Les serments indiscrets

Les Serments indiscrets de Marivaux, mise en scène de Christophe Rauck.

Damis et Lucile ont été promis en mariage par leurs pères, de vieux amis qui se sont accordés sur des perspectives heureuses. Mais Lucile qui n’a jamais rencontré Damis, veut profiter de la vie, s’est  juré de refuser ce mariage, ce qu’elle a confié  à sa suivante Phénice qui l’encourage dans cette voie. Mais la rencontre entre les deux promis est une surprise: ils tombent amoureux l’un de l’autre au premier coup d’œil mais  se promettent de ne pas obéir à leurs pères et de refuser leur mariage.
Frontin, le valet de Damis, rêve, lui, d’épouser Phénice, mais suggère à son maître de faire la cour à Lisette, la sœur cadette de Lucile qui fait semblant de lui céder. Les domestiques ne savent plus à quel saint se vouer et s’enorgueillissent de voir que leurs maîtres suivent leurs conseils. Mais après un jeu de cache-cache, les deux amants se retrouvent face à face et grâce à Lisette qui refuse Damis, c’est Phénice qui arrachera à Lucile l’aveu de son amour pour son promis.
La mise en scène subtile de Christophe Rauck éclaire la finesse du verbe de Marivaux interprété par une troupe d’excellents comédiens où Cécile Garcia-Fogel étincelle dans le rôle de Lucile. On pourrait citer toute la distribution, en particulier Sabrina Kouroughli en rusée Phénice et Marc Susini en Ergaste…Les intermèdes musicaux lyriques donnent un éclairage émouvant, en particulier avec la chanson de Brassens, J’ai l’honneur de ne pas te demander ta main. À ne pas manquer…

Edith Rappoport

Jusqu’au 2 décembre, Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis, Tél 01 48 13 70 00

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Archive pour 27 novembre, 2012

Le petit théâtre d’objet des philosophes

Le petit Théâtre d’Objets des philosophes  de Dominique Houdart.

 

Le petit théâtre d'objet des philosophes imageLa compagnie Houdart-Heuclin, fondée en 64, a parcouru le monde entier avec  plusieurs dizaines de spectacles, dans une belle proximité  avec un nouveau public.
Dominique Houdart, généreux maître de marionnettes à la barbe blanche, fait  un filage de son dernier spectacle, avec Jeanne Heuclin, à la Blanchisserie d’Ivry, espace de travail attribué par la ville à un collectif d’artistes issu de l’Hôpital Charles Foix.
Dominique Houdart officie derrière un haut pupitre doté d’un rideau de minuscules pots de terre qui sont à la fois de délicats instruments de musique et des marionnettes manipulées au bout des doigts. Et il déroule de petits panneaux de bois, commençant par Deleuze, passant par Schopenhauer, Pascal, Nietzsche et d’autres. » La barbe ne fait pas le philosophe »: Dominique Houdart énonce avec humour des phrases capitales qui nous reviennent à l’esprit. On rit, on est ému et on voudrait en voir plus !

Edith Rappoport

La Blanchisserie d’Ivry
www.compagnie-houdart-heuclin.fr

Je t’aime, tu es parfait! Change!!

Je t’aime, tu es parfait! Change comédie musicale de Joe Di Pietro, musique de Jimmy Roberts, adaptation de Tadrina Hocking et Emmanuelle Rivière, mise en scène de David Alexis et Tadrina Hocking.

Je t'aime, tu es parfait! Change!! je-t-aime-tu-es-parfait-change-comedie-musicale-les-plus-jouees-a-broadway-gm3utomfuts9ktwajnwajn-300x199Cette « comédie musicale » jouée off-Broadway de 1996 à 2008 ,  n’avait été  jamais encore représentée en France. Il n’y pas, comme c’est habituel dans ce type de productions américaines, une bonne  douzaine d’interprètes avec de nombreux tableaux dans des décors luxueux mais seulement quatre acteurs/chanteurs et,  comme musicien, juste un pianiste sur le plateau.
Pas vraiment non plus de scénario traditionnel mais une suite de tableaux où l’auteur met en scène les différents  avatars que peut avoir la relation amoureuse. Avec cette obsession à la Pygmalion: vouloir façonner l’autre à la dimension et à l’image dont on rêve, avec évidemment au bout l’ échec garanti: flirts de jeunesse,  conflits dans le couple, paradoxes du  mariage,  divorce ou  séparation avec les réactions garanties des deux belles -familles.

