Müller Machines

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Müller Machines
de Heiner Müller,  traductions de Jean Jourdheuil, Jean-Pierre Morel, Jean-François Peyret et Heinz Schwarzinger, mise en scène et musique de Wilfried Wendling.

« Spectacle résolument transdisciplinaire, faisant s’affronter et correspondre tous les arts du plateau-théâtre, musique, danse, cirque ainsi que la vidéo. la multiplicité des plans et des temporalités-spectacle vivant et images projetées, horizontalité et discursivité assumées par le comédiens, verticalité et sensoralité apportées par la danse aérienne et la musique-rend compte de l’esthétique et de la dramaturgie propres aux textes de Heiner Müller, poète et dramaturge allemand (1929-1985):  volonté de fragmentation et de convergence tout à la fois; mise en scène des déchirures de l’Histoire, et volonté d’en recoller les morceaux ».
C’est le credo de base de Wilfried Wendling, compositeur,  metteur en scène et vidéaste,  qui s’est servi de trois textes d’Heiner Müller: Paysage sous surveillance, Libération de Prométhée et Nocturne et de la musique, pour faire théâtre comme disait Vitez, tout en  donnant surtout la part belle  à la musique électronique, à la lumière comme instrument et à la danse aérienne. Le propos ne manque pas d’ambition. Reste à savoir si cette esthétique quand même assez prétentieuse dans les termes employés, apporte quelque chose aux textes poétiques de Müller…
Il y a d’abord un long noir  et le silence pendant quelques minutes puis une faible lumière que l’on peut discerner à travers des rideaux de fil blanc: la scénographie, et  la création lumière que l’on doit à Anne Leuridan, sont d’une indéniable beauté. On entend des sortes de ronflements légers, des craquements tout à fait impressionnants et  la voix de Denis Lavant, grave et rauque disant Heiner Müller. Puis l’on aperçoit les gestes fluides et l’impeccable gestuelle de la danseuse aérienne Cécile Mont-Reynaud qui semble se perdre dans les fils verticaux. Et cela donne naissance à de très belles images. Kasper T. Toeplitz est aux manettes  électroniques, et joue de la basse et des percussions.
Denis Lavant, lui, pantalon et gilets noirs, pieds nus,  a la diction impeccable qu’on  lui connaît. Mais décidément, quelques jours après le spectacle consacré à Pierre Michon et mis en scène par Sandrine Anglade, on a affaire un peu aux mêmes paramètres: comédien en solo pieds nus, avec micro HF disant un texte, beaux éclairages, rideaux de fil ou de tissu, musique en permanence ou presque…
Quelle est ici la relation exacte entre justement la musique, la danse aérienne, quelques images vidéo de nuées qui passent, et des  textes proférés via, une fois de plus, un micro HF, ce qui n’arrange pas les choses. Certes, Denis Lavant donne beaucoup de lui-même oralement et  gestuellement. Mais, quand enfin,  il ne hurle plus et parle sans micro, on entend beaucoup mieux le texte, et il y a comme une plage de repos bienfaisante après cette surdose  permanente de musique électronique d’un très haut  niveau sonore, avec des basses qui font mal au ventre au sens strict du terme.
Vers la fin, quand Topelitz tape à bras raccourcis sur une grosse caisse, cela devient même franchement insupportable…
Alors la temporalité, la transdisciplinarité, l’horizontalité, la verticalité, la sensoralité, la discursivité, la radicalité de la démarche (sic)  annoncées  plus haut  font pschitt, comme dirait notre ex-Président de la République. Avec tout ce fatras de termes qui se veulent sans doute avant-gardistes, on  voudrait nous faire croire que l’on est en pleine recherche théâtrale!
Mais on se dit, quitte à se répéter quelques jours après avoir vu l’adaptation du Roi du Bois de Pierre  Michon, que les textes de Müller auraient été bien  mieux servis par Denis Lavant, formidable comédien, officiant seul sur un plateau avec quelques belles lumières. Il semble que ce soit une mode actuelle que de vouloir à tout prix faire passer le sens d’un texte avec d’autres expressions artistiques (danse, vidéo,cirque,etc.. et surtout avec une soumission de plus en plus grande  aux technologies les plus pointues…

Tout se passe comme si l’expression théâtrale n’arrivait plus à se suffire à elle-même et qu’il fallait, à tout prix, lui fournir quelques béquilles? Sans doute, n’est-on plus au début du 20ème siècle, et le spectacle vivant a beaucoup évolué.  Mais il semble que le  grand mirage du théâtre total est encore de retour , à moins que ce ne soit  le retour du grand mirage  du théâtre total!
Pas si sûr qu’Heiner Müller, pourtant chercheur infatigable de nouvelles formes dramaturgiques et que nous avons un peu connu, aurait été tellement  d’accord avec le traitement infligé à ses textes. Après un début intéressant, on sort quand même un  peu essoré et pas très convaincu par ces 80 minutes d’un spectacle finalement décevant.
Enfin, si vous voulez tenter l’expérience, libre à vous…. Mais ne venez pas vous plaindre après!

Philippe du Vignal

Maison de la Poésie jusqu’au 28 octobre.


