Les Pâtissières

Les Pâtissières de Jean-Marie Piemme, mise en scène de Nabil El Azan.

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©iFou/le pôle media.

L’une serait plutôt citron, l’autre fraise-vanille, et l’aînée serait  crémeuse, montée en neige bien ferme et bien sucrée. Trois sœurs entre soixante et soixante-dix ans nous racontent, de la terrasse estivale de leur maison de retraite, comment elles sont arrivées là.
C’est dire qu’elles ont tantôt leur âge du jour, tantôt quelques années de moins, jusqu’à l’enfance entre un délicieux père pâtissier et grand lecteur, et une mère comme un bouquet de lilas, et jusqu’à la jeunesse où elle partagent le même amoureux, rivales sans doute, mais liées entre elles par un indéfectible amour.

Tout n’est pas rose bonbon à la pâtisserie Charlemagne, surtout vers la fin : les banques ne prêtent pas, un promoteur achète pour démolir… et disparaît mystérieusement.
Sont-elles pour quelque chose dans ce sombre drame, les trois grâces ? Peut-être, peut-être pas. Qui est-ce, déjà, ce Monsieur Pérol ? Pétrol ? Pinsol ? Ce ne sont pas les intentions meurtrières qui ont manqué, mais-n’est-ce pas, monsieur le commissaire-la pâtisserie ne laisse guère de temps.

Le temps qui passe est justement l’un des grands thèmes de cette comédie. La tradition, la transmission se perdent, la boutique va disparaître, plus personne ne saura faire le gâteau Charlemagne, gloire de la maison depuis quatre générations. Plus personne ? Peut-être bien que, dans un village gaulois de la mondialisation, quelqu’un fera de la résistance ? Mais c’est surtout dans le récit que l’auteur joue avec le temps. En fait, le passé n’existe pas, il n’est qu’un puissant ingrédient du présent, il lui donne son liant, sa saveur, avec parfois quelques morceaux durs à avaler.
Il y a là un parti pris fondamental de vitalité et d’optimisme : la vieillesse, ce serait à la fois le bonheur du souvenir–y compris du pire-et le plaisir du présent. Oncle Tchekov se tient derrière les épaules des trois sœurs, souriant et plein d’indulgence.

Les trois comédiennes jouent en virtuose de ce mille-feuilles : on sait toujours où elles en sont, avec leurs colères et leurs joies à la fois intactes et définitivement classées. Excusez du peu : à Chantal Deruaz, Christine Guerdon, Christine Murillo, qui ont la finesse et la capacité d’enfance d’un Roland Bertin, chapeau !
Bon, le rêve de cantatrice de la plus jeune ne fonctionne pas vraiment, le décor de déménagement encombre un peu la petite scène, et c’est parfois trop gentil : mais enfin, ne chipotons pas, l’appétit et le plaisir restent vifs jusqu’au bout.
Dernière nouvelle : il est bon pour la santé d’avoir quelques kilos en trop…

Christine Friedel

Théâtre des Déchargeurs, 08-92-70-12-28, jusqu’au 2 mars

http://www.dailymotion.com/video/xwqvdj


Archive pour janvier, 2013

Ma Marseillaise

Ma Marseillaise  de Darina Al Joundi, mise en scène d’Alain Timar.

 

Ma Marseillaise affiche-ma-marseillaiseDarina Al Joundi est une grande actrice découverte en 2008 dans Le jour où Nina Simone s’est arrêtée de chanter, que nous avons vue trois fois avec le même délice… Femme libre, elle y contait son chemin initiatique à la mort de son père, sa révolte folle, sa fuite à travers le théâtre, les mariages ratés, la drogue et  la prison.
Alain Timar l’avait mise en scène au  festival d’Avignon 2008 dans  Le Jour où Nina Simone s’est arrêtée de chanter; depuis,le spectacle a été  joué plusieurs centaines de fois. Il a a su l’accompagner subtilement dans Ma Marseillaise.
Darina Al Joundi, toujours seule en scène, raconte son échec pour affirmer son parcours d’actrice au Liban et  celui d’une vie privée choisie. Quatre mariages, quatre divorces: on ne peut vivre en couple sans être mariée dans les pays musulmans! Plusieurs essais manqués plus tard, Darina décide donc d’émigrer. Mais, au Québec ou aux Etats-Unis, elle qui aime se promener seule dans les rues- ce qui est  difficile dans son pays-ne trouve que du béton et ne peut pas fumer. « New-York, c’est Beyrouth béton! ».
Elle décide donc d’émigrer en France, et de parcourir, coûte que coûte et soigneusement,   la route éprouvante de la naturalisation. Et là, face à l’administration française, c’est un cauchemar renouvelé.

Sur un plateau nu, Darina évolue entre cinq écrans blancs qu’elle manipule et finit par déchirer au moment où on lui refuse pour la énième fois cette naturalisation tellement attendue. Elle n’est pourtant pas S.D.F, « sans difficultés financières » dit-elle car elle a une belle carrière artistique derrière elle. Darina annonce qu’à 45 ans, enfin naturalisée française, elle pourra voter  aux  prochaines élections.
« Pute » ce nom dont elle a été traitée si souvent dans son pays. Pour elle, « c’est un titre qui devrait être considéré comme un honneur ! » Encore un peu tendue le soir de la première, Darina Al Joundi a réalisé avec Alain Timar qui l’a remarquablement dirigée, un petit  bijou théâtral.

