L’enfant, drame rural

L’enfant, drame rural, texte et mise en scène de Carole Thibaut.

L’enfant, drame rural lenfantL’Idiote du village a trouvé un nouveau-né, et elle le serre passionnément sur son cœur : si c’était celui que la DDASS lui a pris, il y a longtemps ? Pas le droit de garder celui-là non plus.
Et l’enfant passe, comme le mistigri, de maison en maison : chacun a de sérieuses raisons de ne pas le garder. Jusqu’à la fin de cette ronde : la petite Marie, abandonnée, perdue, et responsable, le remet en des mains aimantes, celles de l’Idiote. Évidemment, « les gens » ne vont pas laisser faire. Chasse à la différente, à la débile, à la Marie-couche-toi-là, violée, tabassée. Chasse à l’enfant pour le sauver Découragé, celui-ci disparaît. Pour l’intellectuel du village, la chasse est inutile : il s’est lui-même immolé par le feu, avec ses livres.
Le drame rural est enchâssé dans l’histoire (biblique) de Sodome, la ville châtiée pour n’avoir pas su accueillir l’étranger. De la ville, du village en flammes, qui sera sauvé ? L’Idiote, qui a survécu, parce que c’est un conte, le Maire, le seul brave qui essayait de maintenir la paix et le « vivre ensemble », la petite Marie, décidée à n’être pas d’ici et à tenter son modeste rêve… Ça finit sur une chanson enfantine : ouf, nous voilà du côté des contes avec ogres et chasseurs tueurs de malheureuses princesses.
Les acteurs sont parfaits, la mise en scène impeccable, fluide, sans longueurs malgré les changements de rôles et d’accessoires. Là où l’on est moins convaincu, c’est sur l’écriture. La pièce, travaillée en résidence dans un petit village, fait partie d’un projet d’ensemble sur les « territoires » et sur l’inhumanité. L’idée, c’est que le monstre n’est pas l’exception désignée par les médias, mais se cache en chacun, partout. La violence tapie surgit , quand le groupe se sent atteint dans son identité : être d’ici, ou pas, se conformer ou pas aux usages non dits.
La tragédie, c’est l’histoire des larmes (Vitez); le théâtre, c’est l’histoire de la violence,  et Carole Thibaut nous en a donné de beaux échantillons. Histoire : ici, l’on voit trop, ou pas assez, les coutures entre une ruralité disparue vers le milieu du XXème siècle et le monde d’aujourd’hui, les personnages contemporains et les types d’un autre théâtre (commères ,  ivrognes, etc…). Il faut croire que monde rural d’aujourd’hui est vraiment comme ça, tricoté de vieux et de neuf, plus conformiste que nous ne le croyons, nous autres citadins. Mais la fiction manque un peu de ce côté-là. Manque aussi l’invention dramatique décisive qui déchire vraiment le rideau du lieu commun. Enfin, ici, les méchants sont punis…

Christine Friedel

Théâtre de la Tempête. Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 27 octobre.


Archive pour 4 octobre, 2012

L’enfant, drame rural

L’enfant, drame rural, texte et mise en scène de Carole Thibaut.

L’enfant, drame rural lenfantL’Idiote du village a trouvé un nouveau-né, et elle le serre passionnément sur son cœur : si c’était celui que la DDASS lui a pris, il y a longtemps ? Pas le droit de garder celui-là non plus.
Et l’enfant passe, comme le mistigri, de maison en maison : chacun a de sérieuses raisons de ne pas le garder. Jusqu’à la fin de cette ronde : la petite Marie, abandonnée, perdue, et responsable, le remet en des mains aimantes, celles de l’Idiote. Évidemment, « les gens » ne vont pas laisser faire. Chasse à la différente, à la débile, à la Marie-couche-toi-là, violée, tabassée. Chasse à l’enfant pour le sauver Découragé, celui-ci disparaît. Pour l’intellectuel du village, la chasse est inutile : il s’est lui-même immolé par le feu, avec ses livres.
Le drame rural est enchâssé dans l’histoire (biblique) de Sodome, la ville châtiée pour n’avoir pas su accueillir l’étranger. De la ville, du village en flammes, qui sera sauvé ? L’Idiote, qui a survécu, parce que c’est un conte, le Maire, le seul brave qui essayait de maintenir la paix et le « vivre ensemble », la petite Marie, décidée à n’être pas d’ici et à tenter son modeste rêve… Ça finit sur une chanson enfantine : ouf, nous voilà du côté des contes avec ogres et chasseurs tueurs de malheureuses princesses.
Les acteurs sont parfaits, la mise en scène impeccable, fluide, sans longueurs malgré les changements de rôles et d’accessoires. Là où l’on est moins convaincu, c’est sur l’écriture. La pièce, travaillée en résidence dans un petit village, fait partie d’un projet d’ensemble sur les « territoires » et sur l’inhumanité. L’idée, c’est que le monstre n’est pas l’exception désignée par les médias, mais se cache en chacun, partout. La violence tapie surgit , quand le groupe se sent atteint dans son identité : être d’ici, ou pas, se conformer ou pas aux usages non dits.
La tragédie, c’est l’histoire des larmes (Vitez); le théâtre, c’est l’histoire de la violence,  et Carole Thibaut nous en a donné de beaux échantillons. Histoire : ici, l’on voit trop, ou pas assez, les coutures entre une ruralité disparue vers le milieu du XXème siècle et le monde d’aujourd’hui, les personnages contemporains et les types d’un autre théâtre (commères ,  ivrognes, etc…). Il faut croire que monde rural d’aujourd’hui est vraiment comme ça, tricoté de vieux et de neuf, plus conformiste que nous ne le croyons, nous autres citadins. Mais la fiction manque un peu de ce côté-là. Manque aussi l’invention dramatique décisive qui déchire vraiment le rideau du lieu commun. Enfin, ici, les méchants sont punis…

Christine Friedel

Théâtre de la Tempête. Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 27 octobre.

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