Entretien avec Frank Vercruyssen

Entretien avec Frank Vercruyssen.

Le tg STAN : un noyau dur de quatre acteurs flamands, Frank Vercruyssen, Sara de Roo, Jolente de Keersmaeker, Damiaan De Schrijver,  entouré de quelques « disciples « ralliés à leur projet artistique: destruction de l’illusion, jeu dépouillé,  divergence éventuelle entre le jeu et le personnage qu’on interprète, même si on reste soi, en tant que personnalité vivant dans le temps présent… Le tg STAN joue  actuellement Les Estivants de Gorki en France.

Vous venez régulièrement jouer chez nous… Entretien avec Frank Vercruyssen les_estivants-300x224

Frank Vercruyssen : Oui, on est bien gâté en France. La première fois , c’était pour quelques représentations de L’Ennemi du Peuple d’Ibsen au Centre Pompidou.
L’aventure française a commencé véritablement au Festival d’Automne en 2000. Et depuis, nous venons presque tous les ans, avec  des créations françaises,  des versions françaises à partir de créations néerlandaises, ou bien anglaises. Nous jouons surtout en Belgique, en Norvège et dans les pays scandinaves, au Portugal et en France. Et nous nous attaquons aux œuvres des grands créateurs, Tchekhov, Strindberg, Ibsen, Schnitzler, Bernhard, Racine.

Comment en êtes-vous venu aux Estivants?

F. V. : Nous privilégions l’échange avec le public que nous interpellons directement, dans un partage chaleureux, généreux et jouissif : nous concevons le théâtre comme une fête. Nous avions déjà monté Les Bas-Fonds en néerlandais en 1994, et en anglais en 1997. Nous avons hésité la saison dernière, à créer en  néerlandais, La Mouette de Tchekhov ou Les Bas-Fonds mais cette dernière pièce correspondait exactement à nos possibilités de distribution  et aux constructions multiples de la dramaturgie.

Votre démarche consiste à proposer un théâtre en prise directe avec notre époque.

F. V. : Le  lien entre  le thème de cette pièce et  nos préoccupations  actuelles est  évident pour nous : à l’étau tsariste du tout début du XX ème siècle, correspond l’étau économique de notre réalité sociale déstabilisée. Les Estivants,  c’est une pièce qui offre un très large éventail. D’abord, les relations purement humaines entre les hommes et les femmes, entre les hommes et les hommes, les femmes et les femmes, les mères et les filles …
Sur le plan politique, cette bourgeoisie russe intellectuelle se montre lasse et paresseuse , alors qu’un vent de crise commence à souffler autour d’elle. Que peut-on faire? Parler sans jamais agir  et se déresponsabiliser ? Loin d’exclure les accusés, nous nous incluons parmi eux. Nous sommes tous des bourgeois aujourd’hui, nous qui fréquentons les théâtres, et il ne suffit plus que nous déplorions  avec des mots un certain état du monde.


Quel est le fil rouge de votre philosophie ?

F. V. : C’est la personne même du comédien : ses rêves, ses envies, ses désirs, son comportement et son émancipation sur le plateau. L’envie de créer, de tout faire, d’être responsable de sa propre liberté, à défaut de contrôler son destin. Tout notre travail repose sur la confiance des êtres entre eux ; c’est à cette condition que nous pouvons construire et réaliser  un projet.
On peut rester six heures sur un travail de traduction à la table; le passage du russe au néerlandais, à l’anglais et au français, peut exiger un temps considérable de réflexion. Chacun travaille avec l’autre à l’intérieur du groupe. La méthode repose sur les qualités et les défauts des individus, et ensuite on désire profiter au maximum du médium qu’est le public.
Le théâtre est un art vivant profondément humain, et nous rejetons tout écran fermé. Nous ne croyons pas à l’illusion : je suis un comédien qui joue un personnage : je joue à être le roi mais je sais bien que je ne suis pas le roi. Nous n’acceptons pas non plus que le public ne nous connaisse pas : nous sommes là tous ensemble.
C’est une exigence de notre part qui est humble, et pas arrogante. C’est une audace, un défi que de solliciter directement l’attention du public. Plus on fait la preuve de nos sentiments, de nos goûts, plus on se sent vivre et capable d’évaluer sa société. Nous répétons en général de six à huit semaines, pas plus. Après, il faut jouer !

Votre prochaine création ?

F. V. : Nous créons en mars prochain au Théâtre Garonne  à Toulouse trois pièces en français, deux d’ Ingmar Bergman, Après la répétition et Scènes de la vie conjugale,  et une d’Arthur Schnitzler, Mademoiselle Else.
Il y aura aussi une autre nouvelle  création en Belgique. Nous aimons le jeu des langues auquel nous sommes confrontés, c’est une réalité historique  qui va s’amplifier.  avec le temps. De plus, dans une société de plus en plus dure, il nous parait indispensable de préserver la création littéraire, poétique, lyrique… pour lutter contre une tendance où l’on  compte et recompte encore sur le plan  économique.
Il convient d’être, même si c’est difficile. Nous sommes vivants, fragiles et vulnérables, mais nous assumons cet état existentiel. Interprètes, nous prétendons être le médium entre le public et l’œuvre. Nous aimons  Racine, Molière comme Éluard avec passion. De plus, le contact avec l’enseignement et la transmission est essentiel. J’assure en ce moment un stage à l’École du TNS; le contact avec les  jeunes comédiens ne cesse de nous inviter, nous,  plus aguerris, à acquérir plus de spontanéité et plus  de vérité…

Propos recueillis par Véronique Hotte

  Théâtre National de Strasbourg  jusqu’au 26 octobre , et au Théâtre de La Bastille à Paris du 30 octobre au 17 novembre 2012 à 21h . Tél : 01 43 57 42 14.

 


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