Fin de partie

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© Dunnara Meas

Fin de partie de Samuel Beckett, mise en scène d’Alain Françon.

Nous vous avions déjà parlé de la belle mise en scène d’Alain Françon,  quand il avait monté la pièce au Théâtre de la Madeleine ( voir Le Théâtre du Blog septembre 2011). Fait rare, deux ans après, le spectacle est passé d’un théâtre privé  à  un théâtre public. Les choses ont évolué; le remarquable décor de Jacques Gabel est toujours aussi imposant, avec ses grands murs gris qui suintent le désespoir,  juste percés de deux toutes petites fenêtres carrées et trop hautes; et avec une porte sinistre côté cour qui mène à la cuisine - »trois mètres sur trois mètres »,  comme prend bien soin de  préciser  Clov, et où il ne cesse d’aller et venir.
Et y a toujours cette même jubilation comme dit Françon, à suivre « l’inventivité verbale et logique de ces disputateurs, leur vitesse de pensée-accrue par la brièveté  et  l’extrême économie des répliques ».On retrouve la célèbre phrase-culte du début prononcé par Clov, le regard fixe: ‘Fini, c’est fini, ça va peut-être finir », que l’on retrouve à la fin: « Bon, çà ne finira donc jamais, je ne partirai donc jamais ».
Françon a vraiment réussi à rendre très vivant ce collage de phrases loufoques avec ses magnifiques excursions dans une  langue triviale, comme dans ce formidable dialogue entre Clov et Hamm  » A moins qu’elle ne se tienne coïte- Coïte! Coite, tu veux dire. A moins qu’elle ne se tienne coite-Ah! On ne dit pas coïte -Mais voyons! Si elle se tenait coïte, nous serions tous baisés »- Et ce pipi?- çà se fait.
On ne dira sans doute pas assez combien Fin de Partie est aussi une réflexion sur le langage et le vocabulaire  quotidiens et sur l’existence, comme l’atteste cette réplique de Nell, joué par Isabelle Sadoyan: « Rien n’est plus drôle que le malheur ».

On retrouve les  interprètes de la Madeleine: Serge Merlin d’abord, immense acteur à la diction si particulière et à la gestuelle d’une précision absolue. Des esprits grincheux disaient le soir de la première qu’il jouait tout de la même façon,  que ce soit Thomas Bernhard, Beckett, etc… Ce qui est faux; Merlin  a un art étonnant de la nuance et atteint souvent   le sublime, même s’il est parfois moins convaincant vers la fin où on peine à l’entendre. Gilles Privat, qui  a succédé à Jean-Quentin Châtelain, est lui aussi excellent et met plus de nuances dans l’interprétation de Clov. Et il y a toujours le merveilleux Michel Robin qui joue Nagg, enfoncé dans sa poubelle et  perdu dans des rêves, et Isabelle Sadoyan.
Mais la salle de l’Odéon est sans doute trop grande pour accueillir Fin de Partie qui demande une vraie proximité entre le public et les acteurs. Que cela ne vous empêche  cependant  pas d’y aller-ce n’est pas si fréquent de voir un telle brochette d’acteurs aussi bien dirigés dans cette  dernière version proposée  par Beckett peu de temps avant sa mort, mais essayez d’être assez près de la scène.

Philippe du Vignal

 

 

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 10 février.


Archive pour janvier, 2013

Pourquoi je ne suis pas née en Finlande

Pourquoi je ne suis pas née en Finlande ? de Praline Gay-Para, mise en scène de Vincent Vernillat.

