Ubu, Scènes d’Europe n° 52-53 La danse en questions.

Ubu, Scènes d’Europe n° 52-53 La Danse en questions.

Ubu, Scènes d'Europe n° 52-53 La danse en questions. dans actualites ubu-cover-id39Ce riche numéro d’Ubu s’ouvre sur un article très complet de Chantal Aubry et Fabienne Arvers qui fait le point sur les jeunes loups de la danse française apparus à l’orée de la décennie 80. Elles ont raison de faire remarquer que les Bagouet -décédé en 92 du sida comme bien d’autres- et  Marin, Gallottta, Chopinot, Larrieu, Découflé… auront profité de l’enseignement donné par Karin Waehner, Jacqueline Robinson, Françoise et Dominique Dupuy, et Jérôme Andrews. Et l’influence de chorégraphes comme Alwyn Nikolais, puis celle  de  ses élèves comme Carolyn Carlon et Susan  Buirge sur cette nouvelle vague de la danse française, aura aussi compté.
Le  champ de la réflexion sur le mouvement, rappelle Chantal Aubry, aura été, lui,  nourri de méthodes d’analyse comme celles entre autres,de F. Mathias  Alexander ou Moshé Feldenkrais. Suit un hommage à Laurence Louppe décédée au début de l’année 2012 avec un article paru il y a dix ans dans Art press Du Partitionnel  où la théoricienne et la brillante critique de la danse contemporaine analyse la notion de « reproductibilité d’une œuvre »  et montre comment les procédés de notation de la danse sont aussi intimement liés au processus de création.
Il a aussi nombre d’articles du nombre de créateurs français, comme cet entretien de Daniel Larrieu avec Chantal Aubry où il parle de ses rapports difficiles avec le pouvoir et l’institutionnalisation dans un pays qui compte maintenant quelque 600 compagnies de danse. Ou cet autre entretien de Joëlle Gayot avec François Verret, architecte de formation, nourri de philo et d’essais dont les spectacles renvoient justement à des grands moments de la littérature. François Verret  analyse avec une grande clarté les raisons qui l’ont poussé à prendre possession d’un plateau soit sans doute, comme il dit  » l’attraction de l’éphémère et la gravité » et l’influence qu’a eu sur lui un philosophe comme Adorno.
Chantal Boiron, la rédactrice en chef d’Ubu  a elle interviewé Robyn Orlin, chorégraphe née en Afrique du Sud et qui vit aujourd’hui entre son pays et l’Europe et qui parle de sa pièce sur Sara Baartman, la Vénus hottentote qui, dit-elle, a encore des résonances sur les femmes de couleur d’aujourd’hui.
On ne peut tout citer mais il y a également deux bons entretiens de Chantal Boiron avec Mathilde Monnier et Abou Lagraa,   dont les parcours  quelque peu hors norme sont exemplaires de la  nouvelle génération de ces chorégraphes dont l’apprentissage de la danse contemporaines n’a pas été des plus classiques. Il y a enfin un article de Thomas Hahn sur la recréation exceptionnelle à Montpellier cette année pour la seconde fois du mythique Einstein on the Beach de Bob Wilson (1976) où Lucinda Childs avait créé son formidable solo sur le musique de Phil Glass.
Mais à l’époque,  contrairement à ce qu’affirme Thomas Hahn, la création lumière avait déjà eu une importance capitale notamment chez Bob Wilson dans Le regard du Sourd mais aussi chez des artistes comme Meredith Monk ou John Vaccaro, et cela dès le début des années 70.

Ce numéro d’Ubu, tout à fait agréable à lire, fait un point remarquable  et donne un bon éclairage sur la création et la théorie dans un domaine souvent mal connu comme celui de la danse contemporaine.

Philippe du Vignal

Ubu revue bilingue français-anglais n°52-53. 15 euros

 

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