Partage de Midi

 Partage de Midi de Paul Claudel, mise en scène de Philippe Adrien.

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©Antonia Bozzi

Paul Claudel, vice-consul à New York est promu consul en Chine en 1898, veut devenir moine bénédictin sans que cela lui soit accordé.
Il repart donc  pour la Chine en 1900 et il rencontre sur le  paquebot, une femme mariée dont il tombe amoureux fou. Amour réciproque; ils auront ensemble un enfant mais l’aventure amoureuse tourne vite au scandale. Claudel est en effet suspecté d’avoir couvert les combines commerciales du mari de son amoureuse qu’il fera repartir pour la France; sur le bateau, elle rencontrera un autre homme. Elle  quittera son mari et  Claudel qui, quelques années plus tard, se mariera avec Reine Saint-Perrin.
Fin de l’histoire réelle et début de l’histoire écrite par Claudel…
 Cette rencontre  est en effet le point de départ de ce Partage de Midi qui se situe d’abord, au milieu de l’Océan indien, entre l’Arabie et Ceylan. Mésa est un jeune commissaire des douanes- »sombre et las »- qui rejoint son poste et  qui va vite être fasciné par la très belle Ysé, accompagné de son mari De Ciz et de leurs enfants. Il y a là aussi Amalric, une sorte d’aventurier,  ancien amant d’Ysé et qui espère bien la reconquérir. De Ciz, est un homme d’affaires qui rêve d’un emploi lucratif.
 Sur ce pont de bateau écrasé de soleil, c’est un curieux trio d’hommes autour d’une  femme coquette et séduisante: soit l’ancien amant, le mari et l’amoureux transi. Cela pourrait être à la limite le commencement d’une pièce de boulevard mais on est dans du pur Claudel:   » Nous voilà engagés ensemble dans la partie comme quatre aiguilles, et qui sait la laine/ Que le destin nous réserve à tricoter ensemble tous les quatre ».
Le second acte a lieu dans un cimetière d’Hong-Kong où Mésa a donné rendez-vous à Ysé et à  de Ciz son mari. De Ciz, sans trop de scrupules,  confirme à Ysé son intention de partir s’occuper d’un juteux commerce pas très net si on comprend bien. Elle  lui dit qu’elle accepte mal la situation. Ce qui ouvre une autoroute à Mésa qui va prendre Ysé dans ses bras sans qu’elle résiste. Dès lors, leur destin est tracé. Le jeune et inexpérimenté Mésa, apprendra vite les règles du jeu amoureux, et, sans trop de scrupules  lui aussi fera tout pour que De Ciz accepte un emploi rémunérateur mais dangereux, ce qui l’éloignera ainsi d’Ysé. Mésa pourra ainsi vivre sa passion avec elle sans ennuis…
Dernier acte et dernier épisode de cette saga amoureuse. Cela  se passe dans une maison près d’un port en Chine. La belle Ysé, ne vit plus avec Mésa, dont elle a pourtant  eu un enfant, ni avec les  enfants qu’elle a eus avec De Ciz mais avec Amalric. La  situation politique en Chine est des plus instables. Claudel s’est inspiré  de la révolte des Boxers qui, en 98,  voulaient renverser la dynastie Quing et massacrer les étrangers, en particulier les missionnaires, et leurs compatriotes convertis au catholicisme. Ysé et Amalric vivent, avec le juste nécessaire, dans une maison où  il a disposé un peu partout des bâtons de dynamite qu’il fera exploser le moment venu pour qu’ils ne soient pas pris vivants par les Chinois. Bien conscients qu’il n’y aucune issue possible, ils semblent résignés…
Arrive Mésa; il  se bat aussitôt avec Amalric qui a vite le dessus et qui tire sur lui. Mésa est  blessé mais  ne meurt pas. Grâce à un passe-une planchette couverte de caractères chinois qu’Amalric prend sur le corps de Mésa-il peut  espérer avoir la vie sauve avec Ysé mais sans l’enfant qui  vient de mourir… Et  ils quittent la maison  tous les deux.
Mais Ysé, qui s’est échappée, revient dans la maison et retrouve Mésa pour mourir avec lui. Enfin réunis, ils vont accepter leur destin « dans le vent de Mort », et unis dans le « partage de minuit ».

Comme on peut l’imaginer, la pièce n’est pas des plus faciles à monter et Philippe Adrien, qui a toujours eu une vieille complicité avec Claudel, reconnaît que dans  » cette pièce culte où le génie dramatique du poète touche au tragique, il faut cependant faire exister la fiction ».
Le Partage de Midi a une dimension lyrique et une écriture indéniables mais , en même temps,  un côté comédie avec, à la fin, un rebondissement imprévu,  et dont il faut cependant assurer au mieux la transcription scénique.

