Drugs kept me alive

Drugs kept me alive, texte en anglais surtitré, mise en scène et scénographie de Jan Fabre, dramaturgie de Miet Martens, musique de Dimitri Brusselmans.

C’est le premier  de ces  quatre solos, conçus et mis en scène par Jan Fabre,  pour et avec Antony Rizzi. C’est une sorte de performance qui comporte à la fois un monolgue interprété par Antony Rizzi, et des moments de danse. Sur le plateau noir, une table, et trois bacs emplis d’un liquide savonneux et tout autour un périmètre en carré, impressionnant  de centaines de flacons bruns,  pleins de gélules colorées de ou de  molécules  médicamenteuses, gélules  qu’il avale, même parfois de façon gloutonne  comme un enfant le fait parfois avec de délicieux bonbons, ou dont il se couvre le corps. C’est une valse de  choses  au nom bizarre comme Viread, Emtriva, Retrovir, Truada,  etc… Malheureusement bien connus  mais  que Jan Fabre associe à des produits ménagers comme Monsieur Propre ou autres décapants, souvent dérivés comme ces médicaments, de molécules issues du pétrole.
 Et Tony Rizzi, longtemps danseur et assistant de William Forsythe, raconte l’effrayant carrousel de médicaments à prendre au quotidien, seuls ou associés à d’autres, de façon à éluder au maximum le rendez-vous avec la mort dont l’inéluctable ne lui échappe pas un instant… » Il dit juste à un moment: »Je n’ai pas le cancer homosexuel. (…) Je n’ai pas la peste ».
Cela pourrait être racoleur mais non, jamais, même si le personnage s’enferme dans des contradictions dont il ne peut sortir.Il lui faut en effet prendre sans cesse davantage de pilules pour survivre mais aussi d’autres pour se sentir mieux, voire pour parvenir à une certaine extase, pas loin d’une méditation à voix haute, sur le sexe et la mort  dans une quête métaphysique qui n’oserait pas dire son nom. Avec, en arrière-plan, le Sida, dont on pense finalement qu’il est atteint. Sperme, sexe, éjaculation, poils pubiens, sang: comme à son habitude, Jan Fabre  écrit les choses crûment mais sans vulgarité aucune, et cette profération est à la fois provocante et d’une certaine façon, libératrice.

Antony Rozzi dit tout cela avec une diction impeccable mais aussi, ce n’est pas incompatible, avec beaucoup d’humour. De temps en temps, il se lance dans quelques pas de danse, ou bien fait de grandes bulles de savon avec un cercle encore plus grand que ceux de Pif Gadget dans les années 70… Sur fond de musique synthétique comosée par Dimitri Brusselmans, faite entre autres  de  grondements de tonnerre Et il y a, au fond de la scène, une machine à produire des bandes de mousse qui s’empilent avant qu’Antoni Rizzi n’en fasse des petits tas qu’il disposera ensuite sur tout le plateau.  Bulles et mousse la fois dérisoires, fragiles et merveilleuses comme tout existence humaine dont c’est la poétique métaphore. « Je suis, ajoute-t-il,  le savant du savon »…
C’est parfois un peu long et  il y a,  comme toujours dirait notre consœur et amie Edith Rappoport, une bonne dizaine de minutes en trop. Mais qu’importe,  ce qui pourrait être sinistre, est au contraire, presque joyeux, et ce monologue, impeccablement dirigé par jan Fabre, se termine par la célèbre phrase d’Erasme: « Est homo bulla »; sa petite phrase  clôt le spectacle, comme en écho à ces magnifiques bulles de savon que nous  offre Antony Rizzi, avec beaucoup de grâce et d’élégance…Erasme, prêtre catholique flamand, qui n’a cessé de réfléchir toute sa vie à sa mort survenue  en 1538 à Bâle, donc en pays luthérien. Mais, comme il l’avait souhaité, Erasme est mort seul mais  conscient et apaisé. Un siècle après lui, le grand Spinoza avait écrit: « L’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie ».Tous les deux étaient  flamands comme Jan Fabre  et l’ont sans doute  inspiré…
« Est homo bulla », nous redit souvent l’art contemporain, sous d’autres formes,  avec, en particulier, des artistes comme Jan Fabre. Avec un savant dosage de texte, danse et  musique et installation plastique. Pour eux, le corps, sous toutes les formes possibles,  est avant tout érotique, puissant, parfois même violent mais fragile, et  ici bourré de médicaments pour atteindre un illusoire survie. Corps moderne et susceptible de modifications, à propos duquel Orlan, qui était dans la salle, ce soir-là, disait, dans  un phrase un peu mystérieuse, il y a une quinzaine d’années: « Souviens-toi du futur ». Est-ce encore du théâtre, diront les sceptiques? Sûrement pas celui qui encombre encore trop souvent les scènes traditionnelles mais un théâtre au sens étymologique du terme, bien en phase avec notre époque. Le public, jeune en majorité, ne s’y est pas trompé et a fait avec juste raison, un accueil chaleureux à Antony Rizzi.
Les représentations de Drugs kept me alive n’ont duré que trois jours mais Jan Fabre présente aussi  trois autres solos: Etant donnés, L’Empereur de la perte et Preparatio mortis que nous n’avons pas encore vus, mais, pour chacun d’entre eux, quelques jours seulement.

