La Supplication

La Supplication, Tchnernobyl, chronique du monde après l’apocalypse de Svetlana Alexievitch *, adaptation et mise en scène Stéphanie Loïk

La Supplication supplication1Ils sont quatorze garçons et filles tout frais émoulus de l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique de Lille. De noir vêtus, ils se déploient en une longue et lente marche funèbre, chœur des rescapés de la plus grande catastrophe technologique du XXe siècle. Svetlana Alexievitch, biélorusse, a été irradiée, Tchernobyl c’est son histoire au même titre que celle de milliers victimes de «  cette guerre par-dessus les autres guerres » .
Comme elle l’a fait avec la guerre en Afghanistan pour Les Cercueils de Zinc, elle a enquêté, rencontré des habitants de Tchernobyl, des soldats et des ouvriers envoyés sur les lieux, qui témoignent de l’indicible, de l’invisible, de l’inconcevable. De ce qui est resté et reste encore un secret bien gardé. Elle a restitué leurs paroles. Et Stephanie Loïk les a portées au théâtre avec ses élèves.

Ici le théâtre se fait le porte- voix de ces « anonymes » et il se démarque d’un documentaire par une sa forme très stylisée.  Les acteurs ne jouent pas les personnages interviewés par Svetlana Alexievitch, le texte est distribué collectivement et ils se meuvent avec des gestes amples, vaste corps multiforme qui se contracte ou se dilate, troupe homogène d’où émerge des figures singulières. Une femme parle des particules de césium dans son jardin. Un soldat survivant du front d’Afghanistan raconte comment il s’est battu contre un ennemi d’autant plus redoutable qu’il est invisible, et une enseignante évoque les enfants pâles, sortes de mutants, imperméables à la poésie de Pouchkine. Une mère supplie que la médecine prenne comme cobaye sa petite fille née avec un corps sans orifices. Ce cortège de morts vivants défile pour témoigner devant une journaliste.

Le spectacle, composé au cordeau, chorégraphié au millimètre, et ponctué de chants russes, est d’une grande rigueur et d’une sombre énergie. Il permet d’apprécier une jeune troupe talentueuse, que le Théâtre du Nord accompagne et soutient au sortir de son école. Il incite aussi à lire le livre de Svetlana Alexievitch paru en 1997 (toujours interdit en Biélorussie paru aux éditions J.C. Lattès et J’ai lu, traduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorrain) ainsi que les Cercueils de Zinc publié en 1991 qui provoqua un véritable scandale dans son pays et Svetlana Alexievitch a été jugée à Minsk pour atteinte portée à la mémoire des soldats soviétiques.

Stéphanie Loïk qui revendique un « théâtre engagé  » dans une forme qu’elle « peaufine depuis des années », estime  qu’«il est important que ce soit par la bouche de jeunes acteurs que Tchernobyl soit dit ». Eux qui n’étaient pas nés le 26 avril 1986.

On peut regretter que le propos en fin de parcours prenne un tour didactique, alors que les paroles de ce drame humain vécu au quotidien sont déjà assez fortes pour alerter et inciter à se questionner sur le nucléaire, quand elles disent l’attitude révoltante des pouvoirs publics quels qu’ils soient à l’égard à des populations.

 

Mireille Davidovici

Théâtre de l’Atalante 7-26 novembre 2012, 10 place Charles Dullin 75018 Paris. Location : 0146061190
Anis gras, 30 novembre-8 décembre. Arcueil. Location :0149120329

 


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