Le Rhinocéros

Le Rhinocéros d’Eugène  Ionesco, mise en scène par Emmanuel Demarcy-Mota, en tournée  aux Etats-Unis.


Troisième étape de cette tournée, les représentations à New York début octobre, ont eu un accueil du public comme celui de la presse (première page du supplément culture du  New York Times!) enthousiaste. Cette tournée a engagé trente sept personnes, pour cette tournée  qui est allée aussi  Los Angeles, Berkeley et Ann Arbor dans le Michigan, afin que de nouveaux publics redécouvrent Eugène Ionesco.
C’est Joe Melillo,  le directeur du théâtre de la Brooklyn  Academy of Music qui a décidé, après avoir vu le spectacle à Paris d’organiser une tournée aux Etats-Unis. Une tournée qu’un producteur américain a préparé  avec l’aide financière de l’Institut français, du département culture de l’Ambassade de France aux Etats-Unis, de la mairie de
Paris, de Vivendi et de la SACD.
Comédiens et techniciens n’ont pas vraiment le temps de faire du tourisme, puisque le metteur en scène exige un travail très minutieux au plateau la veille et le jour de la première dans chaque nouveau lieu.Le groupe de comédiens suit Emmanuel Demarcy-Mota depuis plusieurs années, ce qui crée une vraie cohésion sur scène. Ils participent également à la régie plateau, phénomène assez rare pour  être signalé.
Pas de micro sur scène:  les voix des acteurs sont au service d’une langue (avec un surtitra
Le Rhinocéros photo-2-300x225ge en anglais) et d’un  thème que les Américains ont découvert en riant beaucoup, en particulier à New York, où nous avons revu le spectacle .
Le comique du Rhinocéros était moins  évident  lors des représentations en France au Théâtre de la Ville.  Ici ,  les rires du public américain témoignent de la réalité intemporelle de ce  texte qu’Eugène  Ionesco écrivit sous forme de nouvelles en 1957., trois ans avant que la  pièce ne soit créée par Jean-Louis Barrault au Théâtre de France-Odéon. Elle semble entrer ici en résonance avec l’actualité du moment.
The Howard Gilman Opera House, une salle à l’Italienne de 2200 places (!), complète chaque soir, a très bien mis en valeur la scénographie d’Yves Collett. Le personnage de Béranger, est remarquablement interprété par Serge Maggiani qui en fait un  héros malgré lui qui,  à l’image de son auteur, se retrouve au final dans l’impossibilité de suivre le grand mouvement de transformation de ces rhinocéros:  » Hélas, dit-il, jamais, je ne deviendrai rhinocéros, jamais, jamais ! Je ne peux plus changer. Je voudrais bien, je voudrais tellement, mais je ne peux pas « . Pour l’anecdote, Serge Maggiani  qui a la phobie de l’avion, est donc le seul à être venu aux Etats-Unis en bateau et à faire là-bas tous les trajets en train… Une autre forme de résistance à l’uniformité!
Ce spectacle s’est joué dans un des plus anciens théâtres de New-York qui,  en 150 ans d’existence, a vu passer venant de France: Sarah Bernhardt en 1917, la Comédie-Française en 79,  Peter Brook en 87 et Le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine en 92. Il y avait donc  une impressionnante succession à honorer..

C’est un belle revanche pour Eugène Ionesco  que cette tournée à New York en 2012! L’ œuvre de l’écrivain  est parfois  considérée par certains professionnels  français  comme  « datée »…  On peut rappeler une phrase de lui qui garde encore tout son sens, même de l’autre coté de l’Atlantique: « Une œuvre d’art est l’expression d’une réalité incommunicable que l’on essaie de communiquer- et qui parfois… peut être communiquée » C’est là son paradoxe, et  sa vérité ».

Jean  Couturier

Le spectacle joué jusqu’au 13 octobre à Ann Arbor (Michigan)
www.bam.org
www.theatredelaville-paris.com


Archive pour octobre, 2012

La Cité du rêve

 

La Cité du rêve,  d’après L’Autre Côté d’Alfred Kubin, adaptation, mise en scène, décors, lumière de  Krystian Lupa.

 La Cité du rêve visu_02-300x150Alfred Kubin, grand dessinateur autrichien (1877-1959) a publié un unique roman en 1909, sorte de pause dans son travail plastique, dit Lupa,  à un moment où il  était menacé par la maladie mentale. ce roman d’une prodigieuse  sensibilité devait  exercer une influence déterminante sur Kafka, Lovecraft et sur les surréalistes.Kubin fonda  avec  Kandinsky, Franz Marc et Gabriele Munter, l’association du Der Blaue Reiter, d’après le nom d’un tableau de Franz Marc).
Et  Kubin lut ensuite beaucoup Nietszche et Schopenhauer. Et rencontra aussi Paul Klee qui exposa ses dessins que l’on avait pu voir en 2007 au Musée d’art moderne de Paris;  l’on sent dans son œuvre graphique  tout l’univers d’enfermement, de sexe,  de mécanismes du rêve et  de pulsions de mort  qui parcourt aussi L’Autre Côté et qui a fasciné  Lupa. Univers qui régnait aussi dans son dernier et pas bon spectacle qu’il avait présenté à la Colline (voir Le Théâtre du Blog)
Un temps graphiste avant de s’orienter vers la scène, avec un parcours qui aura sans doute influencé sa scénographie de La Cité du Rêve, le metteur en scène polonais,  élève du grand  Tadeusz  Kantor aux Beaux-Arts de Cracovie  aura aussi beaucoup appris  de Kubin, surtout dans la mesure où ce  dessinateur  de premier ordre lui  fait appréhender différemment l’espace.
Il faut rappeler que cette version de 2012 est la seconde et qu’il  avait déjà monté cette Cité du Rêve en 85, où il voulait « créer une sorte d’étape sur ce qu’on peut appeler le chemin de l’individuation ».
Mais il dit aujourd’hui désirer exprimer l’espace-temps, avec cette création d’un Etat utopique,  d’une cité du rêve inventé par le personnage de Claus Patera chez  Kubin dans laquelle la vie sociale est gouvernée « par les mécanismes du rêve, et où le protagoniste subit une catastrophe extérieure et une transformation intérieure ». Le livre  de 380 pages, dont le sous-titre : « roman fantastique, a quelque chose d’une quête spirituelle aux sombres tonalités. Comme dans un cauchemar et  porteur d’hallucinations et d’images morbides dans une utopie au sens premier du mot en grec …(C’est à dire dans un lieu qui n’existe pas).
 » Parmi mes amis de jeunesse,  se trouvait un homme curieux dont l’histoire mérite d’être ravie à l’oubli. J’ai fait tout mon possible pour décrire fidèlement, comme il sied à un témoin oculaire, une partie au moins des événements étranges qui s’attachent au nom de Claus Patera ». Ainsi débute ce fabuleux roman dont il reste à faire théâtre et, comme on peut s’en douter, ce n’est pas une mince affaire, ne serait-ce qu’ en raison  de la longueur du texte et du genre: le roman, souvent périlleux à transposer sur un plateau, qu’il soit de théâtre ou de cinéma, si on ne veut pas le réduire à une suite d’images ou le défigurer. Lupa, qui avait déjà mis en scène Les Frères Karamazov ou Le Maître et Marguerite de Boulgakov n’est donc pas un apprenti en la matière…
A Paris, il  a présenté, sans que l’on comprenne bien pourquoi! le spectacle en deux versions à Paris; l’une de quatre heures,  et l’autre en intégrale  soit six heures avec deux entractes de dix minutes, version que, n’écoutant que notre courage,  nous avons choisie… C’est un spectacle très long, quelque peu usant, on par la longueur mais une sorte de sauturation, avec un texte  poétique qui n’ a pas fait l’objet d’une véritable dramaturgie et c’est bien le maillon faible, très faible de ce travail … Lupa avait -il besoin de ces six heures? Pas sûr…
Il n’est pas très facile de rendre compte du spectacle mais essayons toutefois, et mdoestement, de vous en donner une idée.
Devant sur le plateau, deux rectangles et un carré avec des barres de ruban blanc croisées. Il y a une grande pièce fermée par des murs gris très hauts avec, par endroits, de discrets  graffitis, et, à cour, un canapé  à oreillettes et,  à jardin, un autre canapé plus petit et des sac à billes/ fauteuils noirs. Une fenêtre haute à jardin, avec des volets intérieurs en bois, et une porte face public. Au milieu de la scène, un  cadre cubique en  baguettes  blanches avec,  au centre, une sorte de piquet. On entend venant de la fenêtre ouverte, un brouhaha permanent de manifestation ou de fête.
Il y a là quatre femmes et trois hommes, habillés de façon assez stricte; le jeune homme qui regarde la fête, lui, est  en jeans rouge foncé, et marcel, les épaules tatouées. Puis entre un homme qui n’ a pour tout vêtement que des bottines crème, mais sa nudité n’offusque personne; une dame un peu âgée lui offre un plaid pour se couvrir.. Ce ne sont pas véritablement des personnages. Avec une voix un peu amplifiée, ils  parlent doucement entre eux mais la conversation est banale, voire dérisoire.  » Nous voulons avoir tout ce qu’il nous faut et en même temps un espace vide ». C’est beau mais il faut quand même s’accrocher, et il y a déjà un côté « performance »; bref, l’art contemporain s’est encore invité sur un  plateau de théâtre. mais après tout, pourquoi pas?
Il est question de ce Claus Patera dont une jeune femme dit:  » Je ne le connais pas du tout, c’est mon mari », et ils évoquent  souvent Fellini qui voulait faire un film sur  Patera. Il y a ,dès le début, une façon d’appréhender le temps et l’espace qui  est celle de quelqu’un qui, comme Lupa qui a fréquenté une école d’art. Il y a une très belle image d’une photo de groupe, sauf une dame qui ne veut pas quitter son canapé, et   dont on voit l’agrandissement aussitôt sur le décor.
On entre assez vite et bien dans le rythme imposé par Lupa, mais toute cette première partie  assez longuette, n’est tout de même pas très passionnante; les acteurs, tout à fait solides n’ont pas de vrais personnages à défendre sur la durée,  et o a l’impression qu’eux-même ne semblent pas vraiment être sûrs de  « faire naître une communauté théâtrale » comme le souhaite Lupa. Ce qui ne veut finalement dire grand-chose! Et c’est sans doute une des limites du genre…

