Le Passage


Nouvelles zébrures: Le Passage de Fadwa Suleiman, lecture dirigée par Catherine Boskowitz.

Chaque printemps, la Maison des auteurs des Francophonies en Limousin présente en lecture à Paris et dans le Limousin des pièces d’auteurs francophones venus des quatre coins du monde.
Une femme seule en scène répond aux questions d’une voix ou des voix qui l’habitent. Faut-il ou non prendre les armes contre le dictateur ? « Un fusil, un pistolet ne fait pas reculer un blindé « . Mais  » il vaut mieux mourir assassiné qu’assassin »…Tant ont été assassinés qu’ils ont dû prendre les armes. « La Syrie veut la liberté : « Dégage Bachar »
Faut-il partir pour sauver sa peau ou rester et mourir. Que faire en exil pour continuer la lutte ? La femme dialogue avec ses amis restés là-bas,les exhorte au pacifisme, invective l’ ennemi, interroge le ciel ; elle lance aussi un appel à la beauté à la vie,à l’amour. Au-delà de la situation syrienne,  sa voix est une hymne à la liberté contre l´universelle barbarie.
Une parole puissante se dégage de ce poème dramatique, porté pas son auteure avec la ferveur de la combattante qu’elle est. Réfugiée politique en France depuis avril 2012, la jeune comédienne écrit et intervient pour dénoncer le situation en Syrie. Ici, tantôt en arabe qu’elle fait harmonieusement sonner, tantôt dans un français fiévreux, elle nous fait partager son combat : déjà un pas contre l’impuissance.
La pièce devrait être mise en scène la saison prochaine par Catherine Boskowitz mais  on peut déjà la lire….

Mireille Davidovici

Le texte est publié aux Éditions Lansman


Archive pour mars, 2013

Roméo et Juliette

Roméo et Juliette de William Shakespeare, mise en scène de  Baptiste Belleudy.

C’est une belle découverte que cette Tour vagabonde, fantastique théâtre élisabéthain itinérant, qui a été conçu sur le modèle du Globe Théâtre de Londres, par Louis Yerly et et Jean-Luc Giller, voilà plus de quinze ans en Suisse. Abandonnée pendant plusieurs années, la Tour vagabonde reprit  vie en 2005,  grâce à une fondation et,  dès 2006, accueillit en Suisse, le Festival Montanuits, puis,  les années suivantes,  la compagnie Pip Simmons avec Le Songe d’une nuit d’été et la compagnie Arsenic avec un Macbeth, avant de s’installer maintenant, pour plusieurs mois sur les quais de la Seine, en face de l’île Saint-Louis.
Plus de dix mètres de hauteur, vingt de longueur, sur treize  de largeur, un plateau de six mètres sur  quatre,  avec des coursives s’élevant jusqu’au sommet, une capacité de 250 personnes sur trois niveaux.  Il faut seulement quatre  jours de montage pour monter ce magnifique théâtre !
Un beau pari gagné: la compagnie des Mille Chandelles fondée par Baptiste Belleudy a rassemblé une vingtaine de comédiens,  issus pour la plupart du cours de Jean-Laurent Cochet, pour monter ce Roméo et Juliette dans un  cadre élisabéthain. Elle avait monté son premier spectacle De cape et de Crocs, d’après une bande dessinée, et  a répété Roméo et Juliette, tout l’été à Fribourg.
Les comédiens se déploient avec une belle agilité sur ce minuscule plateau, escaladant les étages, chantant Berlioz, Mozart et Purcell , et font résonner le verbe de Shakespeare. C’est un vrai travail de troupe avec des personnages qui s’imposent comme le massif Frère Laurent (Axel Blind), l’attentive nourrice (Sylvy Ferrus), un Mercutio ironique et déterminé (Paul Gorostidi) et un Capulet impérieux, sûr de son autorité sur sa fille (Bernard Métraux qui fut longtemps le partenaire de Pierre Trapet).
Chaque  comédien interprète  d’autres personnages au fil de l’action. Et, malgré une durée de plus de deux heuresavec un court entracte, il n’ y a pas de longueurs. Certaines faiblesses pourtant dans l’interprétation, celle de Tybalt (Sylvain Mossot) un peu linéaire dans son agressivité, de Lady Montaigu (Françoise Muxel) trop sèche, et  celle de Roméo,  un peu désordonnée (Baptiste Belleudy) le metteur en scène. Son pantalon de sport  à capuche contraste étrangement avec les costumes chamarrés des autre personnages ! Peut-être une volonté de donner une résonance contemporaine à son Roméo?
En tous cas, un spectacle à découvrir dans ce lieu magique !

