PARLEMENT

PARLEMENT parlement-300x198Parlement par le collectif L’Encyclopédie de la Parole. Mise en scène  de Joris Lacoste.

Joris Lacoste avait initié ce spectacle en 2007, il pratique aussi des performances sous hypnose, et réalise des installations ainsi que des émissions radiophoniques depuis 2004.
Emmanuelle Lafon, grande et belle actrice blonde, pantalon blanc, pull vert et hauts talons, pénètre sur le plateau nu du théâtre, se plante devant un lutrin et commence à débiter sur un ton rapide une série de phrases sans rapport les unes avec les autres, du bulletin de la météo marine au message du répondeur téléphonique, en passant par la cote de popularité de Hollande et des phrases mâchées dans un excellent anglais. “Fuck down ! (…) Jouer avec les mots est un passe temps fort agréable et à la portée de tout le monde “.
Ce fatras linguistique, sans queue ni tête,va d’un  bref morceau d’un discours politique de Ségolène Royal  puis à des suites d’onomatopées, des phrases bégaïées dans la lignée de l’excellent Pierre Repp dans les années 50,  jusqu’à un court  extrait de La Chèvre de Monsieur Seguin de Daudet. Mais on ne décroche pas un instant  grâce à l’étonnante présence d’Emmanuelle Lafo. Joris Lacoste , assis dans la salle, reprend  avec elle quelques unes de ses paroles à la fin du spectacle…

Edith Rappoport

Festival d’Aurillac Théâtre d’Aurillac www.encyclopédiedelaparole.org


Archive pour août, 2012

Pleine forêt sensible

Pleine forêt sensible par Les Souffleurs, commandos poétiques. Conception artistique d’Olivier Comte.

 Pleine forêt sensible souffleurLes Souffleurs sont maintenant bien connus; c’est un collectif d’artistes, comme on dit maintenant qui regroupe depuis 2001 un peu partout en France et à l’étranger, en langue originale, des acteurs,  danseurs,  écrivains, cinéastes, plasticiens, réunis autour d’un concept : « une tentative de ralentissement du monde ». Habillés de noir, toujours silencieux, ils chuchotent seulement à l’oreille des passants,  des phrases poétiques ou philosophiques.
Après une longue attente, le temps de faire réparer une panne de l’indispensable groupe électrogène, trois  cars nous emmènent  dans une forêt près de Roanne Sainte-Marie, à une vingtaine de minutes d’Aurillac. » L’imaginaire occidental, dit Olivier Comte, place la forêt au centre de sa culture en décidant d’en faire la frontière poreuse entre civilisation et nature, raison et pensée magique, vice et vertu, entre intérieur et extérieur. C’est une promenade hypnotique dans l’incessant va-et-vient de nos pensées ».
  On avait demandé aux quelque cent vingt spectateurs de garder le silence pendant le trajet et de mettre des tampons dans les oreilles pour se préparer à cette réception poétique. Mais, déception, le bruit ronronnant du groupe électrogène nous accueille sans ménagement à l’orée du bois… Nous suivons ensuite un parcours d’une centaine de mètres, balisé par de très minces guirlandes de douce lumière bleutée  posée à terre avant d’arriver dans une assez vaste clairière.
Apparition onirique: une quinzaine de « souffleurs », hommes et femmes, juchés à deux mètres sur des sortes de sculptures noires au pied des arbres et munis de longs et minces tuyaux dotés chacun de raies lumineuses du même bleu que les guirlandes de balisage. Les souffleurs chuchotent quelques phrases poétiques à qui veut bien se saisir du bout leurs longs tuyaux. Ce sont des phrases extraites des Nouveaux exercices et d’Au Secret de Franck André Jame, spécialiste des arts bruts, tantriques et tribaux de l’Inde contemporaine, et qui a publié depuis 1981 douze livres de poèmes et de fragments, ainsi que de nombreux tirages illustrés. Même si son œuvre a reçu en 2005 le grand prix de Poésie de la société des gens de lettres, la vérité oblige à dire que nous nous n’y avons pas du tout été sensibles.

 D’autant plus qu’une musique électro-accoustique (sic) de Nicolas Losson, avec des voix, des souffles,etc.., musique souvent planante ou bien restituant des chants d’oiseaux ou des vacarmes d’orage,  est des plus envahissantes et empêche de se plonger dans le mystère de cette belle forêt et de ses  étranges personnages qui, plusieurs fois, apparaissent torse nu et avec une tête de loup (en polyester et pas très réussie!).
Un homme en costume de chasseur avec un grand chapeau et le fusil en bandoulière passe entre les spectateurs et délivre, lui aussi, un message poétique. De beaux effets lumineux, sans couleurs, et d’une certaine poésie de Jaco Biderman et Bruno Austin donnent une touche poétique à cette Pleine Forêt sensible. Avec parfois un silence total et une obscurité presque complète que l’on apprécie.