Le spectacle fonctionne donc comme suite de sketches à la fois joués, dansés et chantés avec précision et unité, et avec juste avec  ce qu’il faut d’éléments scéniques: quatre  escarpolettes, et des cubes/coffres à éléments de costumes  qui serviront à symboliser  les différents personnages.
Et cela donne quoi? Rien de quelque chose, on l’imagine, qui aurait à voir  avec une comédie musicale traditionnelle où il y a une débauche de costumes, d’effets lumineux et de paillettes.On est ici plus proche d’un cabaret, mais sur  une plus grande scène.Le dialogue est  des plus faciles, avec des effets attendus, parfois proches du boulevard. C’est parfois drôle (mais pas dans le genre vraiment léger!) et le texte  pas vraiment passionnant, exigerait vraiment quelques coupures…
On s’ennuie un peu? Oui, un peu mais pas trop, grâce aux quatre interprètes: Ariane Pirié, Emmanuelle Rivière, David Alexis et Arnaud Denissel qui  possèdent un excellent métier et qui s’en sortent bien… La mise en scène est, à la fois simple et rigoureuse, bien rythmée et  efficace. Mais le plateau  du Vingtième Théâtre n’est sans doute pas le lieu idéal pour ce genre de spectacle: la sonorisation ici rendue nécessaire des voix est  bien réussie mais celle du piano, métallique et trop volumineuse, est  quelque peu éprouvante. ela devrait aller mieux quand le spectacle va émigrer au Théâtre Trévise.

Alors à voir? Oui, mais sans doute plus pour la mise en scène et pour  les interprètes.

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Vingtième Théâtre. Et en décembre, au Théâtre Trévise

Tout un homme

Tout un homme, texte et mise en scène de Jean-Paul Wenzel et Arlette Namiand.

Tout un homme tout-un-homme-de-jean-paul-wenzelIls sont des dizaines de milliers à avoir franchi la Méditerranée pour servir une industrie qui ne devait pas survivre aux « trente glorieuses ». Ahmed, Kabyle né en France mais élevé en Algérie à la charnière de la guerre et de l’Indépendance, quitte son pays à seize ans. Marseille, Paris puis le bassin houiller de Lorraine : la France a besoin de bras, l’aventure tend les siens aux garçons. Des vies ses construisent, » à deux nids » : des deux côtés de la mer, on est  « immigré ».
Dix ans plus tard, c’est la même histoire pour Omar et Saïd, deux copains du Sud-marocain recrutés comme du bétail par un ancien de la coloniale, mais décidés à partir à tout prix : 44 francs par jour et logement gratuit. Passer à tout prix, gagner le tampon vert. Ensuite, on peut imaginer les déceptions, le froid, le bruit furieux de la mine, les dangers et la peur, les catastrophes.

Rien de plaintif ni de revanchard pourtant. Le récit est comme la peau d’une vie – et de milliers de vies- : on y voit des cicatrices, et le sang qui bat. On sait qu’elle cache la silicose et les poumons dévorés, que la retraite du mineur à cinquante ans n’était pas un cadeau! Sensible et pudique, le récit ne cache rien : la guerre d’Algérie, les massacres des guerres civiles, la misère, l’esclavage, mais Wenzel ne monte rien de cela en allégorie.C’est du vécu, qui fait mal, qu’on n’oublie jamais et qui cicatrise, ni plus vrai ni moins vrai que les fêtes, les mariages arrangés mais pas forcés, les joies de la solidarité ( » à la mine, on ne peut pas faire autrement »), la fierté du travail bien fait, les amours, la musique.
Et toujours ce double enracinement déchiré : Ahmed construit une maison au pays, mais sa femme Leïla refusera d’aller vivre dans un village où on lui a jeté pierres et insultes pour y être sortie seule. La femme d’Omar, non plus, n’a pas envie d’aller vivre au Maroc : même s’il lui a fallu du temps, ses racines ont poussé en Lorraine, son mode de vie est celui de la France, ses enfants, diplômés, sont d’ici… Les contradictions d’aujourd’hui –destruction de l’emploi industriel, crise identitaire de la troisième génération- ne font qu’affleurer, dans cette histoire où la retraite coïncide avec la fermeture des puits de mines.
Depuis Loin d’Hagondange, sa première pièce jouée dans le monde entier, suivie de Faire bleu, Jean-Paul Wenzel est comme le porte-parole d’une Lorraine en détresse industrielle. C’est tout naturellement à lui que l’Université de Metz a fait appel pour donner une forme de fiction aux récits recueillis. Avec Arlette Namiand, il a poussé l’entreprise d’un cran, du côté du théâtre et de la parole.
Tout un homme prend logiquement la forme éprouvée et efficace du récit-théâtre, la parole circulant entre comédiens et musiciens. Hammou Graïa, débordant le récit d’Ahmed dans la première partie, nous donne parfois envie de plus de théâtre. Mais on se laisse entraîner par le récit, et la musique toujours présente-virtuose, délicate, et pleine d’humour-dessine un beau décor oriental. La Lorraine aussi nous fait signe, avec le thé à la menthe de l’entracte : cette histoire c’est la nôtre, celle de la France et de ses anciennes colonies qui sont tricotées ensemble, et ce n’est pas du folklore.

Christine Friedel

Théâtre de Nanterre Amandiers T: 01 4614 70 00 jusqu’au 9 décembre
Tout un homme est publié aux éditions Autrement-littérature

Drugs kept me alive

Drugs kept me alive, texte en anglais surtitré, mise en scène et scénographie de Jan Fabre, dramaturgie de Miet Martens, musique de Dimitri Brusselmans.