Edith Rappoport

 La Tour vagabonde, Cité Internationale des Arts à Paris, tous les jours jusqu’au 26 juin T:  07-78-52-52-27

http://www.lesmillechandelles.com

http://www.dailymotion.com/video/xyk4j3

Le Pays des aveugles

Le Pays des aveugles, d’après la nouvelle de H.G. Wells, adaptation, jeu et mise en scène de Nino D’Introna

 

Le Pays des aveugles aveugles-3C’est un récit métaphorique porté par un seul acteur, qui interprète tous les rôles et qui s’inscrit dans un faisceau d’écritures, de musique et lumières :
Un montagnard de la Cordillère des Andes, Nunez, parti pour une ascension avec d’autres, fait une chute vertigineuse et, dans un nuage de neige, se retrouve seul, au milieu d’une nature inhospitalière.
De ravins en crevasses, et de gorges en précipices, il arrive dans une vallée où tout lui semble singulier, et comprend qu’il s’agit du Pays des Aveugles, fermé sur lui-même, depuis quinze générations.
Sa rencontre avec les habitants se passe mal, lui, voyant, croyant à sa supériorité sur « ceux qui ne savent pas ce qu’est  la possibilité de voir », et jouant le rapport de force.
Pris au piège de son arrogance, il s’exclut lui-même et décide de partir, tout en répétant le proverbe : « Au pays des aveugles, le borgne est roi ».
Quand il comprend que ce pays, retiré du monde, ne le rendra pas à sa liberté, il se voit contraint de négocier sa capitulation.
Mis à l’épreuve et initié, il fait amende honorable, réussit à se faire accepter comme citoyen du Pays des Aveugles sous le nom de Bogota. Tombé amoureux de Médina-Saroté, fille de Yacob, il la demande en mariage, ce qui crée de nouvelles scissions dans le Pays où l’on dit que « son cerveau est atteint » et qu’il est sujet à des hallucinations.
Alors, dans une  ultime vérification, la jeune fille le convainc de se « normaliser« , en acceptant que le guérisseur lui ôte la vue: « Oh ! C’est vous qui voulez que je renonce au don de la vue ! Mais mon univers, c’est la vue » !
Il finit par donner son consentement, à en perdre le sommeil, et le jour dit, prit la décision de partir droit devant lui, « pensa au monde vaste et libre dont il était séparé, commença l’ascension de la montagne, puis, quand les lueurs du couchant s’éteignirent, s’allongea et reposa sous les étoiles froides et claires ».
Seul en scène, pour porter cette légende relevant du fantastique, avec son bâton pour arme et compagnon, l’acteur (Nino D’Introna),joue tous les personnages, dans une dynamique et une intensité qui ouvrent sur l’étrange et la poésie. Le  texte  frappe clair et profond, et son jeu, particulièrement physique et habité, est d’une grande précision. Il interprète d’une voix douce dans un micro HF, et avec de l’écho, les aveugles, et, d’une voix plus nette, le narrateur.
Concepteur d’un projet qui l’habite depuis longtemps, et dont il avait donné une première version, il y a vingt ans, Nino D’Introna, directeur du Théâtre Nouvelle Génération/CDN de Lyon, l’inscrit aujourd’hui en dialogue avec deux musiciens, Valentina Mitola et Paolo Cipriano, du groupe Supershock. Placés dans un cercle de lumière à l’avant-scène, de part et d’autre du plateau, ils jouent de la basse et de la guitare, mêlent le vocal et la flûte, avec sensibilité, et lui répondent en écho. Parfois, une note se suspend, parfois ça swingue et dans la salle remplie de jeunes, tous swinguent aussi, avec un plaisir certain .
Les lumières d’Andrea Abbatangelo sont un autre élément d’écriture qui donne une dimension extrême aux deux autres. L’homme, effacé du monde extérieur, est pris en charge  par des projecteurs latéraux, qui permettent à l’acteur de sculpter la lumière et de se fondre dans le noir, ou par des rampes dessinant un rideau à la lumière intense, rendant la nature vivante et les espaces illimités, en même temps qu’intimes. Au loin, de la brume,  quelques fumées et parfois, des éclairs.
L’acteur bat le tambour, éclairé comme un soleil, au centre du plateau, sobrement habillé par Elisa Dessi et Nadège Joannes. La lune, au son de la flûte, se transforme en soleil. Grâce à la réverbération et aux échos, on ne sait plus si c’est l’acteur qui, sur son chemin de Damas, hallucine ou est halluciné, ou bien si c’est le spectateur. « Voir, apprendre », sont ses mots-clés et le spectacle démultiplie le chiffre quinze : quinze bougies sur le plateau, quinze étoiles dans le ciel, quinze générations d’aveugles au Pays du même nom. Au loin, Bogotà, la ville blanche des Andes, ses statues, ses fontaines, ses maisons, un mirage ?

Un conte initiatique d’une grande sensibilité et d’une grande  beauté, qui joue sur le «voir» et «ne pas voir», la lumière et le noir, la perte des repères et la liberté. Une poésie, un dépaysement, une intensité, à vivement recommander.

