Ma mère qui chantait sur un phare

Ma Mère qui chantait sur un phare de Gilles Granouillet, mise en scène de  François Rancillac.

Après Zoom  créé au Théâtre de Sartrouville, Le Saut de l’ange à la Comédie de Saint-Étienne et Nager/Cueillir aux Rencontres Charles Dullin, c’est le quatrième texte (2006)  de Gilles Granouillet monté par François Rancillac.
Deux enfants aux prénoms étranges : Marzeille et son petit frère Perpignan. errent dans la  campagne, à la recherche de leur mère  disparue dont ils ne gardent aucun souvenir. Est-elle morte, est-elle vivante?  On sait seulement qu’on l’entend, ivre et nue, perchée sur un phare mobile amarré à la plage; elle chante face à la mer, sous le regard des hommes du village.

Pour aller la délivrer, les enfants empruntent la pelleteuse d’un conducteur d’engins  mais  emboutissent son algéco  où  se cachaient sa femme et son amant, un marchand de vin. Les enfants s’enfuient et Marzeille demande alors de l’aide à  son père, dont la présence est inquiétante. Mais l’enfant  ne le  connaît pas, même s’il l’ a longtemps épié.
On sent la mort et l’abandon qui rôdent. Mais le père  embarque alors  les enfants dans son bateau et rame vers le phare; le conducteur d’engins, lui, fou de douleur, détache l’amarre. du phare mobile et la mère  va  donc  dériver …
La pièce entremêle récits et dialogues; l’interprétation est solide  et la scénographie de Raymond Sarti tout à fait efficace mais cette errance  des personnages échappe à une compréhension rationnelle. Sans nous faire quand même plonger dans l’ennui…

Edith Rappoport

 

Théâtre de l’Aquarium  jusqu’au 3 février.  T:  01-43-74-72-74.


Archive pour 12 janvier, 2013

Ionesco suite

Ionesco suite d’après Ionesco, création collective, mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Motta.

Ionesco suite  ionescoIonesco suite est installé au Théâtre des Abbesses dans une configuration provisoire où il y a quelques rangées de spectateurs installés sur la scène et quelques gradins qui recouvrent la salle habituelle. Cette disposition provoque une sorte d’intimité remarquable entre le public et  les acteurs.
Rien sur scène ou presque: une longue table étroite, couverte d’une nappe blanche, à la Tadeusz Kantor ou à la Jérôme Deschamps ou aux deux, c’est encore mieux, des chaises en bois dépareillées, quelques costumes et perruques  foutraques décrochés dans les réserves du théâtre.
Vous ajoutez  un cocktail d’extraits de pièces   moins  connues de Ionesco comme  Jacques ou la SoumissionDélire à deux, ou bien tout à fait culte,  comme La  Leçon ou La Cantatrice chauve; vous complétez par  quelques improvisations,  et vous faites agiter le tout par  certains des plus anciens compagnons de route d’Emmanuel Demarcy-Motta depuis le début des années 90 et que l’on a pu voir dans ses récents spectacles (Six Personnages  ou Casimir et Caroline): Charles Roger Bour, Céline Carrère, Jauris Casanova, Sara Faure, Stéphane Krähenbühl, Olivier Le Borgne et Gérard Maillet… Bref, une bande d’acteurs expérimentés à l’impeccable diction et à la non-moins impeccable gestuelle qui se connaissent bien, et dont le jeu a une exceptionnelle unité.

  »La troupe fonctionne  comme une sorte d’orchestre, où chacun retrouve son instrument, cherche d’autres interprétations,  dit Emmanuel Demarcy-Motta, et où le metteur en scène (cette espèce de chef d’orchestre qui disparaît le jour du concert) doit viser à modifier, ici ou là, un tempo, un jeu de scène, une intention, une orientation, une interprétation ».
Avec ce que cela suppose de petits changements au cours du temps dans ce laboratoire où le langage du quotidien est sans cesse trituré, malaxé par Ionesco pour en faire jaillir à la fois les stéréotypes, les incongruités mais aussi toute la poésie et parfois aussi les hasards de l’oralité.
Sous les textes du franco-roumain Ionesco, on retrouve souvent ceux de l’autre immense  poète roumain  Ghérasim Luca  qui vivait en France et qui s’est jeté dans la Seine en 94. Lui, le discret Luca dont Deleuze disait, dans L’Abécédaire, qu’il était  le « plus grand poète de langue française vivant».
Phrases sorties de leur contexte et rendues absurdes, répétitions, et enchaînements  de mots donc de concepts rendus tout autant absurdes ou insipides: Ionesco  fait feu de tout bois avec un  sens de la dérision qui fait parfois chez lui basculer le comique dans l’expression d’un tragique de la vie qu’il dissimule avec pudeur. L’homme- écrivain mille fois reconnu en France comme à l’étranger-que nous n’avons rencontré qu’une fois à la fin de sa vie, paraissait  terriblement seul, angoissé et  amer.

