Faust à l’hôpital psychiatrique de Ville-Evrard

Faust,  par la compagnie Vertical Détour, à l’hôpital psychiatrique de Ville-Evrard

Faust à l’hôpital psychiatrique de Ville-Evrard Faust_Ville-Evrard_Claire-Gras-2Un lieu marqué par une personnalité singulière, qui y fit des séjours de 1939 à 1943, pendant la guerre et l’Occupation allemande , Antonin Artaud.
Un lieu mythique, Ville-Evrard, pour qui fréquente le théâtre : « Nous avons surtout besoin de vivre et de croire à ce qui nous fait vivre et que quelque chose nous fait vivre » dit l’auteur du Théâtre et son Double, dans sa Préface.

C’est dans les Anciennes Cuisines, grand espace somptueusement voûté, situé au fond d’un bâtiment désaffecté, comme nombre d’autres sur ce vaste territoire hospitalier, que travaillent une quinzaine de patients, comédiens du moment, sous la direction de Frédéric Ferrer.
Le metteur en scène, auteur et directeur de la compagnie Vertical Détour, les dirige avec une exigence très professionnelle. Ils se prêtent au jeu, attentifs aux remarques, se concentrent et remettent sur le métier autant de fois l’ouvrage sur un plateau de grande ouverture fermé par des gradins, scénographie du lieu qui imprime les déplacements.
Le chantier de création théâtrale est à l’œuvre depuis quatre semaines et travaille sur Faust. L’équipe artistique : Frédéric Ferrer à la mise en scène, Anna Schmutz à la dramaturgie, Karen Ramage, sorte de chef d’orchestre et de guide présent sur le plateau, accompagnent, stimulent, rappellent, expliquent, soufflent et pilotent le navire. Objectif : une traversée bien tempérée, pour une œuvre qui ne l’est pas, pour des vies qui ne le sont plus ; un décloisonnement entre le dehors et le dedans. Partant du Faust de Goethe, Anna  Schmutz a tissé un canevas : tout y est, les personnages, la dramaturgie, la narration. Un écriteau autour du cou nomme chaque personnage et certains ont plusieurs rôles, remplaçant les absents, plus fatigables qu’ailleurs : Dieu et son contraire, Méphisto, Wagner, Dr Faust, Marguerite, dont il tombe en amour, sa mère, Valentin son frère, Marthe son amie, le curé. Les anges. Paradis et enfers avec leurs chefs de bandes, Dieu et Méphisto, le pacte… tout y est : « Ton honneur, tu y laisseras… Adieu, Dieu »…
Quand la pièce commence, Faust, qui a tenté de percer les mystères de la création, est au soir de sa vie, et le bilan qu’il en dresse est amer : « Toute cette vie d’ermite et de sage, pour RIEN »… Le pacte qui l’engage avec Méphistophélès lui semble une réponse à ses désillusions, mais on le voit quitter les rives de la raison et se perdre dans l’inconnu, les pulsions, l’irrationnel, guidé par cette force étrange avec laquelle il a pactisé : « Est-ce que je suis obligé d’en passer par là  » ? dit-il, dans un éclair de lucidité.
Le titre des séquences est projeté sur un écran posé sur le plateau et repris en écho sur le plafond de la cuisine : Nuit, le cabinet d’étude du Dr. Faust , La chambre de Marguerite , La cuisine de la sorcière , etc. Les comédiens s’approprient un texte qui fait le va-et-vient, entre cet abandon de la vie et l’œuvre de Goethe, et ne quittent jamais la réalité.
« Vivre, c’est renoncer », dit le texte et le patient/comédien hèle le metteur en scène : « Frédéric, tu as oublié la diapo ! » Bien présents les acteurs… Bien à leur affaire dans la création. La vie se superpose à la distance du théâtre, qui les métamorphose.
Côté jardin, le paradis, les ailes des personnages en sont le signe et Dieu, tel une star, est adulé en héros. Côté cour, les enfers, où Marguerite rejoint Faust, après avoir effeuillé la fleur du même nom, sous l’égide de super Méphisto : « Quand on vit sur terre, on ne peut pas craindre l’enfer ».
« Le travail s’est engagé à partir de situations proposées aux acteurs/patients qui ont travaillé sous forme d’improvisations, non pas à partir du texte. Quand se sont dessinés les rôles, petit à petit le texte est arrivé » dit le metteur en scène. La distribution de Faust s’est faite dans la logique, « disons plutôt, que les choses sont advenues et qu’eux sont allés vers leur personnage » ajoute-t-il. Parfois, le regard se vide et le jeu se suspend, l’allure se fait plus lourde, la voix trop discrète, le sourire perdu, le geste vain ou jugé comme tel… Il y a le combat de chacun, car l’atelier fait partie de la reconstruction. « A tes risques et périls » lance Faust, quittant le rôle et jetant l’éponge en même temps que son écriteau : « J’en ai marre, j’arrête. Finissez sans moi ». Et l’Apocalypse finale, cortège des comédiens, conduit Marguerite, chacun selon son rythme, jusqu’au blanc paradis.
Fondée en 2001, la Compagnie Vertical Détour est en résidence à Ville-Evrard et y assure une permanence artistique depuis 2005, avec différentes modalités d’actions : animation d’ateliers, chantiers de création avec les patients ainsi qu’avec le corps médical. Divagations urbaines, en 2005 ; Appropriation des espaces et bouleversement des affectations, en 2006 ; Intérieurs, en 2011,  marquent les étapes de cette collaboration. Parfois, le processus évolue jusqu’à la présentation publique du travail, parfois non.

