Tu tiens sur tous les fronts

Tu tiens sur tous les fronts d’après Christophe Tarkos, conception, musique et mise en scène de Roland Auzet

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© Emmanuelle Murbach

Ça commence par l’idée de deux. Le décor : une moitié noire, une moitié blanche. La musique : un piano que l’on voit, que l’on entend, mais pas de pianiste. Et deux acteurs, jumeaux et différents.
Hervé Pierre parle sans se faire prier,  dit les textes de Tarkos, et  Pascal Duquenne l’écoute (ou non): il ne dit mot mais n‘en pense pas moins. Ils dialoguent à leur façon, dansant, marchant sur les plates-bandes de l’autre, mettant les pieds dans son plat, ou dans son pot de peinture.
Car assez vite, le deux se complexifie et devient un pluriel. À la poésie simple et obstinée de Tarkos, répond le beau geste de peintre de Pascal Duquenne, traçant des cercles généreux, rouges, noirs, sur le papier  » que sa blancheur défend ».
La scénographie de Goury est attaquée avec un beau vandalisme, tout au long de la représentation, dont elle trace la durée : barbouillée, déchirée, crevée, traversée. Et puis le texte reprend le dessus. Cela parle de la vie, de la mort qui est bien nécessaire, d’être là, de se serrer la main, de se donner une poignée de main.
Du coup, à prendre les mots au sérieux, les acteurs le font : moment tranquille et souriant d’échange avec le public, et d’échange entre le mot et le geste. Et puis reprend la danse des deux augustes mais aucun des deux n’est le clown blanc. Ils se soutiennent, s’accompagnent. On dit de Pascal Duquenne, récompensé il y a quelques années à Cannes avec Daniel Auteuil pour son rôle dans Le Huitième jour, qu’il est un acteur « différent ». Certes, il l’est, du fait de son handicap.
Mais quand Pascal Duquenne  travaille avec Hervé Pierre-on voit à quel point   ce dernier -en congé de la Comédie Française-est sans cesse attentif à son partenaire.Lui aussi, est un acteur différent, ce qui après tout est la moindre des choses : qui irait voir jouer un acteur indifférent ?
Christophe Tarkos nous pardonnera ce jeu de mots à deux sous : ce n’est que minuscule hommage à son amour de la langue, à sa litanie presque artisanale, comme s’il rabotait la langue, non pour la rendre lisse au point qu’on en oublierait les aspérités, mais pour lui rendre la beauté de ses veines.

Pour en revenir au début : on assiste à un duo multiple, complice, jumeau, adverse, chien et chat, tendre dans l’affrontement (pour ne pas oublier tout à fait le titre, sur lequel il y aurait beaucoup à dire).
Une seule critique: il y a presque trop à voir et à entendre. On voudrait s’échapper sur la musique mais  la parole, le geste nous arrachent à elle, comme le travail plastique nous arrache parfois au texte. Mais qui oserait se plaindre de trop de générosité et de talents réunis en un spectacle ?

Christine Friedel

 

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers  jusqu’au 21 décembre. T: 01-48-33-16-16

 


Archive pour 18 décembre, 2012

Naissance

Naissance de Julien Guyomard mise en scène de Samuel Vittoz.

 


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Étrange et fascinante parabole que cette pièce aux thèmes archaïques et empreinte d’un grande noirceur, surgie d’une lecture de Nietzsche dont un extrait d’Ainsi parlait Zarathoustra est cité en exergue dans le programme. Julien Guyomard a bénéficié d’une résidence à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon depuis en 2006 pour l’écrire.
L’histoire? Au sein d’une communauté paysanne, c’est la fin des récoltes. Tout le monde est réuni pour la fêter dignement mais aujourd’hui, l’heure n’est pas à la joie : les récoltes sont maigres, la famine menace et les familles ne s’agrandissent plus. Il se passe forcément quelque chose.
Pour conjurer ce qui semble être le mauvais sort, une sorte de prêcheur, » l’Ordonnateur » n’a qu’une idée : appliquer les préceptes du Livre saint, recueil des paroles de l’Immobile, la figure divine locale. « On fait n’importe quoi, rien ne pousse, sont frappés par l’Immobile ceux qui tentent d’altérer sa parole ».

Si ce livre est bien lu et que les prières sont bien faites, il ne pourrait  rien arriver de mauvais à ces pauvres paysans.Vertu du verbe? Mais, au milieu de la cérémonie, le fils du porteur d’eau, le dernier enfant du clan, découvre, par hasard, une partie cachée du recueil…
La pièce traite de ce qui fait parole démocratique et de la manière dont l’intelligence collective avance malgré la diversité  des points de vue. Au-delà de  l’interprétation des textes religieux, une question plus cruciale est sous-jacente, celle du comment vivre ensemble ? Les compagnons se révolteront par instants et une mère, violée, prostituée leur apporte la contradiction. Mais, à la fin de la pièce, une prise de conscience  va tous les amener  à reprendre la culture des champs abandonnés…
Malgré une langue savoureuse et dite avec une belle énergie par les comédiens (Gwendal Anglade, Jean-Baptiste Azema, Éric Charon, Damien Houssier, Éric Jovencel, Nans Laborde Joudàa, David Seigneur, Élodie Vom Hofe) qui, tous, maîtrisent bien leurs personnages, le public reste quelque peu  égaré dans les chemins obscurs où veut nous emmener Julien Guyomard.
On ne voit en effet pas vraiment  » les archaïsmes toujours à l’œuvre dans notre société contemporaine  qu’il veut nous nous montrer (…) mais qui apportent une « lumière de notre animalité et de nos comportements ».

Edith Rappoport

Spectacle vu au Théâtre de Vanves le 15 décembre.
Maison du Développement culturel de Gennevilliers du 23 au  25 janvier à 14h30 et 20h30, et le samedi 26 Janvier à 14h30.T: 01-40-85-60-92.
Château de la Roche-Guyon du 26 au 28 avril, T: 01-34-79-74-42

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