Protée

Protée de Paul Claudel, mise en scène de Philippe Adrien.

ProtéeProtée c’est le drame satyrique qui concluait les représentations de L’Orestie d’Eschyle que  Claudel avait traduite.
Ici, Protée est un vieux demi-dieu qui habite sur son île de Naxos, où il vit entouré de la nymphe Brindosier et de son troupeau de satyres qui sont ses prisonniers.
Le roi grec Ménélas débarque sur l’île avec  un bateau délabré,  accompagné d’ Hélène enlevée  par le rusé Pâris, le fils du roi troyen Priam et qu’il a enfin récupérée après dix ans de guerre de Troie.  Quant à Brindosier, elle voit l’occasion de pouvoir enfin quitter l’île. Elle se fait passer auprès de Ménélas pour la véritable Hélène, qu’elle  persuade de rester avec Protée en échange de quelques bijoux de pacotille.
Protée refusera d’aider Ménélas et de laisser partir Brindosier qui se fait passer alors  auprès de Ménélas pour la véritable Hélène. Mais Jupiter veille et ne va pas tarder à reprendre Hélène; le vieux Protée se retrouvera seul à Naxos qui va être emporté par la mer.

La pièce, écrite en 1913, avait été montée par un groupe d’étudiants de la Sorbonne en 38, ce qui ne nous rajeunit pas. Et après plusieurs projets avortés, la pièce avait été enfin  mise en scène en 55 par Raymond Gérôme et c’est… Michel Piccoli qui jouait Ménélas. Mais Claudel, qui avait écrit un Prologue pour cette création,  mourra deux jours avant la première.. Elle fut remontée deux ans plus tard par Serge Ligier avec notre consœur Caroline Alexander qui jouait Hélène.
 Pas très souvent jouée, cette bouffonnerie mythologique qui sent les plaisanteries de khâgneux et qui ouvre le porte aux décalages et aux anachronismes faciles avait  à la fois séduit et rebuté Philippe Adrien. La pièce, dit-il,  » sans doute en raison du côté alambiqué de la première scène, lui tombait des mains ».  Effectivement la première scène est assez confuse mais ensuite c’est souvent un feu d’artifice… « Pure merveille d’humour et d’audace « comme il le dit aussi? Sans doute pas quand même,  et l’on sourit plus que l’on ne rit à cette pièce un peu compliquée.
Mais il y a des dialogues savoureux et superbement écrits comme celui entre Hélène et Brindosier, du genre: « Que vous êtes belle Hélène et que j’aime ces beaux yeux dépourvus de toute expression, que vous vous tordez lentement vers moi!  » Et l’on retrouve aussi dans Protée  la déclinaison de thèmes claudéliens tels que la nuit, le silence, le plaisir gourmand de déguster la vie quotidienne de bonnes choses.

Philippe Adrien a de toute évidence pris du plaisir à mettre en scène Protée et  sa direction d’acteurs est impeccable;  Et il y a de belles inventions: entre autres, l’arrivée de Ménélas , le troupeau de satyres, ou  ce repas de phoques incarnés par des marionnettes. Et comme il a su réunir de bons acteurs-en particulier Eléonore Joncquez, épatante en  Brindosier, cette pochade d’une heure dix est vite et bien enlevée. Et la musique et le son de Stéphanie Gilbert sont pleins d’humour.
Quant aux vidéos de plages grecques en fond de scène, elles  n’étaient sans doute pas indispensables mais bon, on les oublie vite. Et si vous n’avez pas envie d’aller jusqu’à la Tempête pour une heure dix, vous pouvez compléter votre soirée le samedi seulement avec Le Partage de midi qui est joué  juste après et qui est aussi mis en scène par Philippe Adrien.

Philippe du Vignal

Théâtre de la Tempête jusqu’au 24 février. Attention: il y a différents horaires selon les jours. T: 01-43-28-36-36

 


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