La compagnie mène un travail autour de l’écriture contemporaine et des dramaturgies, développe des transversalités entre arts de la scène et connaissances scientifiques. Frédéric Ferrer crée ses spectacles après un « travail de terrain » qui lui permet d’ancrer ses fictions à partir de sources documentaires, d’enquêtes de territoires et de rencontres avec des scientifiques spécialistes des questions abordées.
Soutenue par l’Agence Régionale de Santé d’Ile de France – Ministère des Affaires Sociales et de la Santé – dans le cadre du programme Culture et Santé et par la DRAC Ile-de-France, au titre du programme interministériel Culture à l’hôpital, la Compagnie reçoit ses subsides, au coup par coup. Et entre deux projets, Frédéric Ferrer présente, au cours d’un cycle intitulé Les Cartographies, de Petites conférences théâtrales sur des endroits du monde  nées de son envie de raconter des espaces. Il rencontre les scientifiques et imagine un cycle sur Les chroniques du réchauffement, une exploration des paysages humains qu’il décline, au fil des ans, en plusieurs stations.
A Ville-Evrard, avec Faust, le temps s’arrête et construit un art du sensible, celui du théâtre, qui se conjugue avec la vie : «Le théâtre, qui n’est dans rien mais se sert de tous les langages : gestes, sons, paroles, feu, cris »… comme le disait Artaud.

 

Brigitte Rémer

Chantier théâtral autour de Faust, du 6 août au 2 septembre 2012. Ouverture publique les samedi 1er et dimanche 2 septembre, à 16h. Hôpital psychiatrique de Ville-Evrard, 202 av. Jean- Jaurès. Nogent-sur-Marne.
En préparation :  les déterritorialisations du vecteur, Cycle Les Cartographies, n° 3. Création au Domaine d’O (Montpellier), du 13 au 15 décembre 2012 et en tournée en France, en 2013.


Archive pour août, 2012

Aïda

Aïda dans le cadre du festival 2012 des arènes de Vérone

Aïda  2012-Aida-atto-II-23-06-dl-foto-Ennevi-421La version présentée cet été aux arènes de Vérone sera un des spectacles emblématiques de l’édition 2013 qui fêtera les 100 ans de cette création dans ce lieu.
A cette époque la notion de metteur en scène n’existe pas encore.
Ici,  sur le livret d’Antonio Ghislanzoni,  la musique de Verdi,  il y a des costumes et surtout un décor construit dans des dimensions humaines qui est l’élément clef de la représentation.
Il occupe presque un quart  de la surface de cette arène mythique qui contient 25.000 places. Aïda,  vingt sixième opéra du musicien,  a été créé en 1871 à l’Opéra du Caire comme pour mieux adhérer à la réalité de l’action du récit, qui se déroule durant l’Egypte des pharaons.
Cette mise en scène reprend l’exacte scénographie d’origine des arènes et transporte le spectateur entre Memphis et Thèbes dans une réalité de l’Egypte Antique calquée sur les monuments existants. Des centaines de figurants, des chevaux, des décors monumentaux, des costumes éblouissants, rien n’est laissé au hasard pour faire voyager le public. L’important volume des décors oblige l’organisation à les  stocker à l’extérieur des arènes quand d’autres opéras y sont joués. Ces éléments de décors font corps avec la pierre chargée d’histoire, au point que l’on a l’impression qu’ils ont toujours  existé ici.
Cet opéra en quatre actes nécessite des entractes de vingt minutes chacun, tant la régie plateau du changement d’espace est importante. Difficile pour un spectateur de voir Aïda dans un théâtre à l’italienne une fois qu’il l’a découvert ici. D’autant que la direction d’orchestre et les chanteurs sont à l’unisson de cet ambitieux et grandiose spectacle.  Il ne  faut pas hésiter à venir découvrir un opéra dans ces arènes, les premiers prix des places sont à 21 euros. C’est un spectacle où toutes les places ont une très bonne visibilité,  et une acoustique excellente.
Guiseppe Verdi n’avait pas été satisfait de la création en Egypte, au point que pour lui, la véritable création d’Aïda n’ a eu lieu qu’à sa reprise à la Scala de Milan.Gloire nationale italienne, dont les opéras sont les plus joués au monde, il avait écrit non sans un certain détachement:  « Je désire des funérailles simples – Ni chants, ni musique! – J’en ai assez entendu de mon vivant ! »

