Modèles

Modèles, de et avec Sabrina Baldassarra, Laure Calamy, Sonia Floire, Gaëlle Hausermann, Marie Nicolle, et Vincent Hulot, musicien, mise en scène de Pauline Bureau.

Avec ses amies, issues comme elle, du Conservatoire national et donc du même âge:la trentaine,  Pauline Bureau  a voulu réfléchir sur la construction de l’identité sexuelle d’une jeune femme d’aujourd’hui. Avec des textes, les leurs mais aussi ceux de Pierre Bourdieu, Catherine Millet, Virginie Despentes, Simone de Beauvoir, etc.
C’est une sorte de collage, mosaïque de sketches, interviews, danses, chansons de Courtney Love, photos de Nan Goldin qui veulent dire la féminité en 2012, avec ses bonheurs et ses angoisses. Que l’on soit encore à peine adolescente avec les premières règles, puis  jeune femme émancipée féministe, ou enfin mère de famille.

 Comme Pierre Bourdieu le faisait  remarquer, les modèles, héritées des mères et grand-mères n’ont rien du modèle imposé mais  agissent de façon  beaucoup insidieuse, que ce soit dans le recrutement des écoles dites supérieures ou dans le quotidien de n’importe quelle jeune femme.
Et cela donne quoi? Sur le plan technique, c’est du genre impeccable; d’abord, le spectacle, créé en 2011, est parfaitement rodé, donc tout roule: aucune erreur de tir dans cette mosaïque pas facile à gérer, entre images et comédiennes en scène qui ont du métier, une excellente diction, et savent ce que chanter veut dire.
Gaëlle Hausermann,  en  particulier avec son air espiègle et frondeur, est vraiment remarquable. Quant à Vincent Hulot, le seul homme de la bande, il fait, et bien, son boulot de musicien.

Même si ces jeunes femmes sont sympathiques, on reste quand même sur sa faim, et nous ne sommes pas aussi tout à fait convaincus  que notre amie Edith Rappoport (voir Le Théâtre du Blog).
Il y a certes la belle écriture de Catherine Millet quand elle évoque ses premières expériences sexuelles à dix-huit ans, alors que le sujet était tabou dans sa famille,  et quand elle passe très vite à ses premières partouzes, ou les souvenirs d’un viol particulièrement atroce que Virginie Despentes et ses amies ont eu à subir près du périphérique, et bien sûr, les analyses de Pierre Bourdieu. Mais bon, convoquer ces trois auteurs de qualité, surtout  avec leurs textes bien dits, ne mange pas de pain …

Pauline Bureau ne craint pas les stéréotypes quand elle se lance dans des attaques féministes: bien des hommes-et nous savons ce dont nous parlons-savaient déjà il a quarante ans, ce que voulait dire la conduite de la voiture, le bain quotidien du bébé, la préparation des repas, les courses, les visites chez le pédiatre, et l’hospitalisation de l’enfant pour opération très grave : tout cela c’était déjà mais non-dit, le monopole, pour diverses raisons, de nombre de papas. Nous n’avons pas de leçon à recevoir Pauline Bureau… Alors, le petit sketch indigent-par ailleurs bien joué- de la  jeune mère, jonglant entre un dîner à préparer pour les beaux-parents, le bébé dont il faut s’occuper et un coup de fil professionnel, a tout du stéréotype bien facile. On lui fera remarquer aussi que c’est un, et non une, accessoiriste qui vient aussitôt nettoyer le plateau après le sketch.

Par ailleurs, si la mise en scène est bien réglée, elle n’hésite pas à tomber une fois de plus dans cet autre stéréotype qu’est l’usage sans grande raison, bien facile et vraiment fatiguant de la vidéo. A plusieurs reprises,  deux de ses jeunes actrices sont coincées dans un petite loggia en hauteur: l’une interviewe l’autre dont le visage est reproduit à côté, sur un grand écran de trois mètres sur trois.Et cela recommence, puisque l’une des cinq comédiennes n’intervient, elle, sur scène que par image interposée. Désolé, mais on a vu cela des dizaines de fois, cela n’a rien d’original et surtout ne possède aucun intérêt: l’on finit par ne plus regarder que l’écran, puisque l’image, évidemment, écrase tout!

Ensuite, les actrices,et ce n’est pas facile! reprennent possession du plateau,  Dans ce cas, pourquoi se servir encore d’une scène; ce collage de genres différents qui veut faire provoc, ne fonctionne pas bien, jusque et y compris à la fin, avec un petit numéro collectif de percussion sur tambours descendus des cintres. Bref, un ensemble plutôt sympathique mais sans grande sensibilité théâtrale, et c’est un euphémisme!
Le public de la petite salle Jean Tardieu, pas vraiment pleine, du  Rond-Point, avait l’air content mais le spectacle, bien propre sur lui, a un côté propre et bcbg un peu pénible. Maintenant, si vous n’êtes pas trop exigeant, allez-y, si vous vous voulez… mais on ne vous y poussera pas!

Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 10 novembre.

http://www.dailymotion.com/video/xg7gkp

 


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