La petite marchande d’allumettes. Littlematchseller.

La petite Marchande d’allumettes, d’après Hans-Christian Andersen, conception et mise en scène de Nicolas Liautard.

Ce conte d’Andersen, les grand-mères l’ont raconté à leurs petits enfants,, en fondant  en larmes à la fin. Nicolas Liautard,  directeur de la Scène Watteau  depuis une dizaine d’années,  y a créé de nombreux spectacles qui ont marqué les mémoires, comme Amerika de Kafka et Le Nez de Gogol.
Il s’est emparé de ce conte d’une actualité douloureuse, en le transposant sur le long trottoir blanc d’un grand centre commercial traversé par des ombres noires et pressées qui ne jettent pas un regard sur l’enfant accroupie dans la neige.
Le spectacle entièrement muet est accompagné d’abord par l’ouverture d’un opéra wagnérien. Les visions de la fillette rêvant d’une famille accueillante sont traitées en images- une  vidéo ou des acteurs derrière un transparent?-on ne parvient pas à distinguer le rêve de la réalité…
Puis la musique de Schœnberg, Berg et John Cage accompagnent jusqu’à la fin, l’agonie étrangement douce de cette enfant abandonnée qui fascine les jeunes spectateurs, silencieux mais  trop nombreux dans cette grande salle pour  que les derniers rangs  profitent vraiment d’un  spectacle encore fragile, compte-tenu du poids technique…

Edith Rappoport

Scène Watteau de  Nogent-sur-Marne et  tournée en France: n.leriche@comedie-est.com.


Archive pour janvier, 2013

Lost, replay

Lost (Replay) , texte et mise en scène de Gérard Watkins.

Lost, replay lostGérard Watkins avait créé en 2010, dans la fosse d’un ancien atelier où l’on rendait inoxydables les petites cuillers, Identité, une remarquable petite pièce intimiste, presque minimaliste. (voir le Théâtre du Blog, 2010). Aucun décor, juste un tapis, même pas une chaise, et deux personnages : un jeune couple désargenté qui voit soudain la possibilité de gagner de l’argent  en acceptant de répondre à un questionnaire inscrit sur la bouteille de vin qu’ils vont boire. C’était en fait une révolte contre le trop fameux amendement Mariani qui préconisait des tests ADN pour les étrangers candidats à un regroupement familial… Le texte en fait était fondé sur  la question de l’identité….
Watkins  explore ce même thème avec une pièce où les personnages semblent aussi soumis à cette question de l’identité, quand ils se retrouvent, entourés de machins électroniques et reliés à des  réseaux sociaux,  en proie à la solitude et à des difficultés de communication, alors  qu’ils sont très proches voisins.
Sur le troisième niveau d’une scène, répartie en deux petits appartements, Hub, un homme écoute, sur un gros magnétophone à bande,  des enregistrement de voix auxquels, à chaque fois,  il donne une note, et de l’autre côté d’une petite cloison, Fay une jeune femme, sans emploi,  se débrouille assez mal avec un chose électronique à écran lumineux dont elle a du mal à comprendre le montage. Et, située en Inde, la plate-forme du service après-vente à laquelle elle s’adresse,  ne lui est d’aucun secours: l’absence de communication est évidente mais  ce genre de saynète a déjà été beaucoup trop exploitée et  tient  maintenant  du stéréotype. La jeune femme souffle par moments sans que l’on comprenne bien pourquoi dans un shofar, une longue corne de bélier, dont on joue dans les fêtes juives comme le Rosh Hashana ou le Yom Kippour.
En-dessous de ce  plateau, il y a une allée avec un lave-linge blanc encastré où Fay mettrea tout un tas de chemises rouges; l’allée est  soutenue par un mur de briques d’où vont sortir sur le premier niveau trois individus-dont l’un s’avérera  être une femme- en costume  noir  et chemise rouge lacérés dans le dos, parce qu’on a coupé les ailes de ces anges qui se sont fait expulser d’un Paradis non-identifié.
A l’avant-scène, il  y a une sorte de chaudière qui émet quelques fumées…  Le trio, une femme son ex et le frère de son ex se retrouvent  ainsi  au-sous sol de leur immeuble.
« Le thème de la pièce, dit Gérard Watkins, est la corruption du langage et l’appauvrissement de l’être. Dans la pièce, l’ange Luc dit: « Malheur aux mots qui ont un impact ». Aujourd’hui, le travail du pouvoir, de ce qui constitue la branche armée du monde libéral, consiste à détourner la langue pour en confisquer le sens ».
Il y a  aussi, semble-t-il une approche psychanalytique des comportement humains et nombre  de références religieuses . Les anges déchus  est un thème qui se trouve déjà dans la Genèse et  dans le livre d’Hénoch de l’Ancien Testament. Mais il y a un autre qui parcourt la pièce, celui des étrangers, ici des émigrés des pays de l’Est,  des artististes et des scientifiques qui ont une autre relation avec le langage et avec une société qui n’est pas la leur.
Ce que souhaite Watkins, si on a bien compris son propos, c’est de montrer que le salut de l’homme passe par une relation très forte avec le langage, condition sine qua non de notre accession à une véritable liberté mentale.
Mais si la direction d’acteurs et la mise en scène  sont  de bonne facture, la pièce part un peu dans tout les sens, et le dialogue, assez mince et  souvent bavard, ne nous accroche jamais vraiment, d’autant que la chose, assez prétentieuse, dure quand même presque deux heures et distille vite  un ennui de premier ordre. Les comédiens, dont Fabien Orcier et  Anne Alvaro, fidèles compagnons de route de Watkins, font le boulot-rien à dire de ce côté-là-mais ne semblent pas très  à l’aise dans cet ovni, et on peut les comprendre! Ils ont, en tout cas,  bien du mal à donner vie à ces personnages/silhouettes juste esquissés par l’auteur et à peine crédibles… Et les dernières scènes  malgré une belle scénographie de Maya Boquet qui a conçu un toit qui vient recouvrir la presque totalité de la scène,  n’en finissent pas de finir!
Il manque à l’évidence un fil rouge à ce semblant de pièce qui tient à la fois du conte philosophique et du poème visuel, parfois à la limite de la performance et où la musique joue un rôle important.
Qu’a voulu nous dire Gérard Watkins?
Alors à voir? Pas sûr; en tout cas, malgré une qualité technique irréprochable, nous ne vous conseillons pas trop l’aventure…    

