Seuls

Seuls, texte et mise en scène de Wajdi Mouawad.

Seuls seuls-3Wajdi Maouwad est un bon lecteur: on l’avait entendu dire ses propres textes mais ici, il a osé se lancer seul comme acteur dans un solo de plus de deux heures où il s’est lui-même mis en scène et où interviennent de nombreux personnages en voix off.
Le spectacle, créé en 2008, est donc parfaitement rodé  mais n’a rien perdu de sa beauté. Seul dans son studio, assis sur un lit, il se raconte par le biais d’Harwan, un jeune Libanais d’une trentaine d’années qui a fui son pays en proie à la guerre, pour aller vivre au Québec.
Il a commencé une thèse de  doctorat sur le metteur en scène Robert Lepage qu’il doit rencontrer mais qui est en Russie. Qu’importe, il s’envole pour Moscou mais, pas de chance, Robert Lepage est revenu au  Canada!

Harwan se lance alors dans une une sorte de quête existentielle. Que reste-t-il de la mémoire de ce Liban si chéri et si détesté à la fois.? Que reste-t-il de ses origines, de son passé,  là-bas sur les bords de cette Méditerranée tant aimée, alors qu’il vit dans le froid et le manque de lumière? Où sont ses racines? Où est l’arabe, sa langue natale qu’il n’a plus l’occasion de parler mais dont il a encore la saveur dans la bouche? Est-il encore un exilé, alors qu’il vit dans une communauté où il a trouvé sa place, et dont il parle maintenant couramment la langue qu’il a eu le courage d’apprendre.
C’est d’Herwan qu’il s’agit mais aussi, bien entendu, on le comprend très vite vite, de Wajdi Mouawad, auteur et metteur en scène maintenant reconnu au Canada comme en France.
Le spectacle est né d’un besoin de se retrouver un peu seul, « loin des acteurs et de leurs névroses » dont il dit avoir assez. « Je dis cela avec beaucoup d’amour et sans aucune amertume. Je crois qu’au-delà de bien des choses, liées à la langue maternelle et à l’histoire de ce personnage, j’avais envie et besoin de retrouver un état amoureux avec l’acte de jouer, avec le théâtre ».

Sur scène, juste un lit et quelques châssis vitrés dont l’un cache un écran vidéo qui, pour une fois, remplit exactement un rôle d’amplificateur de la vision mentale. La scénographie, intelligente et précise signée Emmanuel Cloius, est d’une rare qualité et sur le grand plateau de la salle Jean Vilar, Wouajdi Mouawad, acteur et metteur en scène de son texte, possède une énergie et d’une concentration impeccables. Il a des  conversations au téléphone, notamment  avec son père,  d’une force et d’une vérité tout à fait étonnantes.
Ce monologue, habilement ponctué d’images et d’excellentes voix off: Nayla Mouwad, Michel Maurer, Isabelle Larivière, Robert Lepage, Abdo Mouawad, Eric Champoux, Jean Fortunato, coule ainsi pendant deux heures sans la moindre rupture de rythme, sans aucun accroc: avec Wajdi Mouawad, il y a aussi une équipe artistique derrière lui et sans laquelle le spectacle ne pourrait exister.

La fin où il se met à arroser de peinture des châssis transparents qui l’entourent comme un mur, est peut-être moins convaincante. Mais l’auteur-metteur en scène-acteur réussit là une performance hors du commun, et le public, séduit, l’a longuement, et avec raison, acclamé.  Cela faisait du bien de retrouver du vrai théâtre dans la salle Jean Vilar! Wajdi Mouawad concevra l’an prochain les autres maillons du cycle. Après Seuls, viendront Sœurs, frères  puis Père et Mère, sous la forme de solos ou duos…

Philippe du Vignal

Le spectacle s’est joué au Théâtre national de Chaillot du 19 au 29 mars.

 

 


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