Les Mains de Camille

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Les Mains de Camille  ou le temps de l’oubli, texte et mise en scène de Brice Berthoud.

Il faudrait citer toute l’équipe des constructeurs qui ont donné naissance à ce troublant hommage à Camille Claudel, longuement mûri par les Anges au Plafond, compagnie de marionnettes issue des Chiffonnières nées à Malakoff. Après Oedipe et Antigone qui ont voyagé pendant quatre ans, c’est leur troisième création. Comme pour leurs précédents spectacles, les Anges au Plafond ont construit un dispositif scénique englobant le public, qu’ils installent sur les plateaux des théâtres où ils jouent.
Assis sur des bancs, face à l’espace scénique au-dessus duquel flotte un grand vélum blanc, nous sommes environnés par un chemin en fer forgé où se déroulent des épisodes de la vie de Camille broyée par la société bourgeoise et machiste du début du XXème siècle. Sur la droite, un espace pour de belles musiciennes vêtues de longues robes noires, qui traduisent en musique les chefs-*d’œuvre ignorés de Camille. Et, sous nos yeux,  d’étonnantes marionnettes, habillées de blanc pour la plupart-sauf Rodin à la longue barbe grise, vieux génie  égoïste-sont manipulées,  comme par magie, par Camille Trouvé, qui joue avec passion Camille Claudel.
Elle nous parle d’abord dans son enfance à Villeneuve-sur-Fère, près de Fère-en-Tardenois, auprès de son petit frère Paul qu’elle chérit tendrement, puis  de sa vie à Paris où elle voulait vivre, ce que son père lui avait accordé. Camille, habitée par la passion de la sculpture, entrera dans l’atelier de Rodin avec  d’autres jeunes filles. Elle s’éprend du maître qui la séduit puis l’abandonnera sous la pression de sa femme.

Habitée par une passion dévorante pour son art, elle vivra à Paris dans une extrême pauvreté.  Puis, en 1913, la famille  Claudel la fait   interner  à la  Maison de santé  de Ville-Évrard où elle  restera presque  trente ans, sans courrier et sans guère de visite,-son frère y viendra la voir une douzaine de fois seulement-et surtout sans aucune possibilité pour elle de pratiquer son art. Transférée ensuite à l’hôpital psychiatrique de Montfavet, elle y mourra de faim,sans aucun secours, en 43, pendant la guerre  comme des centaines de malades psychiques…
Aucun pathos dans ce drame déchirant!  Il y a même un certain humour dans le traitement des marionnettes…

Edith Rappoport

En tournée à: Ifs, Laval, Choisy-le-Roi, Lille, Hazebrouck, Douai, Tulle, Frouard, Auray, Lèves et Le Mans jusqu’au 16 avril.
angesauplafond@gmail.com


Archive pour 11 décembre, 2012

Living!

Living ! Je ne choisis pas de travailler dans le théâtre mais dans le monde de Julian Beck et Judith Malina, mise en scène de Stanislas Nordey.

Julian Beck et Judith Malina, célèbre couple du théâtre américain, avaient fondé le Living Theater aux USA en 1947. Au début des années 60, cette troupe libertaire s’était pleinement impliquée dans un combat social. Disciples d’Antonin Artaud et de son Théâtre de la cruauté, ils s’engagent contre la guerre menée par les Etats-Unis au Viet nam, puis sont expulsés de leur  petite  salle de spectacle. La communauté d’acteurs du  Living entame alors une vie errante et jouera en France au début des années 1960 The Brig  qui provoquera  une véritable onde de choc, puis Mysteries and smaller pieces à Paris et Frankenstein  à Cassis.
Jean Vilar,  les avait invités à créer Paradise Now au Festival d’Avignon en juillet 68… Dans le cloître des Carmes, le Living ira jusqu’au bout de sa révolte,  errant parmi les spectateurs  en protestant contre les interdictions: « Je n’ai pas le droit de voyager sans passeport, je n’ai pas le droit d’enlever mes vêtements !… « . Ce qu’ils font  en  se dévêtant et en sautant du haut du mur du cloître dans les bras de leurs compagnons.
Avec les enragés qui veulent entrer gratuitement dans le cloître, défiant Vilar qui les en empêche pour des raisons de sécurité, ils proclament: »Le théâtre est dans la rue, allons jouer dans les quartiers populaires ! ».