Heureusement,  aucune narration, aucune explication: il suffit de bien vouloir se laisser emmener, si l’on y arrive, ce qui n’est pas évident, dans le grand rêve conçu par Olivier Comte, malgré la bêtise de certains spectateurs assez bof pour imposer aux autres la lumière de leurs appareils photo.
  Mais, de toute façon, le compte n’y est pas tout à fait: malgré de belles images- parfois un peu faciles-cette promenade poétique gagnerait à être revue et corrigée: trop d’effets répétitifs, trop de sons, des extraits de texte quand même pas très passionnants, et un spectacle qui n’en finit pas de finir. On se dit à la fin que cette promenade poétique en forêt aurait aussi beaucoup gagné à être dite sans aucune lumière électrique et sans univers sonore invasif.
Le dénuement, la pauvreté sont aussi de grandes valeurs théâtrales ( sans remonter au déluge voir Grotowski, etc..) qui peuvent servir au mieux la poésie, quand elle possède une vraie qualité, comme on l’a vu dimanche dernier à Mourjou, avec la Brigade d’intervention poétique haïtienne ( voir Le Théâtre du Blog).

 Sur la piste du retour, il y avait un très beau concert d’oiseaux de nuit mais, trop tard, le car nous attendait. En tout cas, stop à tout ce  bordel technologique comme celui du groupe électrogène qui crache ses saloperies de  gaz d’échappement dans les bois de la Châtaignerie  deux heures durant et  dont entend le lointain ronronnement pendant le spectacle et qui, en plus, se permet de tomber en panne! Toute une électricité dépensée pour quelques effets lumineux réussis et une bande-son pas très convaincante!
Poésie peut rimer avec écologie… et  » le ralentissement du monde » que revendiquent Les Souffleurs qui feraient donc bien d’y réfléchir à deux fois… Autant être cohérent quand on fait des spectacle!  Du Vignal, vous êtres un sacré emmerdeur! Eh! Bien, oui! Je persiste et je signe…

 Et, ce n’est pas pour dire, mais disons-le quand même: il nous souvient de ce très bel Oncle Vania monté par le Théâtre de l’Unité joué dans un champ à la lumière naturelle et qui se finissait juste quand la nuit tombait. Et L’Unité s’apprête à monter Macbeth dans la forêt vosgienne, justement sans éclairage électrique…
 Alors à voir? Oui, peut-être si vous ne connaissez pas Les Souffleurs mais vous risquez fort d’être déçu. Au moins, on vous aura prévenu!

Philippe du Vignal

Festival d’Aurillac jusqu’au 25 août.

Fay Lecoq

Fay Lecoq directrice de l’école internationale de Théâtre Jacques Lecoq nous a quitté

Fay Lecoq  Fay-LECOQ_Photo-Richard-LECOQFay Lecoq née à Glasgow est décédée le 7 août à 76 ans, elle a rencontré Jacques Lecoq en 1957, juste après que celui-ci un an auparavant ne fonde son école. Administratrice puis directrice de l’École, elle accompagne le pédagogue dans ses conférences à l’étranger et lui sert d’interprète. Elle trouve en 1976 le lieu actuel de l’école, 57 rue du faubourg Saint-Denis, un ancien temple de la boxe. Fay Lecoq a crée de nombreux liens avec les anciens élèves, un certain nombre se sont retrouvés au dernier festival d’Avignon. Fay était présente en ce début de festival et ainsi que l’esprit de Jaques Lecoq qualifié de «  gourou caché » du festival par Télérama. Les anciens élèves présents, Simon McBurbey, Christophe Marthaler, William Kentridge et Paddy Hayter du Foostbarn Theater l’ont ainsi rencontrée une dernière fois. L’école poursuit son parcours dans la même ferveur avec Pascale Lecoq, fille de Fay et de Jacques, avec l’aide de ses frères afin de pérenniser la mémoire du maître et de son travail.

Jean Couturier

www.ecole-jacqueslecoq.com/

La Tentation d’Ève

La Tentation d’Ève par la compagnie A la belle étoile.