Jean Couturier

 

www.arena.it

Rue de la chute

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Rue de la chute, par Le Royal de luxe, mise en scène de Jean-Luc Courcoult.

V3G7272-Version-2Le Royal de luxe, sans doute une des plus anciennes compagnie théâtrales françaises, créée par Jean-Luc Courcoult, à la fois auteur et metteur en scène, basée à Nantes depuis 1990, et connue internationalement, puisque le Royal, figure emblématique du théâtre dit de rue ou plutôt d’extérieur, a joué un peu partout dans le monde.
On se souvient peut-être, entre autres spectacles fabuleux, du tournage en direct de ce  Roman-photo  mais surtout de ce spectacle-culte créé au festival d’Avignon, La Véritable histoire de France, avec un livre géant d’où s’échappaient des personnages de légende comme Louis XIV ou Jeanne d’Arc.
Ou encore de ces géants manipulés par des acteurs qui, à chaque fois, drainent des milliers de spectateurs. Le gigantisme,  ou du moins le passage à une plus grande échelle de très grandes marionnettes, et le recours à des machines, comme au XVIIème siècle, (les fameuses pièces dites  à machines, véritables comédies musicales avant la lettre de Molière  et Lully, des deux frères Corneille, et autres auteurs. Mais ici, avec l’aide des technologies contemporaines, c’est devenu en quelque sorte la marque de fabrique du Royal.

Jean-Luc Courcoult et ses copains ont, depuis quelque trente ans, su trouver  la formule magique d’un théâtre au sens étymologique: « voir »,  à la fois intelligent et populaire, et d’une réelle beauté plastique, soutenu par la mairie de Nantes et par le Ministère de la Culture. Et  dans un espace public, donc… gratuit. Ce qui change beaucoup les choses, quand le festival d’Avignon, comme les salles du théâtre public les plus connues affichent des prix à 25 € et plus..;
  Cette fois, et cela semble être dans l’air du temps, puisque l’un  des  succès du festival off d’Avignon a été Du vent dans les branches de sassafras de René de Obaldia, et la compagnie Annibal et ses éléphants, aussi présente au festival d’Aurillac, (voir Le Théâtre du Blog) a aussi  kidnappé, avec des moyens beaucoup plus limités que ceux du Royal le grand mythe fondateur américain de la colonisation de l’Ouest.
  Revers de la médaille: les machineries du Royal de luxe sont à base de supports téléguidés électroniques, et les orages adorent ce genre de bestioles, et après la pluie de grêlons jeudi soir, la foudre est tombée sur la régie . Donc, la représentation du vendredi a été reportée à samedi dans le stade d’un lycée.
Pas de chance, la petite pluie cantalienne s’est mise à tomber toute la matinée inondant le lieu et les 1.400 sièges- coques des gradins. Miracle: les dieux ont décidé d’arrêter la pluie, juste cinq minutes avant  la représentation. Pour la plus grande joie du public, trempé, et un peu cassé par le froid insidieux qui le pénétrait mais ravi de voir enfin ce spectacle pas très bien accueilli,  aux dires de nombreux professionnels. Vous avez dit jalousie?

  Imaginez une sorte de studio de cinéma en plein air, d’une bonne trentaine de mètres d’ouverture, où est installé un décor- revendiqué comme tel avec ses tubes métalliques bien viisbles: réalisé de façon remarquable, un minable Grand Hotel Big Town, avec son balcon, et à jardin, des gros projos de cinéma en inox, des bottes de paille compressée, une boutique en bois délavé, tout aussi minable.
Entre les deux, un grand châssis peint représentant un désert au soleil couchant, avec cactus et barre rocheuse au loin. Bref, tous les stéréotypes des western! Dominant la scène, une petite grue, et sur les deux côtés, un escalier sur roulettes, avec une caméra des années 25, et les nombreux et indispensables accessoires qui serviront tout au long du spectacle.