Philippe du Vignal

Théâtre de Gennevilliers du 27 novembre au 2 décembre.

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Archive pour novembre, 2012

Beautiful Star

Beautiful Star, d’après une nouvelle de Mishima conception, adaptation et mise en scène de Norishige Kawaguchi, en japonais sur-titré en anglais.

 

Beautiful Star peachum-300x229C’est à l’occasion de la cinquième édition du  festival de Tokyo qu’un public, limité  à cinquante personnes, a pu découvrir  un spectacle singulier, joué dans le cadre de la programmation de la nouvelle scène japonaise, il y a une semaine.
Norishige Kawaguchi a signé cette adaptation d’une nouvelle de Yukio Mishima, qui l’avait publié en 1962.
Huit ans auparavant, l’incident du thonier le Daîgo Fukuryu Maru avait marqué l’actualité; les pêcheurs furent en effet touchés par des retombées radioactives, après les essais nucléaires américains sur l’atoll de Bikini…
Cet incident fit naître une protestation antinucléaire; les Japonais  craignaient en effet   que les poissons aient été   contaminés, ce qui est  aujourd’hui,  bien sûr, toujours d’actualité.  La  nouvelle  de Mishima mêle un récit de science-fiction, des questions sur la signification des O.V.N.I., dont l’auteur est passionné, une réflexion sur le danger du nucléaire et sur la cécité du gouvernement. Deux narrateurs font le lien entre les différentes scènes, du spectacle  et, pendant le reste du spectacle, grignotent allègrement une baguette de pain bien française!  Quant aux acteurs, ils jouent… avec un certain excès; cela dit, il ne doit pas  être simple de rendre  crédibles des personnages mythiques, comme ici à deux mètres des spectateurs.
La mise en scène, bien rythmée,  de Norishige Kawaguchi utilise, malgré l’espace restreint de jeu, tous les moyens scéniques, dont le théâtre d’ombres,  et  les comédiens savent tout faire:  jouer, chanter et  danser…Et des projections vidéo habillent le lieu, une galerie d’art de quelque cent m2 au huitième étage d’un grand hôtel de Tokyo. Hospitalité japonaise oblige: le festival et la compagnie  avaient prévu, pour les trois spectateurs étrangers que nous  étions, un programme et un sur-titrage en anglais!
Le spectacle, que l’on peut considérer comme  un exemple de théâtre expérimental, a décontenancé le public japonais, d’autant que, pour l’épilogue, nous avons été invités à rejoindre les acteurs sur la terrasse  de l’hôtel,  ce qui donnait une belle  dimension  à la fin de ce spectacle. De  là, nous surplombions en effet les immeubles éclairés de  Tokyo, quand les deux narrateurs ont  dit  les  répliques de la fin d’En attendant Godot.
Faire se rejoindre ici Beckett et  Mishima ne manquait  pas d’élégance et d’audace, ce  que  Norishige Kawaguchi et la  Peachum Company ont  réalisé avec  efficacité…

Jean Couturier

http://festival-tokyo.jp/en

http://peachum.com/  

Théâtre des Opérations

Théâtre des Opérations de Pierre Rigal.

 

Théâtre des Opérations theatre-des-o

© Sungjin Jung

Métal hurlant aurait pu s’intituler cette pièce de guerre. Rigal jouant sur le double sens du mot « théâtre » a sorti l’artillerie lourde : il déclenche un vaste programme d’assaut technologique, ordinateurs et musique électronique à l’appui. Émergeant de couvertures de survie rutilantes, la soldatesque, affublée de masques à gaz à la Moebius se déploie, pilotée par des machines parlantes et des ingénieurs en scaphandres. Les neufs danseurs se préparent au combat, petits soldats robotisés.. Mais la mécanique bientôt se dérègle. Le prompteur affiche une «déconnexion temporelle» et l’ unité d’élite de se muer en une horde d’insectes et batraciens et autres animaux tirant le spectacle vers une sorte de . »conte imaginaire enfantin » du vingt et unième siècle. Comment expliquer ces dérapages à la population ? «L’opinion publique n’acceptera pas nos explications  » clame le prompteur » en français et en anglais.
Créé à Séoul, au LG Arts Center, un centre culturel financé par le fabriquant coréen de téléphones et autres produits technologiques le spectacle a bénéficié de moyens high-tech, ce qui a permis au chorégraphe de développer une esthétique de jeu vidéo SF…. Au risque d’en devenir parfois prisonnier et redondant.Rigal, en athlète de haut niveau qu’il a été, exige de ses danseurs coréens souffle et endurance. Des performances corporelles souvent proches de la gymnastique ou d’un yoga acrobatique.
De bruit et de fureur, telle est la guerre..Oreilles sensibles s’abstenir. À voir cependant pour l’énergie du projet.
On pourra aussi découvrir au Rond Point, dans le cadre du festival « Rigal dans tous les sens », trois autres pièces de ce jeune chorégraphe toulousain encore peu connu. Outre la reprise de Micro et cette création, on verra l’un de ses premiers spectacles Arrêts de jeu , sur la coupe du Monde de 1982 qui le propulsa, en 2006, sur la scène internationale, d’Angleterre en Corée, en passant par le Suisse.

Mireille Davidovici

Théâtre du Rond-Point  jusqu’au 1er décembre.

