Fay Lecoq

Fay Lecoq directrice de l’école internationale de Théâtre Jacques Lecoq nous a quitté

Fay Lecoq  Fay-LECOQ_Photo-Richard-LECOQFay Lecoq née à Glasgow est décédée le 7 août à 76 ans, elle a rencontré Jacques Lecoq en 1957, juste après que celui-ci un an auparavant ne fonde son école. Administratrice puis directrice de l’École, elle accompagne le pédagogue dans ses conférences à l’étranger et lui sert d’interprète. Elle trouve en 1976 le lieu actuel de l’école, 57 rue du faubourg Saint-Denis, un ancien temple de la boxe. Fay Lecoq a crée de nombreux liens avec les anciens élèves, un certain nombre se sont retrouvés au dernier festival d’Avignon. Fay était présente en ce début de festival et ainsi que l’esprit de Jaques Lecoq qualifié de «  gourou caché » du festival par Télérama. Les anciens élèves présents, Simon McBurbey, Christophe Marthaler, William Kentridge et Paddy Hayter du Foostbarn Theater l’ont ainsi rencontrée une dernière fois. L’école poursuit son parcours dans la même ferveur avec Pascale Lecoq, fille de Fay et de Jacques, avec l’aide de ses frères afin de pérenniser la mémoire du maître et de son travail.

Jean Couturier

www.ecole-jacqueslecoq.com/


Archive pour 21 août, 2012

La Tentation d’Ève

La Tentation d’Ève par la compagnie A la belle étoile.

