués sont assis dans la cheminée de la ferme, André gratte une guitare pendant qu’Alexis tel un barde chante en allemand des lieder de Brecht et Hans Eissler. André grommelle avec conviction, Alexis traduit parfois, il lui dit “je croyais que tu avais peur de parler”. C’est André qui a peint les trois belles toiles exposées au dessus du plateau ainsi qu’un disque oriental qui se mettra en mouvement. Il a aussi construit un beau spoutnik exposé devant la ferme. On entend les paons et les animaux parqués au dehors. Alexis empoigne une étrange guitare électrique, il est aux manettes de l’ordinateur, il escalade les combles de la ferme , joue du cor de montagne se déguise en cycliste , se chausse d’un grande jambe et boîte, commente les couvertures de disques de différents pays…Il y a une tendresse émouvante dans les relations entre ces deux hommes qui parlent du Paris Roubaix déguisés en cyclistes, qui simulent un match de boxe…

De la grande de la belle poésie humaine dans cette Ferme du Bonheur qui subsiste contre vents et marée avec Roger Després depuis 1995. Roger et Alexis avaient fondé ensemble les Endimanchés. On avait pu voir Divine Party au Paris Villette (voir ce blog du 4 avril 2011)

Edith Rappoport

Festival Terres de Paroles

UN, DEUX, ROIS  de Nathalie Papin, Festival Terre de Paroles, Parc de Clères, mise en espace Emmanuel Demarcy-Motta


Nous étions assis sous un grand chêne qui nous protégeait un peu de la pluie tenace, absorbés que nous étions par le jeu des quatre acteurs et pas des moindres, comme Serge Maggiani et Hughes Quester, interprétant cet étrange texte pour le jeune, très jeune public présent avec leurs parents. C’est la quête d’un jeune garçon à la recherche de son grand père, questionnant un roi dont il fait tomber la tête à plusieurs reprises et la remet ensuite en place. Il y a aussi un bizarre faiseur de couronnes, artisan, qui refuse lui aussi de le renseigner. Cette quête des origines au sein d’un pouvoir dictatorial prend la forme d’un jeu d’enfants pour notre plus grand plaisir.
Au pays de Flaubert, de Maupassant et de Barbey d’Aurevilly, ce Festival initié par Robert Lacombe présente plusieurs dizaines de textes dans les beaux parcs de Normandie jusqu’au 8 juillet.

JE ME SOUVIENS  de Georges Perec, lecture d’Élisabeth Maccoco, Festival Terres de Paroles, Parc de Clères

Lectures et performances en Normandie, 30 juin
Élisabeth Maccoco, sublime comédienne, on se souvient d’elle entre autres dans Callas et avec Denis Guénoun dans les spectacles de l’Attroupement dirige à présent le Théâtre des deux rives de Rouen. Elle lit calmement assise à son bureau, quelques uns des 480 souvenirs de Perec publiés en 1978 qui nous plongent dans de lointains souvenirs d’enfance. Une remontée délicieuse !

Edith Rappoport

www.terres-de-paroles.

 

Festival Viva Cité Sotteville les Rouen

 

COUP D’ENVOI DU FESTIVAL VIVA CITÉ par Fred Tousch, Sotteville les Rouen

Fred Tousch, inénarrable acteur de haute taille, ose les plus invraisemblables aventures théâtrales qui déclenchent des rires salutaires. Pour cette inauguration, il arrive coiffé de hautes branches et de ballons, disserte sur la quadrilarité, sur l’espace public, l’intime, le dehors dedans. Il pleure, “on aurait dû inviter un orchestre symphonique, des architectes, des peintres. Mais pour moi c’est le chemin de fer de ce festival qui traverse la ville” ! Et sur une musique percutante de fanfare un très long rail de chemin de fer porté par des dizaines, voire une centaine de personnes défile devant nous. Sotteville était la plus grande gare de triage de France et l’Atelier 231 transformé en Centre National des Arts de la rue, dirigé par Daniel Andrieu, dynamique fondateur et toujours discret directeur de Vivacité, fabriquait les locomotives. Vivacité s’ouvre sur une belle émotion publique, au pied de l’immense construction de containers, conçue par Générik Vapeur qui joue le lendemain soir.
Mardi 26 juin à 15h00 et 20h00

