Voilà Godot

Voilà Godot a75ccf35a784f6202abd0bab35e7525c

Voilà Godot  de Minori Betsuyaku, en japonais, surtitrage en français d’après la traduction de Kaori Oku et Benjamin Giroux, mise en scène de K. Kyama.

Minori Betsuyaku dont la Maison du Japon avait déjà programmé La Maladie il y a deux ans, revient avec une suite de la célébrissime pièce de Beckett, pour laquelle il a reçu plusieurs prix japonais.D’abord influencé à la fois par Kafka et bien évidemment par Beckett dont il a découvert l’œuvre quand il était encore étudiant,  il a écrit quelque 130 pièces!
« Nous, les étudiants, dit-il,  commencions à sentir la limite du théâtre réaliste destiné à exprimer les pensées socialistes et qui avait pour objectif de parvenir à la révolution étouffions, dit-il,dans cette atmosphère où le théâtre était conditionné par des idéologies. En découvrant le travail de Beckett, j’ai senti une sorte de libération car le théâtre n’avait plus à traiter les problèmes sociaux et politiques, mais pouvait exister en exprimant le drame de chaque individu ».

Le dramaturge a été aussi très attiré par la conception de l’espace qu’avait Beckett, c’est à dire une scène presque nue, ce qui devait être une découverte au Japon et représenter quelque chose d’ attirant pour les jeunes auteurs de sa génération. Pour ce Voilà Godot, il  y a juste un poteau électrique, une petite table, et une station de bus , bien décrites dans les didascalies. Ce qui casse l’horizontalité propre à la scène du kabuki  et du nô, et Betsuyaku qualifie ce type d’espace de « localisé ». Comme il y avait, dans la pièce de Beckett, un pauvre arbre solitaire, ce qu’a parfaitement respecté K. Kyama dans sa mise en scène. Et il a eu raison.
On retrouve dès le début les deux clochards célestes que sont Vladimir et Estragon puis Pozzo et Lucky, que l’on reconnaît avec sa corde au cou, sa vielle valise et son pliant.
Mais-et c’est évidemment nouveau- il y a aussi aussi des femmes comme cette vieille dame qui attend éternellement l’autobus, ou ces deux jeunes préposées à l’accueil  d’abord secrétaires puis infirmières et enfin assistantes d’une entreprise de pompes funèbres qui ont un mal fou à inscrire correctement le nom de Godot: Goro, Gobo, Gozo… Et Godot a cette réponse fabuleuse: « Ecrivez quelque chose avec un point d’interrogation. Comme çà, je serai inscrit « . Ou encore cette jeune mère qui trimbale un garçon déjà grand dans un landeau dont Pozzo dit:  » Elle l’a regardé, puis elle lui a demandé : « Vous êtes Monsieur Vladimir ? » et après ça, elle a dit : « C’est votre enfant » en montrant le bébé dans la poussette. Lucky. – Alors, lui, il a dit : « Sauve qui peut » donc on s’est sauvés, mais en y repensant, c’est parce que ce n’est pas moi qui suis Vladimir, mais c’est ce…
Disons tout de suite que c’est un travail d’une intelligence exceptionnelle, empreint d’un humour et d’une espièglerie merveilleuse. C’est un peu comme si on retrouvait de vieilles connaissances un peu perdues de vue-on ne joue pas En attendant Godot  si souvent que cela-et dont on va connaître les nouvelles aventures.
Et tout de suite, les premiers dialogues ont une incomparable saveur et une absurdité dont on peut se dire que Beckett les aurait sans doute appréciées. Godot est enfin arrivé mais le seul ennui c’est qu’après avoir été tellement attendu, il n’intéresse plus grand monde.
Et c’est de cela,  dont parle précisément la pièce de Bestsuyaku, traité par K. Kyama avec une profonde rigueur et en même temps avec un humour de tout premier ordre. On ne peut tout citer de ces dialogues burlesques mais,  à la fin, on peut se douter que Godot restera un éternel incompris: » Rien à faire, dit-il, . Ils ne veulent pas comprendre que c’est moi Godot, et que je suis là…et Estragon lui répond. – Mais j’ai compris : vous êtes Godot et vous êtes là… et Godot de répliquer. – Vous voyez ? Il ne comprend rien… »
La direction d’acteurs comme la mise en scène de K. Kyama qui, comme on s’en était tout de suite aperçu, nous a dit  avoir pris pour modèle le théâtre nô, possède une force comme on n’a guère l’habitude de voir sur les scènes occidentales. Le plus petit déplacement, le moindre geste: tout est d’une fluidité et d’une justesse ! Et il y a un souci du détail qui n’oblitère jamais en rien le rythme général de la pièce.
Le public, en majorité japonais mais aussi français, a longuement applaudi ces acteurs  qui possèdent un métier exemplaire. En particulier, Yuga Yoshino qui joue Godot avec une subtilité et une intelligence des plus rares. Le salut, entre autres exemples, qui est  la dernière image que l’on garde d’un spectacle,  est ici réglé avec élégance et efficacité, ce qui est  rarement le cas en France! Une belle leçon de théâtre…
Vous ne verrez malheureusement pas ce spectacle joué seulement deux fois qui s’en va ensuite à Berlin. Et c’est vraiment dommage et incompréhensible qu’aucun théâtre français n’ait pu le programmer… Espérons pour une autre année qu’un  grand théâtre français puisse  accueillir le spectacle
!
Merci en tout cas à nos amis japonais de nous avoir offert ce sublime cadeau de Noël.