La Tentation d’Ève TE-2012-22-Diable-recadLe pire est souvent féminin et le meilleur, a fortiori, masculin. Alors, entrons dans la danse, portés par Ève, succombant aux tentatives de séduction du Diable, archétype, s’il en est. Cela se passe dans un village de mille deux cents âmes, Saint-Maurice-la-Clouère, situé à une trentaine de kilomètres au Sud de Poitiers, recélant un riche patrimoine roman classé au titre des monuments historiques : une église au plan tréflé, unique en Poitou, dont le clocher ressemble à un donjon, une ancienne léproserie, devenue exploitation agricole, rachetée par la mairie il y a quelques années et  transformée en lieu culturel, avec bibliothèque et salle d’exposition, l’espace Allard.
Une grille d’époque, superbe travail en ferronnerie, cerne cet espace, qui est le point d’entrée pour le public.
C’est là que travaille toute l’année, en résidence, la Compagnie A la belle étoile, spécialisée dans l’art de la marionnette (Eric Cornette, artiste associé) et c’est dans cette magnifique cour intérieure, qu’est présentée La Tentation d’Ève, poème en dialogue issu du Jeu d’Adam. On est au XIIème siècle, et  ce drame semi-liturgique, comme il sied à l’époque, comprend trois espaces, comme à la marelle : le Paradis, l’Enfer et la Terre, que l’on retrouve ici dans la scénographie, une étroite et longue plate-forme en diagonale, recouverte d’un tapis de danse noir. Eve en effet, dans le parti-pris de mise en scène, danseuse de blanc vêtue (Delphine Pluvinage), glisse jusqu’aux enfers, sur pointes, aussi élégamment que la barque solaire des Egyptiens traverse le royaume des morts.
Le spectacle commence par l’accueil du public : deux comédiens, sorte de pénitents blancs, guident les spectateurs jusqu’à leurs places, réparties de chaque côté de la plate-forme. Ils ont suivi une route balisée de bougies. Une longue introduction musicale accompagne le rituel : Jean-Philippe Rameau, avec Orage, suite d’orchestre issue de Platée qui donne le ton, puis Sento in seno, extrait de Tieteberga d’Antonio Vivaldi, chanté par le contre-ténor Philippe Jaroussky. Plus loin, La huitième Symphonie de Chostakovitch accentue la cadence.
Nos deux pénitents blancs, mi-dieux mi-diables, sont acteurs et marionnettistes (Eric Cornette et Emmanuel Gaydon). Le premier incarne la voix du Diable. On les dirait tous deux descendus des chapiteaux romans. On pénètre dans un espace sacré, un voile rouge et noir délimite la scène, qui se métamorphose ensuite en robe du Diable, puis devient castelet.
Ève, comme une apparition de cygne blanc, portée par les pénitents, puis comme novice plaquée au sol prononçant ses voeux, est démontée comme une poupée : on lui retire chaussons de danse, barrette, on libère ses cheveux, la chargeant d’un pouvoir magique, qui inverse les rôles et la transforme en tentatrice, au cours d’une danse érotique où elle séduit le Diable. Symbolisée par une marionnette-figurine de grandeur nature, la figure du Diable est conçue selon la technique du bunraku japonais.
Comme les maîtres manipulateurs, les deux comédiens accompagnent le personnage en une gestuelle relevant d’un long entraînement. Dans la technique japonaise, les manipulateurs sont trois pour chaque marionnette, selon une hiérarchie réglée en fonction de leur degré de connaissance : le plus expérimenté, le maître, manipule la tête et le bras droit, le premier assistant, le bras gauche et le second assistant anime les pieds. Le va-et-vient désynchronisé du Diable-marionnette est ici visuel et donne des clés, en référence à l’histoire.
C’est ce qu’a voulu le concepteur du projet, metteur en scène et créateur des lumières, Christian Rémer, spécialiste dans l’art de la manipulation, qui n’en est pas à son coup d’essai avec la Compagnie. Au fil des métamorphoses du Diable et du tragi-comique de sa conversation avec Ève, les acteurs manipulateurs s’effacent jusqu’à disparaitre et nous laissent au bord du vide. Reste la rougeur de l’enfer qui s’embrase sous une voûte de la cour intérieure. L’exercice relève de la prestidigitation, par la virtuosité de la manipulation et le rythme donné au spectacle, au fil des apparitions et des disparitions. Michel Pratt, compositeur, est chargé de la création sonore, musiques mixées et musiques originales, et soutient la cadence du jeu.
Le public répond présent aux Nuits Romanes, qui existent depuis de nombreuses années et font vivre le patrimoine local. Michel Pain, le Maire de Saint-Maurice-la-Clouère et son premier adjoint chargé de la culture, Jean-Claude Heurtebise, s’y investissent personnellement ainsi que l’équipe municipale, appuyée de bénévoles. Familles et mélange des générations y sont fortement représentés. Un soir de représentation, dans la ville, la circulation est stoppée, et l’éclairage public coupé. Tous s’acheminent vers les lieux de spectacle.
Deux représentations dans la même soirée, permettent à des groupes distincts de spectateurs de se croiser et de tourner, dans les différents lieux de Saint-Maurice-la Clouère : à 21h30 débute dans l’Espace Allard, La Tentation d’Ève, tandis que l’église propose un concert polyphonique, en acoustique. Puis les publics se croisent et débute une seconde représentation, à 22h15. Tous les spectateurs se regroupent ensuite, vers 23 h, devant les mises en lumière et vidéos-projections proposées par la Compagnie Dehors-Dedans, suivies d’un buffet  offert par la Ville.
La Compagnie A la belle étoile avait déjà présenté un spectacle, lors de l’édition 2008 des Nuits Romanes : Monstres et Merveilles, qui marqua le début d’un véritable dialogue avec la ville de Saint-Maurice-la Clouère et la proposition du Maire d’y travailler en résidence. En 2009, elle a présenté Les trois Jumeaux du Val d’Enfer de Jacques Prévert, qui tourne depuis dans la région, puis en 2010, Escurial, de Michel de Ghelderode. Aujourd’hui, cette Tentation d’Ève nous tient en haleine, dans le cadre des Nuits Romanes portées par la Présidente de la Région Poitou-Charente, Ségolène Royal, pendant la période estivale, et qui permet de présenter, dans de nombreuses villes et villages des quatre départements (Charente, Charente Maritime, Vienne et Deux-Sèvres) cent-cinquante spectacles, en y conviant gracieusement le public : « Céleste essence. A ton beau corps, à ta figure conviendrait bien cette aventure que tu fusses reine du monde, du ciel et des terres profondes. Que tu connusses l’avenir pour dominer tout l’univers » dit le Diable, conversant avec Ève…

Brigitte Rémer

Espace Allard,Saint-Maurice-la Clouère (Vienne), vendredi 17 août, 21h30 et 22h15, dans le cadre des Nuits Romanes en Poitou-Charentes (du 30 juin au 1er septembre).