 Tout cela, très bien vu, commence plutôt mal: on ne peut croire un instant à ce tournage- ah! la recette éculée du théâtre dans le théâtre- avec des acteurs qui jouent faux comme il n’est pas permis, et un dialogue des plus bas de gamme, du genre: « La caméra 35 mm, je la voyais plus grande » ou  » Dis-donc, on ne va pas te payer un stage pour t’apprendre à ouvrir une pièce jointe », « Tu me fais le raccord pour les comédiens » .
Les ordres sont  lancés au porte-voix, comme au début du cinéma, alors que les comédiens ont tous des micros H.F.! Pas crédible pour une rondelle! Et on peine, dès le début  à s’y retrouver, comme l’a finement noté notre stagiaire, dans cette histoire au scénario du genre bâclé, et où les petites scènes se succèdent péniblement à un rythme cahotant.

 Là, Jean-Luc Courcoult, avec une équipe (qui n’est plus vraiment la même) s’est planté…Et les comédiens, pas ou mal dirigés, ont du mal à s’en sortir et surjouent à qui mieux mieux! Parfois à la limite de l’amateurisme! Signalons quand même la jeune femme brune interprète, entre autres, l’une des putes et l’acteur qui incarne Poussière, tous les deux remarquables et qui ont une vraie présence, malgré l’immensité du plateau.
  Mais il y a les images-et là  le metteur en scène ne s’est pas planté du tout, en véritable poète et créateur d’images poétiques qu’il est heureusement resté. Comme ce  (faux, bien sûr) cheval pommelé de gris, accroché à la petite grue qui le dépose sur un praticable; il ouvre ses grands beaux yeux, et on le voit respirer. Ou ce vieux cow-boy au visage buriné qui s’en va, pédalant sur un tricycle doté d’un petit cheval en bois, et ces deux condamnés, pendus qui se mettent, au bout de leur corde, à raconter leur vie. Ou encore Madame O’ Connor, mère maquerelle de son état, qui arrive avec ses trois putes dans une charrette bâchée qui sert de bordel ambulant, sur fond de chansons folk.  Les comédies d’Aristophane et  Mère Courage de Brecht ne sont pas loin.
Encore une pour la route:  Madame O’Connor tirant au fusil et pulvérisant une bouteille à vingt mètres, ratant les coups suivants, et,  quand elle repose son fusil, miracle: les deux autres bouteilles  s’auto-pulvérisent! Et cet appareil à air comprimé jouant l’hymne américain, tandis que s’élève le drapeau étoilé. Pour de telles images, il sera beaucoup pardonné à Jean-Luc Courcoult!  
  Mais on  oubliera vite  les scènes de jugement et d’élection du juge Parker au poste de gouverneur, pas  du tout réussies, ou ces dialogues qui se veulent drôles et qui ne font rire personne, du genre:  » Quel est le fromage préféré des Indiens? La vache qui rit!  » On oubliera aussi les musiques de Michel Augier et Stéphane Brosse, souvent assourdissantes, qui saturent l’espace et parasitent les pauvres dialogues qui n’avaient pas besoin de cela!
Le spectacle, pas très passionnant, continue cahin-caha, jusqu’à devenir ennuyeux par moments.. Et cassé, au milieu,  par une sorte de pause où l’on distribue un petit journal sans intérêt par centaines. Bonjour l’écologie!

Rien à faire: ces petites histoires dans l’histoire, qui n’ont aucun lien entre elles, se succèdent mais n’ont guère d’intérêt; il y a longtemps, de toute façon, que l’on a décroché, pour ne plus voir que les images! Puis, disons, dans les quinze dernières minutes, tout se passe comme si Jean-Luc Courcoult semblait enfin avoir trouvé le rythme convenable, et le bon rapport entre espace du plateau, et temps de la représentation.  Mais  trop tard!
 Et il y a cette belle scène de négociations entre le chef indien, et le gouverneur qui lui offre une porte montée sur roulettes. Et comme il s’étonne de ce minable cadeau, des assistants font retourner  la porte, où est reproduit un morceau du décor de l’immense espace du territoire qu’il lui donne… Et il y a cette attaque contre les Indiens, avec  cinq chevaux mus par un ressort remonté par une grosse clé comme un jouet (en réalité bien sûr, toute une machinerie électrique)  et la scène finale: l’envoi d’un boulet de canon sur une pauvre boutique qui prend feu.
Ah! Si tout était de ce tonneau! Et l’on a visiblement gardé le meilleur pour la fin mais on revient ensuite au tournage du film (disparu depuis longtemps!), comme s’il fallait boucler la boucle!