Edith Rappoport

Théâtre La Bruyère T: 01-48-74-76-99.

Texte édité à l’Avant-Scène Théâtre.

Le Dindon , dindonnerie tziganesque

 Le Dindon , dindonnerie tziganesque 258504_10150350740321959_586331958_9860202_8348442_o-300x199
Le Dindon, dindonnerie tziganesque
de Georges Feydeau, mise en scène d’Hélène Lebarbier et Vica Zagreba.

Nous avions découvert cette compagnie dans un séduisant Pierre et Jean de Maupassant lors d’une reprise à la Folie-Théâtre (Voir Théâtre du blog). Spectacle qui n’a malheureusement pas encore connu d’autre reprise.
Vica Zagreba  avait créé sa compagnie en 2005 avec J’ai mal à Platonov  et  avait  monté ensuite L’Opéra du Dragon d’Heiner Muller et L’Ile des Esclaves de Marivaux.
Comme le sous-titre l’indique, ce Dindon est l’œuvre d’une troupe de onze comédiens et cinq musiciens tziganes qui s’en donnent à cœur joie pour mettre en pièce les infidélités conjugales qui régalaient la bourgeoisie de 1896. Sans costumes d’époque, c’est pourtant la même folle histoire: Pontagnac essaye de séduire Lucienne… qui se trouve être la femme de son meilleur ami, qui est  poursuivi par une ancienne maîtresse venue de Londres, etc…
Le traitement du jeu n’a rien de réaliste avec les envolées de musique tzigane qui ponctuent les tableaux. Les comédiens en font sans doute un peu trop mais osent être grotesques dans ce chassé-croisé de maîtresses et d’amants soucieux de respectabilité bourgeoise.
Ils  suscitent l’enthousiasme d’une salle pleine. Une troupe qui n’hésite pas à se  risquer sur une belle mécanique théâtrale: on ne va pas bouder son plaisir…

Edith Rappoport

Théâtre 13 jusqu’au 17 février T: 01-45-88-62-22

Davos

Davos, conception et réalisation de  Lise Ardaillon et  Sylvain Milliot


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Le Théâtre Saint-Gervais,à Genève qui accueillait ce spectacle du 15 au 19 janvier 2013, fête ses cinquante ans. Sous la houlette de Philippe Macasdar, ce petit lieu mène contre vents et marées des activités ambitieuses. C’est d’abord une Maison des compagnies, qui réunit des équipes de création, parmi les plus inventives de la scène romande.
Il accueille aussi des spectacles de structures plus confirmées: Berliner Ensemble ou Piccolo Teatro  en passant par Rodrigo Garcia, Jean-Louis Hourdin, Slimane Benaïssa, Armand Gatti, Olivier Py, Isabelle Pousseur, Thierry Bedard, Giovanna Marini, , le Théâtre Dramatique de Vanadzor, le Théâtre arabo-juif de Jaffa, le Théâtre national palestinien de Jérusalem.
Enfin, il privilégie la transversalité et l’interdisciplinarité convoquant au théâtre la vidéo, les arts numériques, le cinéma, la musique, des conférences, des colloques et des expositions. « Il dessine avec insistance le répertoire éclaté d’un théâtre en soucis du monde ».
Davos : le titre, du nom de la petite station suisse évoque  le cadre de La Montagne magique mais aussi le sommet où se rassemblent annuellement les grands de ce monde afin de débattre des problèmes les plus urgents de la planète.
L’espace est occupé par des pyramides de verre plastique figurant les Alpes suisses ou les hautes tours érigées dans les quartiers d’affaires de nos modernes mégalopoles, les montagnes russes des cours de la bourse, celles d’un électrocardiogramme ou encore l’univers froid d’un hôpital contemporain.
Dans ce labyrinthe aérien et translucide, et  savamment éclairé, un homme court, court, court sur un tapis mécanique, se mettant en condition pour le World Economic Forum, coaché par la voix de Lise Ardillon, assise au bord du plateau.
Il court aussi à sa perte. Bientôt, il va tomber malade: à bout de souffle, crachant ses poumons, le voici aux mains des médecins.  Il s’appelle Hans Castorp, nom du fameux personnage de la Montagne magique qui, venu rendre visite à son cousin au sanatorium, y restera des années, s’enfonçant dans la maladie.
Davos
s’inspire du livre de Thomas Mann, et mêle métaphoriquement deux univers déliquescents voués à la faillite: la bourgeoisie décadente d’avant la première guerre mondiale et les chantres du libéralisme du XXIème siècle. Le parcours du jeune cadre dynamique suit celui du jeune ingénieur de Hambourg… Quelques bribes du roman nous parviennent:conversations entre cousins, souvenirs d’enfance de Hans, chalet familial dans la neige  dont se souvient le héros au moment de sa mort…
L’analogie s’arrête là. Le spectacle, par son style dépouillé et ramassé (qui, de ce fait,  manque parfois de chair) ne veut pas être un condensé de l’œuvre-fleuve de Mann, ni l’adaptation de ce  roman d’apprentissage. Il s’agit plutôt d’une évocation,d’une rêverie où le spectateur est invité, grâce à la gestuelle de plus en plus ralentie de l’acteur (Roberto Molo),  et par la voix apaisante, comme suspendue, de l’actrice et par la musique calmement rythmée de Sylvain Milliot.
La jeune compagnie bicéphale Les Moteurs multiples, née en 2006 à Annecy, signe ici sa seconde création. Un parcours très visuel, sensible et intelligent, sans prêchi-prêcha militant, dans l’ambiance  délétère d’une société campée sur ses fausses certitudes, tant et si bien qu’elle risque de tomber de haut…