Le cercueil

Le Cercueil, mis en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine.

Le cercueil L1031159Toujours dans le cadre des Préalables et toujours à Mourjou superbe village cantalien  c’était dimanche dernier, Le Cercueil, petite pièce que le Théâtre de l’Unité a beaucoup jouée en France. Mais cette fois, c’est  à la mode haïtienne avec les comédiens du spectacle précédent,dans une belle prairie voisine, un peu en creux avec le public en rond. Un Cercueil qui rappelle furieusement la cérémonie vaudou du bout de l’an béninois-logique-quand les hommes de la famille  portent dans la ville un cercueil. Même cérémonie, et tout près du  cimetière de Mourjou. Logique aussi!
Elégants, tous en pantalon noir et chemise blanche, chantant et dansant en file,.  » Et c’est la même interpellation prononcée d’une voix claire et nette:  » Madame la société… », suivie de ces quelques phrases: « Il vous arrive souvent dans votre vie d’aller dans un magasin acheter une chemise ou un pantalon, et vous l’essayez; alors pourquoi ne pas essayer aussi de visiter la maison où vous allez passer toute votre vie. Parce que vous avez peur de la mort! Alors, nous allons vous ôter cette peur. Il suffit de passer deux ou trois minutes ce conserve avec la mort ».
 Et ils choisissent (?) dans le public une belle jeune femme visiblement consentante. » Madame, nous avons quelques questions à vous poser. Nom, prénom, date de naissance:? La réponse claque aussitôt: « Roth Céline , je suis née le le 6 juin 1978 .  » Madame fume,  demande l’une des comédiennes ». – 0ui!  Alors espérance de vie : moins cinq ans. Elle boit un peu seulement: + cinq ans. Pas mariée? Alors + 5 ans , le mariage étant un enfer. Va bientôt devenir infirmière: alors + 20 ans.
Après encore quelques autres questions du même tonneau et un décompte surréaliste, la sentence tombe. Espérance de vie: 85 ans. Donc, vous êtes morte le 23 mars 2012. » Belle journée pour mourir « , lui réplique la future infirmière que l’on photographie au Polaroïd  puis que l’on maquille de poudre blanche avec un peu de fard rouge sur les pommettes. On la  prie ensuite de s’allonger dans le cercueil  que l’on referme aussitôt. Scènes de transe,de  chants et danses autour du cercueil. Un des acteurs brandit un papier où est inscrit  l’ordre: Pleurez! 

-Madame, comment trouvez-vous la mort? -Pas mal, répond la jeune femme dont on entend la voix assourdie. L’un des acteurs annonce qu’il va procéder à ce que l’on appelle en Haïti à une « ressuscitation ». Et ils ouvrent le cercueil avec précaution. la jeune femme est là assise. Ils lui donnent un certificat  de décès à son nom avec photo.  Et ils emportent le cercueil avec sa voyageuse d’outre-tombe pour  une ultime promenade dans la prairie, toujours en chantant et en dansant. La cloche de l’église  sonne, ou du moins avons-nous cru l’entendre… Et la nuit tombe. Les quelque deux cent spectateurs s’en vont visiblement très heureux.
  Aucun artifice technique, aucune esbrouffe, aucun cri inutile, aucun cabotinage mais une grande sobriété dans le jeu et une superbe efficacité.Trente et une minutes d’un  théâtre de rue  aux mains nues qui passent à toute vitesse, et comme on aimerait en voir plus souvent. Il est quand même plus de 21 heures, et c’est le troisième spectacle que les acteurs enchaînent! Chapeau!
La mise en scène d’Hervée de Lafond et de Jacques Livchine fonctionne parfaitement, et les acteurs haïtiens se sont coulés sans difficulté dans le moule déjà formaté du spectacle mais sans doute en y apportant une sensibilité particulière, pleine d’humour et de distance dans un cadre champêtre vraiment idéal. Intuition bien vue! Et les deux metteurs en scène sont contents et ont raison de l’être. Un dîner attend les comédiens à la petite auberge du village… 

 Que demande le peuple? 

Philippe du Vignal

Festival d’Aurillac du 22 au 25 août à 18 heures Place de la Mairie.  Spectacle gratuit. 
Conseil de critique habitué depuis les débuts du festival: Il fait encore très chaud, et il y a toujours beaucoup de monde au festival d’Aurillac,  donc venez une heure  avant au minimum: la place va être envahie!!!!

* Un DVD réalisé par Olivier Stéphan consacré à la vie du Théâtre de l’Unité depuis 40 ans vient d’être édité aux éditions des Des jours meilleurs.