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Bastille  jusqu’au 3 février à 20 heures.                                                         

Le Bus

Le Bus de Lukas Bärfuss, mise en espace de  René Loyon, et Les Juifs de Gotthold Ephraïm Lessing, mise en espace d’ Olivia Kryger.


 Les danseurs ont leur entraînement quotidien à la barre, les musiciens leur cours, et les comédiens ? Les comédiens ont leurs ateliers. Ils ne peuvent  s’entraîner  dans la solitude : même pour jouer un monologue, ils ont besoin d’être vus, dirigés par un “œil extérieur“, et confrontés à un public. Sinon, rien n’existe, on en reste au soliloque. L’Atelier RL, filiale active de la compagnie René Loyon, forme une sorte de troupe fluctuante et solide où se confrontent exercices, lectures, mises en espace, et où les comédiens s’exercent entre eux au jeu comme  à la mise en scène.
René Loyon et son équipe ont eu envie de partager avec le public quelque chose de ce travail un peu secret. Avec Ce que nous fabriquons, une trentaine de comédiens de l’atelier  et quelques invités ouvrent le rideau – mais le théâtre d’aujourd’hui a-t-il vraiment besoin de rideau ?– sur deux mises en espace et deux lectures, complétées par une série de rencontres avec les auteurs, les traducteurs et d’autres professionnels du théâtre.
Lukas Bärfuss a écrit une trentaine de pièces, jouées partout en Suisse et en Allemagne. Le Bus est l’un des premières à être jouée en français et en France. Drôle d’histoire : une fille ,plutôt marginale, s’est trompée de bus et, croyant se rendre à Czestokochowa, précisément le jour de la Sainte-Sophie, pour célébrer la Vierge Noire, se trouve embarquée vers une improbable maison de cure, quelque part dans les montagnes.
Ça ne va pas du tout  entre elle et les autres passagers, d’abord méfiants, ensuite  séduits par sa foi, puis dégrisés et à nouveau méfiants. Et encore moins avec Hermann, le conducteur-entrepreneur du car,  brise la main de la jeune  fille et  pense l’abandonner dans les bois, avant de la remettre à la sauvagerie à peine moindre d’un pompiste alcoolo et écolo.
Ce pourrait être un film d’horreur, une farce noire, teintée en même temps d’un vrai lyrisme. Il y a là une violence sarcastique à la Claudel. Ce bus, progressant  avec peine vers le rien, renouvelle l’image du « train du destin », et donne une image nettement plus cahotante de notre monde à la poursuite de sa fin. Hermann sait moins que quiconque où il va, en aucun cas à Czestokowa  mais là où il veut.
Le personnage se dédouble en fervent de magie (il porte pieusement un fétiche à sa propre image) et  se démultiplie en brute, en illuminé. A chaque fois voué tout entier au destin qu’il s’imagine. Tout d’une pièce, en fin de compte.
Même chose pour la jeune fille, Erika : vraie sainte/fausse sainte, vraie désabusée/vraie trouillarde. Et pour les autres figures : chacun cherche à « persévérer dans son être », quitte à piétiner le prochain, atroce et innocent.