  Jean-Luc Courcoult, à demi-mot, reconnait en privé qu’il s’est un peu planté mais qu’il a, au moins, essayé… On apprécie sa lucidité mais dommage: il avait tout pour réussir un vrai bon spectacle, alors que cette Rue  de la chute a quelque chose d’approximatif. Comme une mauvaise copie du vrai Royal de luxe! Fatigue! Usure après trente ans, sans doute!  C’est arrivé à d’autres compagnies…
 La faute à quoi?  Pas aux moyens financiers, il y en a, et non des moindres! (dix-huit acteurs et autant de techniciens qui font un gros travail en coulisse). Mais il y a d’abord une mauvaise adéquation entre  moyens et   intentions.  Résultat: assez gribouille, avec un scénario compliqué et un dialogue des plus limites, une direction d’acteurs insuffisante et une mauvaise maîtrise du temps, surtout quand le public doit rester assis sans bouger pendant deux heures.
 Donc résultat mitigé… Le spectacle, récemment créé, peut-il s’améliorer? On ne voit pas bien comment, sauf,  par en couper, et d’urgence, une demi-heure, et à demander à un bon directeur d’acteurs de revoir les choses. Cela modifierait la donne mais Jean-Luc Courcoult le fera-t-il? On peut en douter: ce genre d’opération chirurgicale exige beaucoup de travail en perspective, sur un spectacle où la technologie et les effets spéciaux dominent et commandent le jeu: c’est là le plus grave défaut de cette Rue de la chute.
  Alors à voir? Peut-être, mais vous risquez de rester sur votre faim. On a le sentiment que Le Royal a perdu ses repères (on ne fera pas de jeu de mot facile sur la chute) mais on tombe quand même de haut. Le Royal semble être un peu devenu la Comédie-Française du théâtre dit de rue qui devient de plus en plus payant, même ici à Aurillac dans le off.
(Les gradins étaient bourrés de gens de tout âge, malgré les places à 12 euros, et on a rajouté des tabourets pliants au mépris de toute sécurité. Il y a bien eu une représentation gratuite, où il fallait venir quatre heures avant, si l’on voulait avoir une chance d’entrer… Bref, rien n’était vraiment dans l’axe. Encore une fois, dommage!

Philippe du Vignal

Festival d’Aurillac et en tournée:  www.royal-de-luxe.com/fr/

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Le point de vue de Laura Dauzonne, 17 ans, (la valeur n’attend pas le nombre des années) stagiaire au  Théâtre du Blog pour le Festival d’Aurillac.

 L’occasion exceptionnelle m’a été donnée de voir cette Rue de la chute et je n’allais pas la manquer. Je vois avec mon lycée pas mal de pièces de théâtre à Paris dans l’année mais là, c’est un peu différent. (Je n’avais jamais vu de spectacle du Royal de luxe ni jamais rien lu sur cette compagnie dont le nom même ne me disait rien.
Philippe du Vignal m’a gentiment demandé de donner mes impressions. Bon, mais je suis une en matière de critique théâtrale complètement novice, les gens du Théâtre du Blog ont une sacrée expérience mais pas moi. Alors, c’est une analyse un peu en vrac: scénario assez bof et  pas clair. Le début:  on a vraiment du mal à accrocher.

Il y a de belles images qui me renvoient à des souvenirs d’enfance dont j’ai la nostalgie. J’ai bien aimé certains  gags,  comme cet appareil à air comprimé qui fait de la musique, avec élévation du drapeau américain. il y a un gros travail sur les effets visuels, comme ce brouillard artificiel, ou le corps de ce grand cheval suspendu à une grue, ou des pendus qui se réveillent.
Le jeu des acteurs entraîne le public vers le rire, même si c’est parfois un peu facile et on se prend au jeu. Mais il y a des moment pas intéressants du tout, comme celui où un certain M. Jambon se découpe des steaks sur sa jambe pendant une campagne électorale. Çà, le metteur en scène pourrait le couper sans problème…

Quant au journal distribué dans le public: pas très malin,  cela casse le spectacle, en déconcentrant les spectateurs qui ne regardent plus trop ce qui se passe sur scène.. Et, désolée, je trouve que les acteurs ne joeunt pas bien, souvent en force, sauf celui qui interprète ce pauvre cow-boy nommé Poussière qui a une vraie présence, et la grande jeune femme brune qui joue une des trois putes, avec talent et beaucoup d’énergie.
 On sort content d’avoir vu ce spectacle, mais beaucoup trop longue, cette parodie de western! Surtout, avec nos habits trempés pour la pluie durant deux heures d’attente; le public est parti très vite sans applaudir beaucoup.
Voilà. J’espère que Philippe du Vignal sera content de ce que j’ai dit; j’ai l’impression  qu’il a un peu pensé comme moi mais il ne m’a rien dit après, sans doute pour ne pas m’influencer…

Laura Dauzonne

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Paggliacci

PAGGLIACCI Opéra de Leoncavallo, mise en scène de Philippe Freslon sous chapiteau de la compagnie Off