Brigitte Rémer

Théâtre Dunois, 7 rue Louise Weiss, 75013 – Jusqu’au 31 mars – T : 01-45-84-72-00 www.theatredunois.org et  au Théâtre de Vienne/ Scène Rhône-Alpes, les 9 et 10 avril (www.theatredevienne.com)

 

 

 

 

 

On ne sait comment

 On ne sait comment on-ne-sait-comment-denise-oliver-fierro

On ne sait comment de Luigi Pirandello, traduction de Michel Arnaud, mise en scène de Marie-José Malis.

 C’est l’avant-dernière pièce (créée en 35, un an avant Les Géants de la Montagne) du célèbre auteur sicilien  (né en I867 et mort en 1936 du choléra qui avait déjà atteint sa famille, à sa naissance). Comme plus de la moitié de son théâtre, (entre autres: La Volupté de l’honneur- première pièce de lui à avoir été montée en France par Charles Dullin- Chacun sa vérité, L’Etau, Cédrats de Sicile , Les Géants de la montagne…) elle est tirée d’un de se romans ou nouvelles. Il faut rappeler qu’en fait,  Pirandello a été longtemps plus connu à ce titre et n’a abordé le théâtre par ce biais qu’ à 54 ans  seulement. Alors que  le premier recueil de ses nouvelles avait  été publié en… 1894.
On ne sait comment, est un pièce qui est assez peu jouée; elle avait été créée en France par le grand Alain Cuny-qui jouait Romeo , mise en scène en 62 par Jean Tasso au Vieux-Colombier. Elle reprend un des schémas bien connus du théâtre de boulevard.
Deux jeunes couples d’amis,  Gievra et Giorgio:  Bice loge  chez eux,  en l’absence de Roméo, officier de marine. Mais ce qui devait sans doute arriver, arriva: peu avant le congé de Romeo revenu  à terre pour quinze jours seulement avant de repartir en mer, Gievra a fait l’amour avec Romeo,  le meilleur ami de Giorgio:  ils n’ont résisté ni l’un ni l’autre à une attirance aussi  violente que ponctuelle!  Pourquoi, à un moment donné,  un homme et une femme décident-ils soudain  de faire l’amour ensemble sans qu’il puissent résister à une  force quasi-magnétique qui les attire l’un vers l’autre?  On ne sait comment, comme le dit joliment le titre, ni pourquoi…  Peut-être, ce jour-là, l’herbe était-elle plus verte dans le pré d’à-côté. Coup de foudre réciproque et sans lendemain: c’est un crime innocent, plaide Romeo. Et cela n’empêche surtout pas Ginevra de déclarer urbi et orbi qu’elle est toujours aussi amoureuse de son mari. Soixante-dix ans après, les mœurs ont beaucoup évolué dira-t-on, mais ce genre de  vieux tabous a-t-il disparu? Pas si sûr!

 Il y a aussi dans l’histoire un troisième homme, un autre ami du couple, Respi,  qui a,  un temps,   une ceraine attirance pour Bice qui n’aurait pas été insensible mais sans que cela aille plus loin. Bien entendu, Giorgio et  Bice ignorent la liaison très passagère entre leurs conjoints. Bice ne va pas tarder à l’apprendre;  Giorgio, lui, aura des soupçons et,  devant l’aveu final de Roméo,  le tuera d’un coup de revolver. C’est une fin un peu téléphonée mais bon… La pièce aura commencé par l’annonce d’un meurtre et finira par un véritable meurtre.
Mais on n’est pas dans Le Prix Martin de Labiche, magistralement monté par  Peter Stein à l’Odéon( voir Le Théâtre du Blog) fondé sur un scénario proche,  et ici,  cela va être l’occasion d’un grand déballage qui finira mal. En effet, les choses vont se compliquer: Romeo avoue aussi qu’il a tué-trente ans auparavant et  il y a donc prescription- au cours d’une bagarre entre gosses, un tout jeune paysan, sans que l’on ait  jamais pu retrouver le coupable. Cela  commence à faire beaucoup pour le même homme et il va se livrer à une sorte de méditation sur le mensonge obligatoire, la culpabilité de celui qui n’était encore qu’un enfant, la responsabilité exacte d’un crime, mais aussi-ce qui est tout à fait novateur à l’époque- la liberté sexuelle indépendante de l’amour conjugal.  Il est aussi aussi question de la culpabilité, de l’identité d’un homme qui va se dégrader… et  de la jalousie et, surtout  de la folie auxquelles Pirandello sera confronté toute sa vie quand sa femme sera atteinte d’une sévère paranoïa, et devra être hospitalisée en 1919…
Romeo se sent devenir fou: il a tué, fait l’amour avec la femme de son meilleur ami qu’il a donc trahi, et  soupçonne aussi sa femme de lui avoir menti. A la fois,  lucide et embarqué dans sa folie…   » Ce sont, dit-il à sa femme,  des crimes à expier, c’est ainsi que je suis en train d’expier en devant fou ».   » J’ai besoin de croire que cela peut arriver à tout le monde. Vérité, mensonge,  remords,nécessité de justice/ aucun des cinq personnages n’est épargné,jusqu’au sentiment de culpabilité de Bice qui qui avoue: « Je me suis  mal conduite avec Crespi. J’ai pris plaisir à la cour qu’il me faisait ».  