WWW.theatredurondpoint.fr

tout mon amour

 

Tout mon amour,  de Laurent Mauvignier,  mise en scène de Rodolphe Dana.

 

tout mon amour tout-mon-amour-300x194 Nous avions découvert en 2004 le  premier travail du Collectif Les Possédés, avec un  remarquable Oncle Vania à la Ferme du Buisson. Puis vinrent Le pays lointain de Jean-Luc Lagarce, Hop-là !Fascinus  commandé par le Théâtre du Peuple à Bussang, et déjà à la Colline, Merlin ou la Terre dévastée de Tankred Dorst. Un vraie troupe avec des acteurs fidèles, comme on les aime...
Tout mon amour était d’abord destiné à un scénario de cinéma mais  Rodolphe Dana en a fait une pièce, après un travail d’une semaine avec  ses acteurs au Théâtre Garonne à Toulouse.

Un couple  range des assiettes et de vieux livres après l’enterrement du grand-père paternel décédé dans sa maison de campagne. L’épouse est pressée de partir! Il y ont en effet  subi  dix ans auparavant une douleur insurmontable, quand a disparu leur petite fille de six ans qu’on n’a jamais retrouvée.
Le défunt grand-père (excellent Simon Bakhouche) réapparaît pour faire des réflexions désagréables sur sa belle-fille hystérique,  dont les hauts talons, dit-il, abîmaient ses beaux tapis, et sur son fils trop faible. Mais une nouvelle incroyable se produit: la  réapparition d’une jeune fille de seize  ans qui  dit être l’enfant disparue!
Elle apporte à son  père une boîte contenant des preuves de son identité.  Il est troublé, mais sa femme refuse absolument de regarder ces objets, crie à la mythomanie et menace d’appeler les gendarmes. Le père appelle alors leur fils resté à Paris pour ses examens, et le fait venir,  en dépit des hurlements de sa femme qui veut rentrer chez elle.  Il arrive,  déconcerté et refuse, comme sa mère, de regarder la boîte de souvenirs. Il refuse aussi  de croire que c’est sa sœur qui ne parvient pas à capter le regard de sa mère. Elle explose alors dans une terrible crise de nerfs, avouant qu’elle n’a pas su aimer ce fils, elle avoue qu’elle voué à  cette enfant de six ans disparue tout l’amour qu’elle refuse maintenant à la jeune fille! Un beau nœud de vipères  douloureux qui va  se dénouer devant nous.

Edith Rappoport

Théâtre de la Colline, jusqu’au 21 décembre. T: 01-44-62-52-52

CALACAS

 Calacas, conception, mise en scène et scénographie de Bartabas.

Dans le superbe lieu conçu par Patrick Bouchain pour Zingaro en 1989, grâce à Jack Ralite, maire d’Aubervilliers à l’époque, on  entre d’abord dans un bar splendide peuplé de photos, de mannequins, de films sur les précédents spectacles de Zingaro. Beaucoup de souvenirs remontent: Bartabas, à cheval avec son faucon, au carnaval des ténèbres à Saint-Quentin-en-Yvelines, et des spectacles comme  Opéra Équestre, Battuta et plus récemment Le chevalier de Saint Georges au Château de Versailles, ou encore,  Le Centaure et l’Animal avec Ko Murobushi.
Calacas
(squelette au Mexique), c’est une joyeuse danse de mort qui met en scène vingt huit chevaux et huit cavaliers acrobates, costumés en étonnants squelettes accompagnés de quatre musiciens dont François Marillier et deux  chinchineros (hommes-orchestre chiliens).
Nous sommes assis autour d’une ample piste circulaire; au début, dans l’ombre, on distingue des silhouettes sur la piste et quand le spectacle commence, après une sonnerie de cor et une belle galopade de chevaux menée par Bartabas sur une piste qui nous  surplombe, on perçoit alors une danse de squelettes enfantins  au-dessus de nos têtes.
Puis, c’est l’entrée d’un beau cheval noir qui danse. Les courses et les numéros se succèdent plus stupéfiants les uns que les autres: marionnettes démantibulées et  manipulées comme par magie, hommes et femmes/squelettes masqués voltigeant dans les airs, puis retombant sur les chevaux  avec maestria, au rythme de musiques d’un pays où la mort est une fête qui  concerne tout le monde.
Le spectacle ne manque pas d’humour, noir, bien sûr, et les chevaux sont éblouissants de vie et de santé, les petits remorquant, au-dessus de nous et à toute allure, des charrettes à la fois funèbres et comiques, les grands obéissant au doigt et à l’œil dans des numéros périlleux comme  monter à  quatre sabots sur un espace minuscule, où encore  se tenir couché sur le flanc et se relever,  une fois enfourché par une cavalière.
Calacas touche à un grotesque sublime.

Edith  Rappoport

Réservations: 08 92 681 891
www..bartabas.fr

 

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L’affaire de l’esclave Furcy

L’affaire de l’esclave Furcy furcy-phericlegrand0004

©EricLegrand

L’affaire de l’esclave Furcy, de Mohammed Aïssaoui, adaptation et mise en scène d’Hassane Kassi Kouyaté et Patrick Le Mauff.