Mireille Davidovici

Le spectacle sera repris en mars à Bonlieu, Scène nationale d’Annecy. Compagnie Les moteurs multiples : www.lesMoteursMultiples. com

 

La Réunification des deux Corées

La Réunification des deux Corées, texte et mise en scène de Joël Pommerat.

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© Élisabeth Carecchio -

Les Marchands, Je tremble, Cercles/ Fictions, Au Monde, Le petit Chaperon rouge, Cendrillon, Ma Chambre froide (voir Le Théâtre du Blog)…. Joël Pommerat  a su en quelque vingt ans construire une œuvre théâtrale des plus singulières et des plus poétiques. C’est sans doute l’auteur français vivant avec Novarina le plus connu à l’étranger. Et, fait assez rare dans le théâtre actuel, il a aussi mis en scène ses pièces, et l’on on y  reconnaît tout de suite sa signature: texte à l’écriture exigeante sur des thèmes comme la vie économique de la société française observée au quotidien, la famille et les relations entre gens d’en-haut et gens d’en-bas, mais comme approchés dans une vision aussi étrange que poétique, conception d’un espace scénographique frontal ou en rond où les éléments de décor d’Eric Soyer-qui signe aussi les lumières, tout aussi exigeantes et  d’une intelligence et d’une beauté exceptionnelle-apparaissent comme par magie, mise en scène  et direction d’acteurs d’une rigueur absolue .
Cette fois, Joël Pommerat  qualifie sa pièce de « spontanée », au sens où, dit-il, étaient aussi spontanées »: Je tremble, Cercles/ Fictions, qui se cherchaient en se faisant. » A la différence d’ autres  pièces « davantage écrites comme Ma Chambre  froide, Cendrillon ou  Les Marchands« . Ce sont ici une vingtaine de courtes séquences élaborées avec des comédiens, à partir de matériaux explorés dans les conditions réelles d’une grande  scène bi-frontale pendant deux ateliers de recherche de deux mois à Bruxelles.  Cette suite de « petits fragments fictionnels » comme il dit, ont trait à la vie ordinaire de couples ou de familles qui ne sont pas dénués d’une certain réalisme psychologique.  Avec en filigrane, dit Pommerat, Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman ou La Ronde de Schniltzer. Et ce titre formidable-et tout à fait  étrange? Il  s’applique évidemment à l’éventuelle réconciliation d’un couple.
Ces séquences ont  comme thème central: l’absence d’amour, ou le trop plein d’amour, ou l’envie d’amour, ou l’amour mal vécu.  » L’amour, ca ne suffit pas, on s’aime mais ça ne suffit pas » dit l’un des personnages. Il y a ainsi un dialogue entre une avocate et une femme qui veut divorcer après trente ans de mariage au motif, répété quatre fois, « qu’il n’y pas d’amour entre nous ». Il y a aussi  une querelle avant un mariage déclenchée par une des sœurs du futur marié ! Il  a autrefois flirté avec  chacune des quatre sœurs. Un  chef d’entreprise et une femme qui le soupçonne  de lui avoir fait l’amour quand elle était endormie dans un fauteuil.  Un instituteur qui doit se justifier devant  les parents et la directrice de l’école d’avoir  fait dormir un enfant dans sa chambre. Une prostituée qui fait sans cesse descendre le prix de sa passe avec un client avant de lui demander  ensuite de l’argent. Un homme et une femme qui attendent chacun leur conjoint et qui les entendent  alors monter dans l’escalier  puis faire l’amour. Un homme et une femme  ne retrouvent pas leur enfant  que la jeune fille qui les gardait a peut-être fait disparaître… Dialogues qui relèvent comme dit Pommerat, d’un certain « réalisme psychologique », et du côté « d’un théâtre plus accessible ».Ce qui est juste. Pas la moindre difficulté d’approche… du moins en apparence; osons le-mot  actuellement mal vu : populaire
Dans cette étonnante galerie de personnages,  seulement avec des prénoms mais jamais de noms de famille, et des situations  banales mais poignantes, et souvent teintées d’absurde. Aucun décor, sinon quelques meubles aussi vite enlevés que disposés dans ce tte scénographie bi-frontale, un couloir noir d’une trentaine de mètres qui a quelque chose d’une arène ou d’un amphi d’anatomie, puisque le public est disposé un peu en hauteur sur les gradins. Et mieux vaut se trouver au centre,  sinon on rate évidemment un peu certaines scènes.