 La pièce est ainsi une sorte de mise à l’épreuve des personnages, qui ont chacun leur  part de fragilité mais aussi de violence interne, souvent insoupçonnable,  jusqu’au facteur déclenchant,  dans ce lieu clos que constitue la scène d’un petit théâtre. « La représentation cette fois sera cette médiation sur comment, mine de rien, en feignant de mimer le réel, et en feignant  de mimer ses propres conventions bourgeoises, le théâtre ne vit et ne construit un public que de sa passion pour la vérité. Qu’il est cette folie du vrai, à tous égards »,  dit Marie-José Malis qui  assume le choix de ce long texte  souvent  passionnant  et  à l’écriture ciselée qui nous entraîne  » vers le plus noir de l’âme humaine ».
Mais  c’est un texte qui exige une attention soutenue chez le spectateur:la pièce est en effet un seul dialogue décliné à quatre ou à trois,  mais plus souvent, à deux personnages, dont Romeo, avec sa paranoïa galopante, est le pivot central. Romeo, obsédé par ces deux histoires qui le dépassent, sent  profondément que son identité personnelle a été  attaquée par ce  qu’il a fait subir à d’autres,  en dehors de sa volonté. Et cette culpabilité qui le ronge est d’autant plus forte qu’il a besoin mais ne peut  dire la vérité, et  Romeo  va vite sombrer dans le délire et la folie.
La mise en scène de Marie-José Malis, souvent assez statique, ne nous épargne pas quelques-uns des poncifs du théâtre contemporain: une petite  vidéo, en hors-d’œuvre : inutile, floue en face et nette sur un côté (comme pour dire le grande ambiguité du  facisme auquel Pirandello adhéra un temps!), une toile peinte pendue en désordre, un  plateau nu sans aucun  artifice théâtral, scène/fausse scène avec lumières pleins feux et/ou fluorescentes blanches,  avec des acteurs jouant parfois dans la salle et en sortant, salle qui reste souvent éclairée, scénographie avec un praticable avançant sur l’espace de la salle qui reste aussi souvent éclairée, chaises en bois couvertes de velours rouge éteint, et table au plateau de Formica 1950, et, quelques fauteuils  de théâtre sur la scène,  pour signifier sans doute le théâtre dans le théâtre, avec ses conventions,  et ses bourgeois de personnages. Il y a un grand rideau de velours rouge vif, comme dans les salles de spectacle autrefois mais…  qui ne s’ouvre sur rien, comme une métaphore de la vie, quand  ce sont des acteurs qui s’empare de la pièce de Pirandello. Désolé,  mais nous avons déjà beaucoup donné à ces coquetteries  scéniques pour y  être encore sensible!
Tout cela sans doute est un peu compliqué et a peu à voir avec la pièce  que la metteuse en scène a tiré  vers une certaine réflexion philosophique. Cela dit,  Marie-José Malis a adopté un parti pris radical et rigoureux et  elle met bien valeur la beauté du texte, que l’on entend dans les plus petites nuances, malgré une  distribution trop inégale, et quitte à faire durer la pièce trois heures sans entracte, ce qui est quand même bien long. Pourtant le public, y compris une bande de lycéens venu là en service commandé, reste attentif et fasciné par ce personnage de Romeo qui ne quitte presque pas le plateau. Sauf, dans la dernière demi-heure, où la pièce, au début un peu confuse,  possède quelques fausses fins redoutables.
 Marie-José Malis, se révèle être ici une très bonne  directrice d’acteurs. Olivier Horeau-à droite sur la photo- en une quinzaine d’années, a acquis une belle solidité d’interprétation.Il possède ici une présence exceptionnelle dans le rôle écrasant de Romeo. Joyeux angoissé, pervers, violent, inquiétant,Il sait passer, avec une diction et un gestuelle impeccable,  d’un registre à l’autre  et maîtriser toute une gamme de sentiments. Mais ses camarades- sauf Victor Ponomarev en officier de marine-sont, eux, moins crédibles. Dommage...
Alors à voir? Oui, pour la grande qualité de ce texte peu connu de Pirandello. Mais le spectacle dure trois heures sans entracte! -donc à vous de voir-et pour l’interprétation exceptionnelle d’Olivier Horeau.  Il  y a maintenant prescription, et on va le lui dire: l’immense Tadeusz Kantor, à qui nous avions  demandé de faire partie du jury chargé qui allait recruter la première promotion de l’Ecole de Chaillot, n’avait pu rester jusqu’à la fin des épreuves, mais avait retenu quelques  candidats à choisir absolument: celui d’ Olivier Horeau figurait sur sa liste  en premier! Ce qui fut  évidemment fait… Belle intuition!  