La compagnie Off, nous gardons des souvenirs émus d’un spectacle déambulatoire, Les 7 péchés capitaux, montés avec Maud le Floch, cofondatrice de la compagnie en 1986, vu à Bagneux il y a une vingtaine d’années et aussi d’une étrange Carmen dans une arène métallique à Chalon dans la rue ou Aurillac ?
Nous sommes accueillis sous un immense chapiteau, il y a un nuage de sciure qui tapisse le sol et qui fait tousser des spectateurs contraints à sortir, ayant du mal à respirer. On a du mal à suivre le fil de cet opéra, chanté parfois en voix off, ou en direct par des chanteurs sonorisés. Nous sommes debout dans la première partie, il est difficile de suivre les effets le effets de déplacements d’un bar circulaire où une chanteuse drapée dans une splendide robe rouge, sert à boire à un homme prostré, on voit l’arrivée d’un avion, des scènes sur le toit d’une caravane, un grand trapèze… Épuisée par ce quatrième spectacle de la journée, je rends les armes avant la deuxième partie.

Edith Rappoport

www.compagnieoff.org

Festival d’Aurillac

Mémoire du temps

MÉMOIRE DU TEMPS
Nous sommes assis devant une petite roulotte, on nous distribue dix places pour voir un film tourné par la maman de Michaël Sébastien né en 1941 pour une association d’Aurillac créée en 1958. Des images floues et improbables de temps lointains sous les commentaires de deux compères qui se coupent sans arrêt la parole. Heureusement, ça ne dure que dix minutes.

Edith Rappoport

Festival d’Aurillac

 

Les oiseaux se crashent pour mourir

LES OISEAUX SE CRASHENT POUR MOURIR Les Fautifs


Dimitri Votano et Cyril Puertolas, deux bons clowns de cette compagnie découverte par hasard dans une petite cour, en face du lieu des professionnels, ont réjoui une assistance nombreuse. Un présentateur pompeux en veste à carreaux, coiffé d’un melon appelle son assistant Puerto qui est en retard. Ils jouent dans un italien de cuisine l’histoire de Roméo et Juliette figurés par des serviettes, rouge pour Roméo, jaune pour Juliette, brandis par le présentateur à l’aide d’une canne à pêche, sous les commentaires désabusés de son assistant. Le public familial rit beaucoup, (il est avide et souvent complaisant) c’est du théâtre à mains nues, simple et vraiment drôle pour une fois.

Edith Rappoport

petitepierre.free.fr

festival d’Aurillac

 

cascade Academy

CASCADE ACADEMY Compagnie Xtrême, 24 août août 26 2012

Place d’Armes, c’est le vacarme d’une fausse équipe de cinéma qui prétend avoir perdu ses cascadeurs, et qui les choisit dans le public appelé à participer au spectacle en faisant les chœurs. Deux faux amateurs sont choisis par un Spiederman casqué, qui bien entendu vont rater avec beaucoup d’habileté leurs tours, déclenchant des catastrophes. Après l’émotion de Wasteland, ce bruit débraillé s’avère insupportable. Au centre d’Aurillac on peut toujours s’éloigner sans problème.

Edith Rappoport
www.compagniextreme.fr

Festival d’Aurillac,

Wasteland

WASTELAND  d’Alexandra Broeder, Festival d’Aurillac

Nous sommes une quarantaine assis dans un bus qui nous emmène vers une destination inconnue. Une petite fille avec des nattes, chemisier blanc, jean et bottes est assise face à nous à côté du chauffeur, l’air sévère. Nous nous éloignons d’Aurillac et elle lance impérieusement : Open the door ! Le bus s’arrête et une deuxième fillette portant un costume identique pénètre dans les bus. Plusieurs arrêts suivent avec d’autres fillettes, elles se ressemblent étrangement, la même tenue, le même air dur. Elles viennent auprès de chacun d’entre nous et demandent impérieusement : your mobile ! Surpris, les premiers refusent, puis un par un nous leur donnons nos téléphones portables. Un silence étrange règne dans le bus, nous osons à peine chuchoter doucement avec les voisins que nous pouvons connaître.
Le bus s’arrête au pied d’une crête, les enfants nous font descendre, nous regroupent deux par deux, nous intiment l’ordre de donner la main à notre voisin. Arrivés auprès d’une grille, nous devons nous débarrasser de nos sacs, appareils photo qui sont jetés dans une grande poubelle. Les huit petites filles suivies de deux petits garçons nous guident en ligne stricte jusqu’à une grande table dressée avec des morceaux de pain et des verres remplis d’un liquide rose dont les abeilles semblent se délecter. Nous devons nous asseoir, personne n’ose souffler mot, les fillettes viennent nous dire ; your meal ! La plupart mangent leur pain, les verres vides d’abeilles sont bus et nous devons les suivre à travers champs jusqu’au pied d’une crête. Et là, dernier dépouillement, tous ceux qui avaient conservé une veste, des lunettes de soleil, une carte du festival suspendue à leur cou, doivent les donner aux enfants qui gravissent la crête lointaine. Le silence établi dans le bus ne se rompt que lentement, au terme de cette étrange déportation douce et ce repas christique.
Après le vacarme continu du festival et la saturation de spectacles improbables devant lesquels on peine à s’arrêter, il y en a trois cents, Wasteland m’a bouleversée par son silence, sa vérité et son étrange beauté.