Pourquoi je ne suis pas née en Finlande praline-2 Seule en scène, Praline Gay-Para nous plonge  avec recul et parfois, avec humour, dans la guerre du Liban, pays qu’elle quitte en 75. La mort de Mariam en est le déclencheur. Cette seconde mère, partie dans son sommeil, réveille sa mémoire. Sous la pluie, elle porte la nouvelle à Wahid, neveu de la défunte. La trame du récit oscille entre l’absurdité de la guerre, par remémoration, l’arrivée en France, et le pays qu’elle s’invente, la Finlande, avec la question récurrente et qui taraude : pourquoi je ne suis pas née en Finlande ?
Là-bas, le Liban : est-ce la guerre qui rend fou, ou est-on fou d’abord ? Pourquoi a-t-elle commencé et comment est-elle partie ? Dix-neuf ans, la plage. Comment traverser la rue ? Comment rejoindre son amoureux, à l’autre bout de la ville ? Comment dormir, pistolet sous l’oreiller ?
Perte des repères,  peur, et tremblements. Occupation par Israël. La guerre transforme le combattant en assassin, sous les ordres du supérieur, goguenard. La première fois qu’on tue, on vomit, après, on s’habitue. Comme un rite d’initiation… Faut-il tuer pour être un homme ? « Celui qui est homme, dans ce pays, on dit qu’il est un âne »… dit la conteuse. Une ligne de démarcation on ne peut plus floue et que l’on peut franchir sans vraiment le savoir, passant du côté des déserteurs… Quitter le pays, par Damas ou par Chypre ? Ce pays, d’ordinaire sucré, feuilles de vigne farcies, gâteau aux dattes… a rendu fou.
Ici, la France: pluie, gris, mais où « je choisis qui j’aime et qui j’aime pas, et où je suis ma communauté ». Un rêve éveillé où Jésus, Mohamed et Moïse jouent au tric-trac, et trichent. Des nuits, pire que la guerre et ce fil permanent qui relie au pays, fil intérieur pour coudre ses déchirures, fil du téléphone, comme un cordon ombilical dans une cabine éventrée où les étrangers de Paris se suspendent, à l’écoute de leurs réalités : « Allo ! 19-961… pas de nouvelles… Allo ! 19-961… ils sont en vie! « . Et toujours le même rêve : « Pas les enfants »! Ne pas leur transmettre la guerre, « ils sont leur propre pays, leur propre langue, ils feront une autre histoire ».
L’ailleurs, la Finlande, comme une utopie… Il doit neiger, là-bas… Et le récit de cette mère qui tente de retrouver son fils, légende du pays, dans une lumière, vermeille comme le sang.
Un banc, trois néons verticaux et un jeu de miroirs, démultiplication de la réalité, pour cette seconde version du récit, scénographiée et éclairée par Samuel Mary.
L’histoire se superpose à celle de la conteuse, qui questionne le monde, et fait du théâtre-récit son territoire de travail. Praline Gay-Para  y excelle et donne de l’épaisseur et de la théâtralité au texte, qui, ici, dans sa conception, comme un éclat d’obus, se fragmente.

Brigitte Rémer

Confluences, 190 Bd de Charonne. 75020. Jusqu’au 19 janvier (sauf les 15 et 16).

Un Fil à la patte

Un Fil à la patte de Georges Feydeau, mise en scène de Lise Quet.

Un Fil à la patte un_fil2

©HoCemo Théâtre.

C’est une des  plus connues et des meilleures de Feydeau mais difficile de résumer cette pièce  bâtie sur une situation ingérable: Lucette Gautier, chanteuse de café-concert, aime Bois d’Enghien dont elle est la maîtresse depuis longtemps mais il veut la quitter pour un très riche héritière, Viviane, la fille de la baronne Duverger qui a engagé… Lucette pour qu’elle vienne interpréter quelques chansons à la soirée du mariage qui doit suivre  la signature du contrat.
Et Bois d’Enghien doit annoncer sa décision de rompre à Lucette après un déjeuner où sont conviés Cheneviette l’ex-mari toujours à court d’argent, Fontanet, un bonhomme assez peu sympathique à l’haleine très chargée et enfin Nini, une belle jeune femme qui a réussi à quitter la prostitution mondaine pour devenir comtesse
Débarque alors Bouzin, compositeur et parolier raté et par ailleurs clerc de notaire; minable, mal habillé, ridicule. Bref, il n’ a rien pour plaire mais il est quand même assez rusé et,  sans trop de scrupules,  arrive à faire croire que c’est lui qui a offert un luxueuse corbeille de fleurs à Lucette.. Où se trouve aussi une bague magnifique, ce qu’il ignorait, cadeau du général sud-américain Irrigua, qui, éperdu d’amour, a offert à Lucette. Cet ex-ministre a été condamné à mort dans son pays pour avoir détourné une énorme somme destinée à acheter des bateaux militaires…

