Le Tchaka et La Brigade d’Intervention Poétique Haïtienne

Le Tchaka et La Brigade d’Intervention Poétique Haïtienne, mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine.

Le Tchaka et La Brigade d'Intervention Poétique Haïtienne P1000641-300x168Cela se passe dans le cadre des Préalables du festival d’Aurillac. C’est à dire de petites formes jouées dehors dans des villages du Cantal Nord et Sud. Hier donc, c’était à Mourjou, commune de 327 habitants… pour un territoire de 30 kms, 2 , doté de magnifiques maisons anciennes à toits de lauzes, d’un petit musée de la châtaigne et de deux châteaux: celui de Jalenques, et celui de Berbezou, avec une tour/donjon carrée du 15 ème siècle où, il y a bien longtemps, nous dormîmes quelques nuits dans des draps de chanvre tissés main. Ce genre de choses qui ne s’oublie pas…
  Après le séisme qui avait tout  anéanti  ou presque de Port-au-Prince, la capitale, des artistes avaient  appelé le Théâtre de l’Unité : «Tous nos théâtres sont détruits, nous voulons apprendre le théâtre de rue ! ». Hervée de Lafond et Jacques Livchine, toujours disponibles,  avaient en magasin La Brigade d’intervention théâtrale avec pour devise : rater mieux. Et ils ont réussi à aller là-bas… Puis, à accueillir les huit comédiens à Audincourt puis à les faire venir à Aurillac! La foi théâtrale soulève les montagnes vosgiennes et auvergnates!
 Cette forme de spectacle, revendiqué comme un théâtre de rue à mains nues,  doit pouvoir fonctionner sans décor, ni accessoires-cela tombait bien!- et être capable de coller à n’importe quel événement. Elle semblait faite pour seconder l’émergence de nouveaux récits théâtraux en Haïti, où le spectacle n’était évidemment pas la priorité après le séisme. Le Théâtre de l’Unité  avait aussi un spectacle de rue, Le Cercueil, petite pièce de trente minutes, déjà souvent jouée en France et en Europe. Ils ont tout de suite proposé  les rois pièces d’une demi-heure chacune à Jean-Marie Songy, le directeur du Festival d’Aurillac, qui a généreusement accepté de les recevoir sans connaître cette équipe de comédiens. Mais Le Théâtre de l’Unité était sans doute pour lui un sérieuse garantie…
 Donc à  Mourjou, village de cette formidable région qu’est la Châtaigneraie, les deux compères ont installé le spectacle sur un petite prairie avec quelque deux cent spectateurs en cercle assis sur des bancs. Un peu plus loin, une vingtaine de  brunes des Alpes prenaient leur repas du soir… La cloche de l’église sonne calmement. Pas  de scène, pas de projecteurs, pas de sono. On est comme un siècle en arrière et il y a comme une sorte d’état de grâce en cette fin de journée dominicale.
Tout le monde voudrait bien être à l’ombre donc ce n’est pas trop commode de faire un cercle. Livchine,  habillé d’un short long et d’un T-shirt orné de la tête d’Einstein,  introduit le spectacle mais est visiblement fatigué. Hervée de Lafond, elle est assise et filme le spectacle. Un peu en retard, les huit jeunes comédiens-quatre filles et quatre garçons- pantalon et gilet noirs, arrivent en dansant et  en chantant. »Madame la société, commence un acteur, puis  il explique ce qu’est le Tchaka, plat très populaire en Haïti, mélange savoureux de maïs, de légumes et d’un peu de viande.
Puis commence alors une sorte de mélange d’impressions fugaces  de constats doux amers, avec de courts dialogues sur Haïti et la France:  » J’ai envie de voir la neige » , « J’ai acheté La Fleur à la bouche de Pirandello chez Emmaüs », etc…  et des sketches sur la corruption, notamment sexuelle, qui sévit la-bas.