 Après un entracte bienvenu, le public s’est un peu clairsemé! Et Le décor a changé; il y a,  côté jardin contre le mur un lit en fer pour une personne avec une petite table et une table de nuit; une femme est assise dans un fauteuil, dont on voit l’image agrandie sur le mur. La femme ira se coucher sur le lit toute habillée. Tout est silencieux et triste entre ces murs gris; la traduction du texte de Kobin, dans un français bourré de fautes de syntaxe et d’orthographe,  continue à défiler sur le mur avec des répétitions-très Art language anglais des années 60-70 du type: Je voulais dire MAUVAISE, Je voulais dire mauvaise ».
Et avec quand même de belles images conçues par Lupa,  le texte de Kubin reste des plus savoureux: ‘Il a dit:  le plus grand espoir est la plus grande catastrophe ».  » Nous ne comprenons pas le monde mais pas du tout » .  » Nous somme un couple de gosses débiles. Nous somme un couple nu et débile ».
Un homme entre, les mains dans les poches assez mystérieux et peu sympathique qui va ouvrir la fenêtre: on entend à nouveau dans le lointain, la musique de la fête. Un autre cite le célèbre « memento mori »  inscrit sur le tombeau de la toile célèbre des  Bergers d’Arcadie de Nicolas Poussin: « Et in Arcadia ego ». Apparaît aussi à plusieurs reprises l’image d’un chimpanzé assis dans  un fauteuil sur le mur du fond et sur les murs latéraux, là aussi on frise l’art conceptuel.

Il y a aussi un petit film parodique très drôle; c’est une pub consacrée aux  vertus d’une voiture avec un musique sirupeuse, dans la lignée des cinquante réjouissants faux spots publicitaires imaginés par Bob Wilson. Et les aphorismes  de  Kubin , que l’on redécouvre avec le plus grand plaisir, malgré la barrière de la langue, continent à pleuvoir:  » Nous faisons de la pornographie avec nos arts les plus extrêmes » ou « Eux,  dans leur lit, s’accouplent comme s’ils  ne savaient pas ce que c’est que la mort ». « Tout corps est bon si on le délivre de la sexualité tournée  vers  la jeunesse ».   » Je n’ai pas envie de t’offrir mon corps dit une jeune femme ».
Cette seconde partie du spectacle est sans doute la plus vivante et la plus juste; même si elle demande un effort d’attention permanent , puisqu’il faut à la fois voir les comédiens qui ont une gestuelle parfaite et lire la traduction simultanée, d’un texte important,  ce qui finit par devenir lassant quand commence  la  troisième heure…

 Après un autre entracte, celui-ci, plus que bienvenu, le public a nettement rétréci au lavage. Une femme est allongée sur un lit; et il y a une poche de sang/goutte à goutte suspendue; on entend dans le lointain le bruit d’un avion. Des gros plans de visage sont retransmis sur le mur du fond, vieux procédé plus qu’usé et que Lupa aurait pu nous épargner. Parfois, la salle est éclairée en même temps que la scène., mais on n’en voit pas vraiment la raison.
Il y a toujours quelques merveilleuses phrases poétiques comme dans cette très belle scène d’amour entre deux jeunes gens:  » Tu crois en Dieu, lui dit-il  et elle répond:  » Je crois en la mélancolie ». Quand il lui demande s’il peut la toucher, elle lui dit  simplement:  » Touche », tandis qu’ on entend le ressac de la mer au loin. Pour de tels moments, il sera beaucoup pardonné à Lupa qui   semble être plus à l’aise dans les scènes intimistes qu’avec un groupe important de comédiens qui restent assis:  le spectacle est assez  souvent assez  statique!
Il faut faire avec… Ou bien quitter la salle, ce qu’a fait une minorité de spectateurs.
 En fait tout se passe comme si Lupa, armé d’un solide narcissisme, s’était fait plaisir et avait accordé plus d’importance aux images qu’à une dramaturgie solide; et faute d’un véritable  fil rouge, le spectacle ronronne dans cette dernière partie dont le texte n’a pas non plus la grande poésie de la seconde. Et le public commence à saturer… Mieux vaut oublier la traduction simultanée qui continue  à être bourrée de fautes. Comment le Festival d’Automne peut-il accepter de telles choses!
Quant à la fin du spectacle, elle est, elle, franchement bâclée:et n’a rien à voir l’épilogue du roman. Là encore, Lupa s’est bien fait plaisir!  L’on  voit un Fellini suspendu dans une nacelle dirigeant un film et donnant des  ordres aux comédiens: c’est une scène, prétentieuse, aussi  longue  qu’inutile! Appendice que Lupa a rajouté, les Dieux savent pourquoi! Le salut final, qui reste  quand même la dernière image que le public emporte d’un spectacle, n’est même pas bien réglé!
Ce qui serait quand même la moindre des choses quand on emmène un public pour un voyage de six heures!
 Au total, un spectacle qui a des qualités indéniables: texte, interprétation, images, lumières mais qui s’essouffle sérieusement après     (ce qui est déjà un espace /temps non négligeable), pour rebondir ensuite  mais  qui souffre dans l’ensemble d’un manque de  dramaturgie évident. Rendez-nous le Lupa d’autre fois!
C’est plus  une question de cohérence que de longueur.  Et l’Utopie  dessinée  par Kubin  en aurait sans doute été plus lisible; enfin ce spectacle peut être  un moyen de découvrir,  ou de redécouvrir, L’Autre Côté, mais cela se paye! Notre consœur et amie Brigitte Rémer qui a assisté à la même représentation que nous, vous donne  également ici son point de vue

