Pygmalion miniature et Go

Pygmalion miniature, conception et manipulations de Renaud Herbin et Go, théâtre d’objets,  conception, mise en scène, scénographie et interprétation de Polina Borisova.

Ce sont deux courts spectacles, le premier,  Pygmalion est fondé sur une revisitation du célèbre mythe et conçu par Renaud Herbin. Sur une sellette de sculpteur, un jeune homme est là face à une prochaine forme humaine en devenir. C’est ici une petite et mince sculpture de femme avec laquelle il joue, et qui nous apparaît parfois en ombres derrière un écran qui vire du rose au bleu pâle.
Renaud Herbin la manipule à vue, et il développe aux meilleurs moments tout  un jeu entre elle et lui, et bientôt c’est comme une relation érotique qui commence à naître entre eux deux. « Du toucher au voir, de la contemplation aux enlacements. Par palpation, écrit-il, il finit par lui donner souffle ». Soit… Mais ce que l’on voit fait plutôt penser à un travail appliqué d’élève qui se cherche encore. Renaud Herbin  sait ce que manipuler veut dire, mais cette petite pièce qui, heureusement, ne dure que vingt minutes n’est pas très convaincante, et on ne perçoit guère le halo philosophique (le vrai et le faux, l’inerte et le vivant, le désir et le fantasme) dont il voudrait l’entourer.
Sans doute la scène du Théâtre Jean Arp ne convient pas vraiment  à ce genre  de forme très intimiste mais on reste quand même un peu sur sa faim…

Go, la seconde pièce de la soirée se situe dans la même grande  salle du théâtre mais, presque en-haut des gradins, sur une petite scène de fortune, équipée de quelques rideaux noirs, avec un côté bricolo qui attire tout de suite la sympathie. Dans la pénombre, assise  sur une chaise, la marionnette d’une vieille dame, au visage un peu flétri et aux beaux-cheveux blancs coupés à la Jeanne d’Arc.
Mais non, raté, celle  que l’on avait pu  prendre un instant pour une marionnette  ezst une véritable vieille dame qui marche à petits pas, le dos voûté, les pieds chaussés de mules à griffes de chat. Encore raté, ce n’est pas une vieille dame mais une jeune et belle actrice  dont la démarche et la gestuelle sont d’une vérité impressionnante, comme on le verra quand  elle reviendra saluer…

Sur la scène,  peu d’accessoires: quelques petite tables ou étagères où sont posées des lampes de chevet qui doivent avoir l’âge de la vieille dame qui va et vient, errant un peu parmi les objets familiers qui ont toujours fait partie de sa vie, comme ce paquet de lettres qu’elle relit avec émotion ou le souvenir de gens qu’elle a connus et qu’elle reconstitue avec un simple ruban collant blanc qu’elle colle sur les pendrillons noirs.
Elle crée ainsi, avec une grande maîtrise d’ex-étudiante d’une école d’art une porte plus vraie que nature, ou  des  silhouettes de gens qu’elle a connus ou son chat qu’elle caresse affectueusement. Polina Borisova est une créatrice et une comédienne d’exception dans une gestuelle très précise qu’elle met au service  de l’ humour que la vieille dame a gardé mais aussi dans le pathétique d’une solitude, par exemple, quand elle écoute quelqu’un au téléphone simplement figuré par le dessin et la bobine de scotch blanc qu’elle garde à la main. Et dans un monde où la parole a disparu, elle a, derrière son demi-masque, aux bajoues accentuées, une présence fabuleuse.
Il y a juste quelques musiques d’accompagnement comme des chansons populaires russes ou la célèbre mélodie You’be so nice to come home, écrite par Cole Porter * en 1943, et chantée par  de très nombreux artistes dont Nina Simone.

Les nombreux enfants qui étaient là, ont tous ri dans les trente premières secondes où elle est entrée sur le plateau avec sa démarche hésitante de vieille dame, et c’est un signe qui ne trompe pas. Et, quand nous leur avons demandé leur avis, une petite fille de dix ans a simplement dit: « Elle est vraiment  trop top; par contre,  le garçon avant, bof!  » Bien vu…
En tout cas, vous avez encore deux jours pour aller jusqu’à Clamart ou  alors, si vous voyez son petit spectacle programmé quelque part avant Marciac cet été, n’hésitez surtout pas.

 

Philippe du Vignal

Théâtre Jean Arp de Clamart  jusqu’au 1er décembre.T: 01-41-90-17-02 et à la Galerie Espace Equart à Marciac (Gers) du 3 au 8 août prochain T: 05-52-09-36-83.

* Si cela vous intéresse, la petite maison (800 m2 avec jardin de 500m2), qu’il habita à Paris (7ème), pas loin du cinéma La Pagode, est actuellement à vendre pour la modique somme de 42 millions d’euros soit environ 35.000 SMIC !!!

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