C’est la bande-son (les aboiements d’une meute de chiens) qui donne le ton, avec la traque d’un homme noir qui va en  mourir. L’action se passe à l’Ile de la Réunion, alors appelée Ile Bourbon, au début du XIXème siècle. Furcy, jeune homme noir et esclave exemplaire, assistait à la scène, de l’autre côté de la Rivière-des-Pluies, et le cri de cet homme le hanta.Le récit, porté par Hassane K. Kouyaté, seul en scène, retrace le combat livré par Furcy pour faire entendre le droit et faire reconnaître son affranchissement : démontrer qu’il est un homme libre parce qu’il est né libre.
Son procès durera vingt-sept ans. « C’est le plus long procès jamais intenté par un esclave à son maître, trente ans avant l’abolition de 1848  » , dit Mohammed Aïssaoui, l’auteur de cette extraordinaire enquête, qu’il a reconstituée à partir d’archives laissées à l’abandon (lettres manuscrites et plaidoiries), et pour laquelle il a obtenu le Prix Renaudot Essai, en 2010.
L’histoire valait d’être dite: c’est un choc, jusque dans son vocabulaire: Madeleine, la mère de Furcy, esclave née sur les bords du Gange, fut vendue à une religieuse du nom de Dispense, à l’âge de neuf ans : « Elle n’avait presque rien coûté » et passa plusieurs années à Lorient avant que Dispense ne la raccompagne dans son pays, via l’Ile Bourbon où la religieuse tomba malade. Sentant sa mort prochaine, elle donna Madeleine à une certaine Mme Routier, sous réserve qu’elle l’affranchisse, ce qu’elle fit, vingt ans plus tard, sans que personne ne le sache vraiment.
Mais, avant de mourir, en 1808, elle  avait organisé sa succession avec minutie, léguant Furcy et sa mère à Joseph Lory, son neveu et gendre, un homme puissant. Sa lettre-testament, s’inscrit sur écran, comme d’autres documents, à certains moments du spectacle, dont les titres des chapitres et quelques dessins. La sœur de Furcy, Constance, une sang-mêlée, avait été rachetée comme il était souvent d’usage, par le colon qui l’avait conçue avec une esclave, sa mère: elle était donc affranchie. Elle avait ensuite acquis un nom, en se mariant : elle était Mme Jean-Baptiste, « une femme de couleur libre, une quarteronne : mulâtre, marron, quarteron, tous ces termes avaient été créés pour désigner des animaux »…
A la mort de leur mère, Furcy et Constance, héritent de trois malles:  deux, qu’on leur retire, sont pleines de vêtement amoureusement confectionnés par leur mère, la troisième qu’on leur laisse, pleine de papiers et  jugée peu importante, car Madeleine était analphabète. Or, au fond de cette malle, Constance qui, elle, savait lire et écrire et l’avait appris à son frère, trouve l’acte d’affranchissement de leur mère, datant de 1789… Des effluves, venant de France, laissaient entendre quelques bruits de révolte.
Furcy avait trois ans et aurait dû aussi être libre. Ils trouvent également dans cette malle, un épais dossier pour son affranchissement, qui donne les clés de la situation : » Madeleine avait consulté un homme de loi qui l’avait informée que, selon la réglementation, Joseph Lory lui devait dix-neuf ans d’indemnités, des « arrérages »selon son expression, pour avoir été maintenue en esclavage ». Elle était allée trouver son maître, lui avait proposé d’annuler ces indemnités contre la liberté de son fils. Joseph Lory, leur « propriétaire », avait menacé de les tuer, alors  » elle opposa le silence à l’injustice ».