Tous sont entraînés malgré eux dans une spirale infernale où l’argent, les placements et les beaux mariages sont à la fois le nerf de la guerre et le fondement même de l’action principale et des actions secondaires. Feydeau, excellent observateur de la société de son époque, est lucide et impitoyable! Bois d’Enghien aime sans doute Lucette, encore que… Mais il n’est pas assez fortuné pour l’épouser. Nini, elle,  a réussi à s’élever dans la société et à devenir comtesse parce qu’elle n’a aucun scrupule, et ici, dans ces mariages arrangés, le cynisme laisse peu de place aux sentiments amoureux.
Feydeau, en parfait entomologiste, ne nous fait grâce de rien et ses dialogues sont à la mesure de cette loi de l’offre et du marché: « -Elle est jolie? -64.000 livres de rente. -Même la beauté se vend mal « …Nous sommes dans une société marchande où chaque chose a un prix, ce dont les domestiques qui vivent dans un microcosme parallèle, sont bien conscients et dont ils profitent aussi sans le moindre état d’âme.
piecegalerie.928.thumb_Nombreux personnages, quiproquos en cascade, imbroglios explosifs, on passe souvent à côté de la catastrophe et c’est un véritable régal  pour les comédiens mais cela demande une grande exigence dans la dramaturgie au metteur en scène quand il s’agir de faire  tourner cette mécanique. Jérôme Deschamps avait superbement réussi son coup à la Comédie-Française qui n’avait pas lésiné sur les moyens techniques .
 Mais cela était intéressant d’aller voir comment une bande de huit comédiens pouvait s’emparer de la pièce, dans des conditions moins luxueuses mais  tout à fait correctes, et jouer quinze personnages avec trois bouts de ficelle et demi, et l’énergie de la jeunesse. Ce qui n’est pas du tout évident quand on a une expérience forcément limitée mais… c’est une heureuse surprise!
  Les domestiques de ce  Fil à la patte, en habit noir, accueillent chacun des spectateurs avec quelques mots en dormant à moitié! Le ton est donné et Lise Quet arrive assez vite  à imposer un ton et un rythme à cette suite de scènes délirantes, et à rendre tout à fait crédibles ces personnages sans doute paumés dans des aventures inextricables mais qui sont loin d’être stupides, comme on le croit généralement.
  La direction d’acteurs de Lise Quet est de très bon niveau-gestuelle, déplacements et diction impeccables-et la jeune metteuse en scène  sait où elle va; on entend  bien le texte et, comme la scène n’est pas très vaste,  il y a une grande proximité avec les acteurs:  Nicolas Fantoli, Cindy Rodrigues, Julien Large, Lionel Rondeau, Damien Prévot, Florent Besson, Amandine Calsat, Claire Pouderoux.
Et cette proximité, ces effets de gros plan ne sont pas si fréquents pour un Feydeau ou un Labiche, ce qui donne un changement de focale tout à fait intéressant.Entre autres exemples: on voit particulièrement bien ce pauvre hère de  Bouzin  dont le personnage acquiert ainsi une humanité un peu douloureuse. Que demande le peuple?  Le peuple, lui, se laisse vite embarquer dans ces dialogues surréalistes et rit de bon cœur au jeu de massacre imaginé par Feydeau.

 Du côté des bémols: il y a quelques facilités dans le jeu: Lise Quet aurait intérêt à resserrer d’urgence les boulons, en particulier dans les scènes plus intimes. Mieux vaudrait aussi qu’elle nous épargne les courses de personnages dans la salle mal gérées et sans intérêt; on peut aussi regretter quelques creux sans doute dûs à des coupures qui sont toujours délicates à faire quand il s’agit de Feydeau ; c’est encore parfois encore un peu brut de décoffrage. Mais après les premières, cela devrait s’arranger.
Jérôme Satie a conçu une scénographie un peu approximative mais sans  aucune vulgarité, et cela fonctionne donc plutôt bien, les acteurs se chargeant des changements des quelques décors. Les costumes d’époque coûtent cher  mais Alice Beattie  a habilement contourné la difficulté. Ce qui frappe en tout cas dans cette mise en scène, c’est l’absence de complaisance et la cohérence du travail de cette petite compagnie d’origine aveyronnaise…

Encore une fois, on peut émettre  des  réserves, le spectacle est loin d’être parfait  mais  sans à-coups et  très  vivant. Aux meilleurs moments, on  pense au jeune Chéreau de L’Affaire de la rue de Lourcine de Labiche ou aux premiers spectacles de Deschamps et Macha Makeieff. Si, si c’est vrai!
On entend Feydeau comme on l’entend peu souvent, et c’est tout à fait savoureux.