ARRIVÉE DE LA CONTENEUSE DE LA LITOTE Le Cercle de la Litote, Viva cité Sotteville les Rouen
Le Cercle de la Litote est en résidence depuis plusieurs mois à l’Atelier 231 de Sotteville les Rouen pour élaborer une “mutuelle du bien vieillir” à partir d’un travail approfondi avec des maisons de retraite de la région. Nous avions pu découvrir ce collectif de comédiens, chanteurs et musiciens, le 17 novembre 2011 à l’Atelier 231 dans Trompe l’oreille rassemblant cinq de leurs travaux déjà réalisés sur le grand âge (voir Cassandre 89 p. 102 et 103). Ils parviennent au bout de leurs travaux dont ils présentent plusieurs étapes à Vivacité. Neuf acteurs portant des bouées émergent d’une étrange carcasse de bateau, ils étreignent des spectateurs avant de rentrer dans le bateau sur un fond sonore rythmé, surgissent sur une échelle, un ange tombe dans un tonneau. Au portevoix un hurlement “Allez moussaillons, tendez les perches. Il y a un ballet de balais qu’on lance à bord. Après plusieurs fausses manoeuvres on répartit le public par files, on nous chuchote des poèmes à l’oreille, après des déambulations rythmées, on nous fait souquer. “Dans chaque histoire, il y a toujours un mort (…) trop de lumière tue la lumière (…) une petite baleine vient d’échouer près des rochers”…Impossible de rendre compte de ce joyeux capharnaüm encore fragile en ce soir de première d’une compagnie pleine d’invention, inventant les images sur fond d’un orchestre joyeux.

LA LENTEUR ET LES CARTONS .Cercle de la Litote
Un grand camion arrive, on décharge de grands cartons. Un bonimenteur fait l’article, “c’est la crise, tout est à prix unique, deux €.” Tout sort d’une maison de retraite, ce sont des objets laissés par “des vieux prêts à calancher”. Les morts ne meurent vraiment que quand on les oublie ! On décharge le camion, après un boniment sur le contenu des cartons, des grands mères en surgissent, commentent les pauvres objets qu’elles ont laissé, des coquetiers, un lampadaire, des livres, les lunettes d’un mari disparu. Malgré un jeu d’acteur un peu raide et tendu qui laisse peu de place encore à l’émotion, ce spectacle qui nous concerne tous pourra toucher le public en profondeur après plusieurs représentations

.www.lalitote.net

POINT DE FUITE Compagnie Adhok, mise en scène Patrick Dordoigne et Doriane Morietus

Patrick Dordoigne qui avait longtemps dirigé les Alamas Givrés, on se souvient entre autres de Tobib or not Toubib découvert à Chalon dans la rue voilà des années, a fondé sa propre compagnie avec la danseuse Doriane Moretus. Il est aussi “hôpiclown” au sein des 80 comédiens qui se rendent régulièrement dans les hôpitaux d’enfants malades sous la houlette du Rire Médecin.
POINT DE FUITE raconte l’échappée joyeuse de sept personnages d’âge mûr partis de leur maison de retraite par l’issue de secours qui se retrouvent sous un bel arbre lumineux (serait-ce l’arbre de vie ou celui de Godot ) pour se remémorer leurs vies passées et construire aussi leur avenir puisqu’ils sont bien vivants. Un femme arrive avec un plateau “au début le chaos…j’ai allumé le feu, la création du monde…”. Un autre “j’ai créé l’eau, le gaz, l’électricité, le gazier, la gazière, du lundi au lundi, jusqu’au jour où vous réveillerez vieux…” On entend un sombre voix off, “Monsieur Pierre Guérin est appelé porte 5 pour un départ immédiat…” qui revient de loin en loin pour appeler tous les personnages. Il y a des danses, des récits d’enfances joyeux ou douloureux, un ballet de présentation de photos de jeunesse de tout ce petit monde, l’un d’eux rentre dans un pot de fleurs “il ne me reste plus qu’à mourir !”
Le ton général reste malgré tout joyeux et vivant, tous ces personnages vêtus de blanc sont très présents, ils se déchaînent à la fin dans une bacchanale, certains se mettent à nu pendant que Dieu le Père à la cour fabrique des spaghettis que toute la bande va dévorer à la fin du spectacle pour partir ensuite dans le jardin au fond du plateau. Tous ces acteurs professionnels qui sont aussi danseurs, moins vieux que leurs personnages font monter une belle émotion.
www.adhok.org

SMASHED  Gandini Juggling (Grande Bretagne) Viva cité Mise en scène Sean Gandini, Kati Yia-Hokkala

Onze jongleurs à trois balles en grandes tenue très british, inspirés de Pina Bausch, tournent autour du plateau, dansent, échangent leurs balles avec une virtuosité stupéfinte, sur des musiques de cabaret “I always wanted to fly to Berlin under the Lyndon tree” etc…C’est un vrai délice de les voir jongler aussi avec des tasses de thé et divers objets, on rit, on est émus malgré l’inconfort de la rue, il ne faut pas les manquer si vous les croisez sur vos routes d’été.
www.gandini.com

Edith Rappoport

Festival Viva Cité Sotteville les Rouen visuel-web-jpg-ml2gct

 

Nous avons cherché un titre

 

Nous avons cherché un titre, performance chorégraphique et plastique.