La pièce demanderait  plus que les douze jours de travail d’une mise en espace : elle laisse deviner des couches et des couches de sens: la question de la foi, de la confiance, la place de la métaphore. Elle a encore des richesses à fouiller mais  on la suit, on s’y passionne, ne serait-ce qu’au premier degré, entraîné, d’abord, par le sort d’Erika. Les acteurs tous convaincants-en particulier Eric Challier qui incarne Hermann avec une force et une évidence étonnantes-ont mis un point d’honneur à savoir leur texte par cœur. Exploit risqué : l’apparence d’un spectacle achevé pourrait fermer les imaginations aux chemins de traverses inexploités dans cette première vision de la pièce.
La comédie Les Juifs ne court pas le même danger. Vite écrite par le très jeune Lessing, elle s’accorde bien avec cette méthode de travail rapide. Un bon seigneur–ce pourrait être le baron de Candide–agressé par deux “juifs“ à longue barbe, est sauvé par un mystérieux inconnu. Le baron a une fille, l’inconnu a un serviteur, le serviteur a l’œil attiré par une servante, l’intendant du château a les pires intentions et  une tabatière-mistigri passe de main en main…
Bref, d’aparté en marivaudage, d’assauts de bons sentiments en scrupules agités, la pièce  va au galop vers sa fin, heureuse, mais non conventionnelle. On ne vous en dira pas plus, allez vous régaler de cette comédie morale, sans illusions mais non sans charme. On sent ici Lessing plus près du théâtre larmoyant de Diderot (ce qui nous fait très sainement rire) que de la complexité shakespearienne  de Nathan le sage.
La leçon est sans ambiguïté et va droit au but mais l’humanisme y est aussi profond, et l’espoir aussi tenace en la capacité d’un progrès moral, au moins pour quelques hommes. Avec Les Juifs, la comédie se fait arme de combat contre les préjugés : ne parlez jamais d’une personne au pluriel: ni le caractère ni le comportement n’appartiennent à une communauté mais à un sujet libre et responsable, si possible.
Dépêchez-vous d’y aller…

Christine Friedel

Théâtre de l’Atalante T: 01-46-06-11-90, en alternance jusqu’au 31 janvier. Autres lectures : Un amour tardif, d’Alexandre Ostrovski; Lazare de Catherine Benhamou; Visite au père de Roland Schimmelpfennig.

Blackbird

Blackbird de David Harrower,  traduction de Zabou Breitman et Léa Drucker, mise en scène de Régine Achille-Fould.