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photo de répétition © Élisabeth Carecchio -

C’est, comme dans les autres réalisations de Pommerat, le spectacle est superbement interprété par les acteurs tous très crédibles dans les personnages qu’ils interprètent successivement. Habituels comme  Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Ruth Olaizola ou Marie Piemontese,  et d’autres: Yannick Choirat, Philippe Frécon, Anne Rotger, David Sighicelli et Maxime Tshibangu. Tous ont une présence étonnante, et une  diction et une gestuelle remarquables: le spectacle leur doit sans doute beaucoup! On aurait seulement aimé que leurs  voix ne soient pas sonorisées mais comment faire autrement dans un si grand espace?
 Pommerat manie toujours le second degré et la distance avec une étonnante maestria mais la dramaturgie de l’ensemble, moins maîtrisée que d’habitude chez Pommerat, reste quand même un peu décevante: la qualité d’écriture, en particulier, n’est pas toujours au rendez-vous-un des personnages dit qu’il se croit dans un télé-film, et il y malheureusement de cela. On n’est  quand même pas dans Plus belle la vie mais le second degré rejoint parfois le premier! Et plusieurs séquences sentent encore le travail d’atelier et d’impros mal digérées. Même s’il y a des moments d’une grande intensité,  comme quand ce couple retrouve la baby-sitter,  ou quand l’instituteur se retrouve désemparé face à des parents de plus en plus agressifs, ou encore dans ce dialogue étonnant entre une putain et son éventuel client.
Les lumières sont d’une grande virtuosité mais bon… On ne voit pas très bien à quoi servent ces projections sur le sol! Quant à la musique « surligneuse » d’Antoine Leymarie: désolé mais, même au second degré, elle semble souvent sortie tout droit de mauvais feuilletons. Très franchement, Pommerat nous avait habitué à d’autres exigences…
Assis au même rang que nous, il regardait avec attention son spectacle mais semblait  écrasé de fatigue: il faut dire qu’il est maintenant à la tête d’une véritable entreprise théâtrale avec plusieurs spectacles qui se jouent en même temps. Et La réunification des deux Corées va bientôt partir pour une longue tournée. Ceci explique sans doute cela……

Alors à voir? Oui quand même, si vous a arrivez à avoir ds places; malgré ces réserves, cela vaut quand même le coup d’y aller-un Pommerat reste un Pommerat- mais le cru 2013 accuse une petite baisse!

Philippe du Vignal

Ateliers Berthier-Odéon-Théâtre de l’Europe  jusqu’au  3 mars. T: 01-44-85-40-40.
Puis Théâtre National de Bruxelles T: + 32 (2) 203-53-03 du 19 au 29 mars (relâche le 25); Ottawa Théâtre français, Centre national des Arts du Canada  +1 613-947-7000, du 10 au 13 avril. Mulhouse-La Filature, scène nationale.T: 03-89-36-28-28 les 14 et 15 mai. Göteborg -  Folkteatern T: +46-031-60-75-75, du 23 au 26 mai.
Théâtre National de Bruxelles. T: + 32 (2) 203 53 03du 19 au 29 mars (relâche le 25). Festival de Naples T: +39-81-55-13-396, du 6 au 8 juin. Sibiu (Roumanie)Teatrul National Radu Stancu.T: +40-36-910-15-78, les 15 et 16 juin.
Aurillac – Festival International de rue:  04-71-43-43-70 du 21 au 24 août. Théâtre de la Ville de Luxembourg +352-47-08-951, les 24 et 25 octobre 2013. Châteauvallon – CNCDC 04-94 -22-02-02 les 28,29 et 30 novembre.

 

Le Cid

Le Cid de Corneille , mise en scène de Sandrine Anglade.