Le 27 ème Festival d’Aurillac

Le 27 ème Festival d’Aurillac, édition 2012.

Le plus important des festivals français après Avignon commence le 22 et finira le 25 août avec des dizaines de spectacles et  des  milliers de spectateurs. Après les Préalables dans les villages d’alentour: Cayrols, Leucamp, Maurs, Mourjou, (voir Le Théâtre du Blog,), Mais aussi Pleaux, Saint-jacques des Blats, etc… et la ville de Saint)-Flour, le programme se déroulera donc à Aurillac sur quatre jours avec, des rendez-vous professionnels,  une exposition au Musée d’art et d’archéologie  Dans ma rue, Images libres de Vincent Muteau,qui a capté des images de théâtre de rue depuis une  quinzaine d’années, notamment avec Clowns sans frontières,  et surtout de très nombreux spectacles. Nous serons deux du Théâtre du Blog , Edith Rappoport et moi-même, à couvrir l’événement qui, rappelle Jean-Marie Songy, le directeur du festival a un coût! Mais, dit-il, à Aurillac, l’argent ne dort pas, ses moindres afflux circulent, fructifient au mieux . (…) La ville est cet espace mental, physique, affectif et symbolique que nous devons continuer à défricher. »

Le 27 ème Festival d'Aurillac 201205264fc02566c743b-0-393705

Annibal et ses éléphants

Il y a beaucoup de compagnies que nous avons déjà vues ailleurs, à Paris ou dans d’autres festivals, et d’autres moins connues du grand public… Que vous conseiller? D’abord Le Film du dimanche soir de la compagnie Annibal et ses éléphants (voir le Théâtre du Blog). un peu trop long sans doute mais c’est un hommage intelligent au western avec un mélange de  cinéma projeté et de vrai théâtre souvent des plus réjouissants.

Et le célèbre Royal de luxe, avec Rue de la Chute qui n’a pas du tout  fait un tabac à Paris (et c’est un euphémisme!) et que notre consœur, Brigitte Rémer n’a pas du tout aimé. C’est aussi une histoire de western.. Donc à suivre. Il y a Le Cercueil par le Théâtre de l’unité avec huit comédiens haïtiens que nous vous recommandons (voir Le Théâtre du Blog).

De son côté, Edith Rappoport vous conseille Figures libres du KomplexKapaharnaüM, qui, comme son titre l’indique, n’a pas vraiment de sujet. Une série de portraits sans paroles, de vieilles photos des années trente, parfois émouvantes, on pense à la montée du nazisme mais on ne voit ni violence, ni soldats, sont projetées sur de très hauts immeubles, sur des paroles indistinctes. Dénominateur commun est le corps: celui de la foule, capté en direct et retransmis en léger différé, celui d’individus enregistrés au fil des rencontres.

Et Les Souffleurs, commandos poétiques avec Pleine forêt sensible ( voir Le Théâtre du Blog).  » D’abord déconcertés dit Edith, Figures libres comme son titre l’indique, n’a pas vraiment de sujet. Une série de portraits sans paroles, de vieilles photos des années trente, parfois émouvantes, on pense à la montée du nazisme mais on ne voit ni violence, ni soldats, sont projetées sur de très hauts immeubles, sur des paroles indistinctes ». Edith vous conseille aussi, dans le off, la mise  en scène de sa propre mort par Marie-Do Fréval, dont l’écriture de haut niveau et l’interprétation sont de Nadège Prugnard.

Nous vous recommandons  aussi, Le Parlement de Joris Lacoste, solo composé à partir du corpus de l’Encyclopédie de la Parole, un collectif de poètes, d’acteurs, d’artistes plasticiens, de dramaturges…,  avec des textes aussi divers  qu’une plaidoirie, un message de répondeur,, un discours politique, une déclamation poétique, une publicité, etc..;  du côté des compagnies étrangères que Jean-Marie Songy a toujours accueillies avec générosité, la compagnie belge de Glavin Glover avec  Flogging a dead horse, un spectacle de marionnettes tout à fait étonnant. De Belgique aussi, le Lod Music Thatre avec Muur, une installation qui associe un texte de Pïeter de Buysser et une partition sonore de Dominique Pauwels.

Amusez-vous bien; ne mangez pas trop de saucisses et d’aligot vendu un peu partout mais maintenant fait… avec de la purée en poudre!!!!) en principe, la météo est plutôt favorable, du moins jusqu’à jeudi où il y aurait quelques pluies mais le Festival en a vu d’autres!

Philippe du Vignal

Festival d’Aurillac. Informations: 04-71-43-43-70. Billetterie: accueil du festival. Office de tourisme: 04-71 48 64 21

Le Tchaka et La Brigade d’Intervention Poétique Haïtienne

Le Tchaka et La Brigade d’Intervention Poétique Haïtienne, mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine.