 Le premier acte  a bien du mal à fonctionner!  Il  faut se pincer pour croire à l’histoire de cette femme « guerrière et conquérante »-mais aussi belle et  séduisante-et de ces trois hommes qui se retrouvent sur un paquebot, embarqués dans une aventure dont aucun ne mesure encore le poids qu’elle aura sur leurs vies respectives. Désolé, mais Mila Savic n’est pas crédible une seconde; elle essaye d’imposer un personnage en  gesticulant sans cesse et en adoptant  une diction appliquée. Et cela ne marche évidemment pas. A tel point que l’on se demande comment ces trois hommes peuvent être fascinés par cette caricature d’Ysé, avec son chignon qui lui durcit le visage.
Mésa, (Mickaël Pinelli) est plus juste dans sa fragilité et son orgueil, même engoncé dans un habit de clergyman noir, impossible à porter dans le feu solaire en plein Océan indien, tel qu’en parle Claudel. Ludovic Le Lez (Amalric) et Matthieu Marie(De Ciz) s’imposent tout de suite mais il n’y a guère d’unité de jeu entre les quatre comédiens. Côté direction d’acteurs et scénographie, on ne voudrait pas jouer au vieux con mais Barrault puis Vitez s’en étaient mieux sortis…Et pour faire plus vrai sans doute, on entend même, par moments, un clapotis de vagues et il y a un toile triangulaire pare-soleil qui se soulève régulièrement! Tous aux abris…
Au second acte, dans ce « cimetière plein d’arbres touffus dans un lourd ciel orageux »,  cela va mieux et Mila Savic, les cheveux dénoués, quand elle retrouve Mésa, joue alors plus simplement et arrive  à mieux imposer son personnage.Le troisième et dernier acte, malgré le côté mélo de l’aventure,  arrive à passer. Et l’on entend très bien le texte; mais, sauf à de rares moments, il n’y a pas beaucoup d’émotion palpable. On peut oublier, comme celles de Protée, les projections vidéo en toile de fond, dont Adrien a l’air de raffoler comme s’il découvrait un nouveau joujou.
Ce que l’on aurait aimé trouver dans cette mise en scène, un peu sage et disons honnête sans aucun côté péjoratif, c’est un peu plus de la folie qui va s’emparer des personnages et les porter à un point d’incandescence  et un peu plus de souffle lyrique aussi  qui fait souvent cruellement  défaut…

Philippe du Vignal

 

au Théâtre de la Tempête du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 17h30. Certains jours, Protée et  Partage de midi peuvent être vus dans la même soirée.

> les samedis 19, 26 janvier ; 9, 16, 23 février 2013 : Protée à 18h (durée 1h15)
> les dimanches 20, 27 janvier ; 10, 17, 24 février 2013 : Protée à 15h30
> les mardis 22 et 29 janvier : Protée à 18h


Archive pour 25 janvier, 2013

Les Pâtissières

Les Pâtissières de Jean-Marie Piemme, mise en scène de Nabil El Azan.

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©iFou/le pôle media.

L’une serait plutôt citron, l’autre fraise-vanille, et l’aînée serait  crémeuse, montée en neige bien ferme et bien sucrée. Trois sœurs entre soixante et soixante-dix ans nous racontent, de la terrasse estivale de leur maison de retraite, comment elles sont arrivées là.
C’est dire qu’elles ont tantôt leur âge du jour, tantôt quelques années de moins, jusqu’à l’enfance entre un délicieux père pâtissier et grand lecteur, et une mère comme un bouquet de lilas, et jusqu’à la jeunesse où elle partagent le même amoureux, rivales sans doute, mais liées entre elles par un indéfectible amour.

Tout n’est pas rose bonbon à la pâtisserie Charlemagne, surtout vers la fin : les banques ne prêtent pas, un promoteur achète pour démolir… et disparaît mystérieusement.
Sont-elles pour quelque chose dans ce sombre drame, les trois grâces ? Peut-être, peut-être pas. Qui est-ce, déjà, ce Monsieur Pérol ? Pétrol ? Pinsol ? Ce ne sont pas les intentions meurtrières qui ont manqué, mais-n’est-ce pas, monsieur le commissaire-la pâtisserie ne laisse guère de temps.

Le temps qui passe est justement l’un des grands thèmes de cette comédie. La tradition, la transmission se perdent, la boutique va disparaître, plus personne ne saura faire le gâteau Charlemagne, gloire de la maison depuis quatre générations. Plus personne ? Peut-être bien que, dans un village gaulois de la mondialisation, quelqu’un fera de la résistance ? Mais c’est surtout dans le récit que l’auteur joue avec le temps. En fait, le passé n’existe pas, il n’est qu’un puissant ingrédient du présent, il lui donne son liant, sa saveur, avec parfois quelques morceaux durs à avaler.
Il y a là un parti pris fondamental de vitalité et d’optimisme : la vieillesse, ce serait à la fois le bonheur du souvenir–y compris du pire-et le plaisir du présent. Oncle Tchekov se tient derrière les épaules des trois sœurs, souriant et plein d’indulgence.