Philippe du Vignal

 Le spectacle s’est joué du 5 au 9 octobre au Théâtre de la Ville.
L’Autre Côté
,  traduction de  Robert Valançay, revue par Christian Hubin, avec des illustrations d’Alfred Kubin, est publié aux éditions José Corti, 38€

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La Cité du rêve. Suite, par Brigitte Rémer

On flotte, comme dans un rêve éveillé, sous la lumière. La salle ne s’éteint pas ou épisodiquement et le spectateur est sous contrôle, comme le sont ces personnages en quête d’utopie, convergence de névroses, dans une ville inventée qui répond au nom de La Perle. Claus Patera, créateur de la ville, ressemble au médecin chef d’un hôtel psychiatrique, car la Cité du rêve tient de l’étrange et du cauchemar. Nous sommes partis pour six heures de piste en pays inconnu, avec boussole aléatoire, dans l’univers d’Alfred Kubin, revu et mis en images par Krystian Lupa où tout pourrit à l’intérieur et tout explose.
De la porte face public, sortent un à un ou par grappes, comme en un lancinant ressac, les personnages du tableau qui se construit sous nos yeux, classiques et maîtrisés au début, échangeant des conversations où il est question de conventions passées avec l’imagination ; plus décalés, voire décadents, sur la fin, étalant leurs fantasmes sensualo-érotico-conjugaux qui troublent notre perception de la réalité et de la lecture, sommes toutes confuse des personnages.
Côté jardin, autre protagoniste : la fenêtre, qui s’ouvre et qui se ferme, vieux réflexe ou ressassement, appels d’air nécessaires et d’où l’on entend, au début, la rumeur d’une fête nationale non identifiée, comme le dit le personnage au profil de rockeur.
Un roi nu, vêtu de ses seules chaussures de montagne, à la recherche d’un espace vide, répond à la question : – Qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que vous faites ? par : – Rien ne va avec les chaussures, c’est mon costume… Obsession du regard et photo collective, de la salle au plateau, et du plateau à la salle. Sur grand écran, le public (nous) a disparu, au profit de fauteuils vides. Ils (le public) nous observent, dit un personnage. Un singe occupe les écrans.

Début du second tableau, dans son lit-cage type clinique, cette femme qui attend : Je vous vois et je parle parce que je suis seuleJ’attends qu’il rentre… Angoisses, agitation, délire. J’ai peur des mots.. Suit un long dialogue sans tendresse avec son époux, artiste peintre de référence (comme l’est l’auteur, Alfred Kubin) et protagoniste du spectacle, nous le découvrons tardivement, sur la raison d’être dans cette Cité du rêve : Personne ne s’enthousiasme pour cette ville, reconnaissent-ils. Ici je ne compte pas. J’ai l’impression qu’on nous regarde, dit-elle. Et l’on retrouve, de manière récurrente, les mêmes angoisses paranoïdes.
Lui, de profil, dos à la fenêtre, se réflète dans un miroir posé au sol, qu’il jette ensuite au pied du lit : Regarde-toi, Mamma Roma ! Jeu de dédoublements, mots valant insulte de prostitution, car ce n’est pas, pour Lupa, Pasolini la référence, mais bien Fellini et ses monumentales fresques que sont Fellini Roma ou huit et demi, mêlant réalité et fantasme.
Ami  de Claus Patera, ce créateur d’utopies qui avouera au cours du troisième tableau être un affabulateur, untricheur, le couple se croyait venu dans la Cité où l’homme pourra vivre la vie pour laquelle il est fait intérieurement. Patera au final les a tous floués, ils en font le constat, croyant devenir Dieu. Il n’est ni homme, ni Dieu et piège tout le monde, dans ce lieu d’où on ne part pas. Anomie, décadence, folie et mort, sont au cœur du troisième tableau, comme une apocalypse, et dans mon cerveau règne le vacarme…dit l’un d’entre eux. Chaque personnage se révèle, particulièrement les femmes dont on tente de suivre la trajectoire fragmentaire depuis le début du spectacle, et qui offrent en pâture leur libido. La vie s’en va…
Il serait intéressant de comparer cette version du spectacle de Krystian Lupa, très visuelle, avec la lecture qu’il avait faite de l’œuvre de Kubin, en 1985. Les murs d’images dans lesquels il nous enferme, donnent une force au propos et cimentent l’ensemble, par ces glissements d’images du comédien à l’écran.
Fellini d’ailleurs, maître à filmer, survole le spectacle à plusieurs moments, au sens figuré comme au sens propre dans le final, quand le réalisateur soi-même, du haut d’une nacelle, filme le plateau comme un hollywoodien, rupture d’avec ce qui précède et détricote d’un coup ce qu’on essaie de tricoter depuis plus de six heures, à la recherche du sens perdu. Là, on débranche, quand Lupa nous confisque brutalement ses visions d’obsession et nous floue, à notre tour. On ramasse nos imaginaires et on s’en va.

Brigitte Rémer



Le sexe faible ?

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Le Sexe faible ?
direction artistique d’Heidi Brouzeng, mise en scène de Lionel Parlier

Le point d’interrogation est bienvenu. Dans ce cabaret égalitaire, il n’y a pas de « sexe faible », ni femmes fragiles ni hommes menacés dans leur virilité, mais une petite bande d’humains qui se débrouillent avec les poids et haltères de la vie, qui en ont pris plein la figure, et ce n’est pas fini, ils le savent et font avec. Musique rock (et autres), costumes plutôt moches -expression d’un destin commun-, vitalité formidable et humour très sérieux.
Car on est en bonne compagnie. Qui parle ici des femmes ? Des femmes, avant tout : Marguerite Duras, Virginie Despentes, Alina Reyes, Griselidis Réal, Sévenrine Wutke (et quelques hommes aussi : Jean Eustache, Pierre Louÿs…). Et ce n’est pas de la « littérature » : on est ici à la source de leur écriture, la vie, le vécu féminin qu’elles ont mis en mots.
On n’est pas ébloui par l’écriture, on est emmené par la vérité de cette écriture, ce qui est autrement important. Elles ont vu juste, et les comédiens, hommes et femmes, de ce cabaret savent le dire, là, sur le lieu même de la vérité. La poésie du spectacle vient de là, naïve et brute de décoffrage : quoi que fassent les acteurs –une contorsionniste nous offre un très beau moment de silence -, il le font au plus près d’eux-même, non d’un ego quelconque, mais de leur-notre-situation d’hommes et de femmes sur la terre. Rien que cela.
Beaucoup d’acteurs disent « se mettre en danger » sur scène. Ceux-là nous disent, avec beaucoup de simplicité, des dangers que nous partageons tous. Eh oui, tous les sexes sont faibles. Savoir cela ensemble a quelque chose de tendre et de réconfortant. On en deviendrait presque fort…
Nous sommes bien dans les codes du cabaret, et en même temps face à un objet surprenant, original, libre dans sa forme, cru, sain, et profondément féministe , en ce qu’il nous donne un moment d’égalité entre hommes et femmes.