Furcy s’adresse alors au procureur général de la Cour royale de Saint-Denis, Gilbert Boucher, demandant l’application de la loi. Avec l’aide de son substitut, Jacques Sully -Brunet, le procureur, conscient des risques qu’il encourait, décide d’aider Furcy : » Qu’est-ce qui pousse un homme à tendre la main à un autre ? Un regard, une pensée suffit parfois. Presque rien. Gilbert Boucher n’hésita pas une seconde « . Il envoya à Lory une Notification, qui le mit hors de lui. Pour réponse, il accusa Furcy de rébellion, et le fit arrêter avec force humiliation. Le puissant propriétaire se fit appuyer par le non-moins puissant Debayssayns de Richemond, riche sucrier qui faisait office de commissaire général-ordonnateur de l’Ile, et qui avait fait rétablir l’esclavage sur l’Ile, en 1802.
A partir de là, toutes les compromissions se mirent en place au Tribunal de Saint-Denis. Furcy fut ballotté de procès, en Cour d’appel, puis en Cour de cassation à Paris, où s’était même rendu le procureur Boucher. « Tout le monde le savait, il faudrait un miracle pour que la Cour reconnaisse des droits à l’esclave « .
Furcy puisait sa force dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qu’il serrait dans ses mains et dans  l’engagement du procureur et de son substitut qui, personnellement, le payèrent cher:  le premier fut limogé, le second, révoqué!
Mais Furcy devint une figure emblématique pour tous les « noirs de pioche »qui, comme lui, étaient privés de liberté. Par peur de la  contagion, au cœur de la bataille juridique, Furcy est à nouveau vendu, pour quelques sept cents piastres, à une famille de L’Ile de France, (l’actuelle Ile Maurice) et y restera de 1818 à 1836.
Beaucoup d’inconnues demeurent sur ces années d’absence.L’auteur, Mohammed Aïssaoui, s’est penché sur des courriers retrouvés entre Furcy et l’ex-procureur Boucher. Il note que Furcy, sous administration anglaise à Maurice, qui fait de lui un…. meuble et met en défaut son propriétaire, sera émancipé en 1829, qu’il se mit à son compte comme confiseur, mais qu’il poursuivra, avec détermination, son combat pour la liberté absolue, à la recherche des papiers lui donnant une identité.
Le spectacle se termine sur le texte le plus important retrouvé par l’auteur : la plaidoirie de Maître Thureau lors du jugement de la Cour royale, le 23 décembre 1843, en présence de Furcy, après renvoi de la Cour de cassation. Elle fut des plus attendues et remarquées, mais le doute demeura, jusqu’à la lecture du verdict, par le Président. D’une voix sûre et qui ne prêtait à aucune équivoque, celui-ci affirma : « Sur la base de toutes ces considérations… La Cour dit que Furcy est né en état de liberté ». Furcy était donc libre, et refusa les dix-mille francs de dommages et intérêts qui lui étaient octroyés. On ne sait s’il était encore en vie le 20 décembre 1848, lors de l’abolition de l’esclavage, ni quand il mourut.
Conteur, acteur et metteur en scène,  Kouyaté a choisi la posture du conteur, avec, autour de lui, une passerelle de bois, et, au centre une sorte de terre noire, volcanique. L’histoire, dans sa complexité, ne permet pas de repérer précisément, les géographies de cet espace, indéterminé. Au fond, des illustrations s’affichent sur le cyclo.
Le prologue, présentant l’auteur et la démarche du livre, introduit le spectacle, et la conclusion, qui donne lecture du verdict et des derniers moments avant le verdict , sortent l’acteur du récit, donc du cercle, pour parler au nom de l’auteur.
Il y a ce jeu entre le dedans et le dehors, qui existe déjà dans l’écriture et aurait pu être davantage exploré, et l’hésitation entre le conte et le théâtre donne l’impression de quelque chose  d’inabouti. Sans doute, Hassane K. Kouyaté aurait-il intérêt à remettre son destin dans les mains et la lecture d’un metteur en scène, totalement: il aurait tout à y gagner. Nous sommes là à mi-chemin, même si l’on a envie de dire : qu’importe ! Par l’aspect documentaire, le spectacle  nous donne des informations  sur des pans de notre histoire colonisatrice, dont on a si peu parlé,  en termes d’anéantissement, physique et moral.

Brigitte Rémer

 

Le Tarmac, (ex-T.E.P.) 159 avenue Gambetta. 75020 Paris  du 20 novembre au 15 décembre: les  mardi, mercredi , vendredi à 20h; les  jeudi à 14h30 et 20h et le samedi à 16h.

 

 

 

Paradis

Paradis, impressions, mise en scène de Christophe Giordano, création vidéo de Sébastien Sidaner.

Paradis lucie-paradisAprès L’Enfer et Le Purgatoire de Dante, Lucie Vallon s’est attaqué au Paradis. Il s’agit, comme dans les deux opus précédents, d’un tremplin où, dit-elle,  » pour parler de la société d’aujourd’hui, nous revisitons L’Enfer, Le Purgatoire et Le Paradis. On a cherché ce qu’était Paradis dans notre époque, par quel subterfuge, on essayait d’échapper à notre vie quotidienne. On s’est vite rapproché de l’univers de David Lynch qui a imbibé toute l’atmosphère du spectacle ».
Le spectacle commence par une sorte de mini-performance où Lucie Vallon essaye désespérément d’accrocher des morceaux de scotch blanc pour figurer un porte sur un mur noir, juste en dessous d’une enseigne indiquant Paradis. Mais c’est son ombre qui va tourner la poignée de cette fausse porte! Le ton est donné! Merveilleuse image, très graphique, bien dans la tonalité des films de Lynch qui fut une année étudiant aux Beaux-Arts de Boston et qui a maintenant  un atelier de gravure à Paris.
Et Lucie Valon,  dans ce spectacle, un peu comme le  faisait  Lynch, s’amuse à détourner les codes et à se construire un univers personnel, souvent proche d’un surréalisme à la fois assez noir- il y a peu de lumière sur le plateau-et en même temps complètement loufoque et subversif…

Une des choses les plus étonnantes dans ce petit-et à la fois immense-spectacle, est la prise en compte de l’espace.  Rien de plus banal que ce plateau noir où il n’y qu’un mur de fond avec ces lettres P a r a d  i s  qui, à un moment, tombent ensemble  d’un seul coup , dans un sorte d’irréversibilité à la fois du temps et de l’espace qui s’en trouvent alors modifiés. Comme par magie, alors que l’on sait très bien qu’il s’agit d’un artifice. Comme l’écrivait Pierre Kaufmann dans L’Expérience émotionnelle de l’espace:  » Déjà en effet les dimensions de la verticale et de l’horizontale doivent être considérées comme originellement signifiantes dans le champ même de la vision,  en tant qu’elle forment couple ». Avec, ici, trois fois rien comme accessoires mais la verticale d’un corps et l’horizontalité d’un plateau nu,  que Lucie Vallon assume de façon remarquable.
Qui de Lucie Valon ou de Christophe Giordano a réussi à mettre en marche ce dispositif scénique où le son de la voix-parfois légèrement amplifiée plus que le sens premier de la parole sont en parfaite osmose? Sans doute,les deux, mon capitaine, et  cela fonctionne  aussi bien- ne rougissez pas de plaisir-Lucie Valon-que dans les premières créations de Bob Wilson comme ce mythique Regard du Sourd, ou plus tard La Lettre à la Reine Victoria…où Stefan Brecht-oui, le fils de-avait un gestuelle étonnante…