La Tentation d’Ève TE-2012-22-Diable-recadLe pire est souvent féminin et le meilleur, a fortiori, masculin. Alors, entrons dans la danse, portés par Ève, succombant aux tentatives de séduction du Diable, archétype, s’il en est. Cela se passe dans un village de mille deux cents âmes, Saint-Maurice-la-Clouère, situé à une trentaine de kilomètres au Sud de Poitiers, recélant un riche patrimoine roman classé au titre des monuments historiques : une église au plan tréflé, unique en Poitou, dont le clocher ressemble à un donjon, une ancienne léproserie, devenue exploitation agricole, rachetée par la mairie il y a quelques années et  transformée en lieu culturel, avec bibliothèque et salle d’exposition, l’espace Allard.
Une grille d’époque, superbe travail en ferronnerie, cerne cet espace, qui est le point d’entrée pour le public.
C’est là que travaille toute l’année, en résidence, la Compagnie A la belle étoile, spécialisée dans l’art de la marionnette (Eric Cornette, artiste associé) et c’est dans cette magnifique cour intérieure, qu’est présentée La Tentation d’Ève, poème en dialogue issu du Jeu d’Adam. On est au XIIème siècle, et  ce drame semi-liturgique, comme il sied à l’époque, comprend trois espaces, comme à la marelle : le Paradis, l’Enfer et la Terre, que l’on retrouve ici dans la scénographie, une étroite et longue plate-forme en diagonale, recouverte d’un tapis de danse noir. Eve en effet, dans le parti-pris de mise en scène, danseuse de blanc vêtue (Delphine Pluvinage), glisse jusqu’aux enfers, sur pointes, aussi élégamment que la barque solaire des Egyptiens traverse le royaume des morts.
Le spectacle commence par l’accueil du public : deux comédiens, sorte de pénitents blancs, guident les spectateurs jusqu’à leurs places, réparties de chaque côté de la plate-forme. Ils ont suivi une route balisée de bougies. Une longue introduction musicale accompagne le rituel : Jean-Philippe Rameau, avec Orage, suite d’orchestre issue de Platée qui donne le ton, puis Sento in seno, extrait de Tieteberga d’Antonio Vivaldi, chanté par le contre-ténor Philippe Jaroussky. Plus loin, La huitième Symphonie de Chostakovitch accentue la cadence.
Nos deux pénitents blancs, mi-dieux mi-diables, sont acteurs et marionnettistes (Eric Cornette et Emmanuel Gaydon). Le premier incarne la voix du Diable. On les dirait tous deux descendus des chapiteaux romans. On pénètre dans un espace sacré, un voile rouge et noir délimite la scène, qui se métamorphose ensuite en robe du Diable, puis devient castelet.
Ève, comme une apparition de cygne blanc, portée par les pénitents, puis comme novice plaquée au sol prononçant ses voeux, est démontée comme une poupée : on lui retire chaussons de danse, barrette, on libère ses cheveux, la chargeant d’un pouvoir magique, qui inverse les rôles et la transforme en tentatrice, au cours d’une danse érotique où elle séduit le Diable. Symbolisée par une marionnette-figurine de grandeur nature, la figure du Diable est conçue selon la technique du bunraku japonais.
Comme les maîtres manipulateurs, les deux comédiens accompagnent le personnage en une gestuelle relevant d’un long entraînement. Dans la technique japonaise, les manipulateurs sont trois pour chaque marionnette, selon une hiérarchie réglée en fonction de leur degré de connaissance : le plus expérimenté, le maître, manipule la tête et le bras droit, le premier assistant, le bras gauche et le second assistant anime les pieds. Le va-et-vient désynchronisé du Diable-marionnette est ici visuel et donne des clés, en référence à l’histoire.
C’est ce qu’a voulu le concepteur du projet, metteur en scène et créateur des lumières, Christian Rémer, spécialiste dans l’art de la manipulation, qui n’en est pas à son coup d’essai avec la Compagnie. Au fil des métamorphoses du Diable et du tragi-comique de sa conversation avec Ève, les acteurs manipulateurs s’effacent jusqu’à disparaitre et nous laissent au bord du vide. Reste la rougeur de l’enfer qui s’embrase sous une voûte de la cour intérieure. L’exercice relève de la prestidigitation, par la virtuosité de la manipulation et le rythme donné au spectacle, au fil des apparitions et des disparitions. Michel Pratt, compositeur, est chargé de la création sonore, musiques mixées et musiques originales, et soutient la cadence du jeu.
Le public répond présent aux Nuits Romanes, qui existent depuis de nombreuses années et font vivre le patrimoine local. Michel Pain, le Maire de Saint-Maurice-la-Clouère et son premier adjoint chargé de la culture, Jean-Claude Heurtebise, s’y investissent personnellement ainsi que l’équipe municipale, appuyée de bénévoles. Familles et mélange des générations y sont fortement représentés. Un soir de représentation, dans la ville, la circulation est stoppée, et l’éclairage public coupé. Tous s’acheminent vers les lieux de spectacle.
Deux représentations dans la même soirée, permettent à des groupes distincts de spectateurs de se croiser et de tourner, dans les différents lieux de Saint-Maurice-la Clouère : à 21h30 débute dans l’Espace Allard, La Tentation d’Ève, tandis que l’église propose un concert polyphonique, en acoustique. Puis les publics se croisent et débute une seconde représentation, à 22h15. Tous les spectateurs se regroupent ensuite, vers 23 h, devant les mises en lumière et vidéos-projections proposées par la Compagnie Dehors-Dedans, suivies d’un buffet  offert par la Ville.
La Compagnie A la belle étoile avait déjà présenté un spectacle, lors de l’édition 2008 des Nuits Romanes : Monstres et Merveilles, qui marqua le début d’un véritable dialogue avec la ville de Saint-Maurice-la Clouère et la proposition du Maire d’y travailler en résidence. En 2009, elle a présenté Les trois Jumeaux du Val d’Enfer de Jacques Prévert, qui tourne depuis dans la région, puis en 2010, Escurial, de Michel de Ghelderode. Aujourd’hui, cette Tentation d’Ève nous tient en haleine, dans le cadre des Nuits Romanes portées par la Présidente de la Région Poitou-Charente, Ségolène Royal, pendant la période estivale, et qui permet de présenter, dans de nombreuses villes et villages des quatre départements (Charente, Charente Maritime, Vienne et Deux-Sèvres) cent-cinquante spectacles, en y conviant gracieusement le public : « Céleste essence. A ton beau corps, à ta figure conviendrait bien cette aventure que tu fusses reine du monde, du ciel et des terres profondes. Que tu connusses l’avenir pour dominer tout l’univers » dit le Diable, conversant avec Ève…

Brigitte Rémer

Espace Allard,Saint-Maurice-la Clouère (Vienne), vendredi 17 août, 21h30 et 22h15, dans le cadre des Nuits Romanes en Poitou-Charentes (du 30 juin au 1er septembre).

Le cercueil

Le Cercueil, mis en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine.