Christine Friedel

Théâtre de l’Echangeur jusqu’au 15 octobre – 01 43 62 71 20 -

Déjeuner chez Wittgenstein

 Déjeuner chez Wittgenstein de Thomas Bernhard, mise en scène d’Habib Naghmouchin.

Déjeuner chez Wittgenstein  photolot-witt15

© Laurencine LOT

C’est l’une des dernières pièces(1984) et l’une des plus connues du fameux dramaturge autrichien mort en 89, et sans doute l’une des plus appréciées du public. Le titre original est  Ritter, Dene, Voss, du nom de trois acteurs fétiches de Thomas Bernhard. Mais l’éditeur a préféré celui-ci…
On est à Vienne, et deux sœurs ont préparé un déjeuner pour fêter le retour- sans doute provisoire- de l’hôpital psychiatrique,  de Ludwig, le fameux philosophe, chez ses deux sœurs à qui leur père  a légué 51% des parts d’un théâtre. cadeau quelque peu empoisonné… et qui n’a pas dû faciliter leur carrière de  comédiennes. Elles ne jouent en effet  presque pas, et sont  bien entendu, jalouses:  » Tu es meilleure que moi mais la chance a été de mon côté, dit la plus âgée à l’autre, quand elles ne commencent pas à dégoiser sur leur frère, qui a distribué tout son argent aux voyageurs d’une gare: allusion évidente à Wittgenstein, héritier d’un riche père industriel qui avait donné la plus grande partie de sa fortune à des artistes et écrivains, entre autres Rilke et Trakle…

Ce déjeuner est une occasion de de se retrouver tous les trois, même si elle n’ont pas de mots assez durs l’une envers l’autre , et si leur frère, sans doute génial, est un être des plus caractériels devant lequel elle filent doux, ce qui ne les empêche pas aussi d’en dire du mal.
La plus âgée des deux sœurs met le couvert avec une certaine maniaquerie: nappe blanche, couverts en argent disposés avec le plus grand soin, verres à pied qu’elle essuie avec soin, dans une sorte de rituel où il faut que tout soit parfait. Sa sœur lit le journal mais on sent la tension  monter de plus  en plus entre ces deux personnages qui n’ont jamais eu grand-chose à se dire dans cette salle à manger sinistre  où rien n’a changé depuis le décès des parents.Il y a, posés sur deux chevalets, leurs portraits peints. Ce qui ne plaît pas du tout au philosophe qui leur  dira en hurlant que l’hôpital psychiatrique est son seul véritable foyer familial.
  Le déjeuner est prêt, et ce qui pouvait être un moment de retrouvailles familiales avec ce  frère philosophe aux limites de la folie mais attachant, va virer au monologue/règlement de comptes comme seul Thomas Bernard sait les orchestrer dans ses pièces et romans. Et ils mangent donc  tous les trois; les deux sœurs presque en silence: tranches de melon, morceaux de viande frite, salade,  et profiterolles, le dessert favori  de  leur frère qui, lui  monologue, en proie à une violente colère qui ne cessera de croître. Et, à la fin du repas, il enverra assiettes, verres et nappes par terre. On retrouve ici cet exorcisme étonnant  que Thomas Bernhard, dans ses pièces comme dans ses  romans,  n’a cessé de pratiquer, en réglant  ses comptes avec la famille:  » Tout ce qui avait ici quelque valeur a été noyé sous les soupes et les sauces ». Avec aussi l’Autriche, qu’il détestait mais où il n’a cessé de vivre, presque reclus dans un chalet montagnard près de Vienne.En laissant pour consigne absolue dans son testament, l’interdiction de faire jouer ses pièces en Autriche. Interdiction qui fut levée par ses héritiers…
Bernhard,  dramaturge réputé et couvert de prix, s’en prend aussi, via son personnage,  au théâtre contemporain: « Je hais le théâtre:  rien de plus répugnant pour moi ». Comme à la peinture: « Ma mère était une très belle femme mais  les portraits sont toujours mal peints »,  et il voudrait que les murs restent nus. Le philosophe a aussi horreur des caleçons longs et moelleux que sa sœur lui a achetés… Bref, rien n’est dans l’axe et ce huis-clos se termine, plus qu’il ne finit, par cette constatation désabusée sur l’existence : « On est mieux, dit-il,  dans son lit quand les après-midi sont pluvieux ».
Ce huis-clos, malgré les apparences, n’est pas si facile à monter. Habib Naghmouchin l’a mise en scène dans ce lieu intime qu’est cette ancienne fabrique de boutons de nacre où il est en résidence. Trois rangs de fauteuils pour quelque trente spectateurs, pas de scène, et dans le fond, derrière des portes coulissantes, une vraie cuisine. C’est un travail, on n’ose pas employer le mot « honnête », le mot qui tue dirait notre amie Edith Rappoport mais assez  inégal. Le début du début du spectacle, faute de rythme, d’éclairage correct (un lustre qui éblouit), et de véritable direction d’acteurs, n’en finit pas de commencer. On entend mal Geneviève Mnich et Cécile Lehn semble, elle, quelque peu absente. D’où une une certaine torpeur qui s’empare du plateau.
Mais, quand Eric Prigent entre, le pas comme incertain,  le visage des plus inquiétants,  tout d’un coup, les mots de Thomas Bernhard tapent sec. C’est un véritable festival du langage qu’il emploie avec, à la fois, précision et  lyrisme. Et le  délire est atteint, quand le philosophe, en proie à une violente colère, envoie valser par terre  nappe,  verres et  assiettes. Et c’est d’autant plus crédible que l’on est seulement à quelques mètres et tout à fait impressionnant de vérité.
Alors à voir? On  oubliera le début (qu’on peut sans  doute améliorer) mais  ces 80 minutes peuvent mériter le déplacement, si l’on ne connait pas la pièce…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Boutonnière 25 rue Popincourt  75001 Paris Métro Voltaire jusqu’au 27 octobre.

Le texte est édité chez L’Arche Editeur comme le Théâtre et les romans  de Thomas Bernhard.

Trois jours aux Francophonies en Limousin

Trois jours aux Francophonies en Limousin

Trois jours aux Francophonies en Limousin photo-1Deux miroirs magiques campent sur le Champ de juillet, plaçant le festival au cœur de la ville, face à la gare de Limoges.L’un est le QG: restaurant, librairie, bar et  lieu de rencontres  des artistes et des festivaliers. L’autre chapiteau accueille concerts et spectacles gratuits. À partir de ce lieu central, on arpente les rues labyrinthiques de Limoges, car le festival s’éclate sur plusieurs plateaux et quatre continents. Les moins sportifs bénéficient de navettes, dommage pour la promenade.
Du 27 septembre au  6 octobre , toutes les Francophonies ont été au rendez- vous, de Madagascar à la Caraïbe ; du Québec à la Belgique et à la Suisse, en passant bien sûr par l’Afrique. Un kaléidoscope de styles et de formes aussi : théâtre, danses, performances, lectures, expositions, musiques…Les écritures sont le centre névralgique du Festival avec la Maison des auteurs qui invite des écrivains en résidence et organise des rendez vous littéraires.

Petit échantillon en forme d’itinéraire de ce qu’on a pu voir en trois jours.