En chemise blanche et pantalon noir, elle est homme, le visage maquillé de blanc, avec parfois une petite moustache puis l’instant suivant, sans que l’on ait pu saisir comment, on la retrouve en robe, presque élégante et toujours singulièrement émouvante, en train de dire quelques phrases issues du texte de Dante ou pas. Elle a quelque chose de clownesque, comme le rappelle son gros nez rond et gris mais pas seulement quand, par exemple, et elle cherche à retrouver ses mains qu’un pinceau de lumière a fait disparaître. Il y a du Chaplin là-dessous… C’est aussi surréaliste que juste, et donc générateur d’une belle poésie visuelle et sonore.
Grâce à une gestuelle d’une impeccable précision, c’est toujours étonnant de vérité. Lucie Vallon joue aussi avec les images vidéo projetées sur le mur du fond, d’un bel humour, et pour une fois, très discrètes, bien traitées et justifiées comme cette pluie qui tombe à très grosses gouttes. On ne peut tout citer de ce spectacle si riche et si intelligent. Mais quand elle quitte son personnage de clown et plonge dans une malle en tôle noire, pour réapparaître, une minute plus tard à peine, en  Marylin-mini-robe et perruque rouge- croquant une pomme tombée du ciel au bout d’un fil et que l’ on entend le craquement amplifié de cette pomme , on atteint une sorte de miracle scénique.
arton1554-f25c5En effet, le spectacle fonctionne aussi  grâce à un univers sonore de tout premier ordre composé d’effets et de musiques classiques et américaines kitch, en complet décalage avec le propos mais en parfaite harmonie avec le rythme et les images du spectacle.Comme la mise en scène de Christophe Giordano est des plus soignées et des  moins prétentieuses qui soient, Lucie Valon nous emmène où elle veut avec une rare efficacité. Même si parfois, cela tient un peu du catalogue et n’a pas toujours la dramaturgie convenable.On se perd vite, mais qu’importe, dans les méandres de ce flux poétique d’images et de mots,issu, pour un  petite partie de Dante, auquel il faudrait enlever  un bon quart d’heure inutile; il lui faudra donc resserrer les boulons.
Mais l’image celle qui devrait être la dernière- il s’agit malheureusement d’une fausse fin-est sublime. Lucie Valon est allongée sur une petite pelouse, et la neige tombe, tombe, comme chez Jérôme Savary. Elle se lève alors et regarde l’empreinte laissée au sol par son corps. C’est aussi simple que fascinant…
Vous n’irez pas voir Lucie Valon, pour la majorité d’entre vous qui lirez ce papier: c’est un peu loin, c’est à 20 heures et, méfiez-vous, on ne sait à qui l’on doit ces gradins sans dossier mais on ressort de là le dos cassé. Il faudrait condamner leur auteur à y rester trois heures sans bouger… Mais tout se paye dans la vie, comme disait Céline, le bien comme le mal, et le bien, c’est plus cher!  Cela dit, si vous pouvez faire l’effort,  vous n’y perdrez pas et si ce Paradis Impressions passe près de chez vous, alors n’hésitez pas. C’est un  spectacle d’une invention et d’une poésie sans doute unique dans le paysage trop souvent médiocre du théâtre contemporain français.

Philippe du Vignal

Atelier de Paris-Carolyn Carlson.  (Ex-Théâtre du Chaudron). Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 2 décembre du mercredi au samedi à 20 heures et le dimanche à 15 heures. Réservations : 01-43-74-24-08

Petit Choum

Petit Choum,  par l’ensemble Odyssée, direction d’acteurs d’Hervé Germain.

Les Frères Choum, c’est un quintette de cuivres du début du XXe siècle qui cherche dans le secret de leur atelier-laboratoire en Russie soviétique à retrouver les découvertes des constructivistes, futuristes et bruitistes russes. On voit d’abord leurs ombres se profiler sur un écran. Ils apparaissent ensuite devant d’étranges machines pour  fabriquer un « robot trompettiste ». Ils  mènent cette recherche  avec acharnement, vrais ouvriers du triomphe socialiste, dont ils portent les costumes dépenaillés.
Le percussionniste joue sur ses pièces d’atelier et obtient des couinements, des frottements;  l’accompagnement des cuivres, nourri de musiques slaves,  a été conçu par les musiciens de l’Odyssée. Un « camarade à casquette », comme l’ombre de Lénine menaçante, pénètre dans le laboratoire pour interrompre les recherches, et les musiciens se mettent immédiatement à entonner des hymnes révolutionnaires!
On peut retrouver dans ce spectacle ce que furent ces inventeurs de génie du début de la Révolution d’octobre  comme  Vsevolod Meyerhold, Kazimir Malevitch ou Dziga Vertov dont le premier, victime de Staline, connut un destin tragique.
Les enfants, dont la majorité n’avaient pas plus de six ans, ont fait un triomphe au spectacle de l’Odyssée, ensemble de cuivres lyonnais créé en 86 et qui a donné plus de 1.500 représentations de leur vingt  créations…

Edith Rappoport

Théâtre Dunois jusqu’au 29 novembre T: 01-45-84-72-00 et en tournée en 2013

www.odyssee-le-site.com

Nouveau Roman

Nouveau Roman, texte et mise en scène de Christophe Honoré.


