Woyzeck

 

Woyzeck 34-woyzeck_4-1

Woyzeck, (je n’arrive pas à pleurer), d’après Georg Büchner, mise en scène de Jean-Pierre Baro.

Inspirée d’un fait réel, Woyzeck est une pièce fragmentaire et inachevée – l’auteur meurt du typhus en 1837, à vingt-quatre ans, sans avoir eu le temps de la mener à sa conclusion – Elle raconte l’histoire d’un jeune soldat, Franz Woyzeck, amoureux de Marie dont il a un enfant. Il tire le diable par la queue et fait divers travaux pour rapporter quelques sous de plus, (il rase son capitaine, ou se prête aux expériences d’un médecin fou) afin de satisfaire sa belle.
C’est un homme singulier, souvent moqué, dont la vie bascule quand un tambour-major, de passage dans la ville, remarque Marie et lui fait des avances. Les boucles d’oreilles qu’il lui offre et la danse provocante de la jeune femme le rendent fou, et Woyzeck la tue.
La dramaturgie du fragment ou du montage, qu’apporte Büchner ouvre la voie à de nouvelles formes théâtrales et permet aux metteurs en scène, de donner aujourd’hui leur vision. Jean-Pierre Baro, pour raconter sa propre histoire, s’empare de la pièce à sa manière; il signe l’adaptation et la mise en scène, et avec Magali Murbach,  la scénographie et les costumes.
Le père de Jean-Pierre Baro travailleur immigré sénégalais, est arrivé en France dans les années 60, sa mère qu’il interroge, livre des fragments de sa mémoire, justifiant le sous-titre : Je n’arrive pas à pleurer. Woyzeck est donc noir et  Jean-Pierre Baro rejoint Büchner sur la thématique de l’autre, de l’étranger et de la différence.
Tout est à vue  dans le bel espace de jeu du Monfort où on entre comme dans un piano-bar. Au fond, côté jardin sur le côté un portant à costumes, et l’on voit de dos un pianiste qui joue,  et une femme  ( la mère ) qui l’écoute.  Côté cour, un juke-box. Sur un écran, comme, en commentaire, un grand champ, une croix projetée, quelques images. Le sol de la scène luisant, réfléchit la lumière qui  ira jusqu’au bleu, blanc et rouge-signe discret de la France-Afrique-dispensés par des tubes fluo.

Andrès se lave dans une cuvette, quand entre Woyzeck, inquiétant : « ça cogne, derrière moi, au-dessous de moi… c’est creux, tu entends ». Alcool, folie, singularité ? Une femme, chargée de sacs, arrive et se raconte, c’est le lien au réel, l’histoire de vie. Elle fait référence aux peuls et au mariage mixte, à l’exil, – s’en aller et se perdre -, au couvre-feu.
Une jeune mère, moderne et provocatrice, Marie, pousse son enfant dans un landeau, et lui raconte. « Tu es belle comme le pêché », lui dit Franz qui passe en coup de vent. « Il n’a même pas regardé l’enfant »,  remarque-t-elle, et l’enfant pleure.

On entend des chants, des gospels, du jazz, diffusés par le juke-box, (création sonore de Loïc Le Roux). La voix du récit parle d’accueil dans la famille africaine, et du beau-père, mécanicien dans les avions. Les scénarios s’entrecroisent. Woyzeck dialogue avec son capitaine, qu’il lave : « - Woyzeck, tu as un enfant ? – Non reconnu – Et la vertu, Woyzeck ? – Nous, les gens ordinaires, c’est seulement la nature qui nous pousse, je suis un pauvre type. – Toujours l’air aux aguets » ! Le médecin-mais aussi  pianiste-dérègle le jeu et le capitaine sème le doute.
Arrive au pas de l’oie, le tambour-major,  pantalon rayé et gants blancs dans un bruit de bottes. Et Marie, dans sa belle robe orange danse avec lui. Bruits de fête, pluie de paillettes, mais plus elle danse, plus il s’enfonce. Dialecte africain et provocations en tout genre continuent à se mêler, jusqu’à ce qu’une ligne de fracture, violette, s’affiche sur écran. Un échange entre Marie de Magdala, et Marie, sœur de Marthe et Lazare, sur l’adultère et l’alcoolisme, référence biblique, est suivi du meurtre de Marie, sorte de sacrifice.
Les récits parallèles voyagent entre deux niveaux de langage, collectif et individuel : celui du soldat malmené par la société, et celui du père émigré qui se perd dans l’alcool, tous deux  comme étrangers au monde. Ce mélange entre le réel – l’histoire du metteur en scène – et la fiction, celle de Woyzeck, ralentit le rythme et brouille les parcours des personnages, – interprétés par Simon Bellouard, Cécile Coustillac, Adama Diop, Sabine Moindrot, Elios Noël, Philippe Noël et Tonin Palazzotto.
Le mélange des genres ici ne convainc pas vraiment et Jean-Pierre Baro, en dépit de son talent, nous laisse naviguer à vue.

Brigitte Rémer

Théâtre Sylvia Monfort, jusqu’au 6 avril, à 20h30. T : 01-56-08-33-88 – www.lemonfort.fr – Scène Nationale de Quimper-Théâtre de Cornouaille, le 16 avril, (www.theatre-cornouille.fr) Extime Compagnie.

Texte paru dans la traduction de Jean-Louis Besson et Jean Jourdheuil aux éditions Théâtrales.