Jeudi 4 octobre: A Expression 7, petite salle en étage ouvert par la Cie Max Eyrolle  en  1977 avec  Terre Rouge de et par Aristide Tarnagda. Burkinabé, l’auteur se fait l’interprète d’un poème dramatique à deux voix. Celles de deux hommes : l’un déplore l’absence de son frère, sur sa terre rouge autrefois luxuriante  mais aujourd’hui vouée aux saccages de la mondialisation,  ; l’autre parle de son exil, de la froide solitude des bars et du métro parisiens. La langue poétique et lancinante est orchestrée avec rigueur par Marie-Pierre Bésanger. Deux musiciens blancs dialoguent avec la voix et la présence puissantes de l’auteur-acteur.
Ils restent un peu trop en retrait pour qu’advienne une véritable polyphonie, mais on ne peut que saluer le compagnonnage de longue date d’une compagnie corrézienne avec un auteur de Ouagadougou.
Un tout autre univers prévaut à Jean Gagnant, l’un des 5 centres culturels municipaux de Limoges situé derrière la gare.Une grande salle, un grand plateau pour un ambitieux parcours théâtral. Avec It’s my life or I do what I want , conçu et interprété par Guy Dermul et Pierre Sartener.
Sous forme de  conférence, preuves et documents à l’appui, ils retracent et illustrent la vie mouvementée de Willem Kroon, artiste néerlandais d’avant- garde aussi génial que méconnu. En Pologne, il écrit Akropolis Akropolis pour Grotowsky ; en Italie, participe au mouvement Arte Povera ; à Londres,  il monte En attendant Godot dans un parc, sous un grand arbre verdoyant,  ce qui le brouille avec Beckett.
Plus tard, il réalisera Trenches, premier spectacle hors champ,  sans acteurs! qui évoque l’enfer des tranchées : les balles ( de tennis) pleuvent dans le no man’s land d’un plateau envahi de gaz. À Avignon, il monte un spectacle minimaliste avec Louis Wolfson, auteur du Schizo et les langues (Gallimard 1970)…Les deux compères nous baladent joyeusement dans le monde loufoque d’un canular de grande envergure,  avec la verve surréaliste dont les Belges ont le secret .

Vendredi 5 octobre au bar d’Expression 7, petite salle conviviale en forme d’arène avec  Le collectif des collectifs d’auteurs, Marie-Agnès Sevestre, la directrice du festival,  ouvre au public les coulisses de la programmation  de cet événement qui fêtera ses 30 ans en 2013. La parole est aux auteurs, à qui elle demande d’inventer une manifestation collective. Dans plusieurs pays, ils  se sont organisés en collectifs pour un partage et des gestes artistiques solidaires. Certains sont présents à cette réunion de travail, venus de Suisse (Nous sommes vivants), du Québec  (Festival du jamais lu) , de France (La Coopérative d’écriture) , du Burkina, de la République démocratique du  Congo, des Comorres. Les propositions fusent. Ludiques. Festives. Pour inscrire les écritures au cœur de la cité et au plus près de la population. À suivre…
 A l’Espace Noriac, un immeuble du XIXe siècle acquis par le Conseil général en 1989, dont la salle de spectacle se situe dans une ancienne chapelle  avec   45 Tours,  chorégraphie de DeLaVallet Bidiefono, texte et musique de  David Lescot. Dans l’espace circulaire du chœur, le Français et le Congolais s’affrontent en combat singulier en 15 rounds de trois minutes : comme les 15 plages d’un disque. Soit la guerre comme mode d’approche et de connaissance de l’autre. Les mots de l’auteur dramatique et ses instruments de musique contre la danse. Corps-à-corps de gestes, de paroles, d’incantations : on tourne, on échange les rôles, on ne sait plus qui est le chorégraphe et qui est l’écrivain. C’est du sérieux,  la guerre, mais ici c’est aussi pour rire. 45 minutes de plaisir.
Mais le festival s’exporte aussi dans la région, à Guéret, Uzerche, ou encore à Aixe-sur-Vienne à quelques kilomètres de Limoges au bord l’affluent de la Loire. Au centre culturel Jacques Prévert , tout beau tout neuf, une petite salle confortable accueille les spectateurs avec, pour chacun, son nom sur  un fauteuil, comme à un repas de noces .
Au programme: Chiche l’Afrique de Gustav Akakpo, qui  nous convie en effet aux ébats du couple Françe-Afrique. Sous forme d’une conférence de presse où s’expriment tour à tour des chefs d’Etat français et africains. On découvre chez l’auteur togolais d’À petite pierre, un véritable talent de conteur, de comédien et surtout d’imitateur. Il prend les accents et les mimiques d’un Pasqua, Mobutu, Sarkozy, Compaore, Sassoun Guesso, Chirac… Tel un Bedos africain, il dénonce la corruption, l’hypocrisie, les dérives autocratiques et les crimes des uns et des autres. On souhaite à ce spectacle une large diffusion.

Samedi 6 au bar du Théâtre de l’Union. Le bâtiment, classé au patrimoine mondial, ancienne salle des fêtes de l’union des coopérateurs, qui  a été rénovée, est  devenue le théâtre du centre dramatique national. Avec L’association Etc Caraïbes basée en Martinique qui révèle des écritures dramatiques des Caraïbes : un espace multilingue qui va des Antilles au Venezuela. Rencontre avec deux écrivaines,  dont Philippe Delaigue a su mettre en lecture les deux pièces sans brider l’énergie de ces langues.
La Médaille de Marie-Thérèse Picard met en scène dans une écriture imagée, deux enfants traquant au bord de la rivière les monstres qui les apeurent. Avec Les Muses, Apolline Steward exerce ses talents de conteuse en faisant  vivre trois sœurs bien dangereuses que les hommes n’ont pas intérêt à approcher de trop près : le créole contamine le français sans vergogne.. Il y a aussi Bloc Notes : Syrie, installation de Catherine Boskowitz. De petites vignettes sagement alignées, images en lambeaux, vues des villes défoncées déglinguées. Un parcours compassionnel dans les ruines de la Syrie en guerre.
Aux Miroirs magiques, il se passe toujours quelque chose : notamment, autour de la librairie avec une       Rencontre avec Mamadou Mhamoud N’Dongo pour son roman Remington (Gallimard, 2012). Miguel, au soir de ses quarante et un ans, revient sur des années d’une vie tumultueuse et dissolue ; un portrait de la société urbaine occidentale. Écrivain, musicien, cinéaste, Mamadou Mhamoud Ndongo procède par courts chapitres, dans une langue rythmée et aigüe .Un auteur à découvrir! Et Cantate de guerre de Larry Tremblay a fait l’objet d’une remise du prix de la dramaturgie Francophone de la SACD : interviewé par son éditeur Emile Lansman, un des piliers du festival, l’auteur et romancier québécois, auteur de seize  pièces explore, dans un poème dramatique d’une grande musicalité, les mots de la haine, précurseurs de la guerre.
Retour au Théâtre de l’Union avec Cosmos, mise en scène et scénographie de  Dorian Rossel.  Cela commence par des lueurs de briquets et des chuchotis dans le noir et  se termine par un grand tohu-bohu. Mais la tentative de la jeune compagnie helvétique Super Trop Top d’habiter le vide sidéral du plateau tourne court.En effet, entre théâtre sans parole, danse, théâtre d’objets, le spectacle a du mal à trouver sa forme et son rythme, sauf dans un final assez réussi ou toutes les composantes du plateau se mettent enfin en branle. Laissons à ce jeune metteur en scène, dont le talent pour la scénographie est ici incontestable, l’excuse d’avoir choisi le propos trop ample de l’individu face au cosmos.
En plein air devant les miroirs magiques pour  un concert de clôture avec Jupiter and Okwess international. Jupiter porte fièrement l’étendard d’un style musical qu’il a lui-même créé , le Bofenia Rock, donnant à la musique traditionnelle du Congo des accents urbains proches de la soul et du funk. Malgré la pluie qui s’est abattue sur Limoges, chant, guitares et percussions- ambiance!- résonnent dans la ville endormie. Et l’on peut toujours se mettre à l’abri au bar. On dit que la pluie porte bonheur… Souhaitons donc longue vie à ce festival  et un joyeux anniversaire  pour ses trente ans, l’année prochaine.