Edith Rappoport

www.alexandrabroeder.nl

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Nature contre culture

Nature contre culture, mise en scène de ????

Nature contre culture indexPour une mise en scène réussie, ce fut réussi. imaginez des centaines de festivaliers  en train de se balader, d’écouter la musique d’orchestres de rue, ou assis calmement en train de prendre un verre, place et jardin des Carmes à Aurillac, quand tout d’un coup, nous  cru que quelqu’un  nous  jetait un glaçon sur la tête, puis un second, et très vite, mais très vite,  ce fut un déluge de grêle avec des boules de glace de deux centimètres de diamètre qui nous est tombé dessus . Les gens se protégeaient comme ils pouvaient en se couvrant la tête avec leur chaise en plastique.
Panique dans les rues, inondation de feuilles d »arbres déchiquetées, enseignes lumineuses brisées. Puis retour dans notre campagne sous une pluie battante, et soudain miracle à une vingtaine de kilomètres d’Aurillac: la sécheresse la plus absolue. pour le moment, aucun spectacle n’a été annulé et nous devrions vous rendre compte, entre autres,  du très fameux Royal de Luxe.
Nous profitons de cet orage de grêle pour  vous faire part, sans transition aucune, de la parution  du 2.000 article de notre  Théâtre du Blog depuis 2008. Nous tenons donc à remercier chaleureusement Claudine Chaigneau, notre coordinatrice sans laquelle rien n’aurait pu être fait, et tous nos collaborateurs, actuels comme passés. Mais aussi tous nos fidèles lecteurs de plus en plus nombreux chaque jour..La lutte continue , continuons le combat!