Le Tchaka et La Brigade d'Intervention Poétique Haïtienne P1000641-300x168Cela se passe dans le cadre des Préalables du festival d’Aurillac. C’est à dire de petites formes jouées dehors dans des villages du Cantal Nord et Sud. Hier donc, c’était à Mourjou, commune de 327 habitants… pour un territoire de 30 kms, 2 , doté de magnifiques maisons anciennes à toits de lauzes, d’un petit musée de la châtaigne et de deux châteaux: celui de Jalenques, et celui de Berbezou, avec une tour/donjon carrée du 15 ème siècle où, il y a bien longtemps, nous dormîmes quelques nuits dans des draps de chanvre tissés main. Ce genre de choses qui ne s’oublie pas…
  Après le séisme qui avait tout  anéanti  ou presque de Port-au-Prince, la capitale, des artistes avaient  appelé le Théâtre de l’Unité : «Tous nos théâtres sont détruits, nous voulons apprendre le théâtre de rue ! ». Hervée de Lafond et Jacques Livchine, toujours disponibles,  avaient en magasin La Brigade d’intervention théâtrale avec pour devise : rater mieux. Et ils ont réussi à aller là-bas… Puis, à accueillir les huit comédiens à Audincourt puis à les faire venir à Aurillac! La foi théâtrale soulève les montagnes vosgiennes et auvergnates!
 Cette forme de spectacle, revendiqué comme un théâtre de rue à mains nues,  doit pouvoir fonctionner sans décor, ni accessoires-cela tombait bien!- et être capable de coller à n’importe quel événement. Elle semblait faite pour seconder l’émergence de nouveaux récits théâtraux en Haïti, où le spectacle n’était évidemment pas la priorité après le séisme. Le Théâtre de l’Unité  avait aussi un spectacle de rue, Le Cercueil, petite pièce de trente minutes, déjà souvent jouée en France et en Europe. Ils ont tout de suite proposé  les rois pièces d’une demi-heure chacune à Jean-Marie Songy, le directeur du Festival d’Aurillac, qui a généreusement accepté de les recevoir sans connaître cette équipe de comédiens. Mais Le Théâtre de l’Unité était sans doute pour lui un sérieuse garantie…
 Donc à  Mourjou, village de cette formidable région qu’est la Châtaigneraie, les deux compères ont installé le spectacle sur un petite prairie avec quelque deux cent spectateurs en cercle assis sur des bancs. Un peu plus loin, une vingtaine de  brunes des Alpes prenaient leur repas du soir… La cloche de l’église sonne calmement. Pas  de scène, pas de projecteurs, pas de sono. On est comme un siècle en arrière et il y a comme une sorte d’état de grâce en cette fin de journée dominicale.
Tout le monde voudrait bien être à l’ombre donc ce n’est pas trop commode de faire un cercle. Livchine,  habillé d’un short long et d’un T-shirt orné de la tête d’Einstein,  introduit le spectacle mais est visiblement fatigué. Hervée de Lafond, elle est assise et filme le spectacle. Un peu en retard, les huit jeunes comédiens-quatre filles et quatre garçons- pantalon et gilet noirs, arrivent en dansant et  en chantant. »Madame la société, commence un acteur, puis  il explique ce qu’est le Tchaka, plat très populaire en Haïti, mélange savoureux de maïs, de légumes et d’un peu de viande.
Puis commence alors une sorte de mélange d’impressions fugaces  de constats doux amers, avec de courts dialogues sur Haïti et la France:  » J’ai envie de voir la neige » , « J’ai acheté La Fleur à la bouche de Pirandello chez Emmaüs », etc…  et des sketches sur la corruption, notamment sexuelle, qui sévit la-bas.

 Le jeu est précis, direct,  et les comédiens,  qui ont déjà joué le spectacle le matin, gardent quand même une belle énergie, malgré la chaleur accablante, et ont tous une excellente diction et une incroyable gestuelle. Enchaînant sketches, danses et chants. avec beaucoup de charme et d’intelligence scénique. Le public de gens en vacances, ( mais peu d’habitants malheureusement) , apprécie beaucoup…
 C’est vraiment émouvant d’entendre cette langue française impeccablement dite, alors que ceux qui en ont la charge dans notre pays-acteurs comme politiques,suivez mon regard-la sabotent sans scrupule, à coup de négligences et d’anglicismes de pacotille. Mais il y a du flou dans la direction d’acteurs qui, parfois, semblent n’en faire qu’à leur tête…  Suit une sorte de récitation de poèmes par tirage au sort des spectateurs réjouis. On sait que la poésie est un des richesses populaires de ce pays si pauvre. Là aussi, quel professionnalisme, quelle sens épique!  Des poèmes d’Aimé Césaire, de Boris Vian, ou Antonin Artaud, etc… défilent, avant que plusieurs des comédiens ne disent à tour de rôle que l’argent récolté dans les villages de France  pour Haïti et viré aux ONG n’ aura pas servi à la reconstruction de leur pays…
 Et ils précisent avec humour, avant d’entamer un beau chant choral, que celui de la manche de ce soir ira directement au peuple haïtien! Mais le spectacle, qui a commencé avec retard, et qui accumule les fausses fins, s’est déjà quelque peu enlisé…  Trop long, beaucoup trop long pour un spectacle en plein air, malgré de grandes qualités d’interprétation. Et on sort de là, un peu cassé. Alors que tous les ingrédients étaient là pour deux bons petits spectacles. Dommage! Livchine l’a d’ailleurs reconnu  d’ailleurs. « Ce collage des deux pièces n’était pas une bonne idée »…
  Alors à voir? Oui, quand même, aux meilleurs moments, il y a quelque chose qui tient du miracle: les comédiens haïtiens ont une présence et une énergie qu’on ne voit pas souvent en France et à Aurillac où  les deux spectacles retrouveront leur autonomie. Donc à suivre…

Philippe du Vignal

Festival d’Aurillac.  Du 22 au 25 août. Attention! Deux horaires: Le Tchaka ou  (cela se décidera le jour même!) La Brigade d’Intervention Théâtrale Haïtienne, à côté du square  central, à 15 heures et à 18 heures.