Philippe du Vignal

Théâtre de Belleville 94, rue du Faubourg du Temple 75011 Paris T: 01-48-06-72-34 jusqu’au 28 février.

Ma mère qui chantait sur un phare

Ma Mère qui chantait sur un phare de Gilles Granouillet, mise en scène de  François Rancillac.

Après Zoom  créé au Théâtre de Sartrouville, Le Saut de l’ange à la Comédie de Saint-Étienne et Nager/Cueillir aux Rencontres Charles Dullin, c’est le quatrième texte (2006)  de Gilles Granouillet monté par François Rancillac.
Deux enfants aux prénoms étranges : Marzeille et son petit frère Perpignan. errent dans la  campagne, à la recherche de leur mère  disparue dont ils ne gardent aucun souvenir. Est-elle morte, est-elle vivante?  On sait seulement qu’on l’entend, ivre et nue, perchée sur un phare mobile amarré à la plage; elle chante face à la mer, sous le regard des hommes du village.

Pour aller la délivrer, les enfants empruntent la pelleteuse d’un conducteur d’engins  mais  emboutissent son algéco  où  se cachaient sa femme et son amant, un marchand de vin. Les enfants s’enfuient et Marzeille demande alors de l’aide à  son père, dont la présence est inquiétante. Mais l’enfant  ne le  connaît pas, même s’il l’ a longtemps épié.
On sent la mort et l’abandon qui rôdent. Mais le père  embarque alors  les enfants dans son bateau et rame vers le phare; le conducteur d’engins, lui, fou de douleur, détache l’amarre. du phare mobile et la mère  va  donc  dériver …
La pièce entremêle récits et dialogues; l’interprétation est solide  et la scénographie de Raymond Sarti tout à fait efficace mais cette errance  des personnages échappe à une compréhension rationnelle. Sans nous faire quand même plonger dans l’ennui…

Edith Rappoport

 

Théâtre de l’Aquarium  jusqu’au 3 février.  T:  01-43-74-72-74.

Ionesco suite

Ionesco suite d’après Ionesco, création collective, mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Motta.

Ionesco suite  ionescoIonesco suite est installé au Théâtre des Abbesses dans une configuration provisoire où il y a quelques rangées de spectateurs installés sur la scène et quelques gradins qui recouvrent la salle habituelle. Cette disposition provoque une sorte d’intimité remarquable entre le public et  les acteurs.
Rien sur scène ou presque: une longue table étroite, couverte d’une nappe blanche, à la Tadeusz Kantor ou à la Jérôme Deschamps ou aux deux, c’est encore mieux, des chaises en bois dépareillées, quelques costumes et perruques  foutraques décrochés dans les réserves du théâtre.
Vous ajoutez  un cocktail d’extraits de pièces   moins  connues de Ionesco comme  Jacques ou la SoumissionDélire à deux, ou bien tout à fait culte,  comme La  Leçon ou La Cantatrice chauve; vous complétez par  quelques improvisations,  et vous faites agiter le tout par  certains des plus anciens compagnons de route d’Emmanuel Demarcy-Motta depuis le début des années 90 et que l’on a pu voir dans ses récents spectacles (Six Personnages  ou Casimir et Caroline): Charles Roger Bour, Céline Carrère, Jauris Casanova, Sara Faure, Stéphane Krähenbühl, Olivier Le Borgne et Gérard Maillet… Bref, une bande d’acteurs expérimentés à l’impeccable diction et à la non-moins impeccable gestuelle qui se connaissent bien, et dont le jeu a une exceptionnelle unité.

  »La troupe fonctionne  comme une sorte d’orchestre, où chacun retrouve son instrument, cherche d’autres interprétations,  dit Emmanuel Demarcy-Motta, et où le metteur en scène (cette espèce de chef d’orchestre qui disparaît le jour du concert) doit viser à modifier, ici ou là, un tempo, un jeu de scène, une intention, une orientation, une interprétation ».
Avec ce que cela suppose de petits changements au cours du temps dans ce laboratoire où le langage du quotidien est sans cesse trituré, malaxé par Ionesco pour en faire jaillir à la fois les stéréotypes, les incongruités mais aussi toute la poésie et parfois aussi les hasards de l’oralité.
Sous les textes du franco-roumain Ionesco, on retrouve souvent ceux de l’autre immense  poète roumain  Ghérasim Luca  qui vivait en France et qui s’est jeté dans la Seine en 94. Lui, le discret Luca dont Deleuze disait, dans L’Abécédaire, qu’il était  le « plus grand poète de langue française vivant».
Phrases sorties de leur contexte et rendues absurdes, répétitions, et enchaînements  de mots donc de concepts rendus tout autant absurdes ou insipides: Ionesco  fait feu de tout bois avec un  sens de la dérision qui fait parfois chez lui basculer le comique dans l’expression d’un tragique de la vie qu’il dissimule avec pudeur. L’homme- écrivain mille fois reconnu en France comme à l’étranger-que nous n’avons rencontré qu’une fois à la fin de sa vie, paraissait  terriblement seul, angoissé et  amer.

