Montedidio

Montedidio, d’ Erri de Luca, adaptation et mise en scène de Lisa Wurmser

Erri de Luca est de ces auteurs qu’on adopte immédiatement, qu’on croit avoir toujours connu. Avec une très grande simplicité et une aussi grande élégance, populaire, mais ni prolétarienne ni, encore moins, populiste, il raconte dans Montedidio son enfance de gamin de Naples, au milieu du siècle dernier (il est né en 1950).
Sa Naples est à la fois très épurée et très riche : les ordures traînent par terre, mais peu importe : l’enfant regarde vers le haut, la mer scintille, le pêcheur capture parfois un thon – il y aura à manger pour une semaine ! -il y a de l’amour sans faille entre les parents (même si la mère s’en va dans la folie) et les anges existent. Au moins un : Don Rafaniello, le cordonnier, qui cache ses ailes dans sa bosse : un jour, il s’envolera pour Jérusalem.
L’ange fabrique des sandales pour les va-nu-pieds et laisse entrevoir à l’enfant un monde terrible, quelque part au milieu de l’Europe. Enfant, enfant… mais, à treize ans il travaille. déjà.  De là, à devenir homme, il n’y a qu’un pas, et c’est le  thème de ce récit.
Lisa Wurmser s’est approprié Erri de Luca à sa façon, légitime. Elle avait mis en scène La Grande magie, d’Eduardo de Filippo, et elle connaît Naples “en vrai“, sans folklore, dans ce que raconte de la ville, sa littérature et  son théâtre. Elle a trouvé en Michel Iodice un artiste scénographe qui va dans le sens de cette Naples véritable, populaire et poétique : son décor où entre de la magie, est comme un grand jouet, comme un ex-voto à la vie, une allusion à l’art naïf des croyances populaires. Pour croire aux saints, peut-être on n’a-t-on pas besoin de croire en Dieu.
Les comédiens sont justes et touchants (Chad Chenouga, le père, Andrea de Luca, le menuisier et le pêcheur) mais les deux plus jeunes (Léa Girardet et Jérémie Lipman) sont un peu trop bondissants pour la petite scène de l’Atalante. Une mention particulière pour François Lalande (Don Rafaniello) : avec la pudeur extrême qu’Erri de Luca donne au personnage, dans ses silences, dans la douleur des ailes qui se déploient – de pauvres ailes de théâtre-, il atteint la poésie du tragique.
Montedidio
fait beau récit à trois: l’auteur, la metteuse en scène qui apporte son Naples, un scénographe  dont on peut voir quelques œuvres en photo dans le hall du théâtre. Après cela, lisez Erri de Luca, et il vous appartiendra, à vous aussi.

Christine Friedel

Théâtre de l’Atalante jusqu’au 9 mars. T: 01-46-06-11-90

 


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