Philippe du Vignal

Maison de la Poésie jusqu’au 31 mars. T: 01-44-54-53-00

Wayang Kulit

Wayang Kulit, Théâtre d’ombres de Solo, île de Java (Indonésie).

 

Wayang Kulit walang-6073C’est une belle expérience que cette  nuit entière avec le Wayang Kulit, le théâtre d’ombres emblématique de  Java. Un magnifique cadre en bois est installé autour d’un écran blanc, et on aperçoit les métallophones de l’orchestre de gamelan qui va venir s’installer. Au-dessus de l’écran, figure le titre de la première partie du spectacle La chute du royaume des Kurayata. De splendides instruments à percussion, métallophones, xylophones, gongs couchés, grands gongs suspendus, vielle, flûtes…Une chanteuse et un choeur d’hommes accompagnent l’épopée.
Une jeune femme vient  nous expliquer que nous pouvons venir nous asseoir sur les bancs installés sur scène à la cour et au jardin,  pour observer les musiciens. Le dalang, Purbo Asmoro, manipule des centaines de figurines plates en cuir finement ciselé, projette leurs silhouettes en ombres et raconte les épopées hindoues du Ramayana ou du Mahabharata.
Ce Wayang Kulit est  sous-titrée en anglais  sur deux écrans, de chaque côté  du cadre de scène, mais ces sous-titres sont malheureusement illisibles, trop éloignés de nous, dans cette grande salle du Théâtre du Soleil. On distingue tout de même,  au début,  un vieil oncle adjurant ses neveux de ne pas se fourvoyer dans une guerre sanglante. Heureusement, quand on va sur le  côté cour du plateau, on peut observer la fabuleuse dextérité du dalang qui manipule les figures multicolores, et qui déclame les partitions des personnages. On voit aussi très bien les musiciens de l’étonnant orchestre de gamelan. Le spectacle est sans doute beaucoup plus passionnant à voir que face à l’écran, où l’on ne distingue que des ombres en noir et blanc, mais nous devons céder notre place à d’autres spectateurs….

Edith Rappoport

Théâtre du Soleil.
D’autres spectacles de musiques du monde sont programmés jusqu’au 29 juin: http://www.festivaldelimaginaire.com

Cucinema

Cucinema par le Circo Ripopolo et la Laïka.


Cucinema mélange cirque, humour, cinéma et cuisine. Deux compagnies belges, Circo Ripopolo et Laïka,  se sont associées pour créer ensemble ce spectacle unique où le public, installé sur des gradins, dîne à des tables en demi-lune, astucieusement fixées sur une structure en escalier, ce qui préserve une bonne vision à tout le monde.
Le spectacle commence par un film muet, accompagné au piano par un grand benêt maladroit. Cela se passe dans la cuisine d’un petit restaurant qui ne paie pas de mine, dont Roger, le chef, a jeté assez  l’éponge, abandonnant serveur et serveuse à leur triste sort,  juste avant le service! Le film reprend tous les codes du muet, et la caméra se fixe longuement sur l’ expression des visages.
Puis, un tube fluo  s’éclaire derrière le rideau et une superbe image apparaît : on découvre exactement la même scène que sur l’écran, mais bien réelle. L’écran remonte ensuite  et les personnages vont préparer, tant bien que mal, un repas correct en essayant d’éviter les embûches, à cause des fuites d’eau, coupures de courant, fils électriques trop courts,  etc…
Le plus étonnant: on retrouve sur notre table les plats cuisinés par les comédiens (enfin presque !). On nous sert,  par exemple, un excellent velouté de courgettes, alors  que le serveur a essayé de débiter les légumes avec les pales du ventilateur ! On déguste ensuite une tourte au poulet, après avoir vu ce même poulet danser la valse et finir sous la toque du cuisinier de remplacement.
C’est une sorte de performance bien rodée et organisée, au rythme très maîtrisé. A moment de dîner, l’action sur le plateau se fait plus lente et nous occupe donc un peu moins, même s’il y a toujours quelque chose à voir: il n’y a aucun temps mort pendant  quatre vingt dix minutes,  temps de service compris. De plus, on se régale et on mange chaud, prouesse que certains restaurants n’arrivent même pas à offrir !
Sous des aspects potaches, ce Cucinema est un spectacle aussi millimétré que généreux, où les comédiens mettent la main à la pâte, au sens propre,  puisqu’ils se retrouvent chacun dès 14h pour préparer le repas et,  qu’après la représentation, ils ont encore une longue heure de rangement et de  de vaisselle…
C’est très agréable de retrouver son rire d’enfant et de se régaler devant un spectacle bien plus construit qu’il n’en a l’air.