Vilar s’y oppose: il a payé leurs cachets et  les spectateurs ont acheté leurs places. Le Living Theater quittera Avignon avant d’avoir terminé les représentations qui lui ont été payées. et le Festival se poursuivra avec Maurice Béjart et les autres spectacles. Mais Vilar ne s’en remettra pas. Il avait  renoncé à la direction de l’Opéra que Malraux lui avait proposée et mourra en 71. *
Stanislas Nordey n’a pas tenu compte, pour son spectacle, du travail théâtral de Julian Beck, mais seulement de  ses textes libertaires dont les anarchistes de mai 68 se sont régalés mais  qui ont fait long feu. Les jeunes acteurs issus de l’école du Théâtre national de Bretagne dont Nordey est directeur, incarnent la philosophie de Julian Beck avec un bel élan, et occupent d’abord les rangs des spectateurs.
Debout sur le plateau, nous leur faisons face, puis nous regagnons nos sièges pour écouter les sentences émises à l’époque par une troupe qui a eu une influence capitale dans ces années de rejet d’une quelconque autorité.

Que reste-t-il de 68 ? Tous ces textes semblent assez puérils, et la belle solidarité des manifestations de l’époque s’est diluée dans un individualisme forcené! Ces jeunes acteurs heureux de refaire vivre cette aventure disent  leur texte avec cœur, mais le reflet qu’ils donnent du Living semble étrangement fade.
Seul, le texte d’Antonin Artaud à la fin garde une résonance poétique ! Le Living, c’était d’abord le culte du corps, le plein engagement physique, avec des déflagrations, absentes des textes écrits par  Julian Beck. Après Cage et Lebel, le Living nous aura au moins ouvert la porte des happenings et donné naissance à de nombreuses compagnies  qui contesteront l’ordre magistral qui, au début des années 70, régnait dans les universités, les usines et la société française  en général…

Edith Rappoport


* Denis Genoun a publié Mai, Juin, Juillet, une pièce consacrée à ce Festival d’Avignon 68, créée au TNP à Villeurbanne et  retransmise sur France-Culture.

Que dire de plus? Edith Rappoport a mis le doigt exactement là où cela faisait mal! Sous un  titre  bien racoleur, Nordey ne parle guère en fait de l’épopée théâtrale du Living mais fait dire par ses jeunes comédiens des extraits des écrits de Julian Beck qui sont d’une rare prétention, et où la fausse générosité côtoie une factras idéologique et une pensée socio-politique indigente.
Cela dit, Julian Beck, décédé en 85, soit quinze ans après la dispersion de la troupe, et Judith Malina que nous avions bien connus autrefois,  auront eu une influence considérable sur le théâtre contemporain, avec un travail scénique des plus rigoureux, fondé sur un entraînement physique, et sur la puissance du geste, sur  une nouvelle idéologie du corps et une recherche collective.. Et, sans beaucoup d’argent, ils  auront réussi à créer de  remarquables spectacles comme The Brig, Antigone ou Mysteries and smaller pieces qui sont encore présents dans bien des mémoires….