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©Mantoue François Pascal

Un plateau nu; dans les hauteurs des cintres, sont accrochés des fanions rouges en bouquets – les couleurs de l’Espagne et de la suprématie d’un royaume fier. En dessous, trois grands mâts sans nulle voilure, des drisses suspendues, tournent sur eux-mêmes, ouvrant l’espace ou bien l’enserrant dans un jeu de tourniquet, frôlant le sol du port maritime.
Le quai est couvert de copeaux sombres, de lanières coupées de cuir brun, tapis préparatoire inquiétant pour guerriers. À l’intérieur de ce volume singulier, à la fois intense et léger, résonnent les rythmes âcres et vigoureux du jazzman et batteur Nicolas Larmignat.
Sa musique est à l’écoute des tensions de la tragi-comédie cornélienne : attente, suspense, angoisse, pressentiment malheureux des drames à venir.
La pièce traite clairement de la question de la transmission et de l’héritage dans le passage des générations. Il y a ainsi, sage et raisonnable, le roi de Castille, Don Fernand (Gérard Hardy) auquel l’Infante (Sterenn Guirriec), majestueuse, rend ses comptes filiaux de souveraine. Don Diègue (Jean-Paul Muel), fraise blanche au cou, grand serviteur du royaume :  » Mon bras qui tant de fois a sauvé cet empire », est le père de Rodrigue (Damien Houssier), dont la destinée héroïque est en route, puisqu’il doit venger l’affront fait à son père par Don Gomez comte de Gormas (Laurent Montel) et père de Chimène (Géraldine Szajman), jeune fille dont Rodrigue est, par ailleurs et d’abord, l’amant.
Don Gomez est un homme arrogant du royaume de Castille qui n’a pu obtenir le titre de précepteur du prince, dévolu à son rival plus âgé, Don Diègue qu’il a giflé.
Ces portraits de  sages dégagent une puissance incontestable : celle de l’expérience de la vie et du temps exploré. Pour les jeunes, c’est amour ou honneur  mais les valeurs de l’honnête homme ont du mal à se conjuguer… C’est l’honneur que préfère Rodrigue ; Chimène, elle, pencherait pour l’amour. À moins que ce ne soit l’inverse…
Dans cette œuvre mythique, il y a des scènes de violence baroque, des fresques et des peintures vivantes, offertes au public qui ne les avait  jamais vues traités comme cela sur une scène. Comme le duel de Rodrigue et de Don Gomez, superbement chorégraphié par le maître d’armes Christophe Mie, et le récit du combat du jeune héros contre les Maures orchestré avec un soin précieux, sous une pluie de pétales rouges sang tombé des fureurs d’un ciel d’orage.
L’alexandrin provocateur de vérité, est ici déroulé avec patience et rigueur, soutenu par la libre résonance de la batterie. Pierre-François Doireau, un gentilhomme castillan , narrateur joue sa partition avec flamme.
Un travail raffiné à la manière de Sandrine Anglade, créé à la Maison de la Culture de Nevers et de la Nièvre.

Véronique Hotte

Théâtre de Cachan, le 26 janvier. Comédie de Picardie à Amiens jusqu’au 10 février :
03 22 22 20 20 et Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines du 19 au 23 février. T: 01-30-96-99-00

La Ville

La Ville d’ Evgueni Grichkovets, mise en scène d’Alain Mollot.

La Ville la-ville-210x300On ne rate pas un spectacle de Pierre Trapet et nous n’avons jamais oublié  Les Chaussures de Madame Gilles: c’est sans doute le spectacle qui nous a fait le plus rire de toute notre vie de critique…
On ne rate pas non plus Pierre Trapet acteur, qui joue ici dans La Ville, une pièce écrite par un Sibérien de 46 ans, Evgueni Grichkhovets, qui montre un jeune Russe d’aujourd’hui, rêvant de quitter sa ville et sa vie maussade, et de partir à l’aventure, comme son ancêtre Tchichikhov, le héros des  Ames mortes de Gogol.
Mais bougera-t-il? Du côté des forces d’inertie, il y a sa femme casanière, son copain rivé à sa maison en travaux, et son père à qui il doit son emploi.
Il y a aussi sa propre inertie, car notre agité descend aussi d’Oblomov, le personnage  du roman de Gontcharov, qui a un penchant naturel à l’apathie. Le ton général de La Ville est comique et le personnage se débat avec des stylos qui ne marchent pas, des papiers en bazar, un copain qui vient le taper et boire son alcool, un chauffeur de taxi retors, et son père aimant mais aussi glaçant que celui de Dom Juan.
Pierre Trapet, dans le rôle du père, a tous les talents : concentration,  diction, modulation du rythme et du volume de la voix, intensité des silences. Et Bruno Paviot, Philippe Millat-Carus, François Roy sont tous excellents dans le registre comique mais Yola Buszko qui joue la femme du héros, est moins convaincante; le rôle est ingrat et ce personnage de femme au foyer n’est pas dans le ton comique de la pièce (il manque sans doute un deuxième personnage féminin en contre-point du premier).Alain Mollot a le sens de la scène et dirige très bien ses acteurs: le spectacle est donc efficace et bien rythmé.
Raymond Sarti lui a inventé un double espace: intérieur au premier plan et urbain en fond de plateau, espace vivant, mobile, comme en écho à la mobilité intérieure du héros. Les costumes de Nadia Léon ont une remarquable unité de teintes et de textures, et la musique de Gilles Sivilotto, dans le ton de Nino Rotta, ponctue avec subtilité les changements d’ambiance.
Un vrai plaisir partagé. Petit baromètre : la jeune spectatrice  qui était devant moi, a pouffé de rire pendant tout le spectacle…

René Gaudy

 

Théâtre Romain Rolland de Villejuif jusqu’au 28 janvier. T : 01-49-58-17-00

 Les Juifs de Lessing, traduction de Jean-Louis Besson et Jean-Louis Jourdheuil, mise en espace d’Olivia Kryger.

La pièce de Lessing bientôt de retour ? Olivia Kryger vient de la mettre en espace au théâtre de l’Atalante. Une grande première, car la pièce n’avait jamais été traduite en français, et jamais jouée en France.
Le public a découvert une excellente pièce comique, passionnante pour l’histoire du théâtre: c’est une  suite de la commedia dell’arte en pays germanique et (peut-être) la première représentation positive des Juifs dans la littérature dramatique.