Archive pour 6 octobre, 2012

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de Heiner Müller,  traductions de Jean Jourdheuil, Jean-Pierre Morel, Jean-François Peyret et Heinz Schwarzinger, mise en scène et musique de Wilfried Wendling.

« Spectacle résolument transdisciplinaire, faisant s’affronter et correspondre tous les arts du plateau-théâtre, musique, danse, cirque ainsi que la vidéo. la multiplicité des plans et des temporalités-spectacle vivant et images projetées, horizontalité et discursivité assumées par le comédiens, verticalité et sensoralité apportées par la danse aérienne et la musique-rend compte de l’esthétique et de la dramaturgie propres aux textes de Heiner Müller, poète et dramaturge allemand (1929-1985):  volonté de fragmentation et de convergence tout à la fois; mise en scène des déchirures de l’Histoire, et volonté d’en recoller les morceaux ».
C’est le credo de base de Wilfried Wendling, compositeur,  metteur en scène et vidéaste,  qui s’est servi de trois textes d’Heiner Müller: Paysage sous surveillance, Libération de Prométhée et Nocturne et de la musique, pour faire théâtre comme disait Vitez, tout en  donnant surtout la part belle  à la musique électronique, à la lumière comme instrument et à la danse aérienne. Le propos ne manque pas d’ambition. Reste à savoir si cette esthétique quand même assez prétentieuse dans les termes employés, apporte quelque chose aux textes poétiques de Müller…
Il y a d’abord un long noir  et le silence pendant quelques minutes puis une faible lumière que l’on peut discerner à travers des rideaux de fil blanc: la scénographie, et  la création lumière que l’on doit à Anne Leuridan, sont d’une indéniable beauté. On entend des sortes de ronflements légers, des craquements tout à fait impressionnants et  la voix de Denis Lavant, grave et rauque disant Heiner Müller. Puis l’on aperçoit les gestes fluides et l’impeccable gestuelle de la danseuse aérienne Cécile Mont-Reynaud qui semble se perdre dans les fils verticaux. Et cela donne naissance à de très belles images. Kasper T. Toeplitz est aux manettes  électroniques, et joue de la basse et des percussions.
Denis Lavant, lui, pantalon et gilets noirs, pieds nus,  a la diction impeccable qu’on  lui connaît. Mais décidément, quelques jours après le spectacle consacré à Pierre Michon et mis en scène par Sandrine Anglade, on a affaire un peu aux mêmes paramètres: comédien en solo pieds nus, avec micro HF disant un texte, beaux éclairages, rideaux de fil ou de tissu, musique en permanence ou presque…
Quelle est ici la relation exacte entre justement la musique, la danse aérienne, quelques images vidéo de nuées qui passent, et des  textes proférés via, une fois de plus, un micro HF, ce qui n’arrange pas les choses. Certes, Denis Lavant donne beaucoup de lui-même oralement et  gestuellement. Mais, quand enfin,  il ne hurle plus et parle sans micro, on entend beaucoup mieux le texte, et il y a comme une plage de repos bienfaisante après cette surdose  permanente de musique électronique d’un très haut  niveau sonore, avec des basses qui font mal au ventre au sens strict du terme.
Vers la fin, quand Topelitz tape à bras raccourcis sur une grosse caisse, cela devient même franchement insupportable…
Alors la temporalité, la transdisciplinarité, l’horizontalité, la verticalité, la sensoralité, la discursivité, la radicalité de la démarche (sic)  annoncées  plus haut  font pschitt, comme dirait notre ex-Président de la République. Avec tout ce fatras de termes qui se veulent sans doute avant-gardistes, on  voudrait nous faire croire que l’on est en pleine recherche théâtrale!
Mais on se dit, quitte à se répéter quelques jours après avoir vu l’adaptation du Roi du Bois de Pierre  Michon, que les textes de Müller auraient été bien  mieux servis par Denis Lavant, formidable comédien, officiant seul sur un plateau avec quelques belles lumières. Il semble que ce soit une mode actuelle que de vouloir à tout prix faire passer le sens d’un texte avec d’autres expressions artistiques (danse, vidéo,cirque,etc.. et surtout avec une soumission de plus en plus grande  aux technologies les plus pointues…

Tout se passe comme si l’expression théâtrale n’arrivait plus à se suffire à elle-même et qu’il fallait, à tout prix, lui fournir quelques béquilles? Sans doute, n’est-on plus au début du 20ème siècle, et le spectacle vivant a beaucoup évolué.  Mais il semble que le  grand mirage du théâtre total est encore de retour , à moins que ce ne soit  le retour du grand mirage  du théâtre total!
Pas si sûr qu’Heiner Müller, pourtant chercheur infatigable de nouvelles formes dramaturgiques et que nous avons un peu connu, aurait été tellement  d’accord avec le traitement infligé à ses textes. Après un début intéressant, on sort quand même un  peu essoré et pas très convaincu par ces 80 minutes d’un spectacle finalement décevant.
Enfin, si vous voulez tenter l’expérience, libre à vous…. Mais ne venez pas vous plaindre après!

Philippe du Vignal

Maison de la Poésie jusqu’au 28 octobre.

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