Que la noce commence

Que la Noce commenced’après le film Au diable Staline, vive les mariés! d’Horatiu Malaele, scénario d’Horatiu Malaele et Adrian Lustig, adaptation et mise en scène de Didier Bezace.

Une équipe de  tournage  d’une chaîne privée de télévision arrive dans un endroit désolé-autrefois industriel-de Roumanie,  pour un reportage sur les « phénomènes paranormaux » qui ont traversé l’histoire du pays. L’équipe  rencontre alors le maire du petit village, M. Gogonea, alias Gogonica,  qui lui raconte ce qui s’est passé, il y a soixante ans … On est en 1953: Staline meurt! La nouvelle parcourt le monde entier. Ce jour-là, souvenirs, souvenirs! nous mangions des macaronis que  notre père, médecin de campagne à Nesles-la-Vallée dans l’ancienne Seine-et -Oise, avait appelé « macaronis à la Staline » !
Dans ce village reculé de Roumanie, tout le monde peut assister aux ébats amoureux de Iancu et Mara. C’est un scandale dans cet  endroit reculé où la planification soviétique et  l’électricité n’étaient pas encore  arrivées! Les parents des amoureux se sont mis d’accord pour la date  du  mariage, et tout le village commence à préparer  le repas de noces avec force victuailles…Mais tombe alors l’annonce de la mort de Staline! Un commissaire soviétique débarque et prononce un  deuil national d’une semaine et interdit formellement toute fête!
Comment sauver alors cette célébration de mariage? Tout est prêt, impossible de  laisser pourrir les délicieux plats préparés! La noce se fait donc quand même dans un silence absolu, mais, au dernier moment, les mariés éclatent de joie et la fête va se déchaîner. À ce moment-là, tremblement de terre, un énorme tank défoncera l’horizon de la campagne ensoleillée et le mur de briques grises de la maison s’effondre sur les invités …

Interprété par dix-huit bons acteurs, dont deux sont aussi musiciens:Alexandre Aubry, Jean-Claude Bolle-Reddat, Julien Bouanich, Nicolas Cambon, Arno Chevrier, Sylvie Debrun, Daniel Delabesse, Guillaume Fafiotte, Thierry Gibault, Marcel Goguey, Gabriel Levasseur, Corinne Martin, Paul Minthe, Julien Oliveri, Karen Rencurel, Alix Riemer, Lisa Schuster et Agnès Sourdillon, le spectacle ne manque ni  d’ironie et de saveur. Superbement mis  en scène par  Didier Bezace au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers qu’il va quitter  après quinze  années de direction. Il a intitulé sa saison « Bruits et chuchotements »…

Edith Rappoport

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers jusqu’au 21 décembre T: 01-48-33-16-16

www.theatredelacommune.com

 

 


Archive pour 28 novembre, 2012

Fuck america

Fuck America, d’après le roman d’ Edgar Hilsenrath, adaptation de Vincent Jaspard, mise en espace collective de  Corinne Fisher, Bernard  Bloch et Vincent Jaspard.

C’est l’histoire de son auteur, Edgar Hilsenrath, né en 26 à Leipzig dans une famille juive de commerçants aisés, qui n’a pu émigrer aux Etats-Unis qu’en 1953: il avait attendu son visa depuis 39!
Jakob Bronsky, le narrateur a réussi, comme lui,  à survivre au génocide, après s’être réfugié en Roumanie où il avait de la famille, puis en Israël. Ensuite  parti pour New-York, il y survivra de petits boulots. Bronsky, est tourmenté par l’envie d’écrire mais  n’y  arrive pas. C’est un peu l’histoire d’Edgar Hilsenrath qui eut des difficultés à faire éditer son premier roman La Nuit que nombre de maison d’éditions refusèrent à cause de la crudité du texte où il raconte son expérience de survivant du ghetto après sa libération en 44 par l’armée soviétique.
Son deuxième roman Le Nazi et le Barbier fut refusé par plus de soixante éditeurs  allemands! Un petit éditeur de Cologne, Helmut Braun, lui  le publia en 77 avec succès  puis le roman  fut édité à 200.000 exemplaires puis traduit  en  seize  langues… Hilsenrath habite maintenant Berlin.