Philippe du Vignal

Maison de la culture du Japon à Paris les 13 et 14 décembre.


Archive pour 20 décembre, 2012

L’Omme vit très bien toute seule

L’Omme vit très bien toute seule, et Contre les bêtes, de Jacques Rebotier

 

Vite, une heureuse surprise à la Java, (105) rue du faubourg du temple. Pour quelques soirs, une autre danse anime le plancher du célèbre bal. En deux volets, Jacques Rebotier, poète, musicien, artiste multi instrumentiste, lance le chant funèbre, en un lyrisme plein d’humour et de rudesse, des espèces en voie de disparition. Honte à l’Omme – c’est ainsi qu’il écrit le nom de l’espèce humaine, sous les espèces de ce qu’il exècre -. Honte au prédateur numéro un. Dans la première partie, due à Hélène Mathon, la parole se distille goutte à goutte, au fil des images, et s’incarne peu à peu de fort gracieuse façon. Sur un écran ouvert à toutes les insinuations, on le verra, est projeté le film (de Christophe Archambo) d’une nature vue au plus près, herbes et eaux, incrusté de bestioles qui ont le charme des illustrations pour enfants. La comédienne, en douceur, glisse dans les interstices la parole impitoyable de Jacques Rebotier. Elle apparaît peu à peu, fait corps avec cette nature projetée, devient naïade, dryade, vouivre, fée des roseaux. Tout contre les bêtes : le charme d’une poésie écologique.

Dans la seconde partie du spectacle, Jacques Rebotier reprend la parole et son écologie poétique. Contre les bêtes, c’est un discours, un pamphlet, un chant de colère devant ce que l’Omme a fait de la terre et du monde, poussé sur le terreau de Rabelais. On est bien obligé d’inventer une langue, pour dire la réalité inédite du monde : adaptez-vous ou disparaissez ! C’est valable aussi pour les hommes, s’il en reste. Jacques Rebotier compte des moutons qui ne font pas dormir, fustige le classement entre “utiles“ (à qui ? ) et “nuisibles“, embrasse la cause des puants, des sauvages, des lucioles et des « pipaillons ». Il joue son poème, le danse, s’énerve qu’on chante encore « le loup, le renard et la belette » dans un pays où l’on serait bien en peine d’en voir. Tout cela sur de misérables petits carrés de fausse herbe : voilà où nous en sommes avec la nature !

Une poésie vigoureuse, abondante, à dévorer de suite, sur place ou ailleurs : l’auteur garde Contre les bêtes à son répertoire.

Christine Friedel

La Java ––01 42 02 20 42 – jusqu’au 22 décembre

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