Julien Barsan

Spectacle vu à La Ferme du Buisson; et jusqu’au 30 mars à Roulers, près de Courtrai.

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La saison danse 2013 /2014 à l’Opéra de Paris

La saison danse 2013 /2014 à l’Opéra de Paris

La saison danse 2013 /2014  à l’Opéra de Paris 1263_xx_14_cvBrigitte Lefèvre a présenté au public des abonnés la programmation de sa dernière saison. Un film de Benoît Jacquot, en forme de voyage dans la saison Opéra et Danse, a inauguré cette présentation ; le cinéaste mettra en scène Werther de Massenet en janvier 14.
Fidèle à sa tradition, l’Opéra de Paris alterne des chorégraphies classiques et contemporaines. Une fois de plus, on reverra, à Bastille La Belle au bois dormant, chorégraphie de Rudolf Noureev pendant les fêtes de fin d’année, et, à Garnier, le presque classique Le Parc, chorégraphie d’Angelin Preljocaj.
Le spectateur attentif pourra donc revoir ce fameux baiser tournoyant sur une musique de Mozart, interprété récemment par Benjamin Millepied pour une publicité d’Air France. Deux reprises vont nous replonger dans l’univers romantique : La Dame aux Camélias de John Neumeier, et Onéguine de John Cranko. Une autre reprise d’une chorégraphie qui appartient maintenant à l’histoire de la danse, à ne pas manquer: Orphée et Eurydice de Pina Bausch, sur la musique de Gluck.
Le néoclassique Alexei Ratmansky s’exprimera deux fois cette saison, avec la troupe invitée du Bolchoï et les danseurs de l’Opéra avec Psyché, musique de César Franck. Une chorégraphie de Jerome Robbins viendra en complément de ce programme. Il y aura la reprise du Palais de Cristal, musique de Bizet pour lequel Christian Lacroix créera de nouveaux costumes. Cette œuvre avait été créée à l’Opéra , en 1947, par George Balanchine, l’autre grand chorégraphe du New York city ballet,.
. En complément de ce programme, Benjamin Millepied créera une nouvelle chorégraphie pour Daphnis et Chloé de Ravel, avec un décor de Daniel Buren. (A aucun moment, Brigitte Lefèvre, n’a cité Millepied comme son successeur à la direction de la danse de l’Opéra de Paris!) Un autre classique de la danse, créé à l’Opéra en 65, fera découvrir au jeune public la chorégraphie de Roland Petit pour Notre Dame de Paris, musique de Maurice Jarre, et costumes d’Yves Saint-Laurent.
Il y a aura aussi une soirée spéciale pour le départ de Nicolas Le Rich. Enfin, le spectateur friand de nouveautés est invité à voir une Mademoiselle Julie , chorégraphiée par Birgitt Cullberg, et Fall River Legend dans une chorégraphie d’Agnès de Mille.
Enfin, seront programmés des ballets de Jiri Kylian, de Trisha Brown disparue récemment, et de Saburo Teshigawara : autant de preuves d’une ouverture à l’écriture chorégraphique contemporaine. Bref, une saison riche qui permettra peut-être à l’Opéra d’avoir une fréquentation à 98%,pour les spectacles de danse!

Jean Couturier

www.operadeparis.fr

Game.

 

Game , conception et mise en scène de Shûji Onodera.