 

L’étoffe de la modernité

L’Etoffe de la modernité : costumes du XXe siècle à l’Opéra de Paris

L’étoffe de la modernité IMG_6553Une fois de plus l’Opéra de Paris révèle son riche patrimoine au public qui peut ainsi découvrir, entre la galerie qui entoure le parterre et la bibliothèque-muséee un ensemble de costumes d’ un siècle de créations lyriques et chorégraphiques.

L’ exposition a pour but de rendre hommage aux différents artistes qui ont contribué à la renommée de l’institution et au travail des 153 salariés des ateliers de costumes avec de nombreuses photos. Sont aussi présentés masques, tiares, costumes, photos de chanteurs et de danseurs, programmes et dessins des costumes . Un règlement de 1805 et un arrêté de 1809 obligeait les costumiers à remettre leurs dessins au secrétaire général ou au chef-tailleur de l’Opéra, ce qui a créé, au fil du temps, un patrimoine exceptionnel.

Le dessin de chaque costume est répertorié pour chaque spectacle avec un échantillon de tissu attaché au dessin. Une petite partie de ces dessins et des costumes de l’Opéra a été transférée au Centre National du costume de Moulins (voir Le Théâtre du Blog du 7 décembre 2012). Le lien entre les différentes pièces exposées n’est pas évident à trouver, même si l’exposition est classée en quatre grandes parties chronologiques et thématiques.

Il est donc préférable de se laisser aller à la découverte de ces témoignages de la vie du plateau et des coulisses, qui nous transportent dans le passé. Avec, bien sûr, en hommage aux ballets russes qui ont révolutionné l’art de la scène chorégraphique (voir Le Théâtre du Blog 29 décembre 2009), les- costumes de Léon Bakst pour Istar, un ballet de Léo Staats de 1924. Très rares et donc protégés de la lumière artificielle par un tulle noir…

Nous découvrons aussi les créations de grands couturiers, avec entre autres, des dessins d’Yves Saint- Laurent pour Notre-Dame de Paris, un ballet de Roland Petit de 1965, ou des costumes et dessins de Christian Lacroix pour Les Anges ternis, (1987)un ballet de Karole Ermitage De grands peintres comme Fernand Léger, Marc Chagall, ou Giorgio De Chirico ont aussi collaboré à l’Opéra. Mais aussi Paul Colin, le grand graphiste, et des costumiers de théâtre et de cinéma comme Georges Wakhevitch ou Jean-Denis Malclès.

Jean Couturier

Opéra de Paris, Palais Garnier jusqu’au 30 septembre.

Catalogue de l’exposition: 20 €

 

Piotr Fomenko

Piotr Fomenko nous a quittés

Piotr Fomenko dans actualites Piotr-Fomenko-DRC’est dans un pays, la Russie qui a toujours porté aux cimes l’art du théâtre et quelque soit son régime politique que Piotr Fomenko vient de mourir à 80 ans. Il ne recevra plus les fleurs des spectateurs comme il est rituel de le vivre pour un comédien ou un metteur en scène au moment des saluts. Avec Annatoli Vassiliev et Lev Dodine et bien d’autres, il appartient au cercle des metteurs en scène majeurs du théâtre russe et du théâtre mondial. Ces maîtres reconnus  ont aussi tenu à transmettre leur patrimoine théâtral aux jeunes génération, et la France les a accueillis  depuis plusieurs décennies. Dès 1988, Anatoli Vassiliev a été invité au Festival d’Avignon, et il fait plusieurs sessions d’enseignement à l’ENSATT ,et donne encore des stages dans le monde entier. Lev Dodine, accueilli régulièrement à la MC93 de Bobigny, dirige et enseigne au théâtre Maly de Saint Petersbourg.
Piotr Fomenko, qui fut aussi un grand pédagogue,  avait été invité par Bernard Faivre d’Arcier  au festival d’Avignon 97. Bien qu’absent pour maladie,  il y avait présenté avec ses élèves quatre spectacles regroupés sous le titre  Atelier Fomenko. Cet ancien élève du GITIS (l’équivalent à Moscou pour la section théâtre, de notre Conservatoire National d’Art dramatique) y avait fondé  un atelier en 1993.
Fomenko, travailleur infatigable, avait créé  quelque soixante spectacles et travaillait, quand il est mort, à une mise en scène de Boris Godounov.  Dans les  années 60, Fomenko avait été en butte à la censure et La Mort de Tarelkine d’Alexandre Soukhovo-Kobyline, fut  interdite, et ensuite  Mystère-Bouffe de Maïakovski. Il était  allé faire des mises  en scène, puisqu’il n’en avait pas le choix  à Leningrad où il était quand même resté une dizaine d’années, à Moscou ou à Tbilissi, ou encore à Paris où  la Comédie française le reçut pour mettre en scène, avec notamment Denis Podalydès et Michel Vuillermoz, La Forêt d’Ostrovki, son auteur fétiche, qu’il avait souvent monté avec succès en Russie.
Aujourd’hui, lui rendent hommage de jeunes metteurs en scène russes comme Vladimir Pankov ou Dmitri Krymov qui, eux,  ne sont pas liés à des écoles de théâtre mais à des troupes, et qui se font déjà connaître au-delà des frontières russes. Yvan Vyrypaev, jeune auteur talentueux et metteur en scène, a écrit à propos de Piotr Fomenko: « Ce n’est pas seulement un metteur en scène, c’est tout un théâtre, toute une époque. En principe, tout notre théâtre contemporain est sorti de Fomenko « .