 Pourtant, et ce n’est pas un paradoxe, quelle formidable source de rire que cette série de petites scènes qui sont ici  très bien jouées.  et où rien dans la mise en scène-éclairages, partition sonore, déplacements- n’a été laissé au hasard. Jamais peut-être le travail d’Emmanuel Demarcy-Motta n’aura été aussi précis et mieux perçu que dans ce cadre presque intimiste et ses comédiens comme lui ont  pris, ont sans doute pris  beaucoup de plaisir à cette création.
Il y a bien quelques moments  où l’accrochage des textes entre eux semble flotter un peu, surtout vers la fin des 75 minutes mais sinon, quelle belle invention scénique ! Tout est à la fois-apparemment- tout à fait simple dans ces dialogues aberrants d’où toute psychologie a disparu mais terriblement efficaces… Et comme nous avons vu ce Ionesco suite en matinée, l’esprit est plus éveillé qu’en  soirée et l’on n’en savoure qu’avec plus de plaisir ces dialogues aberrants et parfois féroces, d’où toute psychologie a disparu! Les lycéens et les autres, les plus jeunes et les plus âgés, les femmes comme les hommes, personne ne boudait son plaisir…

On redécouvre en effet un autre Ionesco, plus proche de nous finalement que  celui des grandes envolées du Rhinocéros, pas toujours aussi convaincantes. Emmanuel Demarcy-Motta n’ a pas raté son coup, et souhaitons lui, puisque c’est dans son prochain programme,  de remonter sur la scène des  Abbesses, plutôt que dans la grande  coquille du Théâtre de la Ville, Victor ou les Enfants au pouvoir de Roger Vitrac, un des prédécesseurs de Ionesco: on ne dira jamais assez combien le lieu scénique a une importance capitale dans le perception d’une  spectacle.
En tout cas, on ne vous le dira pas deux fois, on ne vous le dira pas trois fois, on ne vous le dira qu’une seule fois: ne dites pas : « Ah! Ionesco encore!  » Mais allez-y en toute confiance; cela nous étonnerait que vous soyez déçu de ce voyage aux Abbesses et vous pouvez même y emmener de grands enfants.

Philippe du Vignal

Théâtre des Abbesses jusqu’au 31 janvier

Peer Gynt

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Peer Gynt
d’Henrik Ibsen,traduction et adaptation pour marionnettes et formes marionnetiques de Frédéric Révérend, mise en scène de Max Legoubé, en collaboration avec Fred Hocké, création sonore de Léopold Frey.
C’est en s’inspirant de contes populaires norvégiens qu’Ibsen (1826-1906) a écrit ce Peer Gynt, pièce mythique, sous -titrée poème dramatique qu’il l’écrivit en Italie où il vécut quelque vingt ans. Créée à Oslo en 76, avec la musique d’Edouard Grieg  mais sans le quatrième acte, elle connut tout de suite un grand succès. « Je n’ai jamais rien écrit d’aussi fou » disait Ibsen,  dont la pièce réputée injouable, fut quand même créée à Paris  en 96, mais-pas dans son intégralité-par Lugné-Poe au Théâtre de l’Oeuvre. Elle a été depuis très souvent jouée en France comme ailleurs et le personnage de Peer Gynt, sans cesse à la quête de lui-même, a fasciné nombre de metteurs en scène: entre autres, Chéreau bien sûr, Pineau,  et  l’an passé, Ruf à la Comédie-Française (voir Le Théâtre du Blog), avec des fortunes variées.