Philippe du Vignal

Nié qui tamola

Nié qui tamola ni%C3%A9Nié qui tamola , mise en scène de Nicolas Chapoulier

Nié qui tamola (« l’œil voyageur « en bambara »), est une forme hybride abritée dans la cours d’un lycée un peu en dehors du centre d’Aurillac: une sorte d’exposition à ciel ouvert suivie d’un spectacle. Le tout est est présenté par la fondation Daniel Meynard dont un buste en plâtre trône à l’entrée. Le grand homme est un penseur de l’Afrique, présenté comme un grand sage, et spécialiste reconnu  des relations franco-africaines « qui nous a quitté il y a trois ans ». Et sa fondation, « l’Institut de recherche disciplinaire étudiant les relations ténues et complexes entre la France et ses anciennes colonies ) a fait appel à des artistes, poètes, comédiens pour tenter de recréer l’univers et l’action de Daniel Meynard…
  Accueilli chaleureusement par neuf huluberlus en pantalon et chemise blanche, le public est invité à pénétrer dans l’exposition; les murs sont faits de planches où l’on voit des peintures africaines mais aussi des images vidéo de routes dans le désert… Il y a un peu de tout dans ce monde foutraque:  cela va du Guide du clandestin publié aux Editions Pil-Pil:  » Ne partez plus à l’aventure, enfin un guide pour les clandestins! promet la publicité. On peut aussi en introduisant sa main dans un trou recouvert de peau de tigre synthétique serrer la main d’un authentique clandestin sans le voir, jouer au grand jeu des origines: Je suis Français 1) Parce que je mange des escargots 2) Parce que j’aime Michel Sardou, etc… Il y a, un peu plus loin un distributeur d’au non potable au coloris marron peu ragoûtant. On peut aussi  regarder dans une boîte des dizaines d’yeux de poupée, imaginée par un journaliste spécialisé dans la question du regard de l’autre dans l’humanitaire, et contempler une œuvre intitulée: « Naissance de l’humanitaire ». C’est une chaussette sous verre:  la monochaussette pour accidenté sur mine antipersonnelle… C’est plein d’humour et d’intelligence! Et, comme à Porto-Novo ou à Niamey, il y a de la belle musique un peu partout.
Il y a du Duchamp et du surréalisme dans l’air mais aussi, et c’est d’une approche très réussie une singulière façon de mettre les Français de 2012 le nez dans le caca de ce que l’on appelle la France-Afrique, mélange de cynisme et d’arrogance, de corruption et de chantage au plus haut niveau des Etats,  de financements des plus louches dans les deux sens. (Je te tiens, tu me tiens par la barbichette), le plus souvent admis sous couvert d’ONG et d’humanitaire. Il y a aussi, à voir et à entendre des entretiens avec des Africains francophones qui parlent de leurs rapports compliqué avec la culture française.
 Puis le public est invité à des jeux dont l’animateur micro en main n’arrête pas de parle pour ne rien dire comme dans certaines radios, et invite les participants à une sorte de jeu de l’oie, où l’on passer de la case indépendance à la case de la pauvreté, si du moins on n’est pas tombé dans celle du sida…
C’est souvent drôle, parfois un peu appuyé et trop long. En fait, tout se passe comme s’il s’agissait surtout de chauffer la salle, en l’occurrence des tapis de paille tissés, et trois malheureux transatlantiques. Bonjour le mal de pattes et de dos avant la vedette:  Jérôme Colloud qui va retracer l’historique des relations entre la France et ses ex-colonies africaines depuis 58 quand Sekou Touré organisa un comité d’accueil à de Gaulle qui se fit huer quand il proposait un accord-franco guinéen et osa revendiquer l’indépendance de son  pays. Avant de devenir un dictateur riche et cruel qui fit exécuter tous ses opposants. Mais le sinistre Jacques Foccart, aidé par le trop fameux mercenaire Bob Denard, à la tête de la cellule africaine de l’Elysée et exécuteur des basses-œuvres de de Gaulle, fit inonder le pays de faux billets qui ruina son économie.
C’est aussi cela la France de de Gaulle! que Jérôme Colloud imite à la perfection. Il est aussi question  de  Thomas Sankara, premier  ministre du Burkina Faso, limogé à la suite d’une visite de Guy Penne, franc-maçon comme de nombreux dirigeants africains et conseiller spécial de François Mitterrand. On retrouvera peu après Sankara décédé… de mort naturelle selon un médecin militaire français, Les Présidents français se succèdent, mais les affaires continuent: et cela va du Biafra au Rwanda, sur fond d’opérations politiques des plus douteuses, impliquant la majorité des partis politiques français, soucieux de financer leurs campagnes électorales, qui ont toujours été  au mieux avec la plupart des dictateurs africains.
Bref, la France-Afrique, comme la Belgo-Afrique a quelque chose de nauséeux. Et les mallettes de billets qui circulent, ce n’est pas que dans les films de fiction! Quel torrent de boue soigneusement caché aux Français comme aux Africains!

Jérôme Colloud, seul en scène ou presque, dit tout cela brillamment en jouant  tous les rôles, avec, à la fois, une énergie et une intelligence scénique tout à fait remarquables.  Comme il est aussi musicien, on a aussi droit à  un petit air d’accordéon oude guitare électrique… Il  passe ensuite à la période contemporaine avec  Chirac, puis Sarkozy, que, dit-il, il ne sait pas imiter ( il prend donc un vague accent chinois; on voit l’ex-président téléphonant avec trois portables à la fois, à  ses copains:  Boloré, Bouygues etc… François Hollande est épargné… pour le moment!
La dernière des trois parties de ce trop long monologue (90 minutes), bien mis en scène par Nicolas Chapoulier mériterait  quelques coupures. D’autant plus qu’à travers  cette série de brillantes imitations de la réalité politique française, on aurait bien aimé que Jérôme Colloud souligne un peu plus pourquoi il y a eu, depuis plus cinquante ans, une permanence de l’intrusion du personnel politique français, tous partis confondus, en Afrique occidentale! Et le plus souvent, sous couvert de coopération et d’aide humanitaire. Mais  cela, on ne le sait que trop. Parce que notre économie, bien après l’indépendance de ces ex-colonies, a  continué à profiter  des ressources naturelles, à un titre ou à un autre… Quitte au besoin, et avec le plus parfait cynisme, à bouleverser une économie rurale déjà bien fragile. Comme ces bateaux-usines européens qui pêchent, près des côtes du Bénin, au détriment des pauvres pêcheurs en pirogue! Et rappelons aussi que  notre industrie, comme le  plus petit des foyers français, a profité d’une électricité bon marché, grâce à l’exploitation plus que rentable des mines d’uranium du Niger, et ce n’est qu’un exemple!
  En tout cas, malgré ces réserves, cette exposition-spectacle mérite d’être vue. mais munissez-vous d’un siège quelconque si vous n’avez pas l’habitude de rester assis en tailleur pendant une heure et demi. Et Il y a même demain samedi soir un bal franco-africain gratuit!

Philippe du Vignal

Festival d’Aurillac jusqu’au 25 août.
www.troispointsdesuspension.fr

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