Blackbird black-300x213David Harrower, est un dramaturge  écossais bien connu,   dont Claude Régy avait magnifiquement monté Les Couteaux dans les poules en 95. Blackbird avait été créé en France par Claudia Stavisky, en 2007 deux ans après qu’elle ait été mise en scène par son auteur à Londres.
Blackbird (oiseau de malheur) : rien à voir avec l’ avion  espion américain ni avec la chanson des Beattles.
Cela se passe dans une sorte de resserre d’une petite entreprise. Dans le fond, des cartons empilés, prêts à être expédiés, et au centre de la pièce, une ancienne malle militaire en bois, qui a dû servir de table à des ouvriers pour un semblant de repas, quelques chaises et  deux poubelles pleines de canettes de bière, bouteilles d’eau minérale vides, cartons d’emballage de pizzas. Peter, la bonne cinquantaine, est là, seul, après une journée de travail, quand on frappe à la porte. C’est Una ,une jeune femme élégante-robe courte, bas noirs et escarpins-d’une trentaine d’années. Il lui demande juste comment elle l’a retrouvé et surtout pourquoi elle est venue après un si long voyage en train.
Les mots sont simples, la situation semble on ne peut plus banale: l’on comprend vite qu’ils ont été autrefois un couple. Puis, brusquement, elle  attaque et  met les choses au point avec une phrase impitoyable: « Combien de petites filles de douze ans, t’es-tu envoyées depuis? ».

Dans ce huis-clos un peu glauque, à la tombée du jour qu’on discerne encore derrière une paroi vitrée, le dialogue s’engage mais Una ne fait aucune concession, et  l’attaque avec une précision digne d’un rapport de police, et l’envoie souvent au tapis. Sonné, mais  Peter, comme il s’attendait depuis longtemps à cette visite, ne lui cède pourtant  rien,sinon quelques petites excuses pour la forme…
Cette histoire d’amour avait commencé, il y a quelque dix-huit ans et les parents d’Una l’avaient invité, lui, à un barbecue ente voisins… Il avait été tout de suite était fasciné par cette adolescente qui n’était plus une enfant-elle paraissait sans doute plus que son âge-mais elle avait déjà tout compris  des règles de la séduction. Regards,  rencontres puis rendez-vous secrets dans un parc, jusqu’au jour où Peter, amoureux fou, va l’emmener en voiture dans une station balnéaire. Et ils vont faire l’amour dans une chambre d’hôtes. Cela n’a rien d’un viol mais, vu l’âge d’Una, il prend toutes les précautions pour ne pas être inquiété. Même si son attitude est suicidaire…

Il sortira de la chambre pour aller acheter des bières, mais s’attardera un peu trop longtemps dans un pub; la  jeune fille, inquiète  et affamée, partira à sa recherche dans les rues désertes. Avant d’être recueillie par des gens qui préviendront aussitôt ses parents. Peter sera arrêté par la police quelques heures plus tard. La morale est sauve mais leur vie, à eux deux, en sera bouleversée, et c’est sans doute ce qui les unit encore et, à jamais…
Il  sera condamné à six ans de prison où il  subira les tortures physiques et mentales de ses codétenus. La Lolita, elle, se sortira avec difficultés de cette initiation sentimentale et sexuelle, en multipliant  les amants:  » 83, je les ai comptés », à la recherche d’un amour impossible. Et elle n’a a eu de cesse de retrouver Peter; dix-huit ans après, grâce à un tact publicitaire où elle l’a reconnu, le fil est  renoué mais  dans la douleur et la violence verbale: elle l’accable de reproches et essaye de régler ses comptes avec lui mais aussi avec elle-même…
Le dialogue, avec de courtes phrases ciselées,  est impitoyable, souvent cru et d’une rare violence,mais jamais vulgaire ni sordide. Lui se défend mal et  plaide son amour pour elle qui  lui dit en vain toute sa colère quand elle a eu l’impression d’avoir été abandonnée après qu’il lui ait fait l’amour.
On a l’impression d’avoir affaire à une sorte de cérémonie d’exorcisme entre cet homme vieilli, passé par la case prison,  et cette jeune femme, dont la vie n’a pas dû être simple,  qui a tenu absolument à le revoir. Peter lui dit qu’il lui a  écrit  de nombreuses lettres sans doute détournées par ses parents: elle ne les a jamais reçues. Elle, de son côté, n’a jamais réussi à lui envoyer les lettres qu’elle lui destinait.
Les répliques sont dures, tranchantes mais les deux ex-amants, malgré le temps passé,  sont  encore attirés l’un vers l’autre comme deux pôles magnétiques. Peter semble être un brave homme qui n’a rien d’un pervers et qui a réussi à monter une petite entreprise  et qui a refait sa vie avec une autre femme. Quant à Una, elle ne peut pas vraiment prétendre au rang de victime dans cette histoire d’amour qui ne pouvait que mal tourner. Aucun des deux n’est coupable; lui paraissait plus jeune, et elle , plus avertie et plus mûre. Bref, ni l’un ni l’autre n’était là au bon moment ni au bon endroit, et n’auraient jamais dû se rencontrer.