Peer Gynt, dans sa version intégrale, durerait quelque six heures… Max Legoubé, lui, a voulu échapper à l’incarnation  et à l’identification des personnages, en faisant dire cette adaptation du texte original par un seul comédien en voix off, et en choisissant de « ne pas cantonner le rôle de Peer Gynt à un seul comédien  mais d’aborder l’histoire de manière chorale avec trois acteurs muets qui ont sensiblement le même âge et habillés de façon identique. Legoubé ajoute que « c’est un vrai plaisir d’entendre dire le texte d’une seule voix par un seul comédien en voix off, comme s’il nous en faisait la lecture » et que » le drame philosophique semble secondaire ». Donc,  » la démesure de l’œuvre  nous invite, dit-il, à n’écouter que notre ferveur pour la mettre en scène ». Legoubé et  Révérend font référence  au fameux L’Acteur désincarné de Jouvet qui leur font penser, disent-ils, « à Peer Gynt et sa nature mobile ».
Bon, comme on le sait, les  notes d’intention, souvent truffées d’auto-compliments, ne mangent pas de pain, comme on dit dans le Cantal et autres départements français. Mais compte surtout,  ce que l’on voit sur le plateau et ce que le public ressent…  Ici, il y a une sorte de terre-plain rond, moussu et herbeux, d’où sortent parfois des fumerolles comme pour évoquer l’univers des trolls où évoluent Chloé Hervieux, Sébastien Laurent et Max Legoubé qui ont tous les trois un jeu très précis. Il y a aussi  quelques figurines ou marionnettes, et des projections vidéos de nuages qui passent ou d’arbres aux branches noires. Max Legoubé-c’est incontestable- sait produire de belles images comme ce roi des Trolls  figuré par un  tronc d’arbre mort ou celle,  souvent vue mais qui a un effet certain comme ce sable qui coule des cintres éclairé par un pinceau lumineux, pour évoquer le désert où est allé s’aventurer Peer Gynt.
Et cela donne quoi? A la fois, un travail d’une grande rigueur dans la mise en scène où  tout est impeccablement maîtrisé. Mais l’ensemble a du mal à fonctionner. On voit tout de suite que ce Peer Gynt en un peu plus d’une heure avec une voix-off et  trois comédiens sur le plateau va tenir davantage de  variations sur la célèbre pièce d’Ibsen  dont on évoquera quelques scènes mais où l’essentiel passe à la trappe. Pas la peine de se gargariser  » d’une écriture parallèle qui se donne au plateau ».  » La distance avec le texte » qui en sort comme essoré, on veut bien! Mais entendre presque en permanence une voix-off caverneuse soutenue par une musique électro-acoustique débiter un récit qui n’a pas grand-chose à voir avec la pièce d’Ibsen, pendant que des images défilent  ne prédispose pas vraiment le public » à donner libre cours à son imagination », comme le croient sans doute Frédéric Révérend et Max Legoubé. En tout cas, malgré des moyens technologiques sophistiqués,  » la verve du personnage et l’inspiration du poète dans  jeu habilement désincarné et partagé », nous ne l’avons pas personnellement beaucoup ressenti.
Faire passer à la trappe  l’identification et l’incarnation que le metteur en scène semble avoir en horreur, c’est bien gentil mais  c’est un peu jouer avec le feu et il faudrait mieux y réfléchir à deux fois quand il s’agit d’une œuvre aussi immense que Peer Gynt.

  On prend en effet le risque de faire disparaître presque toute la richesse du paysage poétique et philosophique de la pièce! Il ne s’agit pas de respect mais l’expérience prouve que les traitements de choc ne sont pas toujours ceux qui réussissent le mieux aux malades  comme aux œuvres dramatiques. Peer Gynt est  une formidable saga  dont on peut faire ce que l’on veut, et les metteurs en scène  ne s’en sont jamais  privés. Mais  tout se passe ici comme  si  Max Legoubé s’était  offert le luxe du plaisir d’inventer, sans que cela ait  toujours une véritable cohérence.
Dommage, car il s’agit d’un travail très soigné mais où l’on  est passé à côté de la magie du célèbre poème dramatique d’Ibsen…

Philippe du Vignal

Comédie de Caen du 9 au 11 janvier, et du 14 au 15 janvier.