Mireille Davidovici

QUELQU’UN DEHORS, MOI NULLE PART

Quelqu’un dehors, moi nulle part de Sonia Willi, mise en scène d’Anne Monfort.

QUELQU’UN DEHORS, MOI NULLE PART index1Artiste associée au Granit-Scène nationale de Belfort de 2007 à 2010, Anne Monfort crée Laure,  spectacle repris au Paris-Villette en 2008. Elle  commencera à travailler sur sa propre écriture, en lien avec des formes plastiques, avec Next Door; elle  investit des appartements vides, en s’inspirant  des films de Godard et en  adaptant  des textes de Balzac et d’Ulrike Meinhof.
Nous l’avions découverte avec Les Lettres à Annie Besnard, une correspondance saisissante avec Antonin Artaud, interprétée sur un plateau immaculé par Laetitia Angot et Pénélope Michel, violoncelliste,  au Colombier en 2009 (voir Le Théâtre du Blog).

Elle poursuivra sa recherche pluridisciplinaire sur l’expression de l’intime et du politique, en écrivant des textes  conçus spécialement  pour des formes scéniques. Comme:  Si c’était à refaire,(2010) qui traite de la notion de responsabilité pénale et juridique.Puis elle conçoit et met en scène un diptyque intitulé Notre politique de l’amour,  montage de  théâtre, performance et musique, où elle fait coexister  des personnages avec différents degrés de jeu et non-jeu.
A la Halle aux Grains-Scène Nationale de Blois, Anne Monfort a créé  cette année  Les fantômes ne pleurent pas, spectacle où deux versions d’une même histoire sont présentées à deux groupes distincts de spectateurs, et Quelqu’un dehors moi nulle part de Sonia Willi. Emma, erre entre son monde intérieur et le monde réel, des figures issues de son cerveau s’invitent dans son quotidien. Apparemment femme mariée vivant heureuse avec son époux et ses enfants, elle se retrouve en fait confrontée à une Dame qui la tyrannise, un homme-femme cantatrice…
La pièce, dit Anne Monfort  » emmène le spectateur dans un monde où l’on peut se trouver dissout dans la réalité, où la perception de soi n’est parfois pas différente de la perception des objets, où il n’y a pas de frontière entre l’intérieur et l’extérieur. Ce monde, qui est le nôtre, celui de nos fantasmes, de nos projections, de nos évitements, glisse du merveilleux au sordide. On est fragmenté, on tente de se réunir.
Sonia Willi jouer sur le seuil, la limite entre situations réelles et fictives pour évoquer un état de perte de repères, d’identité, de définition de soi en fonction de l’autre. Le plateau est le paysage mental du personnage principal, avec des principes d’images récurrentes, d’associations oniriques, afin d’amener le spectateur au plus près de ces décalages du réel.(…) Entre la fiction de l’écriture et la réalité du plateau, des images se créent, comme un fil conducteur onirique qui tente d’amener une cohérence dans nos personnalités éclatées. Sonia Willi a écrit au cours des répétitions, accompagnant l’évolution du dispositif scénique et pour ces acteurs ».

Mais nous avons eu du mal à suivre les dédales de cette pièce pourtant attachante, jouée par  deux  acteurs et une actrice qui  tourne autour de cette  jeune femme Emma, qui reçoit plutôt sèchement son mari  qui revient  de son  travail;  leur enfant est couché, elle a déjà mangé, lui dit-elle, et  il peut se faire cuire ce qu’il veut… Il y a la visite de deux voisins dont l’un est thanatopracteur;  Emma est redevenue une enfant de douze ans; dispute conjugale, et les visiteurs sont renvoyés…
On se perd quelque peu dans les dédales de cette écriture, sans pour autant s’ennuyer.

Edith Rappoport

Théâtre du  Colombier de Bagnolet, spectacle présenté du 3 au 7 octobre.

Müller Machines

Müller Machines muller-machine-c-b-logeais-maison-de-la-poesie
Müller Machines
de Heiner Müller,  traductions de Jean Jourdheuil, Jean-Pierre Morel, Jean-François Peyret et Heinz Schwarzinger, mise en scène et musique de Wilfried Wendling.

« Spectacle résolument transdisciplinaire, faisant s’affronter et correspondre tous les arts du plateau-théâtre, musique, danse, cirque ainsi que la vidéo. la multiplicité des plans et des temporalités-spectacle vivant et images projetées, horizontalité et discursivité assumées par le comédiens, verticalité et sensoralité apportées par la danse aérienne et la musique-rend compte de l’esthétique et de la dramaturgie propres aux textes de Heiner Müller, poète et dramaturge allemand (1929-1985):  volonté de fragmentation et de convergence tout à la fois; mise en scène des déchirures de l’Histoire, et volonté d’en recoller les morceaux ».
C’est le credo de base de Wilfried Wendling, compositeur,  metteur en scène et vidéaste,  qui s’est servi de trois textes d’Heiner Müller: Paysage sous surveillance, Libération de Prométhée et Nocturne et de la musique, pour faire théâtre comme disait Vitez, tout en  donnant surtout la part belle  à la musique électronique, à la lumière comme instrument et à la danse aérienne. Le propos ne manque pas d’ambition. Reste à savoir si cette esthétique quand même assez prétentieuse dans les termes employés, apporte quelque chose aux textes poétiques de Müller…
Il y a d’abord un long noir  et le silence pendant quelques minutes puis une faible lumière que l’on peut discerner à travers des rideaux de fil blanc: la scénographie, et  la création lumière que l’on doit à Anne Leuridan, sont d’une indéniable beauté. On entend des sortes de ronflements légers, des craquements tout à fait impressionnants et  la voix de Denis Lavant, grave et rauque disant Heiner Müller. Puis l’on aperçoit les gestes fluides et l’impeccable gestuelle de la danseuse aérienne Cécile Mont-Reynaud qui semble se perdre dans les fils verticaux. Et cela donne naissance à de très belles images. Kasper T. Toeplitz est aux manettes  électroniques, et joue de la basse et des percussions.
Denis Lavant, lui, pantalon et gilets noirs, pieds nus,  a la diction impeccable qu’on  lui connaît. Mais décidément, quelques jours après le spectacle consacré à Pierre Michon et mis en scène par Sandrine Anglade, on a affaire un peu aux mêmes paramètres: comédien en solo pieds nus, avec micro HF disant un texte, beaux éclairages, rideaux de fil ou de tissu, musique en permanence ou presque…
Quelle est ici la relation exacte entre justement la musique, la danse aérienne, quelques images vidéo de nuées qui passent, et des  textes proférés via, une fois de plus, un micro HF, ce qui n’arrange pas les choses. Certes, Denis Lavant donne beaucoup de lui-même oralement et  gestuellement. Mais, quand enfin,  il ne hurle plus et parle sans micro, on entend beaucoup mieux le texte, et il y a comme une plage de repos bienfaisante après cette surdose  permanente de musique électronique d’un très haut  niveau sonore, avec des basses qui font mal au ventre au sens strict du terme.
Vers la fin, quand Topelitz tape à bras raccourcis sur une grosse caisse, cela devient même franchement insupportable…
Alors la temporalité, la transdisciplinarité, l’horizontalité, la verticalité, la sensoralité, la discursivité, la radicalité de la démarche (sic)  annoncées  plus haut  font pschitt, comme dirait notre ex-Président de la République. Avec tout ce fatras de termes qui se veulent sans doute avant-gardistes, on  voudrait nous faire croire que l’on est en pleine recherche théâtrale!
Mais on se dit, quitte à se répéter quelques jours après avoir vu l’adaptation du Roi du Bois de Pierre  Michon, que les textes de Müller auraient été bien  mieux servis par Denis Lavant, formidable comédien, officiant seul sur un plateau avec quelques belles lumières. Il semble que ce soit une mode actuelle que de vouloir à tout prix faire passer le sens d’un texte avec d’autres expressions artistiques (danse, vidéo,cirque,etc.. et surtout avec une soumission de plus en plus grande  aux technologies les plus pointues…

