La putain de l’Ohio

La putain de l’Ohio d’ Hanokh Levin, mise en scène de  Laurent Gutmann.

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©Pierre grosbois

Un coin de rue : personne. C’est-à-dire : un vieux mendiant et une putain. Le vieux veut arroser – si on ose dire – avec elle, ses soixante-dix ans.
Dure négociation, pas de rabais, sauf pour le caquet du vieux, qui n’y arrive pas. C’est payé, c’est payé : l’objet de la transaction sera transféré au fils, mendiant lui-même, autrement dit, personne. Sauf qu’on est chez Hanokh Levin, et dans une de ses meilleurs pièces, et que, chez lui, personne n’est personne. Parce qu’ils sont pleins de désirs, ces trois déshérités ( quoique…), surtout le vieux. Pour les deux autres, il s’agit de lui soutirer de l’argent, quitte à le perdre ensuite.
Mais enfin, bien faire la putain – tirer de l’argent -, c’est encore vivre, encore avancer, avoir un but. Mais, avant tout, il y a le rêve du vieux : la putain de l’Ohio, si riche qu’elle peut faire renvoyer le client à coups de pieds aux fesses, si inaccessible que le bouton de sonnette de son portail le met déjà en extase.
Levin n’a rien contre le rêve, et ses personnages non plus. Le rêve, c’est l’illusion éclairée par l’étincelle de la lucidité. Autant dire, le beurre et l’argent du beurre, dans la pire détresse. Nu, entièrement dépouillé, le vieil homme aura encore la joie d’avoir rêvé. Avec ça, on peut mourir, on aura vécu.

Pas de voile, pas dans la dentelle : le texte est très logiquement bite-cul. Sous un panorama kitsch du “rêve américain“ – l’Amérique n’a-t-elle pas colonisé tous les rêves ? -, un terrain vague ; un rail abandonné guide la montée au (septième) ciel, une tente jetée devient le palais des convoitises et de la rhétorique de l’amour… Le décor est rude et onirique comme les mots.
Mais surtout Laurent Gutmann accompagne  trois excellents comédiens:Guillaume Geoffroy, Eric Petitjean et Catherine Vinatier, exactement là où les emmène le texte de Levin: dans une vitalité profonde, sans ironie, sans dérision. Jamais de grimace : l’âpreté de la lutte pour l’argent, pour le sexe, devient un grandiose hymne à la vie.
Politesse du désespoir ? La vie n’est pas tendre, et pourtant, on a envie de les embrasser, ces « affreux, sales et méchants ». Du pessimisme total et joyeux comme celui-là, on en redemande.

Chrisitne Friedel

Théâtre de l’Aquarium jusqu’au 30 novembre.

 

 


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