Madeleine Abassade, danseuse, mène depuis trente ans, un travail acharné avec les soignants et les patients de l’Institut Marcel Rivière de la MGEN, seul hôpital à disposer d’un véritable théâtre, dans un grand parc avec des pavillons où sont soignés souvent pendant des années des patients employés par l’Éducation Nationale. C’était  sa dernière soirée d’enseignante détachée sur cet hôpital.

  Nous avons cherché un titre  est la seconde création chorégraphique et plastique du service, dit D3, de l’Institut Marcel Rivière. Ce n’était pas un projet de spectacle à l’origine, plutôt une recherche, un travail en cours, un parcours, des rencontres, une écriture scénique et visuelle. C’est devenue une performance, dans le sens où chacun devait donner le meilleur de lui-même, avec sa fragilité, son dépassement des difficultés, son engagement.
Les mots sur l’affiche sont comme le long poème de l’atelier. Aux approches de la danse et du photogramme, en filigrane un récit : seize personnes entrent… Certaines sont arrivées ces dernières semaines, et d’autres sont parties…
Cette  performance chorégraphique et plastique, avec le soutien de l’ensemble de l’équipe soignante du D3 et l’implication artistique de l’infirmière Monique Keerle, l’aide soignante Saïda Sahari, l’éducatrice Alexandra Lelièvre et les personnes hospitalisées : Annie B., Béatrice J., Caroline B., Christine T., Dominique B., Frédéric B., Gabrielle G., Georges D., Gislaine R., Isabelle G., Jean-Patrick D., Jean-Paul S., Julien B., Olivier G., Micheline E., Laurent S., Patricia L., Patrick R., Philippe P., Vincent H.
sous la direction artistique de Madeleine Abassade, Olivier Perrot, Christophe Zaorski, et Jacques Peretti pour le son  et la vidéo.
Les entrées en scène se font lentement côté cour et côté jardin. Une patiente est hissée en chaise, un silence inquiétant plane. Puis un écran se déploie, on voit le couloir de l’hôpital, où les patients sortent de leurs chambres à tour de rôle, plutôt joyeux de  nous faire part de leur quotidien : « J’ai 502 bouquins dans ma chambre, je me les récite et après , je joue du piano…” Tour à tour, certains qui semblent plus atteints que d’autres, parviennent quand même à parler, et à dire comment ils supportent leur existence…
On revient sur le plateau où s’esquissent des danses, Madeleine Abassade, Christophe Zaorski le chorégraphe qui termine ici une résidence de trois ans et Olivier Perrot, photographe signataire des beaux photogrammes qui sont projetés guident les danseurs, et une vraie tendresse se dégage de ces danses maladroites.
C’est le dernier chapitre d’un long parcours artistique avec les patients. Heureusement Madeleine Abassade pourra revenir ponctuellement et le Théâtre de Chair, une compagnie des Yvelines poursuivra un travail à l’intérieur de ce beau théâtre dont on avait craint , un temps, la démolition.
« N’est-ce pas aller trop loin aujourd’hui dans l’accompagnement de la déraison que d’expérimenter une nouvelle forme créatrice par la danse et le photogramme à l’hôpital psychiatrique ? C’est en tout cas ne pas se satisfaire des pièges de l’hyper-raison… pour le plus grand bien de ceux qu’Antonin Artaud appelait “les forçats de la sensibilité”., dit Christophe Lermuzeaux, médecin-chef !

Edith Rappoport

Le Relais mutualiste . Théâtre de l’Institut Marcel Rivière MGEN Route de Montfort – 78320 La Verrière 01 39 38 78 08 / 09

Une journée peu ordinaire dans le quotidien d’un hôpital psychiatrique. Édition Art en psychiatrie. Relais Mutualiste 2010



COUP D’ENVOI DE VIVACITÉ

 

COUP D’ENVOI DE VIVACITÉ, 23e festival des arts de la rue de Sotteville les Rouen