Nouveau Roman nr-300x183

© Jean-Louis Fernandez« Je peux dire que j’ai découvert les ruines du roman avant d’en connaître la splendeur » dit Christophe Honoré. Son frère le confirme en préambule du spectacle : « Christophe a découvert la littérature grâce à Hiroshima mon amour et à la lecture des livres de Marguerite Duras empruntés au  lycée, au fin fond de sa Bretagne natale ».  

Ayant grandi à cette Ecole, Christophe Honoré affiche un souci pointilleux de la forme, au cinéma comme au théâtre  où il interroge la littérature. En faisant revivre  ici le petit cénacle qui, autour de Jérôme Lindon et de son éminence grise, Alain Robbe-Grillet, qui lança le « Nouveau Roman » mais qui restera à l’écart du groupe que rejoindront Marguerite Duras, et Catherine Robbe-Grillet. « J’ai remis en cause le statut du personnage, » explique Christophe Honoré. Dans un décor composite, flanqué d’écrans vidéo, entre hall de piscine, tribunal et amphi poussiéreux, le metteur en scène et ses acteurs ont librement  composé  le spectacle  à partir d’ un  immense matériau: romans, films, interviews, journaux intimes de ceux qui inventèrent l »a-littérature », comme le disait Claude Mauriac. Il y a aussi les témoignages filmés d’écrivains d’aujourd’hui: Lydie Salvayre, François Bégaudeau, Geneviève Brisac, Philippe Sollers…
  »Ce que j’appelle réalisme, c’est toujours du réel qui n’est pas encore pris dans des formes convenues », proclame Nathalie Sarraute. Joignant le geste à la parole, même s’ils ne sont pas tous d’accord, les  autres écrivains brûlent  les livres de Balzac, Flaubert, Loti, France, Aragon… Même les ouvrages de Sartre et de Beauvoir, considérés comme de vulgaires littérateurs, seront condamnés au  bûcher!
Cependant, miné par des dissensions intestines, le groupe s’effiloche, malgré la volonté d’Alain Robbe-Grillet, et Claude Ollier est exclu comme aux meilleurs temps du stalinisme…Et les Prix Renaudot de Butor,  Nobel de Claude Simon, Goncourt de Duras sont fêtés du bout des lèvres par le groupe. Butor et Duras désertent alors pour Gallimard…et Robbe-Grillet finit en académicien !

Durant ces trois heures et demi qui s’égrènent sur l’horloge numérique, le public est invité aux débats théoriques du groupe, à ses chamailleries et querelles. On apprend que certains se sont engagés contre la guerre d’Algérie et que les éditions Lindon ont été plastiquées par l’O.A.S., à la suite de la publication de La  Question d’Henri Alleg.  On entend aussi la prose magistrale de Claude Simon, scandée par Sébastien Poudéroux jusqu’à l’essoufflement : un moment de grâce…


Nous pourrions nous passer de la recette de la soupe aux poireaux de Marguerite Duras et autres anecdotes superfétatoires. Mais c’est le parti-pris  d’Honoré, comme les chansons ou le débat avec le public qui fait office d’entracte: ils  redonnent de l’élan à une  machine qui risquait de s’épuiser. Certains s’agaceront, d’autres se laisseront emmener par les acteurs dans ce bric-à-brac inventif et gentiment satirique, ravis de voir l’austère Nathalie Sarraute sous les traits d’une Ludivine Sagnier en talons-aiguille, Alain Robbe-Grillet campé en boy-scout par Jean-Charles Clichet  et  Marguerite Duras en pantalon rouge (Anaïs Demoustier).

Quant au  timide Claude Mauriac, il est  ressuscité par Julien Honoré. Michel Butor est lui, interprété par  Brigitte Catillon, l’aînée de la bande, alors qu’il est loin d’être le plus âgé du groupe. Christophe Honoré s’est donné toute liberté et on a la surprise de voir apparaître, vers la fin, Françoise Sagan, figure de l’anti-Nouveau Roman, incarnée par Benjamin Wangermeee qui, auparavant, jouait  Claude Ollier. Se venge-t-il ainsi de son exclusion…
La seule liberté que Christophe Honoré ne s’est pas octroyée: faire interpréter Samuel Beckett. Mais son visage hante le spectacle, en photo sur la porte du bureau de Jérôme Lindon. Beckett était jalousé par les autres, parce qu’il lui vouait un culte démesuré et qu’il le citait souvent  en exemple… On ne touche pas au roi des écrivains…
On l’aura compris, Nouveau Roman est un voyage au long cours dont seuls les spectateurs avertis profiteront.  Pour ceux qui ne veulent pas tenter l’aventure, mieux vaut s’abstenir!

Mireille Davidovici

Théâtre de la Colline, rue Malte-Brun, Paris XX ème,  jusqu’au 9 décembre.  T. : 01-44-62-52-52.
Théâtre Liberté de Toulon  du 10 au 12 janvier. T. : 04-98-00-56. Théâtre de l’Archipel à Perpignan du 17 au 18 janvier T. : 04-68-62-62-00

Roméo et Juliette

Roméo et Juliette de William Shakespeare, traduction de Pascal et Antoine Collin, mise en scène, adaptation, scénographie et chorégraphie de David Bobee.