Le cercueil L1031159Toujours dans le cadre des Préalables et toujours à Mourjou superbe village cantalien  c’était dimanche dernier, Le Cercueil, petite pièce que le Théâtre de l’Unité a beaucoup jouée en France. Mais cette fois, c’est  à la mode haïtienne avec les comédiens du spectacle précédent,dans une belle prairie voisine, un peu en creux avec le public en rond. Un Cercueil qui rappelle furieusement la cérémonie vaudou du bout de l’an béninois-logique-quand les hommes de la famille  portent dans la ville un cercueil. Même cérémonie, et tout près du  cimetière de Mourjou. Logique aussi!
Elégants, tous en pantalon noir et chemise blanche, chantant et dansant en file,.  » Et c’est la même interpellation prononcée d’une voix claire et nette:  » Madame la société… », suivie de ces quelques phrases: « Il vous arrive souvent dans votre vie d’aller dans un magasin acheter une chemise ou un pantalon, et vous l’essayez; alors pourquoi ne pas essayer aussi de visiter la maison où vous allez passer toute votre vie. Parce que vous avez peur de la mort! Alors, nous allons vous ôter cette peur. Il suffit de passer deux ou trois minutes ce conserve avec la mort ».
 Et ils choisissent (?) dans le public une belle jeune femme visiblement consentante. » Madame, nous avons quelques questions à vous poser. Nom, prénom, date de naissance:? La réponse claque aussitôt: « Roth Céline , je suis née le le 6 juin 1978 .  » Madame fume,  demande l’une des comédiennes ». – 0ui!  Alors espérance de vie : moins cinq ans. Elle boit un peu seulement: + cinq ans. Pas mariée? Alors + 5 ans , le mariage étant un enfer. Va bientôt devenir infirmière: alors + 20 ans.
Après encore quelques autres questions du même tonneau et un décompte surréaliste, la sentence tombe. Espérance de vie: 85 ans. Donc, vous êtes morte le 23 mars 2012. » Belle journée pour mourir « , lui réplique la future infirmière que l’on photographie au Polaroïd  puis que l’on maquille de poudre blanche avec un peu de fard rouge sur les pommettes. On la  prie ensuite de s’allonger dans le cercueil  que l’on referme aussitôt. Scènes de transe,de  chants et danses autour du cercueil. Un des acteurs brandit un papier où est inscrit  l’ordre: Pleurez! 

-Madame, comment trouvez-vous la mort? -Pas mal, répond la jeune femme dont on entend la voix assourdie. L’un des acteurs annonce qu’il va procéder à ce que l’on appelle en Haïti à une « ressuscitation ». Et ils ouvrent le cercueil avec précaution. la jeune femme est là assise. Ils lui donnent un certificat  de décès à son nom avec photo.  Et ils emportent le cercueil avec sa voyageuse d’outre-tombe pour  une ultime promenade dans la prairie, toujours en chantant et en dansant. La cloche de l’église  sonne, ou du moins avons-nous cru l’entendre… Et la nuit tombe. Les quelque deux cent spectateurs s’en vont visiblement très heureux.
  Aucun artifice technique, aucune esbrouffe, aucun cri inutile, aucun cabotinage mais une grande sobriété dans le jeu et une superbe efficacité.Trente et une minutes d’un  théâtre de rue  aux mains nues qui passent à toute vitesse, et comme on aimerait en voir plus souvent. Il est quand même plus de 21 heures, et c’est le troisième spectacle que les acteurs enchaînent! Chapeau!
La mise en scène d’Hervée de Lafond et de Jacques Livchine fonctionne parfaitement, et les acteurs haïtiens se sont coulés sans difficulté dans le moule déjà formaté du spectacle mais sans doute en y apportant une sensibilité particulière, pleine d’humour et de distance dans un cadre champêtre vraiment idéal. Intuition bien vue! Et les deux metteurs en scène sont contents et ont raison de l’être. Un dîner attend les comédiens à la petite auberge du village… 

 Que demande le peuple? 

Philippe du Vignal

Festival d’Aurillac du 22 au 25 août à 18 heures Place de la Mairie.  Spectacle gratuit. 
Conseil de critique habitué depuis les débuts du festival: Il fait encore très chaud, et il y a toujours beaucoup de monde au festival d’Aurillac,  donc venez une heure  avant au minimum: la place va être envahie!!!!

* Un DVD réalisé par Olivier Stéphan consacré à la vie du Théâtre de l’Unité depuis 40 ans vient d’être édité aux éditions des Des jours meilleurs.

Le 27 ème Festival d’Aurillac

Le 27 ème Festival d’Aurillac, édition 2012.