  Bronsky, pour achever  Le branleur, un récit de sa vie,  rentre donc  en Allemagne son pays natal, où, après une psychanalyse réussie, il arrive enfin  à se faire éditer et à connaître le succès. Trois acteurs se partagent une vingtaine de  personnages. Bernard Bloch interprète, avec un accent inimitable, Jacob Bronsky devenu vieux, et  des Allemands, Juifs ou non. Vincent Jaspard, lui, joue Bronsky, jeune et  tourmenté par le sexe. Quant à Corinne Fisher, elle incarne tous  les personnages féminins.
C’est une  intelligente mise en espace qui augure bien de sa prochaine création et qui permettra de faire connaître davantage Hilsenrath.

Edith Rappoport

Fuck America se créée au Théâtre de la Girandole  à Montreuil du 5 au 29 avril.


L’œuvre d’Edgar Hilsenrath est éditée chez Fayard, Albin Michel. Chez Attila pour Nuit et Fuck America, et pour Le Nazi et le Barbier.

LES OISEAUX

Les Oiseaux d’Aristophane, mise en scène de Madeleine Louarn.

LES OISEAUX les_oiseaux1-660x380

©Christian Berthelot

Pour sa version des Oiseaux, Madeleine Louarn s’est entourée d’une sacrée équipe artistique-on ne peut pas dire moins-, autour de l’atelier Catalyse (Centre d’Aide par le Travail) qui regroupe des comédiens professionnels handicapés mentaux.
Dans les cintres, des nuées de ballons blancs, et sur le cyclo, tous les jeux de projection, d’ombres chinoises, de décor à l’envers et à l’endroit…
À l’oreille, un travail sur le son  toujours inventif, qui fait de nous des enfants consentants. À l’écriture, Frédéric Vossier. Son adaptation est à la fois très fidèle, presque trop-on doit s’accrocher pour suivre le fil-personnelle et tout fait  contemporaine.Et surtout très réjouissante: bonne idée, même si c’est une contrainte imposée par la  composition de la troupe, de remplacer les deux citoyens par deux citoyennes, espèce inconnue de la démocratie athénienne, bonne raison de se révolter et d’aller voir ailleurs.
Anachronismes, suspensions de séance pour concours d’injures ou admonestation du public, mariage final entre deux princesses charmantes,  laissent quand même planer, entre deux éclats de rire, une certaine mélancolie. Le théâtre ne peut pas tout, lui non plus.

Mais il peut beaucoup : Madeleine Louarn et son équipe mènent toute la troupe au mieux de ce qu’elle peut donner au public, très loin.
Avec les comédiens handicapés de l’atelier Catalyse, tout devient défi, tout condamne à l’invention. Une difficulté d’élocution ? Le texte, avec un énorme humour graphique, s’affiche sur l‘écran. Un “trou“? La souffleuse intervient, tranquillement emplumée, avec sa poésie propre. Un ralentissement de l’action ? Le spectateur découvre qu’on peut entrer, de son plein gré, dans un autre rythme.Ici les comédiens sont, en effet, différents. Pas de langue de bois : il s’agit de tirer le meilleur, au profit du théâtre, de ces différences.
On est dans le vrai. Vrai rire, vraie concentration à laquelle beaucoup de comédiens dits normaux, n’arrivent pas, « handicapés » eux  par trop de facilité. Ici, on a affaire à une vraie générosité, à un vrai bonheur de jouer. Du beau travail, qui fait ce pour quoi l’art est fait : ouvrir des fenêtres mentales, par et pour le plaisir, encore.

Christine Friedel


Spectacle vu à la Ferme du Buisson, dans le cadre du Festival d’automne; maintenant en tournée.

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