 

Roméo et Juliette  rj

Photo : Christian Ganet

 La célèbre pièce n’est sas doute pas la meilleure des comédies de  de l’immense Shakespeare, et moins connue que le mythe des deux  fameux amants malheureux de Vérone. David Bobee, jeune metteur en scène de 34 ans, basé à Caen,  s’est attaqué à ce  pavé. Il avait, cette année, mis en scène, nous a-t-on dit,  un Hamlet de très bonne facture.
Sur le plateau nu, avec un sol et un mur de fond cuivrés, où sont disposés des praticables rectangulaires qui servent à tout,  une bande de jeunes gens  plutôt sympathiques, dont quelques-uns, surtout les plus âgés d’entre eux,  sont vraiment comédiens. Comme Bobee est modeste, il signe son travail en tant que-excusez du peu-metteur en scène, adaptateur, scénographe et chorégraphe..
. Il a confié les costumes à Marie Meyer qui a habillé tout le monde en jeans, tee-shirts, basketts, de façon sans doute à  faire contemporain et à situer les choses en banlieue. Mais le coup du jean/tee-shirt/veste de cuir il y a quelque cinquante ans quand le Living Theater avait inauguré la chose, créait un certain étonnement sur une scène  officielle mais maintenant! Si c’est pour voir sur un plateau , ce que l’on voit dans la vie, quelle facilité et surtout, quel intérêt?
Il y a dans cette mise en scène,  sans doute aussi pour faire moderne et djeune, de temps à autre, un petit coup de danse hip-hop, des acrobaties réalisées par deux beaux  athlètes, et quelques chansons. Et puis aussi quand même,  les scènes écrites par Shakespeare…  Passées à la moulinette d’un langage qui se voudrait  actuel mais assaisonnées de vulgarités que l’on voudrait nous faire passer pour shakespeariennes, sans doute là aussi,  pour faire plus « djeune »… Plus racoleur, je meurs!
Ces jeunes gens essayent  d’incarner les personnages mais n’y arrivent évidemment pas. « Je ne fais jamais d’audition, dit Bobee, j’invite sur scène des gens que je rencontre dans la vie. Ils sont danseurs, acrobates, comédiens, professionnels, amateurs ». Le résultat ne se fait pas attendre: la plupart, peu ou pas dirigés, jouent faux comme ce n’est pas permis. Il n’y évidemment aucune unité dans ce semblant de jeu, et la sonorisation  du plateau rend les voix uniformes. Comme elles sont  souvent couvertes par une musique omni-présente qui fait parfois penser à du  Phil Glass(le génie en moins), on s’ennuie très vite. D’autant plus que la pièce n’a vraiment rien de passionnant.
Seuls, arrivent à s’en sortir tant bien que mal, Mahdi Dehbi (Roméo) et Sara Llorca (Juliette), elle en robe et  qui a une belle présence-ils  viennent tous les deux du Conservatoire national- ainsi que  Véronique Stas (la nourrice) qui a du mal à s’y mettre-et on la comprend-mais est ensuite très juste. Il y a même une très belle scène entre Juliette et elle.  Bobee qui se prend pour un scénographe, a imaginé un décor de fond cuivré assez laid avec des fenêtres en ogive, du genre vitrine de magasin d’autrefois, ce qui n’aide en rien . Il n’hésite pas à écrire qu’il a « ressenti le besoin de travailler avec des acteurs et danseurs qui auraient eux-mêmes la peau cuivrée » (sic) Tous aux abris!
Il y a parfois quand même de belles images et un certain rythme dans cette  réalisation prétentieuse qui voudrait être « populaire » mais qui  accumule les poncifs du théâtre contemporain comme, entre autres, un plateau nu avec des lumières frontales parfois éblouissantes face public, ou  latérales et rasantes, des courses dans le public ou un jeu sur les passerelles  des côtés de la salle. Il n’y a pas d’entracte et ce pudding de presque trois heures est long, long,  comme un jour sans Juliette.
On serait heureux de savoir,  par quel miracle, la chose  a pu atterrir   à la salle Jean Vilar, de toute façon beaucoup trop vaste pour cette comédie. Mais c’est un privilège qu’il ne méritait  franchement pas! Le public, où il y a de nombreux lycéens, n’est pas très attentif mais, bizarrement, il y a eu peu de désertions et de SMS envoyés pendant la représentation…. Mais quelle déception!

Il nous souvient qu’à quelques dizaines de mètres du plateau, dans une salle de l’Ecole du Théâtre National de Chaillot rayée depuis de la carte par les bons soins de M. Goldenberg, directeur du Théâtre  à  l’époque et qui ne l’est pas heureusement resté, des élèves qui créeront ensuite la compagnie Gérard-Gérard avaient réalisé un  spectacle d’une heure vingt, sans décors, mais solide, bien interprété, à la fois drôle et émouvant. Cela s’appelait aussi Roméo et Juliette... Comme c’est curieux, comme c’est bizarre et quelle coïncidence, dirait Ionesco! C’était il y a cinq ans… Et ils continuent à le jouer  encore  un peu partout en France…

Philippe du Vignal

 

 

Théâtre National de Chaillot jusqu’au 23 novembre.

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