Sous ma peau, le manège du désir

Sous ma peau, le manège du désir,  de et par  Geneviève de Kermabon;

Edith Rappoport vous avait déjà dit tout le bien qu’elle pensait de ce spectacle, et de passage à Paris, après avoir tenu à le voir,  nous nous permettons d’en remettre un chouilla! Geneviève de Kermabon a écrit ce texte à partir d’entretiens réalisés sous le couvert de l’anonymat (Désirs, éditions du Panama)  et de fragments de récits de Grisélidis Réal, artiste, écrivain (Le Noir est une couleur),  et prostituée suisse, récemment disparue,  qui se revendiquait comme telle.
 Le ton est donné dès le début:  » Il n’y a rien de plus con que de tomber amoureuse, commence par déclarer Geneviève de Kermabon, sous le masque d’une vieille dame. Il est question du désir de l’autre, de la relation sexuelle acceptée ou non, gratuite ou tarifée, Charlotte  essaye de voir où est la vérité quand il s’agit de sexe, dans un couple et dans celui des autres. Elle se débat comme elle peut, et n’en finit pas de se métamorphoser devant nous. Geneviève de Kermabon passe en effet d’un masque à l’autre avec une grande virtuosité, et se souvient qu’elle a longtemps pratiqué l’acrobatie; elle  s’amuse à se balancer  sur des fils, tout en continuant son récit. Et la comédienne manie de  grandes poupées, homme ou femme avec une grande élégance et une technique gestuelle fabuleuse.
  En matière de sexe, il est impossible de tricher, donc  pas de fausse pudeur, pas de pudeur du tout non plus chez elle comme chez Catherine Millet,  sauf celle de son corps revêtu d’un collant (pas très réussi!). Geneviève de Kermabon se lance dans un questionnement intime auquel elle se soumet, elle comme les spectateurs qui deviennent vite ses complices. Les mots sont crus, violents, parfois amers mais parfois aussi d’une incroyable douceur : « Quand j’ai réalisé que j’avais plus de tendresse pour ce type que pour mon mari, j’ai pu rompre! Faire la pute pour comprendre que son couple est fichu, c’est quand même très enfantin ». dit-elle à la fin,  en s’enroulant dans du plastique noir pour en faire une mini-robe accrocheuse…
Elle se dissimule habilement derrière les quelques kilos de chiffon de la grande poupée/vieille dame aux grands yeux bleus, qui prend soudain  une  vérité fabuleuse quand elle se place derrière elle pour lui donner la parole. On n’est pas loin des fantastiques marionnettes japonaises du bunraku et des mannequins du génial Kantor qu’elle admire:  » Et le mannequin exalté ou maltraité, en dehors de sa réalité de créature scénique, être-objet fascinant, devient un véritable modèle pour l’acteur et son jeu ».  » Le concept de vie ne peut être réintroduit en art que par l’absence de vie au sens conventionnel ». Elle a aussi été influencée, dit-elle, et cela se voit, par les tableaux érotiques de Félicien Rops, ce peintre belge, surréaliste avant l’époque, puisqu’il est décédé en 1898…
 Le spectacle, à mi-chemin entre la peinture et l’expression théâtrale, vaut autant par les images  qu’elle sait créer, avec  ces masques aux grand yeux et ces objets insolites, que  par la parole qu’elle délivre, accompagnée par les belles musiques de Jean-Marie Sénia. Cela se passe dans la  petite salle du Paradis et  mérite d’être vu. D’autant qu’il n’y a pas des masses de spectacles  en août à Paris…
Voilà, c’est tout, et à bientôt pour le Festival d’Aurillac dont nous vous relaterons les moments les plus importants. Et même ceux du  dernier spectacle du Royal de luxe qui, en croire une des miennes consœurs et non des moindres, ne semble pas être dans une forme olympique, ce que nous confirme aussi l’une de nos lectrices! Cela arrive, même aux plus grands, donc à suivre…

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire à 19 heures.

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