Fred Tousch, inénarrable acteur de haute taille, ose les plus invraisemblables aventures théâtrales qui déclenchent des rires salutaires. Pour cette inauguration, il arrive coiffé de branches et de ballons, disserte sur la quadrilarité, sur l’espace public, l’intime, le dehors dedans. Il pleure, “on aurait dû inviter un orchestre symphonique, des architectes, des peintres. Mais pour moi c’est le chemin de fer de ce festival qui traverse la ville” ! Et sur une musique percutante de fanfare un très long rail de chemin de fer porté par des dizaines, voire une centaine de personnes défile devant nous. Sotteville était la plus grande gare de triage de France et l’Atelier 231 transformé en Centre National des Arts de la rue, dirigé par Daniel Andrieu, dynamique fondateur et toujours discret directeur de Vivacité, fabriquait les locomotives. Vivacité s’ouvre sur une belle émotion publique, au pied de l’immense construction de containers, conçue par Générik Vapeur qui joue le lendemain soir.

Edith Rappoport

Théâtres politiques (en) Mouvement (s)

Théâtres politiques (en) Mouvement (s), Textes édités par Christine Douxami, de Daniela Maria Amoroso, Christophe Annoussamy, Marine Bachelot, Marion Denizot, Christine Douxami, Julie de Faramond, Michel Fartzoff, Clare Finburgh, Silvana Garcia, Laure Garrabé, Marjorie Gaudemer, Bérénice Hamidi-Kim, Stéphane Hervé, Philippe Ivernel, Shwan Jaffar, Brigitte Joinnault, Héliane Kohler, Jean-Marc Lachaud, Ophélie Landrin, Martine Maleval, Anne Monfort et Serge Nail, Olivier Neveux, Eleni Papalexiou, Dominique Traoré.

Théâtres politiques (en) Mouvement (s) dans analyse de livre 1ere-Couv-Theatres-petiteCet ouvrage présente  de nombreux  concepts et  réalités, des géographies diverses, et cherche ses définitions : théâtre engagé, militant, ethnique, populaire, de résistance ou de dénonciation. Christine Douxami, maître de conférences en Arts du spectacle à l’Université de Franche Comté et chercheuse à l’EHESS s’intéresse particulièrement aux théâtres noirs du Brésil, des Afrique(s), de la diaspora ainsi qu’aux théâtres populaires du monde lusophone, une vingtaine de chercheurs donnent leur angle de vue sur le lien entre théâtre et politique.

La première partie De l’expérience passée aux concepts actuels, traverse le temps. Elle a pour point de départ la tragédie grecque qui, par sa mise à distance de la politique permet « une réflexion sur le politique et sa valeur dans la vie des hommes ».

Puis le XXè siècle déroule ses étapes les plus significatives : sous la IIIè République, le théâtre est outil de propagande pour les militants révolutionnaires qui détournent la censure, avec habileté. Dans les années vingt, en France comme à Weimar, l’agit-prop construit son vocabulaire, l’allégorie en fait partie. Oswald de Andrade, chef de file de la philosophie anthropophage au Brésil, s’en empare.
L’impact de mai 68 sur la création théâtrale en France, qui investit la rue, les usines, les places et les cafés, est ensuite au cœur du sujet. L’après 68 ouvre sur les expressions militantes de groupes amateurs, sur le théâtre d’intervention. La notion d’engagement et l’insertion du vécu y priment.
La dépolitisation du champ social et théâtral transforme ensuite les « dramaturgies du combat » en « dramaturgies du constat » avec l’émergence de nouvelles formes, comme le théâtre du témoignage ou le théâtre documentaire.
Placés sous le signe de la fascination et de la défiance réciproques, les termes de l’échange entre théâtre et politique se déclinent en trois temps : le refus de l’intervention publique au XIXè ; l’appel à l’Etat avec Romain Rolland qui accompagne la naissance du théâtre populaire ; la réconciliation, et l’émergence du concept de théâtre public sous l’égide de Jeanne Laurent qui structure l’intervention publique, dans le respect de la liberté de l’artiste.
La seconde partie, Nouvelles revendications et enjeux artistiques du théâtre politique propose un tour du monde des théâtres engagés et politiques. L’exil, la quête identitaire, la voix des minorités, les revendications, le multiculturalisme, en sont les mots clés.
Les chicanos mexicains, s’inspirent du célèbre théâtre d’intervention El Campesino et développent les méthodes du théâtre spontané, les performances et installations ; ils font revivre les figures légendaires mexicaines et explorent les relations entre Mexique et Etats-Unis. Les formes populaires du Brésil, comme le cavalo-marinho de l’Etat du Pernambuco, au nord-est dont Recife est capitale, témoignent de la tradition spectaculaire jouée par les travailleurs de la canne à sucre qui associent danse, jeu d’acteur et musique ; comme celle de la Samba-de-Roda, de la région de Bahia qui mêle les notions de diaspora africaine et de modernité ou encore comme la démarche du Théâtre du Vertige, qui inscrit ses spectacles dans la topographie de Sao Paulo. La problématique des émigrés indo-pakistanais dans leur recherche d’identité, en Grande-Bretagne et le reflet qu’ils donnent de la société anglaise est évoquée, ainsi que la représentation du terrorisme dont se sont emparés les artistes, en écho au 11 septembre. Le théâtre kurde d’Irak, – hérité du Tazieh, forme rituelle et religieuse – bien ancré dans une tradition théâtrale en mouvement, mène ses combats. Les enjeux des dramaturgies africaines et la question de l’engagement sont posés. Enfin, l’influence du théâtre grec dans la parole pasolinienne, forme rituelle idéale, provocatrice et radicale, sont autant d’éléments rassemblés et nourrissent la réflexion sur le concept du politique dans le théâtre.
De nombreux exemples de pièces, expressions théâtrales et compagnies engagées dans l’énonciation et la dénonciation des oppressions, la défense des libertés, des minorités, des exilés, maillent cet ouvrage de référence qui couvre un champ des plus vastes. Cette belle somme de travail, interroge la subversion et témoigne d’alliances et mésalliances entre l’art théâtral et le politique, dont Piscator et Meyerhold furent les précurseurs. La diversité des formes populaires dont elle témoigne, urbaines et rurales, issues d’espaces géographiques, historiques, politiques et poétiques si différents, parle de démocratisation culturelle. Les périodes agitées sont propices, comme le dit Jacques Rancière, à « une forme de circulation entre les pratiques de la performance artistique et celles de l’action politique ».
Un DVD accompagne la publication : lectures, petites formes et performances sont les traces des travaux présentés lors du Colloque international de l’Université de Franche-Comté qui s’était tenu en avril 2007, sur le thème Théâtres politiques.