Le plus important des festivals français après Avignon commence le 22 et finira le 25 août avec des dizaines de spectacles et  des  milliers de spectateurs. Après les Préalables dans les villages d’alentour: Cayrols, Leucamp, Maurs, Mourjou, (voir Le Théâtre du Blog,), Mais aussi Pleaux, Saint-jacques des Blats, etc… et la ville de Saint)-Flour, le programme se déroulera donc à Aurillac sur quatre jours avec, des rendez-vous professionnels,  une exposition au Musée d’art et d’archéologie  Dans ma rue, Images libres de Vincent Muteau,qui a capté des images de théâtre de rue depuis une  quinzaine d’années, notamment avec Clowns sans frontières,  et surtout de très nombreux spectacles. Nous serons deux du Théâtre du Blog , Edith Rappoport et moi-même, à couvrir l’événement qui, rappelle Jean-Marie Songy, le directeur du festival a un coût! Mais, dit-il, à Aurillac, l’argent ne dort pas, ses moindres afflux circulent, fructifient au mieux . (…) La ville est cet espace mental, physique, affectif et symbolique que nous devons continuer à défricher. »

Le 27 ème Festival d'Aurillac 201205264fc02566c743b-0-393705

Annibal et ses éléphants

Il y a beaucoup de compagnies que nous avons déjà vues ailleurs, à Paris ou dans d’autres festivals, et d’autres moins connues du grand public… Que vous conseiller? D’abord Le Film du dimanche soir de la compagnie Annibal et ses éléphants (voir le Théâtre du Blog). un peu trop long sans doute mais c’est un hommage intelligent au western avec un mélange de  cinéma projeté et de vrai théâtre souvent des plus réjouissants.

Et le célèbre Royal de luxe, avec Rue de la Chute qui n’a pas du tout  fait un tabac à Paris (et c’est un euphémisme!) et que notre consœur, Brigitte Rémer n’a pas du tout aimé. C’est aussi une histoire de western.. Donc à suivre. Il y a Le Cercueil par le Théâtre de l’unité avec huit comédiens haïtiens que nous vous recommandons (voir Le Théâtre du Blog).

De son côté, Edith Rappoport vous conseille Figures libres du KomplexKapaharnaüM, qui, comme son titre l’indique, n’a pas vraiment de sujet. Une série de portraits sans paroles, de vieilles photos des années trente, parfois émouvantes, on pense à la montée du nazisme mais on ne voit ni violence, ni soldats, sont projetées sur de très hauts immeubles, sur des paroles indistinctes. Dénominateur commun est le corps: celui de la foule, capté en direct et retransmis en léger différé, celui d’individus enregistrés au fil des rencontres.

Et Les Souffleurs, commandos poétiques avec Pleine forêt sensible ( voir Le Théâtre du Blog).  » D’abord déconcertés dit Edith, Figures libres comme son titre l’indique, n’a pas vraiment de sujet. Une série de portraits sans paroles, de vieilles photos des années trente, parfois émouvantes, on pense à la montée du nazisme mais on ne voit ni violence, ni soldats, sont projetées sur de très hauts immeubles, sur des paroles indistinctes ». Edith vous conseille aussi, dans le off, la mise  en scène de sa propre mort par Marie-Do Fréval, dont l’écriture de haut niveau et l’interprétation sont de Nadège Prugnard.

Nous vous recommandons  aussi, Le Parlement de Joris Lacoste, solo composé à partir du corpus de l’Encyclopédie de la Parole, un collectif de poètes, d’acteurs, d’artistes plasticiens, de dramaturges…,  avec des textes aussi divers  qu’une plaidoirie, un message de répondeur,, un discours politique, une déclamation poétique, une publicité, etc..;  du côté des compagnies étrangères que Jean-Marie Songy a toujours accueillies avec générosité, la compagnie belge de Glavin Glover avec  Flogging a dead horse, un spectacle de marionnettes tout à fait étonnant. De Belgique aussi, le Lod Music Thatre avec Muur, une installation qui associe un texte de Pïeter de Buysser et une partition sonore de Dominique Pauwels.

Amusez-vous bien; ne mangez pas trop de saucisses et d’aligot vendu un peu partout mais maintenant fait… avec de la purée en poudre!!!!) en principe, la météo est plutôt favorable, du moins jusqu’à jeudi où il y aurait quelques pluies mais le Festival en a vu d’autres!

Philippe du Vignal

Festival d’Aurillac. Informations: 04-71-43-43-70. Billetterie: accueil du festival. Office de tourisme: 04-71 48 64 21

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