Game. mcjapon-photoUne fois de plus, la Maison de la Culture du Japon à Paris surprend par la qualité de sa programmation théâtrale. Elle a accueilli les cinq membres de la Company Derashinera , dont Shûji Onodera, pour un spectacle à la frontière du mime et de la danse.
Le metteur en scène a été élève de l’Institut japonais du mime mais son travail est aussi remarquable pour la partie dansée. L’occupation de l’espace, l’harmonie et la fluidité des mouvements étonnent le public, qui découvre ici un bel engagement physique. Même si le mime, mode d’expression historique de l’acteur,  tombé en désuétude, est  peu visible en France
Ici, les parties mimées, plus classiques sont, comme la partie de jeux de cartes ou le voyage en train, trop répétitives et allongent inutilement ce spectacle d’une heure trente.
La fable mélange deux destinées : celle d’un petit homme banal qui voyage entre rêves et réalités, et celle d’une jeune fille, princesse des temps modernes qui croisent, sur leurs parcours, une incroyable reine qui vit dans un miroir et qui a une obsession : faire croquer une pomme rouge à la jeune fille pour la plonger dans un sommeil éternel.
Ce spectacle inclassable participe d’un théâtre d’objets qui lui donne ainsi une note poétique. Les artistes réussissent ainsi à nous emporter dans des  histoires sans paroles à la lisière du songe ; danse et  mime sont ici à la fois d’une extrême précision et d’une grande douceur.
On repense au Debureau de Sacha Guitry, quand, au quatrième acte, un célèbre mime vieillissant donne quelques conseils à son fils qui va lui succéder . « Quant à la pantomime, il faut, soyons sincère…Il faut très peu de chose en somme pour lui plaire ! Il faut, tu vas voir, c’est un rien, Il faut que, sans effort, il te comprenne bien ! Fais-toi comprendre et ça suffit ! …Quand tu veux exprimer qu’une femme est jolie, pense qu’elle est jolie et fais n’importe quoi ! Quand tu veux exprimer l’amour ou la folie, la danse, la chanson, le plaisir ou l’effroi…Pense tout simplement, tu me comprends bien : pense ! Pense à l’effroi, pense au plaisir, à la chanson, pense à l’amour, à la folie, ou à la danse Et gesticule à ta façon ! Surtout ne copie pas les gestes que je fais ! … N’oublie pas que les professeurs sont tous mauvais. Et quand on est doué, qu’ils sont des criminels, Car ils n’enseigneront jamais, hélas que leurs défauts ! Tous les gestes sont bons quand ils sont naturels… »

Jean Couturier

Le spectacle a été joué les 21, 22, et 23 mars à la Maison de la Culture du Japon à Paris.

www.mcjp.fr

Ore (Radical Calderón – 2)

Ore  (Radical Calderón - 2) ore_168.nabil-boutros-bis1

©Nabil Boutros

Ore, (Radical Calderón – 2) de Gabriel Calderón, traduction de Maryse Aubert, mise en scène d’Adel Hakim.

Le sous-titre de la pièce, Peut-être la vie est-elle ridicule? écrite par Gabriel Calderónà la suite d’une résidence au Royal Court Theater de Londres, donne le ton et constitue le second opus de la série des Pièces fantastiques de sa Trilogie Uruguayenne

La pièce est en trois actes : tragédie, comédie et tragi-comédie -ce qui annonce différents styles- qui sont précédés d’un prologue mettant  en scène une équipe de reportage, fil conducteur du spectacle : une envoyée spéciale (Ana Karina Lombardi), un cameraman (Etienne Coquereau) et une perchiste (Bénédicte Choisnet), au look de Méphisto(s), de rouge et noir vêtus (costumes de Dominique Rocher) couvrent, en direct pour le journal télévisé, un événement difficile à caractériser et dont on attend les développements.
Sous la pression de la présentatrice (Véronique Ataly), l’équipe traque le scoop: une « importante activité militaire » a en effet été repérée dans la ville d’Ore où  « militaire » est un mot qui glace. L’auteur fait ici référence aux années les plus noires du pays, celles de la dictature et de la torture (1973/85).

La tragédie, qui se noue au départ dans une famille et au plan personnel, rejoint vite la mémoire collective de l’Uruguay, comme celle d’autres pays.

 Cela débute avec une altercation entre Bernard (Philippe Cherdel) et son fils, Arnaud (Matthieu Dessertine), lorsque ce dernier annonce, de manière quasi-romantique, vouloir embrasser la carrière militaire. Le coup est rude. Sa sœur, Anna, a en effet été enlevée et séquestrée par des soldats , et probablement tuée,  et  leur mère a quitté le foyer : pour le père, la nouvelle est insupportable, il revoit la scène de l’enlèvement et construit sa haine, depuis des années.