Jean Couturier

Sous ma peau, le manège du désir

Sous ma peau, le manège du désir,  de et par  Geneviève de Kermabon;

Edith Rappoport vous avait déjà dit tout le bien qu’elle pensait de ce spectacle, et de passage à Paris, après avoir tenu à le voir,  nous nous permettons d’en remettre un chouilla! Geneviève de Kermabon a écrit ce texte à partir d’entretiens réalisés sous le couvert de l’anonymat (Désirs, éditions du Panama)  et de fragments de récits de Grisélidis Réal, artiste, écrivain (Le Noir est une couleur),  et prostituée suisse, récemment disparue,  qui se revendiquait comme telle.
 Le ton est donné dès le début:  » Il n’y a rien de plus con que de tomber amoureuse, commence par déclarer Geneviève de Kermabon, sous le masque d’une vieille dame. Il est question du désir de l’autre, de la relation sexuelle acceptée ou non, gratuite ou tarifée, Charlotte  essaye de voir où est la vérité quand il s’agit de sexe, dans un couple et dans celui des autres. Elle se débat comme elle peut, et n’en finit pas de se métamorphoser devant nous. Geneviève de Kermabon passe en effet d’un masque à l’autre avec une grande virtuosité, et se souvient qu’elle a longtemps pratiqué l’acrobatie; elle  s’amuse à se balancer  sur des fils, tout en continuant son récit. Et la comédienne manie de  grandes poupées, homme ou femme avec une grande élégance et une technique gestuelle fabuleuse.
  En matière de sexe, il est impossible de tricher, donc  pas de fausse pudeur, pas de pudeur du tout non plus chez elle comme chez Catherine Millet,  sauf celle de son corps revêtu d’un collant (pas très réussi!). Geneviève de Kermabon se lance dans un questionnement intime auquel elle se soumet, elle comme les spectateurs qui deviennent vite ses complices. Les mots sont crus, violents, parfois amers mais parfois aussi d’une incroyable douceur : « Quand j’ai réalisé que j’avais plus de tendresse pour ce type que pour mon mari, j’ai pu rompre! Faire la pute pour comprendre que son couple est fichu, c’est quand même très enfantin ». dit-elle à la fin,  en s’enroulant dans du plastique noir pour en faire une mini-robe accrocheuse…
Elle se dissimule habilement derrière les quelques kilos de chiffon de la grande poupée/vieille dame aux grands yeux bleus, qui prend soudain  une  vérité fabuleuse quand elle se place derrière elle pour lui donner la parole. On n’est pas loin des fantastiques marionnettes japonaises du bunraku et des mannequins du génial Kantor qu’elle admire:  » Et le mannequin exalté ou maltraité, en dehors de sa réalité de créature scénique, être-objet fascinant, devient un véritable modèle pour l’acteur et son jeu ».  » Le concept de vie ne peut être réintroduit en art que par l’absence de vie au sens conventionnel ». Elle a aussi été influencée, dit-elle, et cela se voit, par les tableaux érotiques de Félicien Rops, ce peintre belge, surréaliste avant l’époque, puisqu’il est décédé en 1898…
 Le spectacle, à mi-chemin entre la peinture et l’expression théâtrale, vaut autant par les images  qu’elle sait créer, avec  ces masques aux grand yeux et ces objets insolites, que  par la parole qu’elle délivre, accompagnée par les belles musiques de Jean-Marie Sénia. Cela se passe dans la  petite salle du Paradis et  mérite d’être vu. D’autant qu’il n’y a pas des masses de spectacles  en août à Paris…
Voilà, c’est tout, et à bientôt pour le Festival d’Aurillac dont nous vous relaterons les moments les plus importants. Et même ceux du  dernier spectacle du Royal de luxe qui, en croire une des miennes consœurs et non des moindres, ne semble pas être dans une forme olympique, ce que nous confirme aussi l’une de nos lectrices! Cela arrive, même aux plus grands, donc à suivre…

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire à 19 heures.

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