Nordey, lui sans complexe aucun,  nous fait assister à une sorte de lecture  assez ennuyeuse, et  alors que les textes lus parlent souvent du corps et  d’Artaud,  son spectacle reste étrangement statique et BCBG. Les quinze jeunes comédiens bien propres et bien gentils-auxquels on ne peut rien reprocher-obéissent aux ordres,fagotés-surtout les filles-dans des semblants de costumes d’une laideur insoupçonnable. Tout se cela ressemble en fait à une présentation correcte de travaux d’élèves. Comme  il faut bien donner à chacun un petit morceau verbal, l’ensemble est évidemment assez artificiel!Et aucun décalage: la scène est nue comme au Living, les costumes sont ceux de tous les jours comme au Living… Mais Nordey a sans doute oublié que, ce qui était original et provocant il y a déjà… plus de quarante ans quand les premiers spectacles du Living arrivèrent en France, est aujourd’hui d’un conformisme exemplaire et est entré dans l’histoire du théâtre contemporain depuis longtemps. Cours, camarade, disaient déjà les inscriptions murales de mai 68, le vieux monde est derrière toi!
La diction et la tenue en scène sont heureusement impeccables mais quel ennui, quelle platitude! On espère seulement que ces jeunes comédiens auront pu voir le remarquable film d’après une représentation de The Brig. Il aurait sans doute été plus intéressant pour  eux comme pour le public, d’assister à une recréation de Mysteries and smaller pieces. ou d’un autre spectacle du Living Cela  n’aurait pas manqué de panache mais il aurait fallu juste un peu d’audace! Après tout, la Comédie-Française remet bien en scène des pièces écrites il y a deux siècles et parfois oubliées.
En tout cas, vous l’aurez sans doute compris, pas la peine de vous déranger, cela ne vaut vraiment pas le coup. Le public assez lucide ne semblait pas être dupe…

Philippe du Vignal

Théâtre des Quartiers d’Ivry.

Vïï-Le roi terre de Klim

Viï-le Roi-terre de Klim inspiré de Nicolas Gogol mise en scène de Vlad Troitskyi.

Vïï-Le roi terre de Klim le-roi-vii

Ce spectacle de deux longues heures, librement inspiré d’une nouvelle de Gogol, a donné lieu en 67 à la réalisation du premier film d’horreur soviétique. Mélangeant mysticisme et sorcellerie, c’est le récit de l’aventure d’étudiants en prise avec le pouvoir maléfique de Viï, le chef des gnômes ! Le metteur en scène nous fait ainsi voyager dans les profondeurs de la forêt ukrainienne  “un monde oublié en passe de disparaître avec tous ses rites, son mysticisme et sa force métaphysique”.
Un projet ambitieux mais… partiellement réussi, même si la scénographie et les musiques contribuent à créer de beaux moments de théâtre. Sur un plateau couvert de copeaux de bois, des troncs d’arbres occupent l’espace des cintres au sol, le plus souvent dans la pénombre. Tables et bancs en bois complètent le décor. Et s’y ajoute aussi le bois des instruments à cordes, des tambours et des bâtons qui font résonner régulièrement une musique violente et belle du groupe musical Dakhabrakha que Vlad Ttoitskyi a fondé en 2004 en mêlant folklore et musique actuelle.
Ces polyphonies envoûtantes contribuent au jeu totalement incarné des comédiens ukrainiens, (mention spéciale au comédien qui joue un fou enchainé mi-homme mi-Christ) et créent une ambiance mystique et sauvage pour ces rituels de mariage et de mort d’une grande beauté mais… cassés par le jeu des deux comédiens francophones! Ont-ils été recrutés pour les besoins de la coproduction du théâtre Vidy de Lausanne, ou pour rendre la fable plus crédible et plus rationnelle? En tout cas, l’association de ces deux modes de jeu ne fonctionne pas et brouille le message du metteur en scène qui veut, dit-il,  « mettre en avant le côté mystique de la culture ukrainienne » et le fondre avec notre rationalité.
Pour lui, la société actuelle qui « délaisse toute croyance et qui s’en remet au pouvoir de l’argent »,  n’a plus aucun repère. Artiste slave, il vit « chaque jour comme le dernier jour » et déplore la disparition de la notion de héros: « J’appelle les héros, des gens capables de ne pas se cantonner à vivre leur vie, mais qui se battent aussi pour bousculer et faire avancer les choses. Aujourd’hui, tout est propre, rangé, neutre, voire nul. Il n’y a plus d’énergie ».
Les intentions de ce scénographe et faiseur d’images avisé sont sans doute excellentes mais cela fait d’autant plus regretter un manque total d’harmonie dans le jeu des acteurs.

Jean Couturier

Théâtre de la Ville jusqu’au 14 décembre.

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