 Pourtant, et ce n’est pas un paradoxe, quelle formidable source de rire que cette série de petites scènes qui sont ici  très bien jouées.  et où rien dans la mise en scène-éclairages, partition sonore, déplacements- n’a été laissé au hasard. Jamais peut-être le travail d’Emmanuel Demarcy-Motta n’aura été aussi précis et mieux perçu que dans ce cadre presque intimiste et ses comédiens comme lui ont  pris, ont sans doute pris  beaucoup de plaisir à cette création.
Il y a bien quelques moments  où l’accrochage des textes entre eux semble flotter un peu, surtout vers la fin des 75 minutes mais sinon, quelle belle invention scénique ! Tout est à la fois-apparemment- tout à fait simple dans ces dialogues aberrants d’où toute psychologie a disparu mais terriblement efficaces… Et comme nous avons vu ce Ionesco suite en matinée, l’esprit est plus éveillé qu’en  soirée et l’on n’en savoure qu’avec plus de plaisir ces dialogues aberrants et parfois féroces, d’où toute psychologie a disparu! Les lycéens et les autres, les plus jeunes et les plus âgés, les femmes comme les hommes, personne ne boudait son plaisir…

On redécouvre en effet un autre Ionesco, plus proche de nous finalement que  celui des grandes envolées du Rhinocéros, pas toujours aussi convaincantes. Emmanuel Demarcy-Motta n’ a pas raté son coup, et souhaitons lui, puisque c’est dans son prochain programme,  de remonter sur la scène des  Abbesses, plutôt que dans la grande  coquille du Théâtre de la Ville, Victor ou les Enfants au pouvoir de Roger Vitrac, un des prédécesseurs de Ionesco: on ne dira jamais assez combien le lieu scénique a une importance capitale dans le perception d’une  spectacle.
En tout cas, on ne vous le dira pas deux fois, on ne vous le dira pas trois fois, on ne vous le dira qu’une seule fois: ne dites pas : « Ah! Ionesco encore!  » Mais allez-y en toute confiance; cela nous étonnerait que vous soyez déçu de ce voyage aux Abbesses et vous pouvez même y emmener de grands enfants.

Philippe du Vignal

Théâtre des Abbesses jusqu’au 31 janvier

Peer Gynt

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Peer Gynt
d’Henrik Ibsen,traduction et adaptation pour marionnettes et formes marionnetiques de Frédéric Révérend, mise en scène de Max Legoubé, en collaboration avec Fred Hocké, création sonore de Léopold Frey.
C’est en s’inspirant de contes populaires norvégiens qu’Ibsen (1826-1906) a écrit ce Peer Gynt, pièce mythique, sous -titrée poème dramatique qu’il l’écrivit en Italie où il vécut quelque vingt ans. Créée à Oslo en 76, avec la musique d’Edouard Grieg  mais sans le quatrième acte, elle connut tout de suite un grand succès. « Je n’ai jamais rien écrit d’aussi fou » disait Ibsen,  dont la pièce réputée injouable, fut quand même créée à Paris  en 96, mais-pas dans son intégralité-par Lugné-Poe au Théâtre de l’Oeuvre. Elle a été depuis très souvent jouée en France comme ailleurs et le personnage de Peer Gynt, sans cesse à la quête de lui-même, a fasciné nombre de metteurs en scène: entre autres, Chéreau bien sûr, Pineau,  et  l’an passé, Ruf à la Comédie-Française (voir Le Théâtre du Blog), avec des fortunes variées.