 Le jeu est précis, direct,  et les comédiens,  qui ont déjà joué le spectacle le matin, gardent quand même une belle énergie, malgré la chaleur accablante, et ont tous une excellente diction et une incroyable gestuelle. Enchaînant sketches, danses et chants. avec beaucoup de charme et d’intelligence scénique. Le public de gens en vacances, ( mais peu d’habitants malheureusement) , apprécie beaucoup…
 C’est vraiment émouvant d’entendre cette langue française impeccablement dite, alors que ceux qui en ont la charge dans notre pays-acteurs comme politiques,suivez mon regard-la sabotent sans scrupule, à coup de négligences et d’anglicismes de pacotille. Mais il y a du flou dans la direction d’acteurs qui, parfois, semblent n’en faire qu’à leur tête…  Suit une sorte de récitation de poèmes par tirage au sort des spectateurs réjouis. On sait que la poésie est un des richesses populaires de ce pays si pauvre. Là aussi, quel professionnalisme, quelle sens épique!  Des poèmes d’Aimé Césaire, de Boris Vian, ou Antonin Artaud, etc… défilent, avant que plusieurs des comédiens ne disent à tour de rôle que l’argent récolté dans les villages de France  pour Haïti et viré aux ONG n’ aura pas servi à la reconstruction de leur pays…
 Et ils précisent avec humour, avant d’entamer un beau chant choral, que celui de la manche de ce soir ira directement au peuple haïtien! Mais le spectacle, qui a commencé avec retard, et qui accumule les fausses fins, s’est déjà quelque peu enlisé…  Trop long, beaucoup trop long pour un spectacle en plein air, malgré de grandes qualités d’interprétation. Et on sort de là, un peu cassé. Alors que tous les ingrédients étaient là pour deux bons petits spectacles. Dommage! Livchine l’a d’ailleurs reconnu  d’ailleurs. « Ce collage des deux pièces n’était pas une bonne idée »…
  Alors à voir? Oui, quand même, aux meilleurs moments, il y a quelque chose qui tient du miracle: les comédiens haïtiens ont une présence et une énergie qu’on ne voit pas souvent en France et à Aurillac où  les deux spectacles retrouveront leur autonomie. Donc à suivre…

Philippe du Vignal

Festival d’Aurillac.  Du 22 au 25 août. Attention! Deux horaires: Le Tchaka ou  (cela se décidera le jour même!) La Brigade d’Intervention Théâtrale Haïtienne, à côté du square  central, à 15 heures et à 18 heures.

 


Archive pour 20 août, 2012

L’étoffe de la modernité

L’Etoffe de la modernité : costumes du XXe siècle à l’Opéra de Paris

L’étoffe de la modernité IMG_6553Une fois de plus l’Opéra de Paris révèle son riche patrimoine au public qui peut ainsi découvrir, entre la galerie qui entoure le parterre et la bibliothèque-muséee un ensemble de costumes d’ un siècle de créations lyriques et chorégraphiques.

L’ exposition a pour but de rendre hommage aux différents artistes qui ont contribué à la renommée de l’institution et au travail des 153 salariés des ateliers de costumes avec de nombreuses photos. Sont aussi présentés masques, tiares, costumes, photos de chanteurs et de danseurs, programmes et dessins des costumes . Un règlement de 1805 et un arrêté de 1809 obligeait les costumiers à remettre leurs dessins au secrétaire général ou au chef-tailleur de l’Opéra, ce qui a créé, au fil du temps, un patrimoine exceptionnel.

Le dessin de chaque costume est répertorié pour chaque spectacle avec un échantillon de tissu attaché au dessin. Une petite partie de ces dessins et des costumes de l’Opéra a été transférée au Centre National du costume de Moulins (voir Le Théâtre du Blog du 7 décembre 2012). Le lien entre les différentes pièces exposées n’est pas évident à trouver, même si l’exposition est classée en quatre grandes parties chronologiques et thématiques.

Il est donc préférable de se laisser aller à la découverte de ces témoignages de la vie du plateau et des coulisses, qui nous transportent dans le passé. Avec, bien sûr, en hommage aux ballets russes qui ont révolutionné l’art de la scène chorégraphique (voir Le Théâtre du Blog 29 décembre 2009), les- costumes de Léon Bakst pour Istar, un ballet de Léo Staats de 1924. Très rares et donc protégés de la lumière artificielle par un tulle noir…

Nous découvrons aussi les créations de grands couturiers, avec entre autres, des dessins d’Yves Saint- Laurent pour Notre-Dame de Paris, un ballet de Roland Petit de 1965, ou des costumes et dessins de Christian Lacroix pour Les Anges ternis, (1987)un ballet de Karole Ermitage De grands peintres comme Fernand Léger, Marc Chagall, ou Giorgio De Chirico ont aussi collaboré à l’Opéra. Mais aussi Paul Colin, le grand graphiste, et des costumiers de théâtre et de cinéma comme Georges Wakhevitch ou Jean-Denis Malclès.

Jean Couturier

Opéra de Paris, Palais Garnier jusqu’au 30 septembre.

Catalogue de l’exposition: 20 €

 

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