Coma

Coma de Pierre Guyotat, lecture  par Patrice Chéreau, mise en scène Thierry Thieû Niang

 Coma xQJIAPKZ5We61P82kGSNfjl72eJkfbmt4t8yenImKBVaiQDB_Rd1H6kmuBWtceBJ« Ressentir le monde comme le sent l’acarien », « penser comme l’animal » voir « comme voient les animaux «  et faire sonner la langue par l’écriture comme « un bouvreuil chantant » pour exprimer le monde, l’animal humain, jusqu’à «  donner à voir la rotation de la terre »… L’incipit du spectacle annonce le projet démiurgique de l’écrivain Pierre Guyotat,  la dépression qui le génère et qui  l’accompagne , jusqu’au coma et ensuite sa  lente renaissance à la vie.
En 1981, Pierre Guyotat sombre en effet dans le coma après des mois d’errance artistique et existentielle. Coma publié en 2006, s’inscrit en marge de son œuvre, ouverte par Tombeau pour Cinq cent mille soldats (1967) mis en scène cette même année 1981 par Antoine Vitez au Théâtre national de  Chaillot.
Seul sur le grand plateau, avec une chaise et parfois un faible halo de lumière, pieds nus, Patrice Chéreau donne voix et corps au récit autobiographique de Guyotat. On est à mi-chemin entre la lecture et le théâtre, c’est un spectacle dépouillé en noir et gris,  où la langue s’incarne avec la densité et l’ampleur d’une toile de Soulages. Guidé par la mise en scène minutieuse et discrète du chorégraphe Thierry Thieû Niang,  Chéreau habite l’espace de son corps puissant et ramassé, et concrétise l’écriture en matière.
Sans pathos, il entraîne un public captivé dans une odyssée intime, dont les étapes choisies pour la lecture, sont autant de stations d’un calvaire : scènes d’enfance ( mort précoce de la mère, agonie d’une tante), puis  séjour à la clinique de ville d’Avray, hospitalisation à Broussais, vacances ou repas chez des amis, et enfin,  visite hallucinée au cimetière du village natal pour y proférer au clair de lune « une langue à en réveiller les morts ».
Telle que Chéreau la porte, elle réveille, en effet,  la langue de Guyotat, elle est la vitalité même, ; on ne s’y enlise pas et elle nous parvient dans toute sa sombre clarté:  il lui donne en effet une juste distance, parfois ironique, nous rappelant, avec l’auteur, que Vitez, plus il travaillait  Tombeau, plus il trouvait des vertus comiques à son  écriture.
A la lumière de ce spectacle, l’œuvre de Guyotat est à (re)découvrir .

Mireille Davidovici

Lecture faite les 13 et  17 septembre au Théâtre de la Ville.

 


Un commentaire

  1. Rémi S dit :

    Je sais que ça n’a rien a faire ici mais j’espère que quelqu’un de votre équipe ira voir « du coq à lasne » de et avec Laurence Vielle au centre Wallonie Bruxelles jusqu’à dimanche. Quelle comédienne unique et aussi, on le découvre, quel auteur !
    Rémi S.

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