Arrive Pierre, soldat de paille et de cruauté, sorte de marionnette pleine de mépris (Anthony Audoux) : « C’est idiot, dit-il, de penser qu’un homme, qui assassine des gens comme d’autres signent des chèques,  puisse avoir une morale comme le reste des mortels ». Puis,  Jean (Eddie Chignara), son père, général militaire, pseudo- poète à ses heures, qui décrit la barbarie avec délectation, et qui est accusé d’avoir enlevé Anna, et Bettina (Louise Lemoine- Torrès), la mère,  de retour, face à la révolte cinglante de son fils qui, tel l’ange Gabriel,  annonce : « Le drame aura lieu ici ».
Ensemble et chacun pour soi, les personnages s’acheminent vers un psychodrame, d’accusations en menaces et de délation en révélations, autour du mystère d’Anna. Bernard, l’archétype du bon père de famille, fut aussi tortionnaire, et Jean se charge de le lui dire, devant les siens -ils ont été soldats ensemble- «Tu te rappelles qu’on les descendait dans le dos, ou pendant qu’ils dormaient» ? Dehors, une autre guerre est annoncée: « Les gens sont tous dans la rue, ils courent vers l’avenue principale ».
Au second acte, la comédie commence avec l’envahissement de la ville par des extra-terrestres. Tout se dérègle et le chaos s’installe. Sur grand écran, des images (Nabil Boutros et Matthieu Mullot) montrent la ville zébrée d’éclairs et attaquée par une sorte de vaisseau fantôme, comme en caméra subjective. .
La tension est au maximum:  tables et chaises sont érigées en barricades et la panique s’empare de tous. Soudain, une lumière blanche éclabousse le plateau et dépose un alien (scénographie et lumières d’Yves Collet). Celui-ci ôte son masque et, comble du rêve éveillé, apparaît Anna, la jeune fille disparue et sœur d’Arnaud (Lara Suyeux). C’est de la pure science-fiction.
De coups de théâtre en retournements de situation, la confusion est extrême et les personnages se mettent à habiter le corps et l’identité d’un autre : ainsi, Anna est dans le corps de Bettina, Bettina dans celui de Bernard, ce dernier dans le corps de Jean, Pierre dans celui d’Anna etc… et Françoise Hardy chante à tue-tête. Tout est déréglé et devient  fou: nous sommes en pleine apocalypse.
Chacun a défini sa nouvelle identité et commence alors, au troisième acte, la tragi-comédie . Tous ont changé de peau, sauf Arnaud,  et vivent dans le corps d’un autre. Les vêtements s’échangent, les genres et les sexes se mélangent. Les images de paysages paisibles aux mouvements imperceptibles, projetées sur d’étroits écrans translucides, se décalent et contrastent avec l’action. Un oiseau traverse l’écran. Passé le choc de la rencontre avec l’alien, qui pose la question de l’autre et du sens de la vie, le système répressif se remet en marche, avec la complicité de tous.
Les différents niveaux de langage sur lesquels jouent les acteurs leur demandent une grande énergie pour passer d’un registre à l’autre : philosophique, distancié,  dérisoire, du trivial, violent, contrasté; et ils le font avec un plaisir évident. Adel Hakim, qui reconnait à l’auteur « le génie du dialogue et des ruptures entre tragédie et force comique », pénètre dans ce monde de l’étrangeté et de l’irrationnel et dirige les comédiens du tragique au loufoque.

Il invente un  vocabulaire scénique, entre images, BD, tragique et bouffonnerie, et sert avec intensité les thèmes que sont la famille (pour Calderón, « la cellule d’organisation politique la plus petite ») et les non-dits, les conflits intergénérationnels, la violence et la torture, la science-fiction et l’altérité. Et le spectateur doit se mettre au travail, pour construire le puzzle à sa manière.
Intriguant, déroutant et percutant à la fois!

Brigitte Rémer

Théâtre des Quartiers d’Ivry-Studio Casanova, jusqu’au 14 avril : Ore et Ouz, spectacles en français, en alternance ou en dyptique - Tél. : 01 43 90 11 11 et www.theatre-quartiers-ivry.com – (Ex sera présenté du 17 au 21 avril, en espagnol, surtitré).

Ouz suivi de Ore et de Ex : publication chez Actes-Sud Papiers (www.actes-sud.fr)

Gabriel Calderón : Frictions Hors-série n° 5 (www.revue-frictions.net)

Tout va bien en Amérique

Tout va bien en Amérique, mise en scène de David Lescot, direction musicale de Benoît Delbecq.

 

Cet oratorio,  slammé et  chanté, est interprété par Steve Argüelles à la batterie, D’ de Kabal  pour le texte et le  chant, Benoît Delbecq au piano et  claviers,  Ursuline Kairson pour le  chant gospel et texte, Mike Ladd, rap et  claviers, Frano Mannara, à la guitare, et pour le chant et le texte, et Eric Vernhes  pour le film  électronique.
C’est l’évocation de la conquête de l’Amérique depuis l’écrasement de Sitting Bull que Catherine Weldon,  une femme blanche avait tenté de protéger en allant vivre dans sa tribu.
Le spectacle parle aussi de l’installation précaire des Blancs dans les villages indiens où l’on construit des  bordels pour les pionniers, de  la construction des chemins de fer, des trains interdits aux gens de couleur, du racisme, des mines à ciel ouvert,  du Ku Klux Klan, de l’opium, et des poubelles sur lesquelles il est dur de régner,…

Interprété avec une belle vigueur par une troupe de musiciens, acteurs, chanteurs de haut niveau, Tout va bien en Amérique nous plonge dans les débuts de la conquête  jusqu’au milieu du XXe siècle, un passé pas si lointain… vu tant de fois dans les westerns de notre enfance mais  du côté des Blancs…
Ici, nos yeux sont dessillés !

Edith Rappoport

Théâtre des Bouffes du Nord, jusqu’au 6 avril. T:  01 46 07 34 50

http://www.bouffesdunord.com

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