Collaboration

Collaboration de Ronald Harwood,  texte français de Dominique Hollier, mise en scène de Georges Werler.

 Collaboration  dsc_5845-300x200 C’est une reprise de cette pièce qui avait fait quelque bruit en 2011 mais dont les représentations avaient dû s’arrêter à cause d’un accident -Didier Sandre s’était fait renverser par une voiture!
Auteur passionné par la période de la deuxième guerre mondiale, Ronald Harwood avait déjà fait parler de lui  en 99  avec  À torts et à raisons (Taking Sides) , une pièce sur le célèbre chef d’orchestre allemand Wilhelm Furtwängler pendant la période nazie en Allemagne.  Il est aussi l’auteur du  scénario du film Le Pianiste de Roman Polanski. Ici, avec Collaboration, il met en scène Richard Strauss (1864-1949), compositeur important de lieders, poèmes symphoniques, etc..mais  surtout connu en France  pour des  opéras comme Elektra, Le Chevalier à la rose ou Ariane  à Naxos composés dans les années 1900, sur des livrets d’Hugo von Hofmannsthal, autre écrivain viennois mort en 29.
Strauss aura une position, comme bien d’autres,  quelque peu ambigüe face au régime hitlérien qui,  comme toutes les dictatures, avait  besoin de cautions artistiques.  Comme  li une belle-fille Alice qui est juive, il fera évidemment tout pour la protéger ainsi que ses petits-enfants… et ira jusqu’à se compromettre avec les nazis, en particulier avec Goebbels, antisémite notoire qui avait fomenté la trop fameuse nuit de cristal… Il  composera même  un Hymne Olympique pour les Jeux de Berlin de 36…
Mais  le compositeur ne veut en aucun cas renoncer à son indépendance et décide quand même de travailler  avec  Stefan Zweig(1881-1942), écrivain autrichien de confession juive, pour  La Femme silencieuse, opéra-bouffe inspiré de Ben Jonson  dont il lui a commandé le livret et  qui sera  créé en 35.
Le nom de Stefan Zweig  fut  enlevé de l’affiche  avant la première à Dresde; Strauss furieux, réussira quand même à le faire remettre mais le spectacle sera interdit deux jours après! Le compositeur se croit tout puissant et ne veut pas de mêler de politique. Mais  Goebbels le fera plier et  il sera obligé d’ abandonner  ses fonctions de président de la Reichsmusikkammer. Strauss y survivra mais, bientôt, incapable d’en supporter davantage, Zweig s’exilera au Brésil avec sa secrétaire qu’il épousera entre temps et, accablé par la malédiction qui pesait sur l’Europe, se suicidera avec elle…
Reste à savoir comment on peut traiter un tel thème qui peut ouvrir les portes aux pires  cliché … dans lesquelles Ronald Harwood s’engouffre allègrement et sans état d’âme. Cela commence avec des discussions plus que longuettes sur l’art, la musique et la politique; Tels qu’il les voit, Richard Strauss est  assez sûr de lui et de sa place de grand compositeur allemand, et Stefan Zweig, écrivain  autrichien fragile et  lucide, est de plus en plus inquiet quant à la tournure que prennent les événements.
De temps en temps pour aérer ce dialogue, Pauline, l’épouse de Strauss, soprano à la limite de la  Castafiore,  vient faire un petit tour sur scène.Et, bien entendu, il y a aussi la jeune assistante de Zweig qui provoque les remarques ironiques de Pauline, alors que l’écrivain vient de se séparer de son épouse. Heureusement, cette scène très  boulevard  ne dure pas! En fait, Harwood, qui n’a quand même pas dû s’épuiser à la tâche, peine à avoir un langage théâtral vraiment convaincant dans cette succession mal ficelée de tableaux qui se succèdent tant bien que mal,  et plutôt mal que bien! On n’échappera évidemment pas à la scène de Zweig et de sa femme exilés au Brésil, avant qu’il décident de s’empoisonner  …
Et côté mise en scène? Werler fait le boulot mais de façon, là aussi, un peu conventionnelle. Entre chaque tableau-on passe de l’appartement de Strauss avec grand piano à queue au bureau de Zweig en Autriche- sur un rideau noir, s’affiche l’année: 1934, 1935, etc… Ce qui n’est sûrement pas la meilleure idée du spectacle. Le décor d’ Agostino Pace est beau, trop beau, bien noir, comme s’il était besoin de surligner le tragique de la période, et il y a régulièrement des airs de Strauss. pour donner un petite respiration..
Il y a quand même deux  belles scènes quand l’envoyé de Goebbels, sanglé dans son impeccable uniforme nazi, vient mettre les choses au point. Eric Verdin, on l’avait vu excellent en  Nekrassov dans le rôle-titre de la pièce de Sartre, mais il est ici formidable et impressionnant de cynisme. Soudain, dans cette confrontation sans pitié, le théâtre apparaît et retrouve ses droits.
Et Werler a réussi à bien diriger  ces deux grands et solides comédiens que sont Michel Aumont et Didier Sandre qui ont une expérience  et un métier fabuleux. Ils ont, tous les deux, travaillé sur les textes classiques ou contemporains avec les meilleurs metteurs en scène. Ici, ils sont une fois de plus d’une justesse et d’une précision comme on  en voit rarement,  ils sont vrais, loin de toute prétention  et bouleversants,  dans une connivence immédiate et  imposent tout de suite leurs personnages. Et il en faut de la force. et de la présence…pour rendre crédible cette peinture laborieusement pédagogique de deux destins qui se croisent d’un pays à l’autre!
Même dans les scènes les plus conventionnelles, et malgré un dialogue qui n’est pas du bois dont on fait les flûtes, ils arrivent quand même à rester convaincants. Werler a laissé Christiane Cohendy en faire beaucoup dans le genre démonstratif mais, en grande comédienne qu’elle est, elle a compris le danger et sait s’arrêter juste à temps…
Au total, un théâtre un peu poussiéreux, un peu moralisateur, du genre; « ne vous trompez pas, braves gens, ce n’est pas si  facile d’éviter la collaboration dans des circonstances pareilles ». Et  la mise en scène trop sage, trop appliquée, ne parvient pas à vraiment sauver des dialogues  bavards et  décevants.
Alors à voir? Cela dépend de votre degré d’exigence mais certainement pas pour le texte que les ouvreuses  peinent à  vendre à la sortie, mais pour la performance exceptionnelle de Michel Aumont et Didier Sandre. L’auteur leur doit beaucoup parce que sans eux, on se demande ce qui se passerait!
Mais va-t-on au théâtre pour saluer une performance d’acteurs? C’est une autre question mais pourquoi pas?  Et les élèves de toutes les écoles de théâtre de Paris devraient s’y précipiter pour voir Michel Aumont et Didier Sandre: c’est une grande  et magnifique leçon de théâtre mais… les bonnes places sont à 54€ + 4 € de frais de réservation!


Philippe du Vignal

Théâtre de la Madeleine à  20h30 du mardi au samedi, à 17h00 le samedi et le dimanche.

 


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