Peer Gynt, dans sa version intégrale, durerait quelque six heures… Max Legoubé, lui, a voulu échapper à l’incarnation  et à l’identification des personnages, en faisant dire cette adaptation du texte original par un seul comédien en voix off, et en choisissant de « ne pas cantonner le rôle de Peer Gynt à un seul comédien  mais d’aborder l’histoire de manière chorale avec trois acteurs muets qui ont sensiblement le même âge et habillés de façon identique. Legoubé ajoute que « c’est un vrai plaisir d’entendre dire le texte d’une seule voix par un seul comédien en voix off, comme s’il nous en faisait la lecture » et que » le drame philosophique semble secondaire ». Donc,  » la démesure de l’œuvre  nous invite, dit-il, à n’écouter que notre ferveur pour la mettre en scène ». Legoubé et  Révérend font référence  au fameux L’Acteur désincarné de Jouvet qui leur font penser, disent-ils, « à Peer Gynt et sa nature mobile ».
Bon, comme on le sait, les  notes d’intention, souvent truffées d’auto-compliments, ne mangent pas de pain, comme on dit dans le Cantal et autres départements français. Mais compte surtout,  ce que l’on voit sur le plateau et ce que le public ressent…  Ici, il y a une sorte de terre-plain rond, moussu et herbeux, d’où sortent parfois des fumerolles comme pour évoquer l’univers des trolls où évoluent Chloé Hervieux, Sébastien Laurent et Max Legoubé qui ont tous les trois un jeu très précis. Il y a aussi  quelques figurines ou marionnettes, et des projections vidéos de nuages qui passent ou d’arbres aux branches noires. Max Legoubé-c’est incontestable- sait produire de belles images comme ce roi des Trolls  figuré par un  tronc d’arbre mort ou celle,  souvent vue mais qui a un effet certain comme ce sable qui coule des cintres éclairé par un pinceau lumineux, pour évoquer le désert où est allé s’aventurer Peer Gynt.
Et cela donne quoi? A la fois, un travail d’une grande rigueur dans la mise en scène où  tout est impeccablement maîtrisé. Mais l’ensemble a du mal à fonctionner. On voit tout de suite que ce Peer Gynt en un peu plus d’une heure avec une voix-off et  trois comédiens sur le plateau va tenir davantage de  variations sur la célèbre pièce d’Ibsen  dont on évoquera quelques scènes mais où l’essentiel passe à la trappe. Pas la peine de se gargariser  » d’une écriture parallèle qui se donne au plateau ».  » La distance avec le texte » qui en sort comme essoré, on veut bien! Mais entendre presque en permanence une voix-off caverneuse soutenue par une musique électro-acoustique débiter un récit qui n’a pas grand-chose à voir avec la pièce d’Ibsen, pendant que des images défilent  ne prédispose pas vraiment le public » à donner libre cours à son imagination », comme le croient sans doute Frédéric Révérend et Max Legoubé. En tout cas, malgré des moyens technologiques sophistiqués,  » la verve du personnage et l’inspiration du poète dans  jeu habilement désincarné et partagé », nous ne l’avons pas personnellement beaucoup ressenti.
Faire passer à la trappe  l’identification et l’incarnation que le metteur en scène semble avoir en horreur, c’est bien gentil mais  c’est un peu jouer avec le feu et il faudrait mieux y réfléchir à deux fois quand il s’agit d’une œuvre aussi immense que Peer Gynt.

  On prend en effet le risque de faire disparaître presque toute la richesse du paysage poétique et philosophique de la pièce! Il ne s’agit pas de respect mais l’expérience prouve que les traitements de choc ne sont pas toujours ceux qui réussissent le mieux aux malades  comme aux œuvres dramatiques. Peer Gynt est  une formidable saga  dont on peut faire ce que l’on veut, et les metteurs en scène  ne s’en sont jamais  privés. Mais  tout se passe ici comme  si  Max Legoubé s’était  offert le luxe du plaisir d’inventer, sans que cela ait  toujours une véritable cohérence.
Dommage, car il s’agit d’un travail très soigné mais où l’on  est passé à côté de la magie du célèbre poème dramatique d’Ibsen…

Philippe du Vignal

Comédie de Caen du 9 au 11 janvier, et du 14 au 15 janvier.

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