Le défrichage/déchiffrage de la pièce par Olivia Kryger  est  prometteur, et on  espère qu’elle pourra  bientôt la mettre en scène.

R. G.

La pièce  est éditée par Circé/théâtre, 118 p. 10 euros.

Casino de Paris et Music-Hall : Vente aux enchères

Casino de Paris et music-hall: vente aux enchères

Casino de Paris et Music-Hall  : Vente aux enchères photo-1Depuis 85, le rideau du Casino de Paris ne s’ouvre plus sur  le monde merveilleux où les femmes s’envolaient sur des croissants de lune et où les danseuses passaient  de My Fair Lady  à  l’Egypte Antique,  avec ,pour seul costume,  une  nudité partielle. Mais cette nudité-tenue de travail comme une autre -a nécessité  la collaboration de costumiers,  plumassiers, coiffeurs, maquilleurs et techniciens de la scène. Mais certains de  ces métiers  disparaissent  progressivement de la vie des théâtres.
Depuis  85 en effet, le Casino de Paris accueille  aussi bien des comédies musicales, des concerts aussi bien que des ballets ou des solos. Comme son ancien rival dans l’univers du music-hall, les Folies-Bergère, lieu mythique, est devenu un garage à spectacles!
Et, comme pour les Folies-Bergère en juin dernier, les  réalisations  de ces artisans  ,provenant de collections privées, et non du propriétaire actuel du Casino de Paris, vont être mises aux enchères. Les lots ont été divisés par la maison de vente en plus petits: kimonos de mariage, costumes de M. Loyal, de pirates, de comiques troupiers, manteaux de Sherlock Holmes, masques aux dessins de jeu de carte, etc… Avec mise à prix assez basse, (dès 80 euros pour les costumes) afin d’en permettre l’accès à tout acheteur.
Le public pourra donc repartir avec un  fragment de  la mémoire du lieu. Mais, une fois de plus, le Ministère de la Culture qui a sans doute d’autres occupations, peut-être plus rentables sur le plan médiatique, est aux abonnés absents.
Qui s’intéresse encore à ces costumes extravagants qui ne seraient que des nids à poussière ! Le Centre national du costume de scène, pourtant remarquablement conçu et entretenu,  est à Moulins (Allier)! Et il n’existe pas de musée du spectacle vivant en France. Ainsi les cinq mille costumes, coiffes, bijoux et accessoires du Casino de Paris, les  maquettes, programmes et photographies, comme  les robes de scène de Jane Avril, Mistinguett ou Joséphine Baker, vont  être acquis par des  collectionneurs.
Restent  dans la Capitale, le Moulin-Rouge, le Lido ou le Crazy Horse; les médias,  chaque fin d’année, invitent les téléspectateurs dans les coulisses de ces cabarets avec  un très bon indice d’audience. Mais la réalité est plus triste, Paris ville-lumière perd peu à peu ses étoiles.
Pierre Desproges dans une de ses Chroniques de la Haine ordinaire, évoque  les derniers gestes d’un artiste, ancien ventriloque à la retraite, à propos de la vente par petites annonce, de son pantin: » un mannequin ventriloque, système américain invisible, garçonnet de six ans, vrais cheveux, smoking bleu nuit, vernis noir, vendu avec corbeau très comique« .
« Alors, le ventriloque prend dans ses bras le pantin Philémon, qui est son enfant. C’est lui qui l’a fait. Il l’allonge doucement sur la table à repasser. Avec une brosse à dents, la même depuis trente-cinq ans, il fait briller une dernière fois les vernis noirs. Et puis, avec toujours la même délicatesse, il couche le pantin Philémon, à coté du corbeau très comique, dans une mallette satinée qui leur servait jadis pendant les tournées des cinémas de campagne. Et il ferme lentement le couvercle qui claque à peine, dans un chuintement ouaté. C’est comme un bruit définitif de cercueil élégant
« .
Cette marionnette  pourrait faire partie d’un lot de cette vente prestigieuse…

Jean Couturier


Exposition publique: jeudi 24 et vendredi 25 janvier de 10h à 19h. Vente: samedi 26 dimanche 27 janvier, à 14h à Eléphant Paname, 10 rue Volney 75002 Paris