La démocratisation culturelle au fil de l’histoire contemporaine

La démocratisation culturelle au fil de l’histoire contemporaine, programme du Comité d’histoire – Ministère de la Culture et de la Communication

 La démocratisation culturelle au fil de l’histoire contemporaine visuel-ch-illustrationCréé en 1993, le Comité d’histoire du ministère de la Culture et des institutions culturelles s’est donné pour mission d’écrire l’histoire du temps présent, l’histoire immédiate, en collectant prioritairement la parole de ceux qui ont agi dans les différents champs couverts par le ministère.
Le Comité informe, publie, établit des passerelles avec le milieu universitaire et de la recherche, collabore avec d’autres comités qui ont le même objectif de collecte de la mémoire culturelle, fait connaître le passé et le présent de l’action culturelle, et diffuse sur tous supports (papier comme informatique).
Augustin Girard, fondateur en 1963 du service des études et recherches du ministère des Affaires Culturelles, en fut le premier président : « L’enjeu culturel n’est pas seulement le développement de la vie artistique,mais aussi la condition d’un avenir, d‘un projet humain, d’une civilisation nouvelle à faire émerger « , écrivait-il dès 86. C’est dans cet esprit que se réunissent, une demi-journée par mois depuis octobre dernier, chercheurs et praticiens,  dans des  rencontres autour de la démocratisation culturelle. Ce programme est  soutenu par la Fondation Maison des sciences de l’homme et par le Centre d’histoire de Sciences Po.
Les premières rencontres ont traité des thèmes suivants: « La démocratie dans la République-XIXème et XXème siècles » », « Etudes sur les pratiques culturelles et leur réception », « De l’éducation artistique à la médiation culturelle : continuité ou innovation ? » Au-delà des communications  faites par les meilleurs spécialistes et de la confrontation des points de vue, les débats  avec les participants sont féconds.
Le 14 janvier,  le prochain rendez-vous,animé par Laurent Martin, chargé de recherches au Centre d’histoire de Sciences Po,  sera consacré à: « L’élargissement des champs artistiques « . Suivront le 11 février: « Institutions culturelles et démocratisation »; le 18 mars, « Territoires de la démocratisation » et le 13 mai  » Politique(s) et prospective de la démocratisation « .

Brigitte Rémer

 www.culture.fr/culture/comite-histoire.htm ; participation uniquement sur inscription.

La République des enfants

La République des Enfants par le Teatro Sotterreneao delle Briciole.

 Le Teatro delle Briciole, célèbre compagnie jeune public de Parme, qui a été accueillie pendant une vingtaine d’années depuis le début des années 80 par Philippe Foulquié à la Friche de la Belle de Mai à Marseille, a pris sous son aile une jeune équipe, le Teatro Sotterreaneao.
 Les comédiens vont jouer  avec les 150 enfants qui remplissent la petite salle du Théâtre Dunois, à inventer une république imaginaire le temps d’une représentation.  Que faut-il pour créer une nouvelle république ? Ils imaginent un rassemblement pour inventer la république de ce théâtre!
Daniele Bonaiuti et Chiara Renzi jouent avec les enfants, en faisant lourdement appel à leur participation bruyante-trop bruyante!
Les vieilles ficelles marchent toujours mais  Chiara Renzi peine à se faire entendre avec sa voix fatiguée. Les deux acteurs montrent  d’abord ce qu’il ne faut pas faire: jeter les vieux papiers, manger salement etc… Puis, ils font le point sur les nouvelles lois !
Mais la pagaille instaurée n’est pas encore franchement salvatrice.

Edith Rappoport

Théâtre Dunois, représentations scolaires jusqu’au 11 janvier.

Edith Rappoport

Du 12 au 30 janvier le Teatro Briciole présentera L’ogre déchu ou le savoir des plus petits dans une mise en scène de Teodoro Bonci del Bene
Tél 0145 84 72 00

Kurze Stürze

Kurze Stürze par la Neuer Tanz Compagnie, chorégraphie de Va Wölfl.