Oui, mais il faut bien une loi, et la loi est faite pour tous, . Même si elle  n’est pas la même dans tous les pays-en France la majorité sexuelle est de quinze ans- mais il y a la notion de consentement, de détournement de mineur, d’autorité morale ou non de l’adulte qui laissent  une marge d’appréciation! Alors, à la justice de se débrouiller avec toutes ces contradictions et de trancher au nom de la société ! Et si Una avait eu seulement quelque vingt-quatre mois de plus? C’est  la question que soulève  David Harrower avec habileté.
Les deux protagonistes sont  à quelques mètres de nous, en gros plan et il y a une  émotion palpable dans le public, très attentif, qui ne ménagera pas les rappels. Et quand on voit  Peter et Una en train de renverser les  poubelles et  de  donner des coups de pied dans les canettes,  éclatant de rire comme deux gamins heureux de s’être réconciliés, on se dit que la catharsis a bien fonctionné!
Grâce à la mise en scène de Régine Achille-Fould, d’une grande précision et d’une belle sensibilité qui n’a pas sous-estimé la difficulté qu’il y avait à monter la pièce. Aucun effet inutile, aucune rupture  de rythme, aucune criaillerie mais une direction d’acteurs irréprochable comme on en voit peu.Et c’est vraiment une belle idée que d’avoir installé ce huis-clos dans cette  petite salle du Paradis. Impossible de trouver un endroit plus approprié et il n’est pas certain que la pièce fonctionnerait aussi bien sur une scène plus traditionnelle… Dès les premières minutes, Yves Arnault et Charlotte Blanchard, tous deux remarquables et en parfait accord, s’emparent du plateau; ils sont d’une formidable présence et tout à fait crédibles. Elle sort de scène épuisée d’avoir tant donné mais avec, comme son camarade, une discrétion dans le jeu  absolument exemplaire. Diction,  gestuelle, maîtrise du temps et de l’espace, scénographie: lumières rien à redire.Un grand et beau travail!

Et l’histoire  finit comment? Ce serait dommage de vous la dévoiler. Mais  si vous avez la chance  de pouvoir assister à Blackbird, allez-y, vous ne le regretterez pas. La fin imaginée par David Harrower est d’une rare élégance-certains diront un peu téléphonée-mais quel scénario, quel bonheur théâtral! On ne vous le dira pas tous les jours

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire jusqu’au 19 janvier.

La grande Dame aux automates

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La grande Dame aux automates.

Elle habite dans une rue très passante du 6ème dont elle aime bien le bruit qui monte à ses fenêtres et elle affiche gaiement ses presque quatre-vingt-dix ans. Elle a bon pied, bon œil et une excellente mémoire mais  a préféré que nous n’indiquions pas son nom. Elle possède, confortablement installés parmi les plantes vertes de son salon et dans une chambre, de très beaux automates qu’ elle n’est pas peu fière de nous présenter. Automates, nos frères mécaniques! C’est Leibniz qui disait déjà:  » Chaque corps organique d’un vivant est une espèce d’automate naturel ».
Visite guidée de la collection…