C’est le premier  de ces  quatre solos, conçus et mis en scène par Jan Fabre,  pour et avec Antony Rizzi. C’est une sorte de performance qui comporte à la fois un monolgue interprété par Antony Rizzi, et des moments de danse. Sur le plateau noir, une table, et trois bacs emplis d’un liquide savonneux et tout autour un périmètre en carré, impressionnant  de centaines de flacons bruns,  pleins de gélules colorées de ou de  molécules  médicamenteuses, gélules  qu’il avale, même parfois de façon gloutonne  comme un enfant le fait parfois avec de délicieux bonbons, ou dont il se couvre le corps. C’est une valse de  choses  au nom bizarre comme Viread, Emtriva, Retrovir, Truada,  etc… Malheureusement bien connus  mais  que Jan Fabre associe à des produits ménagers comme Monsieur Propre ou autres décapants, souvent dérivés comme ces médicaments, de molécules issues du pétrole.
 Et Tony Rizzi, longtemps danseur et assistant de William Forsythe, raconte l’effrayant carrousel de médicaments à prendre au quotidien, seuls ou associés à d’autres, de façon à éluder au maximum le rendez-vous avec la mort dont l’inéluctable ne lui échappe pas un instant… » Il dit juste à un moment: »Je n’ai pas le cancer homosexuel. (…) Je n’ai pas la peste ».
Cela pourrait être racoleur mais non, jamais, même si le personnage s’enferme dans des contradictions dont il ne peut sortir.Il lui faut en effet prendre sans cesse davantage de pilules pour survivre mais aussi d’autres pour se sentir mieux, voire pour parvenir à une certaine extase, pas loin d’une méditation à voix haute, sur le sexe et la mort  dans une quête métaphysique qui n’oserait pas dire son nom. Avec, en arrière-plan, le Sida, dont on pense finalement qu’il est atteint. Sperme, sexe, éjaculation, poils pubiens, sang: comme à son habitude, Jan Fabre  écrit les choses crûment mais sans vulgarité aucune, et cette profération est à la fois provocante et d’une certaine façon, libératrice.

Antony Rozzi dit tout cela avec une diction impeccable mais aussi, ce n’est pas incompatible, avec beaucoup d’humour. De temps en temps, il se lance dans quelques pas de danse, ou bien fait de grandes bulles de savon avec un cercle encore plus grand que ceux de Pif Gadget dans les années 70… Sur fond de musique synthétique comosée par Dimitri Brusselmans, faite entre autres  de  grondements de tonnerre Et il y a, au fond de la scène, une machine à produire des bandes de mousse qui s’empilent avant qu’Antoni Rizzi n’en fasse des petits tas qu’il disposera ensuite sur tout le plateau.  Bulles et mousse la fois dérisoires, fragiles et merveilleuses comme tout existence humaine dont c’est la poétique métaphore. « Je suis, ajoute-t-il,  le savant du savon »…
C’est parfois un peu long et  il y a,  comme toujours dirait notre consœur et amie Edith Rappoport, une bonne dizaine de minutes en trop. Mais qu’importe,  ce qui pourrait être sinistre, est au contraire, presque joyeux, et ce monologue, impeccablement dirigé par jan Fabre, se termine par la célèbre phrase d’Erasme: « Est homo bulla »; sa petite phrase  clôt le spectacle, comme en écho à ces magnifiques bulles de savon que nous  offre Antony Rizzi, avec beaucoup de grâce et d’élégance…Erasme, prêtre catholique flamand, qui n’a cessé de réfléchir toute sa vie à sa mort survenue  en 1538 à Bâle, donc en pays luthérien. Mais, comme il l’avait souhaité, Erasme est mort seul mais  conscient et apaisé. Un siècle après lui, le grand Spinoza avait écrit: « L’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie ».Tous les deux étaient  flamands comme Jan Fabre  et l’ont sans doute  inspiré…
« Est homo bulla », nous redit souvent l’art contemporain, sous d’autres formes,  avec, en particulier, des artistes comme Jan Fabre. Avec un savant dosage de texte, danse et  musique et installation plastique. Pour eux, le corps, sous toutes les formes possibles,  est avant tout érotique, puissant, parfois même violent mais fragile, et  ici bourré de médicaments pour atteindre un illusoire survie. Corps moderne et susceptible de modifications, à propos duquel Orlan, qui était dans la salle, ce soir-là, disait, dans  un phrase un peu mystérieuse, il y a une quinzaine d’années: « Souviens-toi du futur ». Est-ce encore du théâtre, diront les sceptiques? Sûrement pas celui qui encombre encore trop souvent les scènes traditionnelles mais un théâtre au sens étymologique du terme, bien en phase avec notre époque. Le public, jeune en majorité, ne s’y est pas trompé et a fait avec juste raison, un accueil chaleureux à Antony Rizzi.
Les représentations de Drugs kept me alive n’ont duré que trois jours mais Jan Fabre présente aussi  trois autres solos: Etant donnés, L’Empereur de la perte et Preparatio mortis que nous n’avons pas encore vus, mais, pour chacun d’entre eux, quelques jours seulement.

Philippe du Vignal

Théâtre de Gennevilliers du 27 novembre au 2 décembre.

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