Le public doit être prévenu: une fois franchies les portes du théâtre de la Ville  au seuil décoré de tapis rouge, il ne va pas assister à une chorégraphie mais plutôt à un happening qui débute par le passage répété des artistes sur ce même tapis rouge. Puis il découvre  une scène avec trois hauts murs de toile blanche, et, posées sur le sol, une soixantaine de carabines qui tournent comme des horloges. Un lanceur automatique et sonorisé de balles de tennis jaune fluo, les envoie  de manière aléatoire sur le mur côté cour ou sur des guitares électriques posées contre ce mur.
 Les interprètes, six hommes et trois femmes, dirigés en permanence par le metteur en scène grâce à une oreillette, ont d’incroyables costumes à paillettes multicolores. Sans doute la plus belle idée de cette création mondiale, ces costumes  ont une vie propre: ils captent la lumière, quelle que soit son intensité, apportant une  belle  dimension aux tableaux qui se succèdent dont chacun, décidé de manière fortuite quant au  rythme et au contenu, par Va Wölfl, met à l’épreuve la patience des spectateurs. Dans un tableau de trente minutes, les artistes deviennent ainsi des mannequins à mobilité très réduite, tournant  lentement sur eux-même dans la pénombre!
 Le metteur en scène fait alterner des musiques classiques à peine audibles, chantées par les danseuses, avec des morceaux de rock joués beaucoup  trop fort sur des guitares électriques. Quinze minutes après le début du spectacle qui ressemble jusque là davantage à un happening comme on peut en voir dans une galerie d’art ou dans un musée avec la liberté de circulation  qui s’y attache,  le noir se fait enfin dans la salle… Mais deux heures plus tard, il ne reste qu’un tiers des spectateurs qui sortent dans une belle et joyeuse indifférence. Certains reviennent quand même, apparemment sans le regretter… Mystère de ce dispositif artistique ennuyeux mais non dénué d’une véritable esthétique.Vers la fin, beaucoup des ceux qui sont restés prennent des photos…
 Penser le rapport scène/salle de façon différente aurait sans doute donné une autre dimension à cette création. Cet éloge de la lenteur, en contradiction avec l’agitation de notre époque, a été salué, aux deux tiers du spectacle, par un « tchuss » (« au revoir » en allemand), d’une spectatrice germanophone qui ne manquait pas d’ humour…

Jean Couturier

Théâtre de la Ville jusqu’au 11 janvier                  

Sortir de sa mère

Sortir de sa mère et La Chair des tristes culs, texte et mise en scène de Pierre Notte.

Sortir de sa mère notte

© Patrice Leterrier photo de répétitions

A l’heure où le théâtre musical fait florès, Pierre Notte, présente deux pièces de facture différente mais qui ont  ensemble  la fantaisie aigre-douce, la cruauté sucrée, et l’élégance de l’écriture,  même quand elle confine parfois à la vulgarité.
Sortir de sa mère commence par un tendre dialogue entre une mère et son fils. S’ensuit une saga familiale abracadabrantesque, composée de courts tableaux burlesques, dans une sorte de  broderie sur les rapports père-fils, père-fille, père-mère, frère-sœur, etc…
Les trois comédiens-chanteurs: Typhaine Gentilleau, Brice Hillairet, Chloé Olivères et l’auteur qui les accompagne au piano et qui joue le père, interprètent  la mère, le fils et la fille… et  une dizaine de rôles : un vendeur de Leroy-Merlin, un fossoyeur  ou un directeur de pompes funèbres. Rebondissement inattendu: à la mort du père, quand la mère retrouve la mémoire qu’elle avait perdue, Elisabeth Taylor fait une apparition extravagante.

Dans La Chair des tristes culs, c’est un sosie de Brigitte Bardot qui bronze sur sa plage privée de Saint-Tropez,  et qui attend dans une sorte de monde parallèle, enfer ou paradis, son défunt Roméo en Alpha…Tandis qu’en ce bas monde, dans une chambre sordide, un jeune homme tente de mettre fin à ses jours avec l’aide d’une brunette,  vendeuse de crêpes : il se rate, se rate, se rate… Mais il reprendra goût à la vie grâce à la bonne fée, ange gardien blonde invisible, qui donnera de sa personne pour sauver la petite marchande de la faillite…
Pierre Notte a signé nombre de pièces dont  Moi aussi je suis Catherine Deneuve (2005), avant de se lancer dans la mise en scène. Il s’est aussi produit dans plusieurs récitals  comme auteur-compositeur-interprète. Il allie ici son savoir-faire de dramaturge à un talent de parolier. Ses chansons sont savoureuses et, même si parfois les intrigues sont hâtivement ficelées, les jeux de mots faciles et l’humour salace, on apprécie le brio de cette écriture.
À recommander à ceux qui aiment les univers loufoques  qui éclairent la grisaille de ce début d’année. Grincheux et chochottes s’abstenir !

Mireille Davidovici

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 9 février  T: 01-44-95-98-21

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