Tout se passe comme si l’expression théâtrale n’arrivait plus à se suffire à elle-même et qu’il fallait, à tout prix, lui fournir quelques béquilles? Sans doute, n’est-on plus au début du 20ème siècle, et le spectacle vivant a beaucoup évolué.  Mais il semble que le  grand mirage du théâtre total est encore de retour , à moins que ce ne soit  le retour du grand mirage  du théâtre total!
Pas si sûr qu’Heiner Müller, pourtant chercheur infatigable de nouvelles formes dramaturgiques et que nous avons un peu connu, aurait été tellement  d’accord avec le traitement infligé à ses textes. Après un début intéressant, on sort quand même un  peu essoré et pas très convaincu par ces 80 minutes d’un spectacle finalement décevant.
Enfin, si vous voulez tenter l’expérience, libre à vous…. Mais ne venez pas vous plaindre après!

Philippe du Vignal

Maison de la Poésie jusqu’au 28 octobre.

Que faire de Mr. Sloane

Que faire de Mr. Sloane de Joe Orton, adaptation de Vanasay Khamphommla, mise en scène de Michel Fau.

Que faire de Mr. Sloane charlotte-de-turchkeim-et-gaspard-ulliel-que-faire-de-mr-sloane-lot

Cela se passe à la Comédie des Champs-Elysées qui va fêter son centenaire! Et qui fut le théâtre de Louis Jouvet… Joe Orton, le nom de ce dramaturge anglais ne dira probablement rien à la majorité de nos lecteurs. Assassiné en 67 par son amant, qui était jaloux de sa renommée et à qui il avait dédié la pièce, il fêterait ses 80 ans l’année prochaine. Que faire de Mr. Sloane, dès qu’elle fut créée en 64, connut le scandale mais reçut le prix de la meilleure pièce au London Critics Variety.
Etre homosexuel à l’époque était encore passible de poursuites judiciaires dans le pays de sa gracieuse Majesté Elizabeth! Et fort mal vue en France. La pièce a, depuis, souvent été représentée, et notamment chez nous, sous le titre Le Locataire.
C’est sur un thème bien connu au théâtre: l’arrivée dans une famille d’une sorte d’ange exterminateur qui va bouleverser la vie d’une famille qu’ Orton a  fondé l’histoire d’un jeune homme de vingt ans, Mr. Sloane qui débarque un jour chez Kathy pour lui louer une chambre. Kathy, la quarantaine, habite avec son père une pauvre maison dans la banlieue de Londres. Tout de suite ou presque, elle se prend de passion pour ce beau jeune homme inquiétant, et on la sent prête à tout pour qu’il veuille bien lui faire l’amour. Quelques mois plus tard, elle finira par avouer qu’elle est enceinte de lui…
Mais, dès le début, les choses ne sont pas du tout dans l’axe: le père âgé de Kathy accueille en effet Mr. Sloane avec la plus grande méfiance. Il lui dit tout de suite qu’il semble reconnaître en lui le meurtrier de son patron photographe. Ce qui introduit un drôle de climat et qu’évidemment le jeune locataire va nier .
Arrive alors, Eddy, le frère de Kathy, qui a  de faux airs de respectabilité: blazer bleu foncé à boutons dorés et cravate rouge rayée, qui possède une petite entreprise. Même s’il a bien compris les intentions de sa chère sœur, il  va sans aucun scrupule draguer Mr. Sloane.Des quatre personnages, seul le père âgé mériterait quelque compassion. C’est la victime désignée d’un chantage auquel le soumettra Mr. Sloane, aussi veule que sadique. Mais, victime des ses violences physiques, le papa meurt  d’un arrêt cardiaque. Ce qui va évidemment compliquer la vie des trois . Même si Eddy, pragmatique et cynique, arrive à reprendre la situation en mains.

 » Dans un monde dirigé par des fous, tout ce qu’un écrivain peut faire, écrivait Joe Orton avec lucidité, c’est rapporter les agissements des fous et de leurs victimes. » Effectivement, ici, la perversité des propriétaires n’a d’égal que celle du locataire. On baigne dans le glauque, le cruel, la grande pauvreté, et le chantage sexuel sur fond de sadisme; on est au-delà de ce que l’on appelle d’ordinaire la mauvais goût. C’est une sorte de farce à la fois sinistre et drôle qui s ‘affiche comme telle et qui fait quand même parfois rire, où les personnages sont tous les trois sont emportés dans une sorte de délire sexuel…
Joe Orton s’amuse visiblement avec le langage de ses marionnettes-les dialogues sont d’une vulgarité et d’un cynisme cinglants- et il n’hésite jamais à en rajouter une louche , quitte à  s’offrir un mot d’auteur facile. Ce qui donne à la pièce des airs de boulevard, alors qu’elle mérite mieux que cela.
Elle n’ a en effet pas si mal vieilli, même si elle a bien des longueurs, du moins dans l’adaptation qu’en a faite Vanasay Khampommia. Et, malgré une certaine tendance au bavardage, les dernières scènes, avec ce chantage réciproque entre trois pitoyables salauds qui ne voudraient jamais se l’avouer, sont d’une grande force, habilement traitées cette fois par Michel Fau. Il y a même, à ce moment-là, comme une parenté avec Pinter.

Reste à savoir comment on peut monter la pièce , cinquante ou presque après sa création. Michel Fau, sublime acteur, n’a pas vraiment réussi son coup; il a choisi de réunir comme il dit  » de fortes personnalités »… On veut bien, mais s’il se dirige  très  bien dans le rôle d’Eddy, il laisse la bride sur le cou aux autres comédiens, et la  mise en scène a quelque chose d’un un peu cahotant. Charlotte de Turckheim, applaudie dès son entrée en scène (on est dans le théâtre privé), en fait des tonnes dans ce rôle pas facile de femme vulgaire, frustrée et érotomane. Ce qui est sans doute une erreur et qui finit par rendre peu crédible son personnage.Il y a un second degré que l’on aurait bien aimé percevoir dans son interprétation mais n’est pas Jacqueline Maillan qui veut! Jean-Claude Jay, grand acteur vitézien, fait le boulot sans être vraiment à l’aise. Quant à Gaspard Ulliel, que l’on a vu davantage dans des séries télé et au cinéma, il semble avoir bien du mal, surtout au début, à prendre ses marques sur un plateau de théâtre.
Mais il y a un petit bijou : la scénographie hypperréaliste et d’une grande intelligence de Bernard Fau qui aide beaucoup les choses. Imaginez une cuisine/salle à manger des plus minables avec un authentique mobilier des années cinquante, table basse en faux bois, chaise avec siège et  dossier en vinyl rouge, tabouret recouvert de peluche synthétique , canapé à fleur usé, placards crème qui n’ont pas vu la peinture depuis longtemps, sous un plafond sale qui porte les stigmates de fuites d’eau, une cheminée avec un faux feu de bois, des murs couverts de papier peint et des rideaux d’une accablante tristesse.
Il y a aussi des bibelots tout aussi tristes: la reproduction d’une peinture de tête de cheval dans un cadre en plastique doré, une photo de chat encadrée, des petites porcelaines représentant des Horse Guards… Et une vieille plante verte complètement desséchée. Cerise sur le pudding: Bernard Fau s’est amusé comme un fou avec créer, jusque dans les portes de placard, une inutile perspective! Les fenêtres à guillotine de cette pauvre petite maison donnent sur une décharge, vieux vélo et déchets divers qui ne cesse d’augmenter jusqu’à déborder dans  cette minable salle à manger, métaphore évidente d’une  situation qui se dégrade à grande vitesse…
Alors à voir ? Oui, si vous voulez découvrir l’univers sado-maso de Joe Orton et voir l’excellent acteur qu’est Michel Fau, tout à fait remarquable dans ce rôle de personnage veule qui tire les ficelles. Pour le reste, le compte n’y est peut-être pas tout fait…
D’autant que les places ne sont pas données: de 50 à 20 euros… A vous de décider. (Le tableau de Richard Lindner qui sert d’affiche est sublime).