 

Brigitte Rémer

Ouvrage publié avec le concours du Centre Jacques-Petit, du Pôle Arts de l’Université de Franche-Comté, du Conseil Régional de Franche-Comté. Editions Presses universitaires de Franche-Comté, Les Cahiers de la MSHE Ledoux,
Collection Normes, Pratiques et Savoirs n°6, et DVD réalisé par Philippe Degaille.

 

Le Festin de pierre

Le Festin de pierre de Molière, mise en scène de Nicolas Hocquenghem.

Le Festin de pierre 2AnneMariePANIGADA-300x201La Compagnie Théâtrale de la Cité va jouer sa nouvelle création à Avignon. Le Festin de pierre, nouvelle version du Dom Juan publiée dans la Pléiade en 2010 (1).
Ec
rite après la censure de Tartuffe et représentée du 15 février au 20 mars 1665, la pièce a été remise à jour sous la direction de Georges Forestier à partir du texte d’Amsterdam (éditions Henri Wetstein, 1683), et on peut enfin oublier ce monstre philologique que l’on connaissait jusqu’à présent : passages censurés, ponctuation revisitée, scène du pauvre tronquée, etc…

Dans la mise en scène de Nicolas Hocquenghem, une actrice et trois acteurs portent l’histoire de dom Juan, avec une proposition radicale: recherche approfondie sur la langue et la scansion, et engagement physique des comédiens. La pièce ne fait plus fi des scènes paysannes et de la hardiesse du langage – et grâce à une solide direction d’acteurs, on entend bien le texte qui est d’une poésie et d’une dramaturgie tout à fait modernes. Philippe Villiers joue à fleuret moucheté quatre personnages. Christine Gagnepain, elle, interprète avec bonheur une Elvire terrassée par sa condition, mais aussi  Charlotte et Mathurine au féminisme pragmatique…

Hocquenghem, lui, est un Dom Juan dont il fait un personnage que rien ne semble pouvoir arrêter dans sa volonté de puissance. Et Didier Dicale, qui incarne un Sganarelle faible et couard, nous réclame ses gages. Ce Festin de pierre, histoire d’un homme, accro au sexe,
aveuglé par sa propre image, nous la connaissons bien, nous enfants de Facebook, et Don Juan des SMS… Longue vie à ce Festin de pierre !

Marc Tamet

Théâtre de la Bourse du Travail – CGT 8 rue Campane, Avignon du 7 au 28 juillet . T: 06 72 70 50 38 http://www.delacite.com/
http://www.la-pleiade.fr/La-vie-de-la-Pleiade/Les-aventures-du-texte/Le-Festin-de-Pierre-perdu-et-retrouvé et : http://www.moliere.paris-sorbonne.fr

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