Mon père était issu  d’une famille de chefs d’orchestre italiens dont l’un avait écrit avec Giovanni Ruffini le livret de Don Pasquale de Donizetti. Il avait fait HEC, et avait ensuite racheté en 1920-donc il a presque un siècle-la petite usine de fabrication d’automates Vichy. Située rue Vercingétorix dans le 14 ème arrondissement de Paris, elle était construite en bois  et les ouvriers  n’ avaient pas le droit d’y fumer à cause des risques d’incendie. Les bureaux de l’usine étaient situés eux, boulevard Péreire et, dans un grand sous-sol, il y avait un hall d’exposition avec toute sa collection d’automates animés électriquement. Et tous les grands magasins : Le Louvre, la Samaritaine, le Printemps, etc… avaient des vitrines avec des automates au moment de Noël, et il y avait des petites passerelles pour que les enfants puissent mieux voir. C’est encore toujours le cas. Mon père était connu de tout le monde et son entreprise J. A. F. Jouets Automates Français n’avait aucun concurrent!
Les gens adoraient cela et cette fusion entre le mécanisme et le vivant fascinait mes enfants quand ils visitaient ce sous-sol et quand on appuyait sur un bouton, tous les automates se mettaient en marche; à l’entrée, un orchestre de musiciens noirs grandeur nature jouait de la batterie, du saxo et du piano.
Une femme  passait l’aspirateur  sur son mari  qui disparaissait presque entièrement. Il y avait aussi un fakir qui faisait disparaître  des femmes. Un tigre et un éléphant grandeur nature effrayaient les enfants. L’Ecrivain calligraphiait réellement quelques mots et terminait en mettant un  point.  Le Buveur  se servait à boire, vidait son verre et son  visage  exprimait alors un contentement visible,  reposait son verre  puis se servait, à nouveau, etc… De tout cela, malheureusement, il ne reste que peu de choses mais ces automates  n’ont  sûrement pas été perdus pour tout le monde! Mon père faisait aussi de petites vitrines comme celles d’Hermès, rue du faubourg Saint-Honoré et, plus tard, a aussi animé des poupées Barbie avec des fils.

-Et les automates que vous avez pu sauver et qui sont chez vous?

-Il y a d’abord Le Baiser derrière l’éventail auquel je tiens beaucoup: c’est un cadeau imaginé et réalisé pour mon père pour sa sortie de l’hôpital. Dans un salon privé du restaurant Chez Maxim’s, il y a un violoniste costumé façon russe, et un couple assis autour d’une table ronde avec un chandelier à six branches et une bouteille de Champagne et, à côté, un canapé rose où il y a les vêtements de monsieur et de madame. Toutes les huit secondes, la jeune femme embrasse le jeune homme. Au plafond, pend un lustre et, sur le côté, il y a une console avec une théière; le tout est en excellent état et fonctionne à la perfection.
Autre vitrine publicitaire réalisée pour un opticien: L’Elégante avec un chapeau à fleurs et une ombrelle, qui regarde avec un face-à-main. Ses deux bras et sa tête sont articulés.  Près de la fenêtre, vous pouvez voir sur un socle d’un mètre, un Chinois d’un mètre vingt environ, qui joue du diabolo. C’est un mouvement très simple. Mon père avait conçu neuf autres Chinois, dont l’un jouait de la guitare,  pour répondre à la commande du baron de Ruder   qui inaugurait un nouvel appartement dans l’Ile Saint-Louis. Mon père me l’avait ensuite offert et c’est devenu pour moi un véritable compagnon.
Il faut que je vous montre aussi un bébé de six mois allongé dans son berceau qui ouvre les yeux, bouge les mains et les pieds. A côté un petite pianiste-une poupée Barbie- qui joue et une autre qui écoute. Un père Noël  lève les bras régulièrement. Il y a aussi des automates à fil comme Le Clown, lui, qui joue de la guitare. Les automates publicitaires, il y a une cinquantaine d’années, étaient nombreux et très populaires;  dans un des épisodes de la célèbre émission Les cinq dernières minutes avec Raymond Souplex,  Le Tsigane et la dactylo (1962)  étaient deux automates qui jouaient un rôle important dans l’intrigue.

Y-a-t-il encore en France des fabricants d’automates?

Oui, j’en connais un à Grenoble, c’est  un ancien employé de mon père qui en fabrique encore de tout à fait remarquables pour des vitrines. Enfant, je trouvais cela déjà passionnant et mes petits-enfants sont tout aussi fascinés. Mon frère aîné, cinéaste, avait produit un film, La Révolte des Automates. Pour ma part, j’ai contribué à fabriquer ces personnages en débourrant des peluches pour que l’on puisse y installer les indispensables mécanismes électriques activant les articulations. Ces automates sont comme de vieux amis qui font partie de ma famille…

Philippe du Vignal

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