Les Pâtissières

Les Pâtissières de Jean-Marie Piemme, mise en scène de Nabil El Azan.

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©iFou/le pôle media.

L’une serait plutôt citron, l’autre fraise-vanille, et l’aînée serait  crémeuse, montée en neige bien ferme et bien sucrée. Trois sœurs entre soixante et soixante-dix ans nous racontent, de la terrasse estivale de leur maison de retraite, comment elles sont arrivées là.
C’est dire qu’elles ont tantôt leur âge du jour, tantôt quelques années de moins, jusqu’à l’enfance entre un délicieux père pâtissier et grand lecteur, et une mère comme un bouquet de lilas, et jusqu’à la jeunesse où elle partagent le même amoureux, rivales sans doute, mais liées entre elles par un indéfectible amour.

Tout n’est pas rose bonbon à la pâtisserie Charlemagne, surtout vers la fin : les banques ne prêtent pas, un promoteur achète pour démolir… et disparaît mystérieusement.
Sont-elles pour quelque chose dans ce sombre drame, les trois grâces ? Peut-être, peut-être pas. Qui est-ce, déjà, ce Monsieur Pérol ? Pétrol ? Pinsol ? Ce ne sont pas les intentions meurtrières qui ont manqué, mais-n’est-ce pas, monsieur le commissaire-la pâtisserie ne laisse guère de temps.

Le temps qui passe est justement l’un des grands thèmes de cette comédie. La tradition, la transmission se perdent, la boutique va disparaître, plus personne ne saura faire le gâteau Charlemagne, gloire de la maison depuis quatre générations. Plus personne ? Peut-être bien que, dans un village gaulois de la mondialisation, quelqu’un fera de la résistance ? Mais c’est surtout dans le récit que l’auteur joue avec le temps. En fait, le passé n’existe pas, il n’est qu’un puissant ingrédient du présent, il lui donne son liant, sa saveur, avec parfois quelques morceaux durs à avaler.
Il y a là un parti pris fondamental de vitalité et d’optimisme : la vieillesse, ce serait à la fois le bonheur du souvenir–y compris du pire-et le plaisir du présent. Oncle Tchekov se tient derrière les épaules des trois sœurs, souriant et plein d’indulgence.

Les trois comédiennes jouent en virtuose de ce mille-feuilles : on sait toujours où elles en sont, avec leurs colères et leurs joies à la fois intactes et définitivement classées. Excusez du peu : à Chantal Deruaz, Christine Guerdon, Christine Murillo, qui ont la finesse et la capacité d’enfance d’un Roland Bertin, chapeau !
Bon, le rêve de cantatrice de la plus jeune ne fonctionne pas vraiment, le décor de déménagement encombre un peu la petite scène, et c’est parfois trop gentil : mais enfin, ne chipotons pas, l’appétit et le plaisir restent vifs jusqu’au bout.
Dernière nouvelle : il est bon pour la santé d’avoir quelques kilos en trop…

Christine Friedel

Théâtre des Déchargeurs, 08-92-70-12-28, jusqu’au 2 mars

http://www.dailymotion.com/video/xwqvdj

 


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