Philippe du Vignal

Comédie des Champs-Elysées. T: 01-53-23-99-19 jusqu’au 31 décembre.  Du mardi au samedi 20h30 et le dimanche à 16h00

Bienvenue dans l’espèce humaine

Bienvenue dans l’espèce humaine, texte et mise en scène de Benoît Lambert.

Bienvenue dans l’espèce humaine bienvenue-dans-lespce-humaine-benoit-lambert-2-la-villette-2012-thumb-400x266-44832Comme son titre le laisse supposer, l’objet s’apparente à un genre en voie de développement et généralement réjouissant : la conférence théâtrale. Eh ! Oui, l’espèce humaine en question éprouve le besoin relatif de savoir : voir le succès (tout aussi relatif) des cafés-philo, cafés-géo, cafés-psycho, cafés faits (cafés-allitération !) pour exciter l’esprit.
Donc, dans la  salle du théâtre Paris-Villette (qui DOIT rester un théâtre), entrent deux jeunes femmes, vêtues, avec une élégance toute commerciale, de tailleurs-pantalons noirs, chaussées de talons hauts, qui encadrent l’écran de télévision nécessaire à la démonstration. Après quoi, tenant à la main leur thermos de café à usage d’excitation intellectuelle, elles nous mettent face aux multiples interrogations que pose l’animalité de l’homme.
L’homme descend du singe, on le sait, et il a fallu que le singe descende de l’arbre. Comment naît la station debout ? La démonstration est éblouissante. Comment cela provoque-t-il le développement en volume du cerveau ? Magistral. Et comment tout cela conduit à la violence la plus extrême ? Imparable…Les deux filles, la blonde Géraldine Pochon et la brune Anne Cusenier, sont drôles, charmantes, piquantes, et quelques autres adjectifs encore.
Benoît Lambert, coutumier du fait (la conférence fondamentalement politique)  leur a tricoté un langage à la fois familier, pédagogique et précis, comme n‘en emploient ni les professeurs, ni les vendeurs de commerces  « haut de gamme ». Il faut bien que le théâtre invente ses propres formes, ses propres codes, pour décaper ceux du monde.
Une conférence joyeuse sur des choses pas gaies, à ne pas manquer.

Christine Friedel

Théâtre Paris-Villette T: 01 40 03 72 23 – jusqu’au 13 octobre.

Attention, rappel: samedi 6 octobre à 14h30,  rassemblement de soutien sur place au théâtre Paris-Villette.

Le Théâtre Paris-Villette fermé ?

Le Théâtre Paris-Villette fermé ?

Situation effarante : deux bons spectacles se jouent en ce moment au Paris-Villette,  mais le personnel du théâtre et les artistes ne sont pas payés. La Ville de Paris avait averti Patrick Gufflet : d’accord, on vous octroie une rallonge budgétaire pour 2011, mais c’est la dernière fois ! L’administration et les responsables politiques de la culture à la Ville de Paris tapent sur les doigts d’un mauvais élève, le  directeur d’un théâtre dont la fréquentation avait baissé. Peut-être…
Ce que nous paraît juste, à nous qui connaissons ce théâtre depuis l’arrivée de Patrick Gufflet, c’est qu’au minimum (face aux engagements pris avec les artistes) on lui accorde une rallonge pour finir l’année en beauté. Parce que la beauté est son travail depuis des années. Quel laboratoire du théâtre a été, est plus productif que celui-ci ? Nous lui devons la découverte de Yasmina Reza et de Joël Pommerat comme auteurs,  et il a hébergé  Claire Lasne, Pierre Meunier, Isabelle Lafon et sa Mouette actuellement en scène. Et des dizaines d’autres, partis ensuite déployer leurs ailes sur de plus grandes scènes. On arrête là : la reconnaissance de ce travail ne doit pas tourner à l’éloge funèbre…
Au fait, quel autre théâtre municipal de Paris peut revendiquer un pareil bilan ? Une certitude : même si, à un moment, le public n’est pas venu assez nombreux, l’investissement était rentable. Ce n’est pas aux villes d’investir ? C’est à tous les échelons de la puissance publique de le faire, et sérieusement, à commencer par le Ministère de la Culture. En discutant ferme,  s’il le faut avec les responsables d’un théâtre, car il s’agit de bonne gestion de l’argent national. Et en faisant confiance aux artistes et à ceux qui organisent leur travail dans les théâtres. Le tout, dans la transparence la plus absolue: le public, les professionnels du théâtre sont aussi des citoyens responsables.
Quel que soit le bras de fer-s’il existe-entre Patrick Gufflet et la Ville,  le Paris-Villette doit continuer à exister comme théâtre.  Certains  imaginent, semble-t-il  de faire , du site de la Villette, un grand pôle musical avec des  synergies. C’est beau sur le papier…Mais c’est plus beau encore, et plus juste, de faire confiance à la création et aux artistes. Les synergies se font sur le plateau, dans la programmation, et dans la (bonne) surprise.
Qui peut décider, dans la vitalité créatrice et inventive d’aujourd’hui, ce qui est musique et ce qui est théâtre ? Pourquoi vouloir cloisonner par disciplines, l’indiscipline bouillonnante des artistes d’aujourd’hui ?
L’architecture même du Paris-Villette en fait un théâtre : pas de plus beau décor que ces arcades de pierre, palais antique, pays de nulle part, écrin, falaise, écho…Le théâtre Paris -Villette est précieux, il faut que la Ville en prenne acte, et qu’elle  en soit fière.

Christine Friedel

Bien entendu, tous les critiques du Théâtre du Blog  s’associent à Christine et tiennent à manifester leur soutien à Patrick Gufflet et à son équipe.


Le Théâtre Paris-Villette fermé ? dans actualites

Chers amis,

Un théâtre est de nouveau au bord de la fermeture, sa tutelle (en l’occurrence la Mairie de Paris) ayant décidé unilatéralement d’en couper les vivres. Le Paris-Villette a su, d’année en année, malgré sa fragilité financière, s’inscrire dans le paysage théâtral parisien par sa singularité (c’est une des programmations les plus personnelles et singulières de Paris), par sa fidélité aux artistes, par son esprit d’ouverture (combien sommes-nous à avoir pu répéter là-bas, gratuitement, à n’importe quel moment de l’année, en étant vraiment accueillis ?!).
Sous prétexte de la crise (qui a décidément bon dos !), de vouloir transformer tout le site de la Villette en espace dédié à la musique (comme si la musique ne se nourrissait pas des autres arts, et réciproquement !), la Mairie de Paris refuse sans autre négociation de permettre au projet de Patrick Gufflet et son équipe de poursuivre, sinon de développer son action si précieuse en faveur de la création, des artistes et donc du public. C’est un théâtre de plus qui disparaît. C’est un théâtre de moins pour nous tous, c’est un immense espace de liberté qui nous est ôté.
Venez-les soutenir samedi prochain. C’est à nous, artistes, spectateurs, que l’on fait du mal.

Très chaleureusement,
F. Rancillac, directeur du théâtre de l’Aquarium

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