www.artstalentsencheres.com

Farenheit 451

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©philippedelacroix

Farenheit 451, de Ray Bradbury, adaptation et mise en scène de David Géry

Le livre sort en 53, trois ans après les Chroniques martiennes que Bradbury avait  adapté lui-même pour le théâtre, et qui le consacrent comme grand écrivain de science-fiction.
Avec Farenheit 451, il obtient, en 54, le prix Hugo du meilleur roman. Il nous plonge au cœur du politique, de la censure, du totalitarisme, de la notion de responsabilité,  de l’entrée en résistance, et de la vie telle qu’elle est, surjouée et envahie par les médias qui abrutissent et  qui manipulent.
Un demi-siècle plus tard, le visionnaire  avait raison et  ces autodafés ne sont pas si éloignés d’une certaine actualité qui efface la mémoire et  unifie la pensée par le terrorisme. On retrouve ici un triple mouvement qui puise au plus près de la matière première, et garde la poésie et la violence, pour décrire l’inconcevable. La progression dramatique se fait autour du personnage de Guy Montag, (Quentin Baillot), pompier remplissant avec zèle la mission d’Etat qui lui est confiée, non pas celle d’éteindre les incendies, mais de dénicher les détenteurs de livres et ouvrages en circulation, afin de les brûler.
D’où le titre, qui fait référence à la température en degrés Farenheit, à laquelle le papier commence à brûler spontanément au contact de l’air, en point d’allumage spontané. Le Foyer et la Salamandre, premier mouvement du livre, met en scène la rencontre entre Montag et Clarisse, jeune femme singulière, poétique à souhait (Lucrèce Carmignac), qui ébranle, au fur et à mesure, ses certitudes et qui bouleverse sa vie. Clarisse est en marge, son système de valeurs et ses codes, son langage, sont aux extrêmes de ceux qu’impose la société (le maccarthysme de l’époque). Chacune des rencontres est un palier vers le doute et son image, tel un mirage, finit par le hanter.
Quand il rentre chez lui, l’atmosphère est toute autre. Mildred, son épouse (Clara Ponsot), femme-enfant capricieuse collée à ses baladeurs-coquillages et ancrée dans la vie virtuelle, le simulacre et la consommation, témoigne d’un monde mort, celui de l’émotion, des sentiments et de l’amour. Des murs d’images projetées (vidéo de David Coignard) sur des praticables esquissant les lieux de l’action que sont la rue, la caserne ou la maison, (scénographie de Jean Haas), font tanguer tout rationalisme et entraînent le spectateur dans un rêve éveillé, sur fond de narration en voix-off (David Géry signe aussi l’environnement sonore).
Beatty, chef des « ombres brumeuses »et des enfers (Alain Libolt), Hadès pervers et cynique , inscrit dans la lignée des sanguinaires et supérieur de Montag, sentant la faille, le relance et le traque jusque chez lui, en un dialogue inquisiteur. A sa botte, deux opérateurs en combinaison de survie, tels des cosmonautes, qui, comme lui, n’ont guère de problème de conscience, Granger (Gilles Kneusé) et Stoneman (Pierre Yvon), aidés du Limier-robot, sorte de détecteur de mensonges, puissant mille-pattes pointant ses aiguilles de venin ; une lumière verte et crue de type laser, dans un entrebâillement de porte, et cela suffit pour le représenter (création lumière de Dominique Fortin).
Dans ce contexte de terre brûlée, Montag se consume lentement, jusqu’à avouer l’indicible à sa lointaine épouse : le choc reçu, face à une vieille femme qui choisit de brûler avec ses livres, plutôt que de les lâcher, et son terrible secret, le livre dérobé ce jour-là, ainsi que d’autres qu’il a soustraits au feu et cachés, tel un butin, derrière la grille du climatiseur.
Ce premier mouvement, véritable descente aux enfers de Montag, place le spectateur dans une spirale de destruction de la culture, par le feu : nous sommes au cœur du brasier, de la mise au feu des livres et de l’incendie des maisons, très bien réalisés  par  Jeff Yelnik).
Dans le second mouvement, intitulé par Bradbury Le Tamis et le Sable, Montag cherche à comprendre ce qu’il y a de subversif dans les livres, ce qui justifie leur interdiction et il  prend donc  son destin en mains. Devenu narrateur, il part à la recherche de Faber, dont il se souvient, passionné de littérature et qui possède la connaissance, (Simon Eine) homme sensible, nourri secrètement de poèmes et cachant sur lui Capitale de la douleur d’Eluard : «J’ai fermé les yeux pour ne plus rien voir»… homme fantasque avec lequel s’engage un dialogue sur le sens des ouvrages et leurs contenus, à qui il propose d’en ré-imprimer : «J’ai besoin de vous pour apprendre», lui dit Montag qui lui confie une puce-coquillage qui, comme une discrète oreillette, leur permet de communiquer, pour comprendre ce qui anime Beatty et sa clique, dans ce processus de destruction du savoir.
Ce second mouvement est ponctué des caprices de Mildred qui va jusqu’à la trahison. L’action bascule au retour de Montag dans sa caserne, quand, mandaté pour une nouvelle mission incendiaire, il se retrouve face à sa propre maison. Il s’exécute, détruit scrupuleusement ce qu’il avait construit, puis dirige son lance-flamme vers son supérieur harceleur, qu’il exécute. Faber à distance, tente de le guider.
Dans le dernier mouvement du livre, L’Éclat de la Flamme, une chasse à l’homme est engagée. Montag s’enfuit de la ville, traqué par les forces policières et médiatiques. Il leur échappe et pénètre dans la forêt des Hommes et Femmes Livres, une communauté de résistants qui ont appris des ouvrages entiers pour les sauver de l’oubli. Il y voit la possibilité d’un nouveau départ.
Dans ce final surprenant, dépouillé et ardent, la théâtralité est toute autre : sur un plateau nu, une dizaine de lecteurs devenant auteurs, tels des invités-surprise, délivrent au public, chacun à leur tour, la parole écrite de leur livre choisi, comme une confidence.
Cela tient d’une sorte de musique de chambre, grâce aux dialogues en duo qui ponctuent le spectacle, et de l’opéra wagnérien par l’amplitude du sujet, l’adaptation du roman de Bradbury dont s’était magnifiquement emparé  François Truffaut, trouve  ici  grâce au travail dramaturgique et scénique précis de David Géry, une grande pertinence, entre l’intime et l’universel.
Sa réflexion sur la notion de résistance, éprouvée déjà il y a quelques années, dans une adaptation de Bartleby  d’Herman Melville, et la lecture qu’il donne du monde, participent d’un parcours artistique engagé. Dernière page du livre, Apocalypse de Saint-Jean apôtre et Ecclésiaste : «Des deux côtés du fleuve était l’arbre de vie qui porte douze fruits et donne son fruit chaque mois ; et les feuilles de cet arbre sont là pour guérir les nations»…