Les trois comédiennes jouent en virtuose de ce mille-feuilles : on sait toujours où elles en sont, avec leurs colères et leurs joies à la fois intactes et définitivement classées. Excusez du peu : à Chantal Deruaz, Christine Guerdon, Christine Murillo, qui ont la finesse et la capacité d’enfance d’un Roland Bertin, chapeau !
Bon, le rêve de cantatrice de la plus jeune ne fonctionne pas vraiment, le décor de déménagement encombre un peu la petite scène, et c’est parfois trop gentil : mais enfin, ne chipotons pas, l’appétit et le plaisir restent vifs jusqu’au bout.
Dernière nouvelle : il est bon pour la santé d’avoir quelques kilos en trop…

Christine Friedel

Théâtre des Déchargeurs, 08-92-70-12-28, jusqu’au 2 mars

http://www.dailymotion.com/video/xwqvdj

Ma Marseillaise

Ma Marseillaise  de Darina Al Joundi, mise en scène d’Alain Timar.

 

Ma Marseillaise affiche-ma-marseillaiseDarina Al Joundi est une grande actrice découverte en 2008 dans Le jour où Nina Simone s’est arrêtée de chanter, que nous avons vue trois fois avec le même délice… Femme libre, elle y contait son chemin initiatique à la mort de son père, sa révolte folle, sa fuite à travers le théâtre, les mariages ratés, la drogue et  la prison.
Alain Timar l’avait mise en scène au  festival d’Avignon 2008 dans  Le Jour où Nina Simone s’est arrêtée de chanter; depuis,le spectacle a été  joué plusieurs centaines de fois. Il a a su l’accompagner subtilement dans Ma Marseillaise.
Darina Al Joundi, toujours seule en scène, raconte son échec pour affirmer son parcours d’actrice au Liban et  celui d’une vie privée choisie. Quatre mariages, quatre divorces: on ne peut vivre en couple sans être mariée dans les pays musulmans! Plusieurs essais manqués plus tard, Darina décide donc d’émigrer. Mais, au Québec ou aux Etats-Unis, elle qui aime se promener seule dans les rues- ce qui est  difficile dans son pays-ne trouve que du béton et ne peut pas fumer. « New-York, c’est Beyrouth béton! ».
Elle décide donc d’émigrer en France, et de parcourir, coûte que coûte et soigneusement,   la route éprouvante de la naturalisation. Et là, face à l’administration française, c’est un cauchemar renouvelé.

Sur un plateau nu, Darina évolue entre cinq écrans blancs qu’elle manipule et finit par déchirer au moment où on lui refuse pour la énième fois cette naturalisation tellement attendue. Elle n’est pourtant pas S.D.F, « sans difficultés financières » dit-elle car elle a une belle carrière artistique derrière elle. Darina annonce qu’à 45 ans, enfin naturalisée française, elle pourra voter  aux  prochaines élections.
« Pute » ce nom dont elle a été traitée si souvent dans son pays. Pour elle, « c’est un titre qui devrait être considéré comme un honneur ! » Encore un peu tendue le soir de la première, Darina Al Joundi a réalisé avec Alain Timar qui l’a remarquablement dirigée, un petit  bijou théâtral.

Edith Rappoport

Théâtre La Bruyère T: 01-48-74-76-99.

Texte édité à l’Avant-Scène Théâtre.

Le Dindon , dindonnerie tziganesque

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Le Dindon, dindonnerie tziganesque
de Georges Feydeau, mise en scène d’Hélène Lebarbier et Vica Zagreba.

Nous avions découvert cette compagnie dans un séduisant Pierre et Jean de Maupassant lors d’une reprise à la Folie-Théâtre (Voir Théâtre du blog). Spectacle qui n’a malheureusement pas encore connu d’autre reprise.
Vica Zagreba  avait créé sa compagnie en 2005 avec J’ai mal à Platonov  et  avait  monté ensuite L’Opéra du Dragon d’Heiner Muller et L’Ile des Esclaves de Marivaux.
Comme le sous-titre l’indique, ce Dindon est l’œuvre d’une troupe de onze comédiens et cinq musiciens tziganes qui s’en donnent à cœur joie pour mettre en pièce les infidélités conjugales qui régalaient la bourgeoisie de 1896. Sans costumes d’époque, c’est pourtant la même folle histoire: Pontagnac essaye de séduire Lucienne… qui se trouve être la femme de son meilleur ami, qui est  poursuivi par une ancienne maîtresse venue de Londres, etc…
Le traitement du jeu n’a rien de réaliste avec les envolées de musique tzigane qui ponctuent les tableaux. Les comédiens en font sans doute un peu trop mais osent être grotesques dans ce chassé-croisé de maîtresses et d’amants soucieux de respectabilité bourgeoise.
Ils  suscitent l’enthousiasme d’une salle pleine. Une troupe qui n’hésite pas à se  risquer sur une belle mécanique théâtrale: on ne va pas bouder son plaisir…

Edith Rappoport

Théâtre 13 jusqu’au 17 février T: 01-45-88-62-22

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