Archive pour 9 avril, 2013

Woyzeck

 

Woyzeck 34-woyzeck_4-1

Woyzeck, (je n’arrive pas à pleurer), d’après Georg Büchner, mise en scène de Jean-Pierre Baro.

Inspirée d’un fait réel, Woyzeck est une pièce fragmentaire et inachevée – l’auteur meurt du typhus en 1837, à vingt-quatre ans, sans avoir eu le temps de la mener à sa conclusion – Elle raconte l’histoire d’un jeune soldat, Franz Woyzeck, amoureux de Marie dont il a un enfant. Il tire le diable par la queue et fait divers travaux pour rapporter quelques sous de plus, (il rase son capitaine, ou se prête aux expériences d’un médecin fou) afin de satisfaire sa belle.
C’est un homme singulier, souvent moqué, dont la vie bascule quand un tambour-major, de passage dans la ville, remarque Marie et lui fait des avances. Les boucles d’oreilles qu’il lui offre et la danse provocante de la jeune femme le rendent fou, et Woyzeck la tue.
La dramaturgie du fragment ou du montage, qu’apporte Büchner ouvre la voie à de nouvelles formes théâtrales et permet aux metteurs en scène, de donner aujourd’hui leur vision. Jean-Pierre Baro, pour raconter sa propre histoire, s’empare de la pièce à sa manière; il signe l’adaptation et la mise en scène, et avec Magali Murbach,  la scénographie et les costumes.
Le père de Jean-Pierre Baro travailleur immigré sénégalais, est arrivé en France dans les années 60, sa mère qu’il interroge, livre des fragments de sa mémoire, justifiant le sous-titre : Je n’arrive pas à pleurer. Woyzeck est donc noir et  Jean-Pierre Baro rejoint Büchner sur la thématique de l’autre, de l’étranger et de la différence.
Tout est à vue  dans le bel espace de jeu du Monfort où on entre comme dans un piano-bar. Au fond, côté jardin sur le côté un portant à costumes, et l’on voit de dos un pianiste qui joue,  et une femme  ( la mère ) qui l’écoute.  Côté cour, un juke-box. Sur un écran, comme, en commentaire, un grand champ, une croix projetée, quelques images. Le sol de la scène luisant, réfléchit la lumière qui  ira jusqu’au bleu, blanc et rouge-signe discret de la France-Afrique-dispensés par des tubes fluo.

Andrès se lave dans une cuvette, quand entre Woyzeck, inquiétant : « ça cogne, derrière moi, au-dessous de moi… c’est creux, tu entends ». Alcool, folie, singularité ? Une femme, chargée de sacs, arrive et se raconte, c’est le lien au réel, l’histoire de vie. Elle fait référence aux peuls et au mariage mixte, à l’exil, – s’en aller et se perdre -, au couvre-feu.
Une jeune mère, moderne et provocatrice, Marie, pousse son enfant dans un landeau, et lui raconte. « Tu es belle comme le pêché », lui dit Franz qui passe en coup de vent. « Il n’a même pas regardé l’enfant »,  remarque-t-elle, et l’enfant pleure.

On entend des chants, des gospels, du jazz, diffusés par le juke-box, (création sonore de Loïc Le Roux). La voix du récit parle d’accueil dans la famille africaine, et du beau-père, mécanicien dans les avions. Les scénarios s’entrecroisent. Woyzeck dialogue avec son capitaine, qu’il lave : « - Woyzeck, tu as un enfant ? – Non reconnu – Et la vertu, Woyzeck ? – Nous, les gens ordinaires, c’est seulement la nature qui nous pousse, je suis un pauvre type. – Toujours l’air aux aguets » ! Le médecin-mais aussi  pianiste-dérègle le jeu et le capitaine sème le doute.
Arrive au pas de l’oie, le tambour-major,  pantalon rayé et gants blancs dans un bruit de bottes. Et Marie, dans sa belle robe orange danse avec lui. Bruits de fête, pluie de paillettes, mais plus elle danse, plus il s’enfonce. Dialecte africain et provocations en tout genre continuent à se mêler, jusqu’à ce qu’une ligne de fracture, violette, s’affiche sur écran. Un échange entre Marie de Magdala, et Marie, sœur de Marthe et Lazare, sur l’adultère et l’alcoolisme, référence biblique, est suivi du meurtre de Marie, sorte de sacrifice.
Les récits parallèles voyagent entre deux niveaux de langage, collectif et individuel : celui du soldat malmené par la société, et celui du père émigré qui se perd dans l’alcool, tous deux  comme étrangers au monde. Ce mélange entre le réel – l’histoire du metteur en scène – et la fiction, celle de Woyzeck, ralentit le rythme et brouille les parcours des personnages, – interprétés par Simon Bellouard, Cécile Coustillac, Adama Diop, Sabine Moindrot, Elios Noël, Philippe Noël et Tonin Palazzotto.
Le mélange des genres ici ne convainc pas vraiment et Jean-Pierre Baro, en dépit de son talent, nous laisse naviguer à vue.

Brigitte Rémer

Théâtre Sylvia Monfort, jusqu’au 6 avril, à 20h30. T : 01-56-08-33-88 – www.lemonfort.fr – Scène Nationale de Quimper-Théâtre de Cornouaille, le 16 avril, (www.theatre-cornouille.fr) Extime Compagnie.

Texte paru dans la traduction de Jean-Louis Besson et Jean Jourdheuil aux éditions Théâtrales.

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...