La femme qui tua les poissons

La femme qui tua les poissons, d’après La Découverte du monde, chroniques de Clarice Lispector, mise en scène de Bruno Bayen

Clarice Lispector (1907-1973) est de ces auteurs-culte qu’on se reproche de ne pas connaître assez. Et son écriture, filée d’inconscient, de petites bricoles qui n’en disent pas forcément long mais parfois profond, vous file entre les doigts. Elle s’échappe du côté de l’enfance, ou d’une futilité aiguë, et revient à la question:  être ou ne pas être. Bref, une écrivaine voyageuse  – elle est arrivée d’Ukraine au Brésil à deux mois, puis fut femme de diplomate – faisant de la langue (le portuguais du Brésil) sa vraie demeure. Clotilde Ramondou avait fait de ses textes quelque chose de très beau, au salon du théâtre Paris-Villette,  il y a quelques années.
Bruno Bayen, lui,  fait de La Femme qui tua les poissons, un joli spectacle, et l’on en reste là. Tout est gracieux, élégant, avec de petites astuces de mise en scène qu’on remarque (trop) au passage. Un garçon , servant de scène, lui aussi élégant, bouge gravement un petit projecteur, travaille quelques sons, enlace Emmanuelle Lafon pour un tango rustique et silencieux, pieds nus. La comédienne, au centre de tout cela, est belle, sûre de ses gestes, joue  de ses chaussures à talons hauts, chute avec grâce, et ? Et rien de plus. Un soulier ôté, elle ne boitera pas… On  n’est pas dans  Le Soulier de satin:  pas de trouble, rien d’inesthétique : lisse.
Une fois de plus, Clarice Lispector nous aura glissé des mains.

 

Christine Friedel

 

Théâtre de la Bastille – jusqu’au 14 octobre.

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Archive pour 2 octobre, 2012

Warschein Kabarett, Est ou Ouest, Procès d’intention

Warschein Kabarett, Est ou Ouest, Procès d’intention, texte et mise en scène de Philippe Fenwick.

Warschein Kabarett, Est ou Ouest, Procès d'intention estLe spectacle, créé en 2009 et  qui a déjà été joué plus de 80 fois, est  destiné à être  présenté sous chapiteau comme ici, au Cirque électrique, juste au-dessus du périphérique Porte des Lilas-lieu idyllique!-  ou  dans des  friches industrielles et autres lieux où l’on peut installer un public. C’est  écrit par Fenwick à partir d’élément biographiques  de deux des acteurs: Grit Krausse qui a vécu en RDA jusqu’en 89. Hugues Hollenstein, son mari , que l’on introduit comme un conférencier allemand, ami de Cristophe Marthaller, qui prie le public de l’excuser pour son mauvais français et qui va donc être obligé de lire son texte. Impeccable et tout le monde est bluffé par sa sincérité et sa gentillesse désarmante.
La première partie reprend  certaines des techniques du théâtre d’agit prop, avec beaucoup d’effets gestuels et un appel permanent au public dont on recherche et force même la participation, comme dans  n’importe quel spectacle pour club de vacances. C’est une sorte de recréation du procès public de Martina K. citoyenne est-allemande qui a quitté la RDA mais qui souhaite y revenir.
Mais en plein milieu du procès, on va assister en direct, à la chute du mur de Berlin, événement imprévu et  commenté par un Monsieur Loyal, joué par Fenwick. Avec un extrait de ce journal télévisé historique, où officiait, à l’époque, madame Ockrent.  Il y a aussi  intercalés, des numéros circassiens comme ceux du tissu aérien dont joue avec avec une grande habileté Grit Krauss et de mât chinois avec le brillant Max Moralès. Excellents mais vraiment trop répétitifs…
La deuxième partie, plus structurée, se joue de nos jours, donc  quelque vingt ans après cette chute du mur qui a bouleversé la donne et changé radicalement un grand pays comme l’Allemagne enfin réunifiée. Martina K. défend quand même les valeurs de l’Allemagne de l’Est, et Fenwick, en animateur d’un tout nouveau style, fait intervenir, avec beaucoup de savoir-faire, des complices dans le public. Cela ressemble à s’y méprendre aux shows télévisés les plus vulgaires mais, personne n’est dupe, c’est bien au second degré et pas désagréable du tout à voir. Surtout quand Fenwick réussit, grâce à une rhétorique diabolique à faire applaudir un  argument de propagande politique et son contraire. Avec des ordres sur pancartes  comme celles que des chauffeurs de salle- que les caméras ne filment évidemment jamais- brandissent à l’intention du public dans les émissions. Du genre:  applaudissez,  criez, huez, réagissez.
C’est très bien vu et fort réjouissant.   « La présence du cirque, dit-il ( tissu aérien et mât chinois) renforce le vrai et le faux dans l’histoire ». « La présence du metteur en scène renforce le flou entre le flou et le flou ».  On veut bien mais, au delà du jeu de mots, c’est loin d’être évident et les choses traînent quelque peu en longueur, comme s’il s’agissait de remplir le temps imparti. Mais le public-assez jeune pour une fois- est visiblement heureux de jouer le jeu, même si la mise en scène semble avoir perdu quelques boulons en route, pour reprendre l’expression du cher et regretté Bernard Dort.
Alors à voir? Oui, peut-être si l’on n’est pas trop exigeant, mais  nous sommes quand même, malgré de bons moments, restés un peu sur notre faim après ces quelque quatre vingt minutes qui pourraient subir un petit rafraîchissement. Donc à vous de décider…

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué du 27 au 30 septembre au Cirque électrique et sera repris au Théâtre de l’Epée de Bois-Cartoucherie de Vincennes du 5 au 23 décembre.

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