Brigitte Rémer

Théâtre de la Commune-Centre dramatique national d’Aubervilliers, jusqu’au 3 février, puis en tournée.

Protée

Protée de Paul Claudel, mise en scène de Philippe Adrien.

ProtéeProtée c’est le drame satyrique qui concluait les représentations de L’Orestie d’Eschyle que  Claudel avait traduite.
Ici, Protée est un vieux demi-dieu qui habite sur son île de Naxos, où il vit entouré de la nymphe Brindosier et de son troupeau de satyres qui sont ses prisonniers.
Le roi grec Ménélas débarque sur l’île avec  un bateau délabré,  accompagné d’ Hélène enlevée  par le rusé Pâris, le fils du roi troyen Priam et qu’il a enfin récupérée après dix ans de guerre de Troie.  Quant à Brindosier, elle voit l’occasion de pouvoir enfin quitter l’île. Elle se fait passer auprès de Ménélas pour la véritable Hélène, qu’elle  persuade de rester avec Protée en échange de quelques bijoux de pacotille.
Protée refusera d’aider Ménélas et de laisser partir Brindosier qui se fait passer alors  auprès de Ménélas pour la véritable Hélène. Mais Jupiter veille et ne va pas tarder à reprendre Hélène; le vieux Protée se retrouvera seul à Naxos qui va être emporté par la mer.

La pièce, écrite en 1913, avait été montée par un groupe d’étudiants de la Sorbonne en 38, ce qui ne nous rajeunit pas. Et après plusieurs projets avortés, la pièce avait été enfin  mise en scène en 55 par Raymond Gérôme et c’est… Michel Piccoli qui jouait Ménélas. Mais Claudel, qui avait écrit un Prologue pour cette création,  mourra deux jours avant la première.. Elle fut remontée deux ans plus tard par Serge Ligier avec notre consœur Caroline Alexander qui jouait Hélène.
 Pas très souvent jouée, cette bouffonnerie mythologique qui sent les plaisanteries de khâgneux et qui ouvre le porte aux décalages et aux anachronismes faciles avait  à la fois séduit et rebuté Philippe Adrien. La pièce, dit-il,  » sans doute en raison du côté alambiqué de la première scène, lui tombait des mains ».  Effectivement la première scène est assez confuse mais ensuite c’est souvent un feu d’artifice… « Pure merveille d’humour et d’audace « comme il le dit aussi? Sans doute pas quand même,  et l’on sourit plus que l’on ne rit à cette pièce un peu compliquée.
Mais il y a des dialogues savoureux et superbement écrits comme celui entre Hélène et Brindosier, du genre: « Que vous êtes belle Hélène et que j’aime ces beaux yeux dépourvus de toute expression, que vous vous tordez lentement vers moi!  » Et l’on retrouve aussi dans Protée  la déclinaison de thèmes claudéliens tels que la nuit, le silence, le plaisir gourmand de déguster la vie quotidienne de bonnes choses.

Philippe Adrien a de toute évidence pris du plaisir à mettre en scène Protée et  sa direction d’acteurs est impeccable;  Et il y a de belles inventions: entre autres, l’arrivée de Ménélas , le troupeau de satyres, ou  ce repas de phoques incarnés par des marionnettes. Et comme il a su réunir de bons acteurs-en particulier Eléonore Joncquez, épatante en  Brindosier, cette pochade d’une heure dix est vite et bien enlevée. Et la musique et le son de Stéphanie Gilbert sont pleins d’humour.
Quant aux vidéos de plages grecques en fond de scène, elles  n’étaient sans doute pas indispensables mais bon, on les oublie vite. Et si vous n’avez pas envie d’aller jusqu’à la Tempête pour une heure dix, vous pouvez compléter votre soirée le samedi seulement avec Le Partage de midi qui est joué  juste après et qui est aussi mis en scène par Philippe Adrien.

Philippe du Vignal

Théâtre de la Tempête jusqu’au 24 février. Attention: il y a différents horaires selon les jours. T: 01-43-28-36-36

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